jeudi 5 juin 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Martinique |
| Section | Tribunal Administratif de la Martinique |
| N° Dossier | TA102-2400687 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | LEBAR EMMANUEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 25 octobre 2024, la société Associés consultants et
experts-comptables, représentée par Me Lebar, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 19 août 2024, par laquelle le directeur général adjoint de la collectivité territoriale de Martinique, chargé de la transformation économique, de la relance et de l'attractivité, a rejeté sa demande tendant au bénéfice de l'aide à l'emploi, au titre de l'embauche d'une salariée à compter du 3 janvier 2024 ;
2°) d'enjoindre au président du conseil exécutif de la collectivité territoriale de Martinique de lui octroyer l'aide sollicitée, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la collectivité territoriale de Martinique la somme de
2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;
- la décision attaquée est entachée d'erreur de droit, dès lors que le fait que la salariée recrutée détienne 50 % du capital d'une autre entreprise ne pouvait faire obstacle au bénéfice de l'aide ;
- la décision attaquée est entachée de détournement de pouvoir.
La requête a été régulièrement communiquée à la collectivité territoriale de Martinique, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- la délibération de l'assemblée de Martinique n° 18-73-1 du 2 mars 2018 portant refonte des aides aux entreprises ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Lancelot,
- et les conclusions de M. Phulpin, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La société Associés consultants et experts-comptables, qui exploite un cabinet d'expertise comptable et de conseil aux entreprises, a sollicité, le 25 juin 2024, auprès de la collectivité territoriale de Martinique, en vue de financer l'embauche, à compter du 3 janvier 2024, d'une salariée recrutée en contrat à durée indéterminée en qualité d'assistante comptable, l'aide à l'emploi, prévue par la délibération de l'assemblée de Martinique du 2 mars 2018 portant refonte des aides aux entreprises. Par une décision du 19 août 2024, le directeur général adjoint, chargé de la transformation économique, de la relance et de l'attractivité, a rejeté cette demande d'aide. Par la présente requête, la société Associés consultants et experts-comptables demande au tribunal d'annuler cette décision du 19 août 2024, et d'enjoindre au président du conseil exécutif de la collectivité territoriale de Martinique de lui octroyer l'aide demandée.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 7224-13 du code général des collectivités territoriales : " Le président du conseil exécutif est le chef des services de la collectivité territoriale de Martinique. Il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, donner délégation de signature en toute matière aux responsables des dits services ".
3. Par un arrêté du président du conseil exécutif de la collectivité territoriale de Martinique n° 2023-PCE-928 du 18 décembre 2023, régulièrement publié sur le site Internet de la collectivité, M. A B, directeur général adjoint chargé de la transformation économique, de la relance et de l'attractivité, et signataire de la décision attaquée, a reçu délégation de signature, à l'effet de signer, au nom et pour le compte du président du conseil exécutif : " les correspondances courantes, portées à connaissance des avis, notifications, communications d'informations ou de pièces se rapportant à l'activité de la DGA, les accusés de réception, les demandes de pièces et d'informations complémentaires, les bordereaux de transmission, la certification conforme des copies, les constatations et attestations du service fait ". Eu égard au caractère limitatif de l'énumération des actes que le directeur général adjoint chargé de la transformation économique, de la relance et de l'attractivité est ainsi autorisé à signer en application de cette délégation de signature, celle-ci ne peut être regardée comme incluant les décisions portant refus d'aide à l'emploi. Dans ces conditions, la société Associés consultants et experts-comptables est fondée à soutenir que la décision du 19 août 2024, lui refusant le bénéfice de l'aide à l'emploi, a été signée par une autorité incompétente.
