jeudi 18 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE |
| Section | Tribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE |
| N° Dossier | TA104-2200393 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère CHAMBRE |
| Avocat requérant | JURISCAL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 19 octobre 2022, la commune de Boulouparis, représentée par la société d'avocats JurisCal, demande au tribunal :
1°) d'annuler le permis de construire tacitement accordé le 11 juin 2022 par la présidente de l'assemblée de la province Sud à la SARL Explo NC, en vue de la réalisation d'un centre de fabrication, de dépôt et de stockage d'explosifs sur le lot n° 39 du lotissement rural SCIPO, situé sur le territoire de la commune de Boulouparis.
2°) de mettre à la charge de la province Sud une somme de 400 000 francs CFP, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable ;
- la province Sud n'a tenu compte ni de l'avis défavorable du maire de Boulouparis, ni des avis réservés du syndicat intercommunal à vocation multiple Sud du 16 août 2022 et du 23 septembre 2022 ;
- le centre de fabrication, de dépôt et de stockage d'explosifs en cause n'était pas au nombre des constructions autorisées au titre de l'article NC2 du plan d'urbanisme directeur de Boulouparis ;
- le projet engendre un risque environnemental et un risque d'explosion de nature à porter atteinte à la sécurité publique, d'autant plus que se trouvent à proximité un barrage et plusieurs installations sensibles ;
- le réseau routier n'est pas adapté.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 juillet 2023, la province Sud conclut au rejet de la requête de la commune de Boulouparis.
Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi organique n° 99-209 et la loi n° 99-210 du 19 mars 1999 ;
- le code de l'environnement de la province Sud ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de l'urbanisme de la Nouvelle-Calédonie ;
- la délibération n° 274-2011/BAPS/DIMENC du 1er juin 2011 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 21 mars 2024 :
- le rapport de M. Briquet, premier conseiller,
- les conclusions de Mme Peuvrel, rapporteure publique,
- et les observations de Me Loste, avocat de la commune de Boulouparis et de Mme A représentant la province Sud.
Considérant ce qui suit :
1. La commune de Boulouparis demande au tribunal d'annuler le permis de construire tacitement accordé le 11 juin 2022 par la présidente de l'assemblée de la province Sud à la SARL Explo NC, en vue de la réalisation d'un centre de fabrication, de dépôt et de stockage d'explosifs sur le lot n° 39 du lotissement rural SCIPO, situé sur le territoire de la commune de Boulouparis.
2. Aux termes de l'article Lp. 121-1 du code de l'urbanisme de la Nouvelle-Calédonie : " Les constructions même ne comportant pas de fondations, doivent être précédées de la délivrance d'un permis de construire. / () ". Aux termes de son article Lp. 121-4 : " Le délai d'instruction de droit commun est de : / () / - trois mois pour les demandes de permis de construire. / () ". Aux termes de son article Lp. 121-5 : " Le permis est tacitement accordé si aucune décision n'est notifiée au demandeur à l'issue du délai d'instruction prévu à l'article Lp. 121-4. / () ".
3. Aux termes de l'article PS 221-40 du code de l'urbanisme de la Nouvelle-Calédonie : " L'autorité compétente procède à l'instruction de la demande de permis de construire ou de la déclaration préalable et consulte, le cas échéant, les personnes publiques, services ou commissions intéressés par le projet. / () / Lorsque la province est compétente pour délivrer le permis de construire ou pour se prononcer sur le projet faisant l'objet d'une déclaration préalable, le maire de la commune dans laquelle les travaux sont envisagés est consulté. ".
4. La seule circonstance que la province Sud n'a pas suivi l'avis défavorable du maire de Boulouparis n'est pas en elle-même de nature à établir que celle-ci n'en aurait pas tenu compte, dès lors notamment que cet avis était un simple avis consultatif et qu'aucune exigence d'avis conforme n'existait en l'espèce.
5. Si la requérante fait valoir que la province Sud n'a pas tenu compte des avis réservés du syndicat intercommunal à vocation multiple Sud du 16 août 2022 et du 23 septembre 2022, ces avis, au demeurant postérieurs à l'octroi du permis de construire en litige, ont été sollicités dans le cadre de la procédure, distincte, d'autorisation d'exploitation d'une installation classée pour la protection de l'environnement qui est régie par les articles 412-1 et suivants du code de l'environnement de la province Sud. De tels avis n'étant pas ici requis en vertu de la règlementation applicable en matière d'urbanisme, la province Sud n'avait nullement à les prendre compte.
