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AccueilJurisprudence administrativeN° TA104-2200225

Tribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE — Décision N° TA104-2200225

jeudi 25 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE
SectionTribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE
N° DossierTA104-2200225
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère CHAMBRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 juin 2022, Mme A B demande au tribunal d'annuler la délibération n° 04-2022/SC du sénat coutumier du 15 mars 2022 portant constatation de la désignation du chef de la tribu de Néavin, sur la commune de Ponérihouen.

Elle soutient que :

- le sénat coutumier a commis une erreur de droit en ne s'assurant pas que l'ensemble des mentions exigées par l'article 7 de la loi du pays n° 2006-15 du 15 janvier 2007 figurait dans l'acte coutumier n° 9-PC/CHT/GM/14 du 15 octobre 2021 relatif à la désignation du chef de la tribu de Néavin, commune de Ponérihouen, et en ne vérifiant ni que la demande de tenue de palabre émanait bien des enfants et du frère du précédent chef, désormais décédé, ni que le chef de clan était bien l'autorité coutumière ayant adressé la demande de tenue de palabre ;

- la délibération attaquée vise le certificat de non contestation émanant de M. Samuel Goromido, président de conseil coutumier Paici Camuki, en date du 24 février 2022, alors qu'une telle mention n'est exigée ni par la loi du pays n° 2006-15 du 15 janvier 2007, ni par la délibération du congrès n° 266 du 17 janvier 2007.

Une mise en demeure a été adressée le 7 septembre 2022 au sénat coutumier.

L'instruction a été close au 20 mars 2023 par une ordonnance du 2 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi organique n° 99-209 et la loi n° 99-210 du 19 mars 1999 ;

- la loi du pays n° 2006-15 du 15 janvier 2007 ;

- la délibération du congrès n° 266 du 17 janvier 2007 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 11 mai 2023 :

- le rapport de M. Briquet, premier conseiller,

- et les conclusions de Mme Peuvrel, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B demande au tribunal d'annuler la délibération n° 04-2022/SC du sénat coutumier du 15 mars 2022 portant constatation de la désignation de M. C B en qualité de chef de la tribu de Néavin, sur la commune de Ponérihouen.

2. Aux termes de l'article 2 de la loi organique du 19 mars 1999 relative à la Nouvelle-Calédonie : " Les institutions de la Nouvelle-Calédonie comprennent le congrès, le gouvernement, le sénat coutumier, le conseil économique et social et les conseils coutumiers. / () " ; Aux termes de l'article 141 de cette loi : " Le sénat coutumier constate la désignation des autorités coutumières et la notifie au président du gouvernement qui en assure la publication au Journal officiel de la Nouvelle-Calédonie. Cette désignation est également notifiée au haut-commissaire et aux présidents des assemblées de province. ". Aux termes du II de l'article 150 de la même loi : " En cas de litige sur l'interprétation d'un procès-verbal de palabre coutumier, les parties saisissent le conseil coutumier, qui rend sa décision dans un délai maximum de trois mois. ". Il résulte de ces dispositions que le sénat coutumier, saisi d'une demande en ce sens, est tenu de constater la désignation des autorités coutumières dès lors que le procès-verbal de palabre les désignant n'est pas entaché d'une irrégularité d'une gravité telle qu'il devrait être regardé comme inexistant.

3. Aux termes de l'article 1er de la délibération du congrès n° 266 du 17 janvier 2007 relative à la procédure de constatation de la prise et de la cessation de fonction des grands chefs et chefs et du versement d'une indemnité : " Les grands chefs et les chefs sont désignés selon les usages reconnus par la coutume dans leur aire coutumière respective. / Cette désignation, établie par acte coutumier, est constatée conformément aux dispositions de l'article 141 de la loi organique modifiée n° 99-209 du 19 mars 1999 susvisée. / () ".

