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AccueilJurisprudence administrativeN° TA102-2400620

Tribunal Administratif de la Martinique — Décision N° TA102-2400620

jeudi 27 novembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de la Martinique
SectionTribunal Administratif de la Martinique
N° DossierTA102-2400620
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantBOURDON

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de la Martinique a rejeté la requête de M. A..., infirmier, qui contestait le refus du centre hospitalier Maurice Despinoy de le détacher dans le corps des cadres socio-éducatifs pour exercer des fonctions de musicothérapeute. Le tribunal a relevé d'office que l'administration se trouvait en situation de compétence liée pour refuser ce détachement, car M. A... ne détenait pas l'intégralité des titres et diplômes exigés par l'article 6 du décret n°2019-54 du 30 janvier 2019, conformément à l'article L. 513-8 du code général de la fonction publique. Par conséquent, les moyens soulevés par le requérant, notamment l'insuffisance de motivation et l'erreur manifeste d'appréciation, ont été écartés comme inopérants.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 20 septembre 2024 et le 28 octobre 2024, M. A..., représenté par Me Repolt, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision du 23 juillet 2024 par laquelle le directeur général du centre hospitalier Maurice Despinoy a rejeté sa demande de détachement dans le corps des cadres
socio-éducatif dans un emploi de musicothérapeute au sein de l’établissement ;

2°) d’enjoindre au centre hospitalier Maurice Despinoy de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier Maurice Despinoy une somme de
3 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
la décision attaquée est insuffisamment motivée, l’administration n’ayant notamment pas pris en compte ni mentionné ses diplômes ;
l’administration ne pouvait légalement lui opposer le principe de séparation du grade et de l’emploi, dès lors que les fonctions de musicothérapie qu’il exerce justifient son accueil dans le corps des cadres socio-éducatif ;
la décision est fondée sur des faits matériellement inexacts, l’existence d’activités effectives de musicothérapie et sa désignation en qualité « d’infirmier diplômé d’Etat (IDE) musicothérapeute » établissant, selon lui, l’existence du poste demandé ;
le refus opposé par l’établissement, alors qu’il exerce déjà des fonctions de musicothérapie et présente des titres et formations complémentaires, est entaché d’erreur manifeste d’appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 décembre 2024, le centre hospitalier Maurice Despinoy, représenté par Me Renar-Legrand, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. A... une somme de 3 000 euros au titre des frais liés au litige.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A... ne sont pas fondés.

Par un courrier du 24 septembre 2025, les parties ont été informées, en application de l’article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d’être fondé sur un moyen relevé d’office, tiré de ce que le centre hospitalier Maurice Despinoy se trouvait en situation de compétence liée pour rejeter la demande de détachement dans le corps des cadres socio-éducatifs, présentée par M. A..., ce dernier n’étant pas, conformément aux dispositions du dernier alinéa de l’article L. 513-8 du code général de la fonction publique, détenteur de l’intégralité des titres et diplômes exigés par les dispositions de l’article 6 du décret n°2019-54 du 30 janvier 2019 portant statut particulier du corps des cadres socio-éducatifs de la fonction publique hospitalière.


Des observations en réponse à cette communication, présentées pour le centre hospitalier Maurice Despinoy, ont été enregistrées le 7 octobre 2025.


