jeudi 16 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE |
| Section | Tribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE |
| N° Dossier | TA104-2200297 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère CHAMBRE |
| Avocat requérant | SARL DESWARTE CALMET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête sommaire et des mémoires complémentaires, enregistrés le 17 août, le 1er septembre et le 16 décembre 2022, la société à responsabilité limitée (SARL) Fresh Jungle Juice, représentée par Me Guépy, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté n° 301/2022 du maire du Mont-Dore du 13 juin 2022 portant opposition à la déclaration préalable qu'elle avait déposée en vue de la construction d'une clôture en bordure de voie publique ;
2°) d'enjoindre à la commune du Mont-Dore de lui délivrer le certificat de non-opposition prévu par l'article R. 121-5 du code de l'urbanisme de la Nouvelle-Calédonie ;
3°) de mettre à la charge de la commune du Mont-Dore une somme de 300 000 francs CFP, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable ;
- l'acte attaqué ne peut s'analyser que comme une décision de retrait de la décision implicite de non-opposition aux travaux qui était antérieurement née à son profit ;
- cette décision de retrait aurait en conséquence due être précédée de la procédure contradictoire préalable instituée par l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle est par ailleurs contraire à l'article Lp. 121-7 du code de l'urbanisme de la Nouvelle-Calédonie ;
- la commune du Mont-Dore ne pouvait s'opposer à la déclaration préalable en se fondant sur une méconnaissance de l'article UBb 13 du plan d'urbanisme directeur de la ville du Mont-Dore ;
- la commune du Mont-Dore ne pouvait valablement se prévaloir d'une non-conformité au permis de construire du 24 novembre 2016.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 7 décembre 2022 et le 27 janvier 2023, la commune du Mont-Dore, représentée par la SARL Deswarte-Calmet, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 250 000 francs CFP soit mise à la charge de la SARL Fresh Fruit au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi organique n° 99-209 et la loi n° 99-210 du 19 mars 1999 ;
- le code de l'urbanisme de la Nouvelle-Calédonie ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 2 février 2023 :
- le rapport de M. Briquet, premier conseiller,
- les conclusions de Mme Peuvrel, rapporteure publique,
- et les observations de Me Guépuy, avocat de la société requérante.
Considérant ce qui suit :
1. La SARL Fresh Jungle Juice demande au tribunal d'annuler l'arrêté n° 301/2022 du maire du Mont-Dore du 13 juin 2022 portant opposition à la déclaration préalable qu'elle avait déposée le 19 janvier 2022 en vue de la construction d'une clôture en bordure de voie publique.
2. Aux termes de l'article Lp. 121-4 du code de l'urbanisme de la Nouvelle-Calédonie : " Le délai d'instruction de droit commun est de : / - deux mois pour les déclarations préalables ; / () / Les provinces peuvent préciser les cas dans lesquels les délais d'instruction peuvent être majorés dans le cadre d'une procédure qui ne doit pas excéder au total une année. / De telles majorations pourront notamment être prévues concernant les opérations pour lesquelles la délivrance d'un permis ou la réalisation de travaux est différée dans l'attente de formalités prévues par d'autres législations que celles régissant les principes directeurs du droit de l'urbanisme. / Aucune prolongation du délai d'instruction n'est possible en dehors des cas et conditions prévus par les provinces. ". Aux termes de son article PS. 221-37 : " Les délais d'instruction de droit commun des demandes de permis de construire et des déclarations préalables prévus par l'article Lp. 121-4 sont majorés de deux mois : / 1° Lorsque le projet est situé en zone inondable portée à la connaissance du public ; / () ".
3. Aux termes de l'article PS. 221-25 du code de l'urbanisme de la Nouvelle-Calédonie : " La demande de permis de construire ou la déclaration préalable est adressée par pli recommandé avec demande d'avis de réception ou déposée, contre décharge, au service instructeur. / () ". Aux termes de son article PS. 221-28 : " Le dossier est réputé complet si l'autorité compétente n'a pas, dans le délai d'un mois à compter du dépôt ou de la réception de la demande de permis de construire ou de la déclaration préalable, notifié au pétitionnaire ou au déclarant la liste des pièces manquantes, dans les conditions prévues à l'article PS. 221-29. ". Aux termes de son article PS. 221-29 : " Lorsque le dossier ne comprend pas les pièces exigées en application de la sous-section 1 du présent chapitre, l'autorité compétente adresse au pétitionnaire ou au déclarant, dans le délai d'un mois à compter du dépôt ou de la réception de la demande de permis de construire ou de la déclaration préalable, un courrier indiquant, de manière exhaustive, les pièces manquantes. / Lorsque le dossier a été transmis sur support dématérialisé, ces pièces le sont également. ". Aux termes de son article PS. 221-30 : " L'envoi prévu à l'article PS. 221-29 précise que : / () / 3° Le délai d'instruction commence à courir à compter de la réception des pièces manquantes par le service instructeur. ".
4. Aux termes de l'article Lp. 121-5 du code de l'urbanisme de la Nouvelle-Calédonie : " Le permis est tacitement accordé si aucune décision n'est notifiée au demandeur à l'issue du délai d'instruction prévu à l'article Lp. 121-4. / () ". Aux termes de son article Lp. 121-7 : " La décision de non-opposition à la déclaration préalable ne peut faire l'objet d'aucun retrait. / () ". Aux termes de son article Lp. 121-8 : " Le permis tacite et la décision de non-opposition à une déclaration préalable sont exécutoires à compter de la date à laquelle ils sont acquis. ". Aux termes de son article R. 121-5 : " En cas de permis tacite ou de non-opposition à un projet ayant fait l'objet d'une déclaration préalable, l'autorité compétente en délivre certificat sur simple demande du demandeur. ".
