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AccueilJurisprudence administrativeN° TA104-2200296

Tribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE — Décision N° TA104-2200296

vendredi 17 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE
SectionTribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE
N° DossierTA104-2200296
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère CHAMBRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 août 2022, Mme A B doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 2 juin 2022 par laquelle le haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie a refusé de lui délivrer l'agrément au poste de gardien de la paix, pour inaptitude médicale ;

2°) d'enjoindre à l'administration de réexaminer ses conditions d'aptitude physique particulière pour l'accès à l'emploi de gardien de la paix.

Elle soutient que :

- elle a été inscrite sur la liste principale d'admission du concours externe de gardien de la paix de la police nationale pour 2021 mais s'est vu opposer un refus d'agrément pour un motif d'inaptitude qui n'est pas fondé ; le médecin inspecteur régional l'a classée inapte définitive au motif que son état général du SIGYCOP serait de 3 alors que cette aptitude doit être au minimum de 2 ; toutefois, ce classement a été fait au motif qu'elle est asthmatique alors que le traitement qu'elle suit lui permet de stabiliser son état, de pratiquer du sport et d'avoir été recrutée comme policière adjointe et intégrée à la formation du service territorial en février 2022.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 décembre 2022, le haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors qu'elle ne comprend aucun moyen de droit ou de fait et uniquement des conclusions à fin d'injonction à titre principal ;

- aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;

- le décret n° 2004-1439 du 23 décembre 2004 ;

- le décret n° 2020-753 du 19 juin 2020 ;

- l'arrêté du 2 août 2010 relatif aux conditions d'aptitude physique particulières pour l'accès aux emplois de certains corps de fonctionnaires ;

- l'arrêté du 26 mars 2004 relatif à l'aptitude physique exigée des candidats aux emplois de commissaire de police, lieutenant de police et gardien de la paix de la police nationale ;

- l'arrêté du 29 mars 2021 relatif à la détermination du profil médical d'aptitude en cas de pathologie médicale ou chirurgicale ;

- la circulaire du 2 janvier 2020 relative aux adjoints de sécurité de la police nationale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Pilven, premier conseiller,

- les conclusions de Mme Peuvrel, rapporteure publique,

- et les observations de Mme B, et de M. C, représentant l'Etat.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B a été admise au concours de gardien de la paix pour la session 2021. Toutefois, le haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie l'a informée, par lettre du 2 juin 2022, de l'avis médical d'inaptitude rendu par le médecin inspecteur régional de la police nationale le 15 avril 2022 en raison d'un traitement de fond de son asthme et de sa décision de refus d'agrément pour l'accès à l'emploi de gardien de la paix. Mme B a contesté cet avis médical et en a sollicité un second, qui a toutefois donné lieu à une confirmation de l'avis d'inaptitude par le comité médical ministériel du 7 décembre 2022. Mme B doit être regardée comme demandant l'annulation du refus d'agrément qui lui a été opposé par le haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie le 2 juin 2022.

Sur les fins de non-recevoir opposée par l'administration :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / (). ".

3. Si l'administration fait valoir que Mme B ne peut demander au juge administratif de prendre une mesure d'injonction à titre principal tendant à ce que le haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie lui délivre un agrément pour l'accès à un emploi de gardien de la paix, la requête de Mme B doit être regardée comme tendant à l'annulation de la décision du haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie du 2 juin 2022. La fin de non-recevoir opposée par l'administration doit dès lors être écartée.

4. Aux termes de l'article R. 411-1 du code de justice administrative : " La juridiction est saisie par requête. La requête indique les nom et domicile des parties. Elle contient l'exposé des faits et moyens, ainsi que l'énoncé des conclusions soumises au juge. () ".

5. La requête de Mme B mentionne qu'elle a été admise au concours externe de gardien de la paix pour la session 2021, qu'elle pratique des activités sportives, qu'elle a été recrutée comme policière adjointe, qu'elle exerce ainsi dans le même environnement professionnel qu'un gardien de la paix et que le traitement qu'elle suit lui permet d'exercer l'emploi de gardien de la paix. Elle doit ainsi être regardée comme mentionnant que le refus d'agrément qui lui a été opposé pour raison médicale est entaché d'une erreur d'appréciation. Dès lors, la fin de non-recevoir, tirée de ce que la requête ne comporterait aucun moyen, doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