Des observations en réponse à cette communication, présentées pour M. A..., ont été enregistrées le 27 octobre 2025.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le décret n° 88-976 du 13 octobre 1988 relatif au régime de certaines positions des fonctionnaires hospitaliers ;
- le décret n° 2010-1139 du 29 septembre 2010 portant statut particulier du corps des infirmiers en soins généraux et spécialisés de la fonction publique hospitalière ;
- le décret n° 2019-54 du 30 janvier 2019 portant statut particulier du corps des cadres socio-éducatifs de la fonction publique hospitalière ;
- le code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
le rapport de Mme Cerf, première conseillère,
et les conclusions de M. Phulpin, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. B... A..., infirmier en soins généraux et spécialisés au centre hospitalier Maurice-Despinoy (CHMD), a été recruté au sein de cet établissement en 2008. Affecté à la sociothérapie en 2016 avec mission de mettre en œuvre un projet de musicothérapie, il a suivi en 2018 un bilan de compétences et a piloté un atelier de musicothérapie sur l’année. Il a été promu au second grade d’infirmier en soins généraux et spécialisés, à compter du 1er novembre 2023, par décision du 22 mars 2024, et a été affecté par courrier et décision du 15 juillet 2024 en qualité d’« infirmier diplômé d’Etat (IDE) musicothérapeute ». Par courriers des 23 juin 2024 et
7 juillet 2024, il a sollicité son détachement dans le corps des cadres socio-éducatifs afin d’exercer les fonctions de musicothérapeute. Par décision du 23 juillet 2024, le CHMD a refusé ce détachement. Dans la présente instance, M. A... demande l’annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

2. D’une part, aux termes de l’article L. 411-5 du code général de la fonction publique : « Le grade est distinct de l’emploi. Le grade est le titre qui confère à son titulaire vocation à occuper l’un des emplois qui lui correspondent. » L’article L. 513-8 du même code prévoit que : « Le fonctionnaire peut être détaché dans un corps ou un cadre d’emplois de même catégorie et de niveau comparable (…) L’accès à des fonctions du corps ou cadre d’emplois d’accueil dont l’exercice est soumis à la détention d’un titre ou d’un diplôme spécifique est subordonné à la détention de ce titre ou de ce diplôme. ». Il résulte de ces dispositions que le fonctionnaire est titulaire d’un grade qui s’inscrit au sein d’un corps ou d’un cadre d’emplois et qui lui donne vocation à occuper une certaine catégorie d’emplois. Lorsqu’il souhaite occuper un poste que son corps ou cadre d’emplois ne lui donne pas vocation à occuper, un fonctionnaire doit suivre la voie du détachement dans le corps ou le cadre d’emplois dont relève l’emploi pour pouvoir y être affecté.

3. D’autre part, l’article 13 du décret n° 88-976 du 13 octobre 1988 relatif au régime de certaines positions des fonctionnaires hospitaliers dispose que le détachement ne peut avoir lieu, s’agissant d’un établissement public, que dans un emploi permanent, c’est-à-dire nécessairement sur un emploi vacant.
En ce qui concerne la légalité externe :
4. La décision du 23 juillet 2024 mentionne, d’une part, le principe de séparation du grade et de l’emploi, et, d’autre part, l’absence, dans l’organigramme de l’établissement, d’un emploi de musicothérapeute relevant du grade de cadre socio-éducatif, ainsi que les contraintes financières ne permettant pas d’en créer. Ces éléments ont mis M. A... à même de comprendre les raisons du refus et d’en contester utilement le bien-fondé. Si M. A... fait valoir que la décision est insuffisamment motivée faute d’avoir examiné et mentionné ses diplômes, notamment le diplôme universitaire de musicothérapie et le certificat d’aptitude aux fonctions d’encadrement et de responsable d’unité d’intervention sociale (CAFERUIS), toutefois, une décision administrative n’a pas à reprendre ni à discuter l’ensemble des éléments produits par l’intéressé mais seulement à exposer les motifs de droit et de fait qui fondent son rejet. La circonstance que la décision n’ait pas explicitement mentionné ces diplômes est, dès lors, sans incidence sur la régularité de sa motivation. Le moyen tiré de l’insuffisance de motivation doit, par suite, être écarté.



En ce qui concerne les moyens de légalité interne :


5. Le centre hospitalier a indiqué, pour refuser le détachement sollicité, d’une part, que le principe de séparation du grade et de l’emploi s’opposait à ce que soit conféré à l’intéressé le grade de cadre socio-éducatif au seul motif de l’exercice de la musicothérapie, et d’autre part, que l’emploi de musicothérapeute au grade de cadre socio-éducatif n’existe pas dans l’organigramme de l’établissement et que les contraintes financières ne permettent pas d’en créer.