4. Aux termes de l'article 1er de la loi du pays n° 2006-15 du 15 janvier 2007 relative aux actes coutumiers : " Le palabre est une discussion organisée selon les usages de la coutume kanak, à l'issue de laquelle une décision coutumière est adoptée. Cette décision peut être transcrite dans le cadre d'un acte coutumier. ". Aux termes de l'article 3 de cette loi : " Acte juridique de nature conventionnelle, l'acte coutumier se caractérise par un concours de volontés interdépendantes qui en détermine les éléments et les effets. Sa portée peut être individuelle ou collective. / L'acte coutumier revêt les qualités d'un acte authentique lorsqu'il est pris en matière de statut civil coutumier ou de propriété coutumière. ". Aux termes de son article 7 : " L'acte coutumier doit contenir les mentions suivantes : / - le nom et le lieu d'établissement de l'officier public coutumier qui le reçoit, / - la date et le lieu où l'acte est passé, / - l'identification et la signature du ou des demandeurs, / - l'identification et la signature de l'autorité coutumière ayant adressé la demande de tenue de palabre, / - l'identification et la signature de la ou des parties présentes ou dûment représentées, / - l'identification de(s) l'autorité(s) coutumière(s) dont le consentement est requis, / - l'objet du palabre, / - le dispositif de la décision des parties au palabre. / Toutes les signatures sont recueillies le jour de l'établissement de l'acte coutumier. / L'acte coutumier est immédiatement notifié aux parties intéressées et transmis pour information au chef de la tribu ou, à défaut, au président du conseil des chefs de clans. ". Aux termes de son article 15 : " Tout acte coutumier établi en violation des dispositions du présent chapitre est nul. ".

5. Mme B fait valoir que le sénat coutumier a commis une erreur de droit en ne s'assurant pas que l'ensemble des mentions exigées par l'article 7 de la loi du pays n° 2006-15 du 15 janvier 2007 figurait dans l'acte coutumier n° 9-PC/CHT/GM/14 du 15 octobre 2021 relatif à la désignation du chef de la tribu de Néavin, commune de Ponérihouen, et en ne vérifiant ni que la demande de tenue de palabre émanait bien des enfants et du frère du précédent chef, désormais décédé, ni que le chef de clan était bien l'autorité coutumière ayant adressé la demande de tenue de palabre. Toutefois, il n'appartenait pas au sénat coutumier, qui était en situation de compétence liée pour procéder à la désignation en cause, de s'assurer du respect de l'ensemble des règles de procédure et de forme régissant le procès-verbal de palabre. Il lui incombait seulement de vérifier qu'un procès-verbal était produit et de regarder si celui-ci n'était pas manifestement entaché d'une irrégularité telle qu'il devrait être regardé comme inexistant. Les vices de forme et de procédure invoqués, à les supposer même fondés, s'ils auraient pu conduire à la nullité de l'acte coutumier en cause, n'auraient néanmoins ici pas été d'une gravité suffisante pour permettre de regarder le procès-verbal de palabre en litige comme inexistant. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit ne peut qu'être écarté.

6. Si la requérante relève que la délibération attaquée vise le certificat de non contestation émanant de M. Samuel Goromido, président de conseil coutumier Paici Camuki, en date du 24 février 2022, alors qu'une telle mention n'est exigée ni par la loi du pays n° 2006-15 du 15 janvier 2007, ni par la délibération du congrès n° 266 du 17 janvier 2007, une telle circonstance est en elle-même sans incidence sur la légalité de l'acte en cause.

7. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la délibération n° 04-2022/SC du sénat coutumier du 15 mars 2022 portant constatation de la désignation de M. C B en qualité de chef de la tribu de Néavin, sur la commune de Ponérihouen.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au sénat coutumier.

Délibéré après l'audience du 11 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Sabroux, président,

M. Briquet, premier conseiller,

M. Pilven, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 mai 2023.

Le rapporteur,

B. BRIQUET

Le président,

D. SABROUX

Le greffier,

J. LAGOURDE

La République mande et ordonne au haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

nd

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