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AccueilJurisprudence administrativeN° TA103-2400466

Tribunal Administratif de la Polynésie française — Décision N° TA103-2400466

mardi 30 septembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de la Polynésie française
SectionTribunal Administratif de la Polynésie française
N° DossierTA103-2400466
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSCP UGGC AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de la Polynésie française a rejeté la requête de la société Boyer, qui contestait un second décompte de liquidation émis par la Polynésie française pour un marché de travaux de construction d'une marina. Le tribunal a jugé que la requête était irrecevable, car la société n'avait pas formé de réclamation préalable dans les délais requis par le code polynésien des marchés publics. En conséquence, le tribunal a également rejeté les conclusions subsidiaires et celles relatives aux frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 21 novembre 2024 et 23 avril 2025, la société Boyer, représentée par la SCP UGGC Avocats, demande au tribunal :

1°) à titre principal, de constater l’invalidité du second décompte de liquidation émis par la Polynésie française, le 19 avril 2024, ainsi que celle des décisions implicites rejetant les mémoires en réclamation notifiés les 22 mai et 10 octobre 2024 ;

2°) d’annuler le second décompte de liquidation ainsi que les décisions implicites de rejet susvisées ;

3°) subsidiairement, d’arrêter le solde du décompte du marché en litige à la somme de 17 715 856 F CFP à son débit, conformément au décompte général et définitif du marché en date du 9 mars 2022 ;

4°) de mettre à la charge de la Polynésie française la somme de 3 000 000 F CFP au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
le second décompte de liquidation en litige intervenu postérieurement à la signature sans réserve du décompte général et définitif du marché du 9 mars 2022, est invalide ; le décompte général et définitif du marché de travaux présente un caractère unique et indivisible ; une fois le décompte général signé sans réserve par le titulaire du marché, ce décompte recouvre un caractère définitif et le maître d’ouvrage n’est pas fondé à émettre un second décompte général ; ce décompte définitif fait obstacle à ce que l’administration réclame ultérieurement le paiement d’une nouvelle somme liée à l’exécution du marché, qui ne figurait pas dans le premier décompte général et définitif, régulièrement signé par les deux parties ; le principe d’intangibilité du décompte est méconnu par la Polynésie française qui a émis un nouveau décompte présentant un solde négatif de 17 754 624 F CFP en augmentant le montant des créances revendiquées par le maître d’ouvrage sur le fondement de l’exécution du marché en litige à hauteur de 38 768 F CFP ;
à titre subsidiaire, le second décompte contesté est totalement dépourvu de fondement ; en application de l’article 6.2 du CCAG applicable, la Polynésie française et la société Boyer ont convenu que l’indemnité forfaitaire de résiliation serait fixée à 5 % de la partie résiliée du marché ; conformément à ce pourcentage, les parties ont déterminé, dans leur premier décompte de liquidation devenu définitif, que cette indemnité de résiliation atteignait un montant de 17 589 164 F CFP au bénéfice de la société Boyer ; avec le second décompte de liquidation, établi le 19 avril 2024, la Polynésie française a ensuite modifié le montant de cette indemnisation en la réduisant à une somme de 17 550 396 F CFP, ce qui méconnaît le caractère forfaitaire de cette indemnisation prévu par l’article 6.2 précité du CCAG ; elle ne saurait ainsi supporter la charge d’une somme supplémentaire résultant d’une réduction infondée des sommes mises à son crédit au titre de son indemnité de résiliation dans le cadre du second décompte de liquidation ;
elle maintient les conclusions de sa requête à la suite du mémoire en défense de la Polynésie française qui s’est prévalue à tort du second décompte de liquidation.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 avril 2025, la Polynésie française conclut, à titre principal, au non-lieu à statuer dans le cadre de la présente instance et, à titre subsidiaire, au rejet de la requête.

Elle fait valoir que, quand bien même la collectivité a procédé à la notification d’un second décompte de liquidation auprès de la société requérante, c’est effectivement sur la base du premier décompte accepté par les parties qu’elle a procédé à l’exécution financière du marché. Elle indique également que la société requérante n’est pas fondée à invoquer l’invalidité du second décompte écarté par la collectivité et que la requête est ainsi dépourvue d’objet.

Par une ordonnance du 13 juillet 2025, la clôture de l’instruction a été fixée au 29 juillet 2025.


Vu :
- la loi organique n° 2004-192 du 27 février 2004 ;
- le code polynésien des marchés publics ;
- la délibération n° 95-205 AT du 23 novembre 1995 ;
- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Graboy-Grobesco,
- les conclusions de M. Boumendjel, rapporteur public,
- les observations de Me Varrod représentant la société Boyer et celles de M. A... pour la Polynésie française.
Considérant ce qui suit :