6. Aux termes de l'article 21 du décret du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires : " Lorsque les conclusions du ou des médecins sont contestées soit par l'intéressé, soit par l'administration, le conseil médical compétent est saisi dans le délai de deux mois ". Aux termes de l'article 3 de l'arrêté du 2 août 2010 relatif aux conditions d'aptitude physique particulières pour l'accès aux emplois de certains corps de fonctionnaires : " Outre les conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics requises conformément aux dispositions de l'article 20 du décret du 14 mars 1986 susvisé, les candidats doivent remplir les conditions d'aptitude physique particulière suivantes : 1° Pour l'accès aux emplois de fonctionnaires actifs des services de la police nationale visés à l'annexe I, les candidats doivent remplir les conditions d'aptitude physique particulières mentionnées à l'annexe II du présent arrêté. Ces conditions d'aptitude physique particulières, déterminées par le SIGYCOP, incluent également l'aptitude au port et à l'usage des armes. (). ". En vertu de l'annexe II du même arrêté, l'état général, nommé " G " correspondant au profil minimal requis doit être au minimum de 2. Par ailleurs, aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 26 mars 2004 relatif à l'aptitude physique exigée des candidats aux emplois de commissaire de police, lieutenant de police et gardien de la paix de la police nationale : " Les candidats aux concours de commissaire de police, lieutenant de police et gardien de la paix de la police nationale doivent être reconnus aptes à ces emplois, après examen médical. Ils doivent : () - n'être atteints d'aucune séquelle de maladie cardiologique, cancérologique, neurologique ou psychiatrique. Une incapacité permanente partielle peut être acceptée jusqu'à 10 % en cas de séquelle de maladie dans une autre spécialité médicale ou chirurgicale, par référence au barème des pensions civiles ; - être médicalement aptes à un service actif de jour comme de nuit pouvant comporter une exposition aux intempéries et des déplacements de durée prolongée hors résidence. ". Enfin, en vertu de l'arrêté du 29 mars 2021 relatif à la détermination du profil médical d'aptitude en cas de pathologie médicale ou chirurgicale, un traitement quel qu'en soit la nature n'autorise pas un classement en G1 ou en G2 à l'engagement initial dans les armées. Ce document précise aussi que dans ce cas, pour déterminer l'aptitude médicale à servir, un avis spécialisé ou le recours aux conseils de santé est nécessaire.

7. Si le juge de l'excès de pouvoir apprécie la légalité d'une décision au vu de la situation de fait et de droit qui prévalait à la date de cette décision, il peut toutefois prendre en compte des éléments postérieurs à cette décision qui éclairent cette situation.

8. Mme B a fait l'objet d'un avis d'inaptitude définitive à l'emploi de gardien de la paix par le médecin inspecteur de la police nationale en Nouvelle-Calédonie le 15 avril 2022, en raison d'un traitement de fond contre l'asthme ayant conduit à un classement du critère " G ", correspondant à son état général, en 3. Cet avis a été confirmé par le comité médical ministériel du 7 décembre 2022, après expertise médicale au centre hospitalier territorial Gaston Bourret le 28 octobre 2022 à la demande de l'administration, à la suite du recours administratif formé par Mme B à l'encontre de l'avis médical du 15 avril 2022, en application de l'article 21 du décret du 14 mars 1986 cité au point 6. Si l'administration fait valoir dans ses écritures qu'elle n'a fait qu'appliquer les règles prévues par l'arrêté du 29 mars 2021 cité au point 6, cet arrêté ne porte que sur l'aptitude à servir du personnel militaire et non du personnel de la police nationale. Par ailleurs, la consultation réalisée par un médecin pneumologue du centre hospitalier territorial Gaston Bourret le 28 octobre 2022 à la demande de l'administration a conclu à un asthme contrôlé sous traitement, à l'absence de manifestation allergique après désensibilisation, à l'absence de contre-indication à la pratique du sport et à l'absence de contre-indication respiratoire pour la carrière de fonctionnaire de police. Cette analyse est au demeurant confirmée par celle établie par le pneumologue, assurant le suivi de la requérante depuis 2009, par un certificat médical du 21 février 2022. Il apparait ainsi qu'en prenant une décision de refus d'agrément le 2 juin 2022 en se fondant sur un classement de la requérante en G3 par le comité médical ministériel au vu de son asthme, le haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie a entaché sa décision d'erreur d'appréciation. Mme B est par suite fondée à demander l'annulation de la décision rejetant sa candidature sur un poste de gardien de la paix.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. L'administration ne conteste pas les autres conditions tenant à la délivrance d'un agrément pour l'accès à l'emploi de gardien de la paix. Par suite et eu égard au motif d'annulation retenu par le présent jugement, il y a lieu d'enjoindre au haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie de délivrer à Mme B l'agrément à l'emploi de gardien de la paix.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie du 2 juin 2022 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie de délivrer l'agrément à l'emploi de gardien de la paix à Mme B.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie.

Délibéré après l'audience du 9 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Sabroux, président,

M. Pilven, premier conseiller,

M. Briquet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mars 2023.

Le rapporteur,

Signé

J-E PILVENLe président,

Signé

D. SABROUX Le greffier de chambre,

Signé

J. LAGOURDE

La République mande et ordonne au haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

nd

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