4. En second lieu, aux termes de l'article L. 7211-1 du code général des collectivités territoriales : " La Martinique constitue une collectivité territoriale de la République régie par l'article 73 de la Constitution qui exerce les compétences attribuées à un département d'outre-mer et à une région d'outre-mer [] ". Aux termes de l'article L. 4211-1 du même code : " La région a pour mission [] de contribuer au développement économique, social et culturel de la région, par : [] 15° L'attribution d'aides à des actions collectives au bénéfice de plusieurs entreprises, lorsque ces actions s'inscrivent dans le cadre du schéma régional de développement économique, d'innovation et d'internationalisation ". Aux termes du I de l'article L. 1511-2 du même code : " Sous réserve des articles L. 1511-3, L. 1511-7 et L. 1511-8, du titre V du livre II de la deuxième partie et du titre III du livre II de la troisième partie, le conseil régional est seul compétent pour définir les régimes d'aides et pour décider de l'octroi des aides aux entreprises dans la région []. Ces aides revêtent la forme de prestations de services, de subventions, de bonifications d'intérêts, de prêts et d'avances remboursables, à taux nul ou à des conditions plus favorables que les conditions du marché ". Aux termes de l'article 1er de la délibération de l'assemblée de Martinique n° 18-73-1 du 2 mars 2018 portant refonte des aides aux entreprises : " L'Assemblée adopte le dispositif d'aides aux entreprises décliné autour des axes suivants : [] Aide à l'emploi ". Aux termes de l'article 3 de cette même délibération : " Le préambule, les fiches et les différents documents annexés à la présente, précisent le contenu et définissent les modalités de mise en œuvre ". La fiche intitulée " Aide à l'emploi ", annexée à la délibération, à laquelle il est ainsi renvoyé, dispose : " Critères de sélection : [] L'emploi ne peut concerner un actionnaire ou un associé impliqué dans la gestion et/ou détenant plus 1/4 du capital ".
5. Il ressort des pièces du dossier que, pour refuser l'aide sollicitée par la société Associés consultants et experts-comptables, le directeur général adjoint de la collectivité territoriale de Martinique, chargé de la transformation économique, de la relance et de l'attractivité s'est fondé sur la circonstance que la salariée recrutée détenait 50 % du capital d'une entreprise, dénommée " Les spécialistes du terrassement ". Les dispositions précitées de la fiche annexée à la délibération de l'assemblée de Martinique n° 18-73-1 du 2 mars 2018 portant refonte des aides aux entreprises ont toutefois pour objet d'exclure le bénéfice de l'aide, uniquement lorsque le salarié recruté est impliqué dans la gestion de l'entreprise, ayant procédé à son recrutement et demandant le bénéfice de l'aide à ce titre. En retenant que la circonstance que la salariée recrutée soit impliquée dans la gestion d'une autre entreprise faisait également obstacle au bénéfice de l'aide, le directeur général adjoint de la collectivité territoriale de Martinique, chargé de la transformation économique, de la relance et de l'attractivité a ajouté un critère de sélection, non prévu par la réglementation, et a ainsi entaché sa décision d'erreur de droit.
6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen de la requête, que la décision du 19 août 2024, par laquelle le directeur général adjoint de la collectivité territoriale de Martinique, chargé de la transformation économique, de la relance et de l'attractivité, a rejeté la demande de la société Associés consultants et experts comptables, tendant au bénéfice de l'aide à l'emploi, doit être annulée.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
7. L'exécution du présent jugement implique seulement qu'il soit enjoint au président du conseil exécutif de la collectivité territoriale de Martinique de réexaminer la demande d'aide à l'emploi, présentée par la société Associés consultants et experts-comptables le 25 juin 2024. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner ce réexamen, dans un délai de 2 mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, en revanche, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée par la société Associés consultants et experts-comptables.
Sur les frais liés au litige :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, et de mettre à la charge de la collectivité territoriale de Martinique une somme de 1 500 euros, au titre des frais exposés par la société Associés consultants et experts-comptables et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 19 août 2024 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au président du conseil exécutif de la collectivité territoriale de Martinique, dans un délai de 2 mois à compter de la notification du présent jugement, de réexaminer la demande d'aide à l'emploi, présentée par la société Associés consultants et experts-comptables le 25 juin 2024.
Article 3 : La collectivité territoriale de Martinique versera à la société Associés consultants et experts-comptables une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de la société Associés consultants et
experts-comptables est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société Associés consultants et experts-comptables et à la collectivité territoriale de Martinique.
Délibéré après l'audience du 20 mai 2025, à laquelle siégeaient :
M. Laso, président,
M. Lancelot, premier conseiller,
Mme Monnier-Besombes, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juin 2025.
Le rapporteur,
F. Lancelot
Le président,
J.-M. LasoLa greffière,
V. Ménigoz
La République mande et ordonne au préfet de la Martinique, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026