5. Il ressort des pièces du dossier que le délai d'instruction de la déclaration préalable était ici de quatre mois, s'agissant d'un projet situé en zone inondable portée à la connaissance du public. Ayant commencé à courir le 19 janvier 2022, il expirait au plus tard, compte-tenu de la demande de complément de pièces adressée le 18 février 2022 et à laquelle il a été répondu le jour même, le 18 juin 2022. Si le maire a pris, dès le 13 juin 2022, avant l'expiration du délai susmentionné, une décision d'opposition à la déclaration, cette décision n'a été notifiée à la requérante que par un courrier recommandé avec avis de réception qui a été adressé le 20 juin 2022, présenté le 21 juin 2022, et reçu le 5 juillet 2022. Ainsi, et en l'absence de toute notification de l'acte attaqué dans le délai d'instruction, laquelle était la seule de nature à rendre cet acte individuel opposable à sa destinataire, la SARL Fresh Jungle Juice devait être réputée bénéficiaire, au plus tard le 18 juin 2022, d'une décision implicite de non-opposition aux travaux décrits dans sa déclaration. Par suite, et sans même qu'il soit besoin de se prononcer sur la validité du complément de pièces sollicité le 18 février 2022, cette société est fondée à soutenir que l'acte attaqué ne peut s'analyser que comme une décision de retrait.
6. Un tel retrait est ici contraire à l'article Lp. 121-7 du code de l'urbanisme de la Nouvelle-Calédonie. Par ailleurs et ainsi que le fait valoir à bon droit la requérante, à le supposer même possible, ledit retrait, qui portait sur une décision créatrice de droits et était de ce fait soumis à obligation de motivation par application du 4° de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, applicable aux communes de Nouvelle-Calédonie en vertu de l'article L. 562-1 du même code, aurait en tout état de cause dû être précédé de la procédure contradictoire préalable instituée par l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, selon lequel " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ".
7. Aux termes de l'article UBb 13 du plan d'urbanisme directeur de la ville du Mont-Dore : " () / Clôtures / Les clôtures avec transparence, du fait de la présence d'éléments ajourés, permettent aux jardins privés de participer au paysage de rue. / Les clôtures sur rue seront donc construites au choix selon les typologies suivantes : / () / Troisième typologie possible : un simple mur / - réalisation d'un mur de maçonnerie enduit et peint, de teinte claire et d'aspect fini ou en matériaux naturels (bois, ), d'une hauteur n'excédant pas 1,60 mètre ".
8. Une autorisation d'urbanisme n'ayant d'autre objet que d'autoriser la construction conforme aux plans et indications fournis par le pétitionnaire, l'autorité administrative n'a à vérifier ni l'exactitude des déclarations du demandeur relatives à la consistance du projet à moins qu'elles ne soient contredites par les autres éléments du dossier joint à la demande, ni l'intention du demandeur de les respecter, sauf en présence d'éléments établissant l'existence d'une fraude à la date à laquelle l'administration se prononce sur la demande d'autorisation.
9. Il ressort du dossier de déclaration préalable que la clôture projetée consistait en un mur en bois d'une hauteur d'1,60 mètre. Une telle construction répondait aux exigences de l'article UBb 13 du plan d'urbanisme directeur de la ville du Mont-Dore. Dans ces conditions, la commune du Mont-Dore, qui n'avait pas à vérifier l'exactitude des déclarations du demandeur relatives à la consistance du projet, en l'absence en l'espèce de tout élément établissant l'existence d'une fraude ou de toute contradiction ressortant du dossier de déclaration, et qui en tout état de cause n'établit pas par le constat d'huissier qu'elle produit que la clôture en litige serait en pratique d'une hauteur supérieure à 1,60 mètres, ne pouvait ici s'opposer à la déclaration préalable en se fondant sur une méconnaissance de cet article UBb 13.
10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la SARL Fresh Juice est fondée à demander l'annulation de l'acte contesté. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens invoqués n'est susceptible, en l'état du dossier, de fonder cette annulation.
11. En raison des motifs qui la fondent, l'annulation prononcée au point précédent implique que le maire du Mont-Dore délivré à la SARL Fresh Fruit le certificat de non-opposition prévu par l'article R. 121-5 du code de l'urbanisme de la Nouvelle-Calédonie, qu'elle sollicite. Il y a lieu d'enjoindre à la commune du Mont-Dore de procéder à la délivrance d'un tel certificat, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement.
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la SARL Fresh Fruit, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune du Mont-Dore demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, par contre, de mettre à la charge de la commune du Mont-Dore une somme de 180 000 francs CFP au titre des frais exposés par la requérante et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté n° 301/2022 du maire du Mont-Dore du 13 juin 2022 portant opposition à la déclaration préalable déposée par la SARL Fresh Fruit en vue de la construction d'une clôture en bordure de voie publique, est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au maire du Mont-Dore de délivrer à la SARL Fresh Fruit le certificat de non-opposition à déclaration préalable qu'elle sollicite, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement.
Article 4 : La commune du Mont-Dore versera à la SARL Fresh Fruit une somme de 180 000 francs CFP au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Les conclusions de la commune du Mont-Dore présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Fresh Fruit et à la commune du Mont-Dore.
Délibéré après l'audience du 2 février 2023, à laquelle siégeaient :
M. Sabroux, président,
M. Briquet, premier conseiller,
M. Pilven, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 février 2023.
Le rapporteur,
B. BRIQUET
Le président,
D. SABROUX
Le greffier,
J. LAGOURDE
La République mande et ordonne au haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie, en ce qui le concerne, ou à tous les huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
pc
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026