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AccueilJurisprudence administrativeN° TA102-2500010

Tribunal Administratif de la Martinique — Décision N° TA102-2500010

jeudi 30 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de la Martinique
SectionTribunal Administratif de la Martinique
N° DossierTA102-2500010
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantYANG-TING HO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 8 et 27 janvier 2025, M. B, représenté par Me Yang-Ting Ho, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision du 19 novembre 2024 par laquelle le président de l'Université des Antilles a refusé de lui accorder une prolongation d'activité, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) d'enjoindre à l'administration de réexaminer sa situation dans un délai de 15 jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir.

Il soutient que :

- la requête est recevable dès lors que sa demande est fondée sur un élément nouveau issu de la loi n° 2023-270 du 14 avril 2023 ; la décision du 3 mars 2022 se fondait sur la réglementation alors en vigueur et sur les conditions de fait différentes ; la décision du 19 novembre 2024 n'est pas confirmative des précédentes décisions dès lors qu'elle se fonde sur des conditions nouvelles ;

- la condition relative à l'urgence est satisfaite dès lors que l'arrêt de son enseignement aura des conséquences sur le suivi des étudiants doctorants ; notamment pour une étudiante, souffrant d'une pathologie nécessitant des aménagements, pour laquelle il assure la direction de ses recherches depuis le début de sa thèse ; en étant admis à la retraite à l'âge de 69 ans il perdra 54 % de son salaire ; enfin, aucun remplaçant n'a été désigné par l'Université ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision en litige dès lors qu'elle est insuffisamment motivée ; elle est, en outre, entachée d'erreur de fait dans la mesure où l'atelier de soutien doctoral à l'écriture et à la soutenance de la thèse qu'il assure a été prolongé au deuxième semestre ; cet enseignement est reconnu par les autres professeurs comme une nécessité de service ; enfin, il remplit les conditions posées par la loi n° 2023-270 du 14 avril 2023, autorisant la prolongation d'activité au-delà de l'âge limite de départ à la retraite, jusqu'à 70 ans, dès lors qu'il est en bonne santé ; l'Université ne se trouve pas en situation de compétence liée ; l'Université n'a pas de difficultés financières ; il ne peut devenir professeur émérite.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 janvier 2025, le président de l'Université des Antilles, représentée par Me Moreau, conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- la décision du 19 novembre 2024 est une décision confirmative, insusceptible de recours, de la décision du 3 mars 2022 par laquelle la demande de prolongation d'activité à compter du 17 février 2025 a été rejetée et qui est devenue définitive en l'absence de recours contre cette décision ;

- la condition relative l'urgence n'est pas remplie, il n'y a pas d'atteinte grave, dès lors que la poursuite de l'encadrement des thèses peut être confiée à d'autres enseignants ; le requérant ne pouvait ignorer qu'il ne pourrait poursuivre l'enseignement des étudiants doctorants après février 2025 ; en outre, il n'est pas nécessaire d'accorder une prolongation d'activité dès lors que rien ne l'empêche de poursuivre l'encadrement des thèses en qualité de professeur émérite ; enfin, le requérant est à l'origine de l'urgence dont il se prévaut aujourd'hui ;

- il n'y a pas de doute sérieux sur la légalité de la décision en litige dès lors qu'elle se trouvait en situation de compétence liée pour refuser la demande de prolongation d'activité, le requérant ayant déjà obtenu une prolongation d'activité de 10 trimestres par une décision du 3 mars 2022 ; en tout état de cause, les moyens ne sont pas fondés.

Vu :

- la requête enregistrée le 8 janvier 2025 sous le n° 2500009 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 29 janvier 2025 à 10 heures en présence de Mme Lemaître, greffière d'audience, ont été entendus :

- M. A, qui a lu son rapport ;

- les observations de Me Yang-Ting Ho, représentant M. B ;

- les observations de Mme D, représentant l'Université des Antilles.

En application de l'article R. 522-8 du code de justice administrative, la clôture de l'instruction a été reportée jusqu'à 12 heures, afin de permettre aux parties de produire des pièces complémentaires utiles à la solution du litige.