Un marché public relatif aux travaux de construction d’une marina à Tevaitoa, sur l’île de Raiatea, a été conclu le 19 mars 2018 entre la Polynésie française et la société Boyer. Le 27 août 2018, des opposants au projet de marina ont occupé les abords du chantier et une partie du site en limitant les manœuvres de la drague. Par une ordonnance n°1800365 du 29 octobre 2018, le juge des référés a enjoint aux manifestants de libérer l’accès à la parcelle domaniale. Les travaux ont alors été suspendus le 16 novembre 2018 par ordre de service, puis ajournés, avec effet rétroactif, le 14 décembre 2018. Par un jugement du 26 mars 2019, le tribunal de céans a annulé l’arrêté du 6 août 2018 portant déclaration d’utilité publique de ces travaux en raison de l’insuffisance de l’étude d’impact. Le 3 juin 2019, un avenant n°190130 au marché public de travaux était conclu, d’un montant de 49 342 348 F CFP TTC, introduisant trois « prix unitaires nouveaux » au profit du titulaire du marché, correspondant, d’une part, à des frais d’immobilisation du chantier à compter du 3 septembre 2018 et, d’autre part, à des frais de réparation et de remise en état de la clôture de chantier. L’avenant a été transmis au haut-commissaire de la République en Polynésie Française qui a demandé au tribunal administratif de la Polynésie française d’en prononcer l’annulation. Par un jugement n° 1900460 du 19 mai 2020, le tribunal administratif de céans a annulé cet avenant. Par un arrêt n° 20PA01615 du 14 avril 2023 devenu définitif et revêtu de l’autorité de la chose jugée, la cour administrative d’appel de Paris a annulé ce jugement, et a estimé valide la transaction contenue dans l’avenant contesté et rejeté le déféré présenté par le haut-commissaire de la République en Polynésie française. Entre-temps, la Polynésie française décidait le 25 novembre 2021 de prononcer la résiliation du marché pour motif d'intérêt général. Le décompte de liquidation a été notifié à la société Boyer le 11 mars 2022 qui l’a signé sans réserve le même jour. Par une ordonnance n° 2300423 du 2 novembre 2023, le juge des référés a condamné la Polynésie française à verser à la société Boyer une provision d’un montant de 49 342 348 F CFP TTC, augmenté des intérêts de retard à compter du 15 mai 2023. Le 15 juillet 2024, la Polynésie française a émis un titre de recette n° 2155 d’un montant de 33 965 020 F CFP à l’encontre de la société Boyer correspondant à un « trop-perçu » par cette dernière « suivant résiliation » dudit marché n° 18 00 20 portant sur la construction d’une marina à Tevaitoa. Ce titre de recette fait l’objet d’un contentieux enregistré au greffe du présent tribunal sous le n° 240090. Le 19 avril 2024, la Polynésie française avait établi un second décompte de liquidation, notifié le 30 avril suivant et non signé par la société requérante. Par la présente requête, la société Boyer demande au tribunal de constater l’invalidité de ce second décompte de liquidation ainsi que celle des décisions implicites rejetant ses mémoires en réclamation notifiés les 22 mai et 10 octobre 2024 et demande l’annulation de ce même décompte de liquidation ainsi que celle des décisions implicites de rejet susvisées.

Sur l’exception de non-lieu à statuer :

En l’espèce, une proposition d’ordonnancement a été formulée par la direction de l’équipement de la Polynésie française, le 24 juin 2024, auprès du service des finances afin de procéder au mandatement de la somme de 17 589 164 F CFP correspondant au montant de l’indemnité de résiliation initialement arrêtée dans le décompte général de liquidation du marché en litige en date du 9 mars 2022. Le 27 juillet 2024, la direction des budgets et des finances a procédé au mandatement de cette somme en faveur de la société Boyer. Ainsi qu’en atteste la Polynésie française, le paiement est intervenu le 29 juillet 2024. En outre, par une lettre remise en main propre contre accusé de réception le 11 avril 2025, la Polynésie française a informé la société Boyer du fait que le ministère des grands travaux, en sa qualité de maître d’ouvrage, renonçait à la validation et à la mise en paiement du second décompte de liquidation du 19 avril 2024 établi dans le cadre du marché en litige et qu’en conséquence, ce second décompte devait être considéré comme « étant nul et non avenu » et qu’il fallait tenir compte du seul décompte général et définitif date du 9 mars 2022. Si la proposition d’ordonnancement ainsi que l’opération de mandatement susmentionnées sont intervenues antérieurement à l’introduction de la requête de la société Boyer, le courrier précité du 11 avril 2025 attestant que la Polynésie française a renoncé à l’exécution financière du marché selon le second décompte en litige, est intervenu en cours d’instance et prive désormais la requête de son objet. Dans ces conditions, il n’y a pas lieu de statuer sur les conclusions tenant à l’invalidité du second décompte de liquidation du 19 avril 2024 et à son annulation ainsi qu’à celle des décisions implicites rejetant les mémoires en réclamation de la société requérante notifiés les 22 mai et 10 octobre 2024 ni sur celles tenant à la détermination du solde du décompte du marché en litige.

Sur les frais liés au litige :
Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de la Polynésie française la somme de 100 000 F CFP à verser à la société Boyer au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.


D E C I D E :


Article 1er : Il n’y a pas lieu de statuer sur les conclusions tenant à l’invalidité du second décompte de liquidation du 19 avril 2024 et à son annulation ainsi qu’à celle des décisions implicites rejetant les mémoires en réclamation de la société requérante notifiés les 22 mai et 10 octobre 2024, ni sur celles tenant à la détermination du solde du décompte du marché en litige.

Article 2 : La Polynésie française versera à la société Boyer la somme de 100 000 F CFP au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Boyer et à la Polynésie française.



Délibéré après l'audience du 16 septembre 2025 à laquelle siégeaient :
M. Devillers, président,
Mme Busidan, première conseillère,
M. Graboy-Grobesco, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2025.



Le rapporteur,




M. Graboy-Grobesco
Le président,




P. Devillers
La greffière,




D. Oliva-Germain


La République mande et ordonne au haut-commissaire de la République en Polynésie française en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition,
Un greffier,


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