jeudi 17 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Martinique |
| Section | Tribunal Administratif de la Martinique |
| N° Dossier | TA102-2400664 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | ANSLEX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 15 et 17 octobre 2024, M. D C et Mme E G, représentés par Me Boukhari, demandent à la juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 14 octobre 2024 par lequel le préfet de la Martinique a réglementé temporairement les déplacements des personnes sur l'ensemble du territoire de la Martinique du 14 au 21 octobre 2024 ;
2°) d'enjoindre, le cas échéant, au préfet de la Martinique de prendre les mesures réglementaires strictement proportionnées aux risques de trouble à l'ordre public invoqués ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à leur verser à chacun en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- ils ont intérêt à agir, dès lors que M. C vit en Martinique et que Mme G est présente sur le territoire durant la période d'exécution de l'arrêté ;
- la condition d'urgence est satisfaite, dans la mesure où le couvre-feu, prononcé pour l'ensemble du territoire de la Martinique, porte une atteinte grave et immédiate à leur liberté d'aller et venir, qui n'est pas justifiée par un intérêt public suffisant ;
- l'arrêté contesté porte une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté fondamentale d'aller et venir, qui n'est pas nécessaire, adaptée ni proportionnée à l'objectif de sauvegarde de l'ordre public, dès lors que le préfet de la Martinique et le ministre chargé des Outre-mer ont eux-mêmes admis que la situation sécuritaire s'était améliorée durant le week-end du 12 et 13 octobre 2024.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 octobre 2024, le préfet de la Martinique conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- les requérants ne justifient pas d'un intérêt à agir suffisant ;
- les moyens soulevés par M. C et Mme G ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
En application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, le président du tribunal a désigné Mme Monnier-Besombes, conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 17 octobre 2024, tenue en présence de Mme Elisabeth, greffière d'audience, Mme Monnier-Besombes, juge des référés, a lu son rapport et entendu :
- les observations de M. C et de Mme G, qui concluent aux mêmes fins par les mêmes moyens que dans la requête, et qui produisent à l'audience une pièce complémentaire qui a été communiquée aux représentants du préfet de la Martinique ;
- et les observations de Mme A et de M. B, représentant le préfet de la Martinique.
La juge des référés a prononcé la clôture de l'instruction à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".
2. La liberté d'aller et venir, composante de la liberté personnelle protégée par les articles 2 et 4 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, constitue une liberté fondamentale au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative. Les atteintes portées, pour des exigences d'ordre public, à l'exercice de cette liberté fondamentale, doivent être nécessaires, adaptées et proportionnées.
3. Depuis le début du mouvement social de protestation contre la vie chère, le 1er septembre 2024, le territoire de la Martinique est en proie à un déchainement de violence, matérialisé par des incendies répétés, vandalismes, destructions et pillages de commerces ainsi que des jets de projectiles, cocktails Molotov et tirs par armes à feu sur les forces de l'ordre, qui se déroulent principalement la nuit. Face à ces graves troubles à l'ordre public, le préfet de la Martinique a interdit, entre le 16 et le 23 septembre 2024, l'achat, la vente et le transport au détail de carburant et de produits inflammables ou explosifs ainsi que, sauf spectacles pyrotechniques, la vente, l'achat, la détention et l'utilisation d'artifices de divertissement. En outre, à compter du 18 septembre 2024, le préfet de la Martinique a interdit, jusqu'au 26 septembre 2024, tout déplacement de personne dans l'espace public entre 21 heures et 5 heures dans certains quartiers des communes de Fort-de-France et du Lamentin, à l'exception des personnes intervenant pour des missions de service public, d'assistance à des personnes nécessitant des soins, d'approvisionnement des commerces ou pour des déplacements liés à l'activité professionnelle, ainsi que des personnes justifiant que leur déplacement est lié à des nécessités médicales ou familiales. Ces mesures n'ont toutefois pas permis de mettre fin aux atteintes aux biens et aux personnes qui, après une période de relative accalmie, ont repris avec une forte intensité au cours de la deuxième semaine d'octobre. Ainsi, les forces de sécurité intérieure, dont le travail est entravé par les multiples barrages érigés sur les voies publiques, ont fait face à des jets de pierres, tirs de mortiers et projectiles incendiaires, notamment lors de manifestations non déclarées le 7 octobre 2024 sur la commune du Lamentin et le 9 octobre 2024 sur la commune du Carbet. En particulier, la nuit du 9 au 10 octobre 2024 a été marquée, dans une dizaine de communes de Martinique, par de nombreux incendies de bâtiments