lundi 27 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Martinique |
| Section | Tribunal Administratif de la Martinique |
| N° Dossier | TA102-2400661 |
| Type | Décision |
| Recours | Exécution d'un jugement |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | ARLINGTON PARTNERS AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une demande, enregistrée le 12 juillet 2024, et un mémoire complémentaire, enregistré le 9 octobre 2024, M. A C, représenté par la Selarl Arlington Partners, agissant par l'intermédiaire de Me Arneton, demande au tribunal :
1°) de prendre les mesures qu'implique l'exécution du jugement n° 2200408 du 24 novembre 2022 par lequel le tribunal administratif de la Martinique a enjoint au maire de la commune de Fort-de-France de lui attribuer le 10e échelon du grade de technicien territorial à compter du 1er février 2017 et de reconstituer son avancement à compter de cette date, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
2°) de liquider à son profit l'astreinte prononcée par le jugement n° 2200408 du 24 novembre 2022 et de majorer pour l'avenir le taux de cette astreinte, en le portant à un montant de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Fort-de-France une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- malgré la notification du jugement et l'envoi d'une lettre au maire de la commune de Fort-de-France, la commune n'a qu'incomplètement exécuté le jugement puisque, si trois arrêtés de reconstitution de carrière ont été édictés, ceux-ci n'ont pas été suivi d'effet ;
- en effet, il n'a bénéficié d'aucun rappel de rémunération, d'aucune régularisation de son affiliation à la caisse de retraite, d'aucun versement de cotisations sociales, et d'aucun document mettant à jour sa situation ;
- il continue de faire l'objet de la part de son administration d'une mise au placard, n'étant pas convié aux réunions des agents, notamment au campus des managers et n'a pas été destinataire du calendrier de promotion interne de l'année 2024.
Par une ordonnance du 14 octobre 2024, le président du tribunal administratif de la Martinique a, en application des dispositions de l'article R. 921-6 du code de justice administrative, ouvert une procédure juridictionnelle en vue de prescrire les mesures nécessaires à l'exécution du jugement du tribunal.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 septembre 2024, un mémoire complémentaire, enregistré le 18 novembre 2024, et des pièces complémentaires, enregistrées le 17 juillet 2024, la commune de Fort-de-France conclut au rejet de la demande d'exécution de M. C.
Elle soutient qu'elle a pleinement exécuté le jugement puisqu'elle a édicté trois arrêtés de reconstitution de carrière, versé les rappels de rémunération correspondant, à l'occasion de la paie de janvier 2023, et régularisé les cotisations sociales et les cotisations de retraite.
Vu :
- le jugement du tribunal administratif de la Martinique n° 2000188 du 12 avril 2021 ;
- le jugement du tribunal administratif de la Martinique n° 2200408 du 24 novembre 2022 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 80-539 du 16 juillet 1980 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Phulpin,
- les conclusions de M. de Palmaert, rapporteur public,
- et les observations de M. B, représentant de la commune de Fort-de-France.
Considérant ce qui suit :
1. Par un premier jugement n° 2000188 du 12 avril 2021, le tribunal administratif de la Martinique a annulé l'arrêté du maire de la commune de Fort-de-France du 20 janvier 2020 retirant un précédent arrêté n° 842 du 12 avril 2017 promouvant M. A C au 10e échelon du grade de technicien territorial à compter du 1er février 2017, et a enjoint au maire de Fort-de-France d'attribuer à M. C le 10e échelon du grade de technicien territorial à compter du 1er février 2017 et de reconstituer son avancement à compter de cette date, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement. Par un second jugement n° 2200408 du 24 novembre 2022, le tribunal administratif de la Martinique, après avoir constaté l'inexécution de son précédent jugement, a enjoint à nouveau à la commune de Fort-de-France d'attribuer à M. C le 10e échelon du grade de technicien territorial à compter du 1er février 2017 et de reconstituer son avancement à compter de cette date, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement, et assorti cette mesure d'injonction d'une astreinte journalière d'un montant de 50 euros. Dans la présente instance, M. C demande au tribunal administratif de prendre les mesures qu'implique l'exécution de ce dernier jugement, d'assortir ces mesures d'une nouvelle astreinte journalière d'un montant de 100 euros et de liquider à son profit l'astreinte prononcée par le jugement n° 2200408 du 24 novembre 2022.