M. B a produit des pièces enregistrées le 29 janvier 2025 à 11h44 qui ont été communiquées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, professeur au sein de l'Université des Antilles, assure un enseignement de langue vivante étrangère en anglais ainsi qu'un atelier de soutien à la rédaction et à la soutenance de thèse pour les doctorants du laboratoire de recherche de la faculté des lettres et sciences humaines. Ayant atteint la limite d'âge, le 18 août 2022, il a formulé une demande de prolongation d'activité qui lui a été accordée, par une décision du 3 mars 2022, pour 10 trimestres jusqu'au 17 février 2025. Par la suite, M. B a présenté, à plusieurs reprises, une demande de prolongation d'activité d'un semestre auprès du président de l'Université des Antilles. Par une décision du 19 novembre 2024, le président de l'Université des Antilles, répondant à sa dernière demande, a refusé de faire droit à sa demande de prolongation d'activité et lui a rappelé que sa date de départ à la retraite était fixée au 18 février 2025. Par la présente requête, M. B demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette décision.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

3. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il en va ainsi, alors même que cette décision n'aurait un objet ou des répercussions que purement financiers et que, en cas d'annulation, ses effets pourraient être effacés par une réparation pécuniaire. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement et objectivement, compte tenu des justifications fournies par les parties et de l'ensemble des circonstances de chaque espèce, si les effets de l'acte litigieux sur la situation du requérant ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. Pour justifier de l'urgence, M. B soutient, d'une part, que le refus opposé à sa demande de prolongation d'activité d'un semestre emporterait, à compter du 18 février 2025 date de sa mise à la retraite, des conséquences graves sur les enseignements qu'il assure et les travaux de trois doctorants dont il assure la direction. A cet égard, M. B soutient que la décision contestée met en péril la poursuite de la thèse d'une doctorante, atteinte d'une pathologie invalidante et qui a obtenu une dérogation pour pouvoir soutenir sa thèse en juillet 2025. Toutefois, il n'est pas établi que les étudiants et les doctorants ne pourraient pas voir l'enseignement et la direction des travaux de thèses qu'il assure repris par d'autres enseignants et par un autre professeur habilité à diriger des travaux de thèses. Si M. B verse au dossier plusieurs attestations de collègues faisant état de la nécessité de maintenir son enseignement, ces attestations ne sauraient suffire à caractériser l'urgence à suspendre la décision contestée. Par ailleurs, l'Université des Antilles fait valoir, sans être sérieusement contestée, que M. B pourrait bénéficier du titre de professeur émérite, s'il le sollicitait, pour lui permettre de poursuivre les directions de thèses invoquées. D'autre part, s'agissant de l'atteinte qui serait portée à sa situation personnelle et financière, M. B n'établit pas qu'il ne serait pas en mesure de supporter une baisse de revenus, estimée à 54 % de son salaire. A cet égard, il n'apporte aucune précision sur le caractère insuffisant de la pension qui lui serait octroyée au regard de ses charges actuelles, alors même qu'il ne pouvait ignorer le moment de son admission à la retraite et les conséquences normalement attendues de celle-ci sur ses revenus. Dans ces conditions, M. B ne justifie pas que la décision contestée porte une atteinte suffisamment grave et immédiate à un intérêt public et à sa situation personnelle. Dès lors, en l'absence d'urgence au sens et pour l'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, M. B n'est pas fondé à demander la suspension de l'exécution de la décision refusant de lui accorder une prolongation d'activité pour un semestre. Ses conclusions aux fins de suspension et d'injonction doivent, par suite, être rejetées, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par l'Université des Antilles et si l'un des moyens de la requête est de nature à créer un doute sérieux sur la décision attaquée.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B et à l'Université des Antilles.

Fait à Schœlcher, le 30 janvier 2025.

Le juge des référés,

J-M. A

La greffière,

J. Lemaître

La République mande et ordonne au préfet de la Martinique en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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