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AccueilJurisprudence administrativeN° TA102-2400637

Tribunal Administratif de la Martinique — Décision N° TA102-2400637

mercredi 23 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Martinique
SectionTribunal Administratif de la Martinique
N° DossierTA102-2400637
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantTIBURCE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 septembre 2024, la société Multigros CetC, représentée par Me Tiburce, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté du 29 août 2024 par lequel le préfet de la Martinique a suspendu l'exploitation de ses activités d'entreposage frigoriques, en application de l'article L. 171-8 du code de l'environnement, en attente d'exécution complète des conditions imposées ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est caractérisée dès lors que la suspension de ses activités d'entreposage frigorifique revient, de facto, à l'arrêt total de son activité puisqu'elle exerce une activité de grossiste portant principalement sur les produits frais et surgelés ; elle ne peut percevoir ses revenus habituels alors qu'elle doit maintenir les salaires, indemnités et rémunérations de toute nature de ses salariés ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée dès lors que, en premier lieu, l'inspecteur de l'environnement qui a procédé à la visite d'inspection du 11 juillet 2024 n'était pas habilité, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 172-1 du code de l'environnement ;

- en deuxième lieu, l'arrêté attaqué est entaché d'erreur d'appréciation dès lors que plus aucun groupe froid ne fonctionne de jour comme de nuit et que seul un container réfrigéré est branché ; en outre, elle a sollicité une société afin de réaliser une nouvelle étude acoustique et chiffrer les travaux nécessaires à la réduction du bruit ; l'étude acoustique diligentée par le tribunal judiciaire de Fort-de-France confirme que les émissions sonores ne dépassent le plus souvent pas, de nuit, les limites fixées ; le seul fonctionnement en dehors des horaires autorisés ne suffit pas à caractériser une atteinte aux valeurs limites d'émission fixées par la législation ; le rapport de visite d'inspection constate le fonctionnement d'un container sans aucune mesure chiffrée de nature à déterminer si les émissions dépassaient les valeurs limites fixées par la législation ;

- en dernier lieu, la mesure est manifestement disproportionnée dès lors que le préfet aurait dû retenir une sanction moindre ou assortir la mesure de suspension d'un délai afin de lui laisser le temps de mettre en place les aménagements nécessaires.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 octobre 2024, le préfet de la Martinique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- l'urgence n'est pas caractérisée ;

- aucun des moyens invoqués n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision.

Par un mémoire, enregistré le 21 octobre 2024, l'association syndicale libre (ASL) des propriétaires du lotissement Les Roseaux déclare intervenir à l'instance, en défense de l'arrêté préfectoral attaqué.

Le mémoire identique au mémoire en défense susvisé, enregistré le 21 octobre 2024 à 9 heures 26, présenté par le préfet de la Martinique n'a pas été communiqué.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 27 septembre 2024 sous le n° 2400636 par laquelle la requérante demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 21 octobre 2024 à 10 heures tenue en présence de M. Minin, greffier d'audience, M. Laso a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Tiburce, avocate de la société Multigros CetC ;

- les observations de Mme C et de M. A, représentants le préfet de la Martinique ;

- les observations de Mme B, pour l'ASL des propriétaires du lotissement Les Roseaux.

La clôture de l'instruction a été reportée au 22 octobre 2024 à 10 heures, en application de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.

Le préfet de la Martinique a produit une pièce complémentaire (procès-verbal de prestation de serment), enregistrée le 21 octobre 2024 à 16 heures 29 et communiquée.

Par un mémoire, enregistré le 21 juillet 2024 à 22 heures 04, la société Multigros CetC, représentée par Me Tiburce, conclut au maintien de ses conclusions par les mêmes moyens ; elle soutient, en outre, que l'intervention de l'ASL des propriétaires du lotissement Les Roseaux n'est pas recevable.

Par un mémoire, enregistré le 21 juillet 2024 à 21 heures 01, l'association syndicale libre (ASL) des propriétaires du lotissement Les Roseaux maintien son intervention.

Considérant ce qui suit :

1. La société Multigros CetC, située impasse Socomi, zone industrielle Place d'Armes, au Lamentin, exerce une activité de grossiste alimentaire consistant à importer et entreposer des produits alimentaires secs, frais et surgelés avant leur livraison. A ce titre, elle est soumise à la législation relative aux installations classées pour la protection de l'environnement (ICPE). A la suite de plaintes de voisinage relatives aux émissions sonores générées par son activité, la société a fait l'objet, le 22 août 2022, d'un arrêté préfectoral portant mise en demeure de prendre les dispositions nécessaires au retour à la conformité s'agissant, notamment, des groupes froids et du fonctionnement des containers sur site de 22 heures à 7 heures. Puis, par deux arrêtés préfectoraux du 28 juillet 2023 et du 17 janvier 2024, une astreinte journalière a été fixée et liquidée partiellement. Compte tenu de la persistance des plaintes des riverains, une visite de l'inspection des installations classées a été diligentée le 11 juillet 2024. Enfin, par un arrêté du 29 août 2024, le préfet de la Martinique a suspendu l'exploitation des activités d'entreposage frigoriques de la société, en application de l'article L. 171-8 du code de l'environnement, en attente d'exécution complète des conditions imposées. Par la présente requête, la société Multigros CetC demande au juge des référés d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté du préfet de la Martinique du 29 août 2024, en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

Sur l'intervention de l'ASL des propriétaires du lotissement Les Roseaux :

2. Eu égard à son caractère accessoire par rapport au litige au fond par lequel la société Multigros CetC demande l'annulation de l'arrêté préfectoral contesté, une intervention, aussi bien en demande qu'en défense, n'est recevable au titre d'une procédure de suspension qu'à la condition que son auteur soit également intervenu par un mémoire distinct dans le cadre de l'action principale.

3. En l'espèce, l'ASL des propriétaires du lotissement Les Roseaux qui est intervenue au soutien des conclusions en défense présentées par le préfet de la Martinique tendant au rejet de la demande de suspension de l'arrêté litigieux ne justifie ni même n'allègue, à la date de la présente ordonnance, être intervenue dans la cadre de l'action principale. Ainsi son intervention ne peut, dès lors, être admise.

Sur les conclusions formées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

5. En l'état de l'instruction, aucun des moyens visés ci-dessus invoqués par la société Multigros CetC, n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué. Par suite, les conclusions à fin de suspension de l'exécution de cet arrêté doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin d'examiner si les conditions tenant à l'urgence d'une telle mesure sont réunies.

Sur les frais liés au litige :

6. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le juge des référés ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par la société requérante doivent, dès lors, être rejetées.

ORDONNE :

Article 1er : L'intervention de l'ASL des propriétaires du lotissement Les Roseaux n'est pas admise.

Article 2 : La requête de la société Multigros CetC est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Multigros CetC, au préfet de la Martinique et à l'association syndicale libre des propriétaires du lotissement Les Roseaux.

Fait à Schoelcher le 23 octobre 2024.

Le juge des référés,

J-M. Laso Le greffier,

J-H. Minin

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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