Sur les demandes d'exécution et de liquidation de l'astreinte :
2. En premier lieu, l'article L. 911-1 du code de justice administrative dispose : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. " L'article L. 911-4 du même code dispose : " En cas d'inexécution d'un jugement ou d'un arrêt, la partie intéressée peut demander à la juridiction, une fois la décision rendue, d'en assurer l'exécution. / Si le jugement ou l'arrêt dont l'exécution est demandée n'a pas défini les mesures d'exécution, la juridiction saisie procède à cette définition. Elle peut fixer un délai d'exécution et prononcer une astreinte. ".
3. Il appartient au juge saisi sur le fondement de l'article L. 911-4 d'apprécier l'opportunité de compléter les mesures déjà prescrites ou qu'il prescrit lui-même par la fixation d'un délai d'exécution et le prononcé d'une astreinte suivi, le cas échéant, de la liquidation de celle-ci, en tenant compte tant des circonstances de droit et de fait existant à la date de sa décision que des diligences déjà accomplies par les parties tenues de procéder à l'exécution de la chose jugée ainsi que de celles qui sont encore susceptibles de l'être.
4. Le jugement n° 2200408 du tribunal administratif de la Martinique du 24 novembre 2022 a été notifié à la commune de Fort-de-France le jour même de sa mise à disposition par l'intermédiaire du téléservice Télérecours. Il résulte de l'instruction que, d'une part, le maire a édicté, le 21 décembre 2022, trois arrêtés de reconstitution de carrière afin de promouvoir M. C au 10e échelon de l'échelle B1 de son grade de technicien territorial à titre rétroactif à compter du 1er février 2017, à l'indice de rémunération brut 512 (indice majoré 440), puis de le reclasser rétroactivement, à compter du 1er janvier 2019, sur la nouvelle grille indiciaire de son corps, au 10e échelon de la nouvelle échelle B1 de son grade, à l'indice de rémunération brut 513 (indice majoré 441), et enfin de le promouvoir, à titre rétroactif à compter du 1er février 2020, au 11e échelon de l'échelle B1 de son grade, à l'indice de rémunération brut 538 (indice majoré 457). D'autre part, si ces trois arrêtés n'ont été notifiés au requérant que plusieurs mois après leur édiction, le 16 juin 2023, la commune établit toutefois qu'elle avait versé à M. C sur sa paie de janvier 2023 des rappels de traitement indiciaire et de prime de vie chère se rapportant à la période du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2022, à concurrence de montants bruts respectifs de 4 509,38 euros et de 1 801,78 euros. Ces rappels bruts de rémunération ont en outre donné lieu aux versements de cotisations de retraite ainsi que de cotisation sociales, tant pour la part salariale que pour la part employeur. Le requérant, qui se borne à soutenir qu'aucune mesure de reconstitution effective ne serait intervenue postérieurement à la notification des trois arrêtés du 21 décembre 2022, ne conteste pas sérieusement avoir effectivement perçu les rappels de traitements indiciaires et de primes de vie chère sur sa rémunération du mois de janvier 2023, ni ne critique les montants de ces rappels de rémunérations et de cotisations correspondantes. Enfin, si M. C fait valoir qu'il fait l'objet d'une mise au placard de la part de son administration, en ce qu'il n'aurait pas été convié à plusieurs réunions, en particulier au campus des managers, et en ce qu'il n'aurait pas été rendu destinataire du calendrier de promotion interne de l'année 2024, ces circonstances relèvent toutefois d'un litige distinct et ne peuvent dès lors avoir d'incidence sur l'examen des demandes d'injonction et d'astreinte du requérant. Dans ces conditions, la commune de Fort-de-France doit être regardée comme ayant, à la date du 31 janvier 2023, entièrement exécuté le jugement n° 2200408 du tribunal administratif de la Martinique du 24 novembre 2022. Il s'ensuit que les demandes de M. C qui tendent à ce que la juridiction prescrive de nouvelles mesures d'exécution et majore à l'avenir le taux de l'astreinte prononcée par le jugement du 24 novembre 2022 ne sont pas fondées. Elles doivent, par suite, être rejetées.
