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AccueilJurisprudence administrativeN° TA102-2400645

Tribunal Administratif de la Martinique — Décision N° TA102-2400645

vendredi 4 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Martinique
SectionTribunal Administratif de la Martinique
N° DossierTA102-2400645
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantJOSSEAUME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 octobre 2024, M. B, représenté par Me Josseaume, demande au juge des référés, saisi au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative de suspendre l'exécution de l'arrêté du 5 août 2024 par lequel le préfet d'Eure-et-Loir a suspendu la validité de son permis de conduire pour une durée cinq mois.

Il soutient que :

Sur l'urgence :

- la condition relative à l'urgence est remplie dès lors que la détention du permis de conduire est indispensable à l'exercice de son activité professionnelle ; gérant d'une société, il doit effectuer des déplacements permanents ; sa société est en outre en difficulté depuis la pandémie ; par ailleurs, il est père de 2 jeunes enfants qu'il doit véhiculer chaque jour et son père, veuf et âgé de 70 ans, nécessite son assistance pour ses besoins quotidiens ;

- l'octroi d'une décision de suspension de l'exécution permet de garantir les stipulations de l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision :

- la décision est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 224-2, R. 413-2 et R. 413-3 du code de la route et elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les articles L. 122-1 et L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée sous le n° 2400631 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a fait l'objet, le 4 août 2024, d'une mesure de rétention de son permis de conduire pour avoir commis une infraction punie par le code de la route de la peine complémentaire de suspension du permis de conduire, à savoir un dépassement de 40 km/heure ou plus de la vitesse maximale autorisée établi au moyen d'un appareil homologué (vitesse autorisée 130 km/heure, vitesse retenue : 187km/heure). Par la décision du 5 août 2024 dont M. B demande la suspension, le préfet d'Eure-et-Loir a décidé de suspendre la validité du permis de conduire de l'intéressé, délivré le 21 août 1998, pour une durée de 5 mois à compter de la date de rétention du titre. Par la présente requête, M. B demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision du 5 août 2024.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Et aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste au vu de la demande que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ". Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 de ce code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension de l'exécution d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. Enfin, l'urgence doit être appréciée globalement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

4. Au soutien de sa demande de suspension de l'exécution de la décision litigieuse, M. B soutient que la suspension de son permis de conduire le place dans une situation grave et irréversible, notamment parce qu'il ne peut plus exercer son activité professionnelle. A cet égard, il indique exercer une activité de gérant de société, lui imposant des déplacements permanents et qu'aucun autre mode de transport n'est possible. Toutefois, il n'apporte aucun élément précis et concret de nature à établir l'impossibilité de pourvoir à ces déplacements autrement qu'en les effectuant lui-même non plus que l'incidence de la mesure contestée sur la bonne marche de la société dont il est le gérant ou sur son propre avenir professionnel, la circonstance que sa société est en difficulté financière depuis la pandémie étant sans lien avec la suspension de son permis de conduire. Il ne démontre pas davantage, en se bornant à soutenir qu'il est père de deux enfants âgés de 4 et 7 ans qu'il doit véhiculer chaque jour et que son père, veuf et âgé de 70 ans, nécessite son assistance pour ses besoins quotidiens, l'urgence à disposer de son permis de conduire dans le cadre de sa vie privée. Enfin, si l'intéressé soutient que la suspension des effets de la décision en litige permettrait d'assurer le respect du droit à un recours effectif garanti par l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, cette circonstance n'est pas de nature à caractériser une situation d'urgence au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative. Dans ces conditions, et compte tenu de l'intérêt public qui s'attache à la préservation de la sécurité routière, laquelle est incompatible le comportement routier du requérant, verbalisé pour avoir circulé à 187 km/h sur une portion de voie où la vitesse est limitée à 130 km/h, la condition d'urgence ne peut être regardée comme remplie, quand bien même la mesure litigieuse est effectivement susceptible de le gêner pendant un temps limité. Dans ces conditions, l'urgence s'attachant à l'exécution de la mesure de suspension du permis de conduire, prise dans un but de sécurité routière, l'emporte sur l'urgence alléguée et non démontrée par le requérant pour recouvrer son permis de conduire. Il suit de là que la condition d'urgence exigée par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, qui doit s'apprécier objectivement et globalement, ne peut être regardée comme remplie.

5. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner si les moyens soulevés par M. B seraient propres à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée, les conclusions aux fins de suspension de la décision du préfet d'Eure-et-Loir du 5 août 2024 doivent être rejetées en application des dispositions précitées de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

Fait à Schœlcher, le 4 octobre 2024.

Le président, juge des référés,

J-M. Laso

La république mande et ordonne au préfet de la Martinique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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