6. En premier lieu, pour effet de contester la décision attaquée, M. A... soutient que l’administration ne pouvait légalement lui opposer le principe de séparation du grade et de l’emploi, dès lors que ses fonctions effectives de musicothérapie justifient son accueil en grade de cadre socio-éducatif.


7. Toutefois, d’une part, s’il ressort des pièces du dossier que M. A... a obtenu un diplôme universitaire de musicothérapie, le CAFERUIS et qu’il a rédigé un bilan d’atelier de musicothérapie en 2018, ces documents ne démontrent pas que les missions de musicothérapie correspondent statutairement aux emplois du corps des cadres socio-éducatifs, ce corps étant réservé, aux termes de son statut particulier aux agents issus des corps sociaux-éducatifs titulaires des diplômes d’État correspondants. D’autre part, à supposer même que l’emploi occupé par
M. A... corresponde davantage aux fonctions habituellement exercées au sein du corps des cadres socio-éducatifs, en application des principes précités des dispositions de l’article L. 411-5 du code général de la fonction publique, l’exercice, même ancien et reconnu, de fonctions d’un certain niveau ne confère par lui-même aucun droit à l’accueil dans un corps correspondant. En matière de détachement, il appartient seulement à l’administration d’apprécier la comparabilité de niveau et l’équivalence de grade, sous réserve, le cas échéant, des titres ou diplômes exigés par le statut particulier. Le moyen d’erreur de droit doit donc être écarté.


8. En second lieu, M. A... fait valoir, d’une part, que l’existence d’activités effectives de musicothérapie et sa désignation comme « IDE musicothérapeute » établiraient l’existence d’un poste à pourvoir, et, d’autre part, que le refus opposé par l’établissement serait entaché d’une erreur manifeste d’appréciation. Toutefois, la circonstance qu’il ait conduit des ateliers de musicothérapie en 2018 et qu’il ait été affecté comme « IDE musicothérapeute » par décision du 15 juillet 2024 procède de l’organisation interne de ses fonctions dans son corps d’origine et ne saurait tenir lieu de vacance d’un emploi permanent au grade de cadre
socio-éducatif. L’établissement fait d’ailleurs valoir l’absence d’un tel emploi dans son organigramme et aucune pièce du dossier ne démontre l’existence d’un poste statutaire ouvert dans le corps d’accueil. En tout état de cause, l’article 13 du décret n° 88-976 du 13 octobre 1988 prévoit que le détachement ne peut être prononcé que dans un emploi permanent existant dans l’organisme d’accueil. Or, aucun emploi de musicothérapeute au grade de cadre socio-éducatif n’est ouvert au centre hospitalier Maurice Despinoy. Par ailleurs, l’intéressé peut être chargé d’activités de musicothérapie dans le cadre de son corps et de son grade d’origine, le grade demeurant distinct de l’emploi au sens de l’article L. 411-5 du code général de la fonction publique. Il s’ensuit que la décision attaquée n’est pas fondée sur des faits matériellement inexacts et qu’elle n’est pas davantage entachée d’erreur manifeste d’appréciation.


9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A... tendant à l’annulation de la décision du 23 juillet 2024, par laquelle le directeur général du centre hospitalier Maurice Despinoy a rejeté sa demande de détachement dans le corps des cadres socio-éducatif, doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence ses conclusions présentées aux fins d’injonction.


Sur les frais liés au litige :


10. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du centre hospitalier Maurice Despinoy, qui n’est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. A... demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de M. A... une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par le centre hospitalier Maurice Despinoy et non compris dans les dépens.


D E C I D E :


Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.

Article 2 : M. A... versera au centre hospitalier Maurice Despinoy une somme de
1 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au centre hospitalier Maurice Despinoy.


Délibéré après l'audience du 6 novembre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Laso, président,
M. Naud, premier conseiller,
Mme Cerf, première conseillère.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 novembre 2025.


La rapporteure,

M. Cerf

Le président,

J.-M. Laso

La greffière,




V. Ménigoz


La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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