jeudi 16 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE |
| Section | Tribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE |
| N° Dossier | TA104-2200337 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère CHAMBRE |
| Avocat requérant | SELARL REUTER - DE RAISSAC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 3 octobre 2022, la société civile immobilière (SCI) Les Grottes 2013, représentée par la SELARL Reuter-de Raissac-Patet, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser une somme totale d'1 633 634 francs CFP, en réparation des pertes de loyer subies et aux frais d'huissier engagés du fait du refus du haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie de lui accorder le concours de la force publique pour assurer l'exécution de l'ordonnance du 5 mai 2020 du juge des référés de la section détachée de Koné du tribunal de première instance de Nouméa, prononçant l'expulsion de Mme A C du logement situé route des grottes à Koumac dont elle est propriétaire ;
2°) de majorer des intérêts au taux légal à compter du 9 juin 2022, date de réception de sa réclamation préalable, la somme de 1 602 594 francs CFP qui lui sera allouée au titre des pertes de loyers ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 150 000 francs CFP, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le refus de concours de la force publique qui a ici été opposé doit entraîner l'engagement de la responsabilité sans faute de l'Etat ;
- doit être indemnisé l'ensemble des pertes de loyer subies depuis le 3 novembre 2020, date d'expiration du délai de deux mois dont disposait le haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie pour se prononcer sur l'octroi du concours qui avait ici été sollicité par une réquisition signifiée le 3 septembre 2020, jusqu'au jour du prononcé du jugement ;
- l'indemnité qui lui sera allouée devra être calculée en prenant pour base une somme mensuelle de 79 731 francs CFP, correspondant à la fois au montant du loyer que Mme A C devait verser chaque mois en application du contrat de bail conclu le 1er septembre 2015 et au montant de l'indemnité d'occupation fixé par le juge des référés dans son ordonnance du 5 mai 2020 ;
- sera ainsi octroyé un montant de 1 602 594 francs CFP au titre des pertes de loyer subies lors de la période en litige, auquel il conviendra d'ajouter une somme de 31 040 francs CFP correspondant aux frais d'huissier exposés en vue de la signification d'une sommation de déguerpir et d'une réquisition de la force publique. ;
- l'Etat sera subrogé, dans la limite du montant de l'indemnité accordée, dans les droits qu'elle peut détenir sur Mme A C.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 janvier 2023, le haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie conclut, à titre principal, au rejet de la requête de la SCI Les Grottes 2013 et, à titre subsidiaire, à ce que l'Etat soit subrogé dans les droits que cette société peut détenir sur Mme A C.
Il soutient que :
- la responsabilité de l'Etat ne saurait être engagée, le refus de concours de la force publique étant justifié par la situation médicale, économique et sociale très dégradée de Mme A C ;
- la requérante ne démontre pas la matérialité des pertes de loyer alléguées ;
- les frais d'huissier engagés par l'intéressée ont trait à des actes établis avant le refus de concours de la force publique et n'ont en conséquence pas été engendrés par celui-ci.
Un mémoire, présenté par la SCI Les Grottes 2013, a été enregistré le 30 janvier 2023, après la clôture de l'instruction, et n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi organique n° 99-209 et la loi n° 99-210 du 19 mars 1999 ;
- le code civil applicable à la Nouvelle-Calédonie ;
- le code de procédure civile de la Nouvelle-Calédonie ;
- la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 ;
- la loi n° 2012-1270 du 20 novembre 2012, et notamment son article 34 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 2 février 2023 :
- le rapport de M. Briquet, premier conseiller,
- les conclusions de Mme Peuvrel, rapporteure publique,
- et les observations de Me Patet, avocat de la SCI les Grottes 2013 et M. B, représentant le haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie.
Considérant ce qui suit :
1. La SCI Les Grottes 2013 demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser une somme totale de 1 633 634 francs CFP, en réparation des préjudices engendrés par le refus du haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie d'accorder le concours de la force publique qui avait été sollicité en vue d'assurer l'exécution de l'ordonnance du 5 mai 2020 du juge des référés de la section détachée de Koné du tribunal de première instance de Nouméa, prononçant l'expulsion de Mme A C du logement qu'elle occupe sans titre à Koumac.