5. En second lieu, l'article L. 911-7 du code de justice administrative dispose : " En cas d'inexécution totale ou partielle ou d'exécution tardive, la juridiction procède à la liquidation de l'astreinte qu'elle avait prononcée. / () Elle peut modérer ou supprimer l'astreinte provisoire, même en cas d'inexécution constatée. " L'article L. 911-6 du même code dispose : " L'astreinte est provisoire ou définitive. Elle doit être considérée comme provisoire à moins que la juridiction n'ait précisé son caractère définitif () ".
6. Il résulte de ce qui a été dit précédemment au point 4. que les mesures prises par la commune de Fort-de-France ont permis d'assurer une exécution complète du jugement n° 2200408 du tribunal administratif de la Martinique du 24 novembre 2022, à compter du 31 janvier 2023. En dépit de ce que cette exécution complète est intervenue un mois après l'expiration du délai qui avait été imparti par le tribunal, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de procéder à la liquidation de l'astreinte prononcée à l'encontre de la commune de Fort-de-France. Il s'ensuit que les conclusions de M. C tendant à ce que ladite astreinte soit liquidée à son profit doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Fort-de-France, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. C demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La demande d'exécution de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la commune de Fort-de-France.
Délibéré après l'audience du 16 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
M. Laso, président,
M. Lancelot, premier conseiller,
M. Phulpin, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 janvier 2025.
Le rapporteur,
V. Phulpin
Le président,
J-M. LasoLa greffière,
J. Lemaître
La République mande et ordonne au préfet de la Martinique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2519430
Le Tribunal Administratif de Nantes, statuant en exécution d’un précédent jugement du 23 décembre 2024, a constaté que le ministre de l’intérieur n’avait pas exécuté l’injonction de délivrer un visa d’établissement (visa long séjour type D) à Mme C... épouse B..., en lui délivrant à tort un visa de court séjour type C. Sur le fondement de l’article L. 911-4 du code de justice administrative, le tribunal a enjoint au ministre de délivrer le visa d’établissement requis sous un délai de trois mois, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. La solution retenue vise à assurer l’exécution complète et conforme du jugement initial.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Grenoble — N° TA38-2601124
Le Tribunal administratif de Grenoble, statuant par ordonnance, donne acte du désistement du requérant concernant ses demandes d'annulation et d'injonction relatives à des titres de séjour. La juridiction rejette sa demande d'allocation d'une somme au titre des frais non compris dans les dépens, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administratif. Le litige principal est ainsi éteint par le désistement.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Grenoble — N° TA38-2603340
Le Tribunal administratif de Grenoble, statuant en référé, a été saisi d'une demande visant à assurer l'exécution d'une précédente injonction et à obtenir une astreinte pour son inexécution. Le juge a constaté que la préfète de l'Isère n'avait pas renouvelé le récépissé de séjour de la requérante, malgré l'injonction antérieure, et que cette dernière avait ainsi subi un préjudice (licenciement). En conséquence, sur le fondement de l'article L. 521-4 du code de justice administrative, le tribunal a ordonné à la préfète de statuer expressément sur la demande de titre de séjour dans un délai d'un mois, sous astreinte de 200 euros par jour de retard.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Nice — N° TA06-2506265
**Sujet principal** : Demande d'exécution d'une ordonnance de référé ayant suspendu un refus de titre de séjour et enjoint à l'administration de réexaminer la situation. **Juridiction** : Tribunal Administratif de Nice (statuant par ordonnance). **Solution retenue** : Le juge constate qu'il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'exécution, car l'administration a pris une nouvelle décision (un refus de titre de séjour daté du 7 janvier 2026), ce qui a assuré l'exécution de l'ordonnance initiale. La demande est donc devenue sans objet. **Textes appliqués** : Articles R. 222-1 (3°) et L. 911-4 du code de justice administrative.
07/04/2026