privés, d'un local de la brigade de gendarmerie du Carbet, du centre des finances publiques du Marin et de l'immeuble de la police municipale de Fort-de-France, ainsi que de violents affrontements entre les forces de sécurité et les émeutiers. Dans la journée du 10 octobre 2024, l'envahissement de la piste de l'aéroport de Fort-de-France par des manifestants a nécessité le détournement d'avions vers la Guadeloupe. Face à ce déferlement de violences urbaines, le 10 octobre 2024, le préfet de la Martinique a interdit les manifestations, attroupements et autres rassemblements revendicatifs sur l'ensemble du territoire de la Martinique jusqu'au 14 octobre 2024, et a renouvelé l'interdiction relative à la vente de carburant et d'artifices de divertissement. Il a également interdit tout déplacement de personne dans l'espace public entre 21 heures et 5 heures jusqu'au 14 octobre 2024, sur l'ensemble du territoire de la Martinique, à l'exception des personnes intervenant pour des missions de service public, d'assistance à des personnes nécessitant des soins, d'approvisionnement des commerces ou pour des déplacements liés à l'activité professionnelle, ainsi que des personnes justifiant que leur déplacement est lié à des nécessités médicales ou familiales. Malgré l'instauration de ce couvre-feu, la Martinique est restée le théâtre de troubles à l'ordre public d'une extrême gravité, en particulier la nuit du 10 au 11 octobre 2024 durant laquelle 150 véhicules et 14 commerces ont été incendiés, la nuit du 11 au 12 octobre 2024 durant laquelle plusieurs pillages ont été recensés au Lorrain, au Gros-Morne et à Rivière-Salée, tandis que les forces de sécurité ont de nouveau été ciblées par des tirs par armes à feu à Case-Pilote, mais aussi la nuit du 13 au 14 octobre 2024 durant laquelle les pompiers, sous escorte policière, sont intervenus pour des feux de palettes. Par l'arrêté contesté, le préfet de la Martinique a prolongé le couvre-feu pour la période du 14 au 21 octobre 2024, sur l'ensemble du territoire de la Martinique. Ont été dénombrés, depuis le 1er septembre 2024, 30 incendies de locaux commerciaux, 150 pillages et cambriolages de locaux commerciaux et 232 véhicules incendiés sur la voie publique, ainsi que, depuis le 10 octobre 2024, quatre incendies de bâtiments publics, un décès par balle en marge d'un pillage, deux décès dans un accident de circulation de nuit, et de nombreux policiers et gendarmes blessés.
4. Les requérants soutiennent que l'arrêté contesté porte une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté fondamentale d'aller et venir, qui n'apparaît pas nécessaire, adaptée ni proportionnée à l'objectif de sauvegarde de l'ordre public, dans la mesure où la situation sécuritaire s'est nettement améliorée durant les nuits des 12 et 13 octobre 2024. S'il est constant qu'une accalmie a été constatée les deux nuits précédant l'édiction de l'arrêté en litige, celle-ci ne présentait toutefois qu'un caractère précaire et très récent, alors que de nouveaux appels au blocage étaient lancés pour le lendemain. Malgré le discours rassurant tenu par les autorités publiques, et pour contraignant que soit le couvre-feu pour les requérants et la population martiniquaise, il résulte de l'instruction que, compte tenu de l'extrême gravité des violences urbaines constatées encore peu de temps avant l'édiction de l'arrêté, qui ont été perpétrées dans un grand nombre de communes de Martinique et qui ont nécessité une mobilisation massive des forces de sécurité et de secours, le préfet de la Martinique n'a pas porté une atteinte disproportionnée à la liberté fondamentale d'aller et venir dans l'objectif de préserver l'ordre public, en prolongeant le couvre-feu, sur l'ensemble du territoire, pour sept jours supplémentaires. Au demeurant, malgré le maintien de cette mesure, des incendies, un cambriolage et des tirs par arme à feu ont été recensés durant la nuit du 14 au 15 octobre 2024, et 15 véhicules ont été incendiés au Lamentin et à Ducos la nuit suivante, alors que le collectif à l'origine de la mobilisation a appelé, le 16 octobre 2024, à " poursuivre le mouvement " et " maintenir le combat ".
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir ni sur la condition d'urgence, que les conclusions de M. C et de Mme G tendant à la suspension de l'exécution de l'arrêté du 14 octobre 2024 par lequel le préfet de la Martinique a réglementé temporairement les déplacements des personnes sur l'ensemble du territoire de la Martinique du 14 au 21 octobre 2024 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. C et de Mme G est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D C en application du troisième alinéa de l'article R. 751-3 du code de justice administrative, et au ministre chargé des Outre-mer.
Mme G sera informée de la présente ordonnance par Me Boukhari, qui la représente à l'instance.
Copie de l'ordonnance sera adressée pour information au préfet de la Martinique.
Fait à Schœlcher, le 17 octobre 2024.
La juge des référés,
A. Monnier-Besombes La greffière,
M.-A. Elisabeth
La République mande et ordonne au ministre chargé des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2400664
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026