Sur les conclusions à fin d'indemnisation :
2. Toute décision de justice ayant force exécutoire peut donner lieu à une exécution forcée, la force publique devant, si elle est requise, prêter main forte à cette exécution. Toutefois, des considérations impérieuses tenant à la sauvegarde de l'ordre public ou à la survenance de circonstances postérieures à la décision judiciaire d'expulsion telles que l'exécution de celle-ci serait susceptible d'attenter à la dignité de la personne humaine, peuvent légalement justifier, sans qu'il soit porté atteinte au principe de la séparation des pouvoirs, le refus de prêter le concours de la force publique. Lorsqu'un tel refus est légalement opposé, aucune faute ne saurait être reprochée à l'Etat. La responsabilité de ce dernier reste néanmoins, même dans un tel cas, toujours susceptible d'être engagée sur le terrain de l'égalité devant les charges publiques.
3. Il résulte de l'instruction que le haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie a été valablement saisi d'une demande de concours de la force publique le 3 septembre 2020, date de la réquisition de la force publique qui lui a été transmise par huissier. Le haut-commissaire ayant gardé le silence pendant plus de deux mois sur cette demande, une décision de refus de concours a été implicitement opposée à l'intéressée. Dans ces conditions, la requérante est ici fondée à solliciter l'engagement de la responsabilité de l'Etat pour rupture d'égalité devant les charges publiques.
4. Une telle responsabilité sans faute de l'Etat doit ici donner lieu à réparation des pertes de loyer subies pendant la période allant du 3 novembre 2020, date de la décision implicite de refus de concours, jusqu'au jour du prononcé du jugement. Le montant total de ces pertes peut ici être établi en prenant pour base la somme mensuelle de 79 731 francs CFP proposée par la SCI Les Grottes 2013, qui correspond à la fois au montant du loyer que Mme A C devait verser chaque mois en application du contrat de bail conclu le 1er septembre 2015 et au montant de l'indemnité d'occupation fixé par le juge des référés dans son ordonnance du 5 mai 2020. Dans ces conditions et eu égard aux pièces produites par la requérante, qui établissent la matérialité de ses pertes de loyer, l'Etat doit en l'espèce être condamné à verser à l'intéressée la somme d'1 602 594 francs CFP qu'elle demande au titre desdites pertes. Les frais d'huissier dont la SCI Les Grottes 2013 sollicite le remboursement, quant à eux, ne sont pas susceptibles de donner lieu à réparation, dès lors que, relatifs à la sommation de déguerpir du 27 août 2020 et au procès-verbal de dépôt de pièces avec réquisition de la force publique du 3 septembre 2020, ils ont trait à des actes établis avant le refus de concours et n'ont en conséquence pas été engendrés par celui-ci.
Sur les intérêts et sur la capitalisation des intérêts :
5. La requérante a droit aux intérêts au taux légal relatifs à l'indemnité devant lui être versée par l'Etat à compter du 9 juin 2022, date de réception de sa réclamation préalable.
Sur la subrogation de l'Etat :
6. Il y a lieu de subordonner le versement à la SCI Les Grottes 2013 de l'indemnité allouée par le présent jugement à la subrogation de l'Etat, dans la limite du montant de cette indemnité, dans les droits que ladite société peut détenir sur Mme A C au titre de l'occupation irrégulière, entre le 3 novembre 2020 et le 16 février 2023, du logement qu'elle possède, route des grottes, à Koumac.
Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 150 000 francs CFP au titre des frais exposés par la SCI Les Grottes 2013 et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser une somme d'1 602 594 francs CFP à la SCI Les Grottes 2013. Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 9 juin 2022.
Article 2 : Le paiement de l'indemnité que le présent jugement accorde à la SCI Les Grottes 2013 est subordonné à la subrogation de l'Etat, dans la limite du montant de cette indemnité, dans les droits que ladite société peut détenir sur Mme A C au titre de l'occupation irrégulière, entre le 3 novembre 2020 et le 16 février 2023, du logement qu'elle possède, route des grottes, à Koumac.
Article 3 : L'Etat versera à la SCI Les Grottes 2013 une somme de 150 000 francs CFP au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la SCI Les Grottes 2013 et au haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie.
Délibéré après l'audience du 2 février 2023, à laquelle siégeaient :
M. Sabroux, président,
M. Briquet, premier conseiller,
M. Pilven, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 février 2023.
Le rapporteur,
B. BRIQUET
Le président,
D. SABROUX
Le greffier,
J. LAGOURDE
La République mande et ordonne au haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie, en ce qui le concerne, ou à tous les huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
pc
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
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01/06/2026
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01/06/2026
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01/06/2026