6. Aux termes de l'article NC1 du plan d'urbanisme directeur de Boulouparis : " Sont interdits : / - toutes les occupations et les utilisations du sol non strictement nécessaires à l'exploitation de la propriété, / - les campings et les caravanings sauf dans les gîtes ruraux, / - les lotissements et constructions à destination d'habitat, de bureaux, de commerces, d'hébergement hôtelier, industrielle et artisanales autres que ceux autorisés à l'article NC2. / () ". Aux termes de l'article NC2 de ce même plan : " Sont autorisés : / - les lotissements à destination agricole, / - toutes les constructions nécessaires au bon fonctionnement de l'exploitation et au logement des exploitants. / Sont autorisés sous conditions : / - les constructions à destination d'habitat à condition d'être liées aux caractéristiques de la zone (logement des exploitants, gardiennage, maintenance), / - les constructions à destination de bureau de commerce et d'activités liées aux caractéristiques de la zone, / - les activités définies par la réglementation en vigueur relative aux installations classées pour la protection de l'environnement, nécessaires et liées aux activités de la zone, aux services publics ou d'intérêt général, après avis des services compétents. / - les gîtes ruraux et les refuges à condition que leur localisation et leur aspect ne dénaturent pas le caractère des sites, ne compromettent pas leur qualité architecturale et paysagère et ne portent pas atteinte à la préservation des milieux, / - les aménagements agricoles après avis des services compétents, / - les équipements publics ou privés, d'intérêt général, compatibles avec l'activité de la zone, / - les prospections ou les exploitations de carrière effectuées, après avis des services compétents, dans les conditions réglementaires en vigueur, / - les ouvrages de traitement des eaux usées domestiques ou assimilées définis par la réglementation en vigueur, relative aux Installations Classées pour la Protection de l'Environnement. ".
7. La requérante fait valoir que le centre de fabrication, de dépôt et de stockage d'explosifs en cause n'était pas au nombre des constructions autorisées au titre de l'article NC2 du plan d'urbanisme directeur de Boulouparis. Toutefois ce centre, qui relève notamment des rubriques 1310 et 1311 - relatives respectivement à la fabrication et au stockage d'explosifs - de la délibération n° 274-2011/BAPS/DIMENC du 1er juin 2011 définissant la nomenclature des installations classées pour la protection de l'environnement, était une installation classée soumise à autorisation par application de l'article 413-1 du code de l'environnement de la province Sud. Une telle installation avait pour objet une activité de fabrication d'explosifs, qui avait vocation à contribuer à la production locale d'explosifs, réduisant ainsi les difficultés logistiques et les pénuries d'approvisionnement du secteur minier, lequel occupe en Nouvelle-Calédonie une place particulièrement importante en terme d'emplois et sur le plan économique, tout en permettant potentiellement à celui-ci de réduire ses coûts. Une telle activité présentait un caractère d'intérêt général, quand bien même il n'y aurait pas eu ici de carence ou insuffisance de l'initiative privée, laquelle peut être prise en compte mais n'est pas une condition nécessaire pour reconnaître l'existence d'un intérêt général. Dans ces conditions, elle rentrait dans la catégorie des " activités définies par la réglementation en vigueur relative aux installations classées pour la protection de l'environnement, nécessaires et liées aux activités de la zone, aux services publics ou d'intérêt général, après avis des services compétents ". Etant au nombre des constructions autorisées au titre de l'article NC2 du plan d'urbanisme directeur de Boulouparis, elle n'avait pas à être interdite par application de l'article NC1 du même plan.
8. Aux termes de l'article Lp. 121-16 du code de l'urbanisme de la Nouvelle-Calédonie : " Le projet ne peut être refusé ou subordonné à des prescriptions spéciales que si les ouvrages, constructions, aménagements, installations et travaux : / 1°) sont de nature, par leur situation, leurs dimensions, leur implantation à proximité d'autres installations, ou leurs caractéristiques, à porter atteinte à la salubrité ou la sécurité publique ; / () / 11°) sont de nature, par leur situation, leurs dimensions, ou leur destination, à avoir des conséquences dommageables pour l'environnement ; / () ".
9. La requérante se prévaut de l'existence d'un risque environnemental et d'un risque d'explosion de nature à porter atteinte à la sécurité publique, d'autant plus que se trouvent à proximité un barrage et plusieurs installations sensibles. Si l'existence de tels risques est ici établie, elle ne justifiait pas pour autant en elle-même un refus d'octroi du permis, eu égard aux prescriptions susceptibles d'être imposées au regard de la réglementation relative aux installations classées pour la protection de l'environnement, le projet en cause étant soumis à autorisation par application de l'article 413-1 du code de l'environnement de la province Sud. Par ailleurs, la commune de Bouloupouris n'apporte aucun élément quant aux éventuelles prescriptions, distinctes de celles susceptibles d'être prises dans le cadre de la réglementation relative aux installations classées pour la protection de l'environnement, qui auraient dû selon elle assortir le permis en cause. Dans ces conditions, l'octroi par la province Sud d'un permis tacite sans prescriptions spéciales n'est pas entaché d'erreur manifeste d'appréciation.
10. Aux termes de l'article Lp. 121-17 du code de l'urbanisme de la Nouvelle-Calédonie : " Le permis de construire peut être refusé sur des terrains qui ne seraient pas desservis par des voies publiques ou privées dans des conditions répondant à l'importance et à la destination de l'immeuble ou de l'ensemble d'immeubles qui y sont édifiés, notamment en ce qui concerne la commodité de la circulation des accès et des moyens d'approche permettant une lutte efficace contre l'incendie. / Il peut, en particulier, être refusé si les accès présentent un risque pour la sécurité des usagers des voies publiques ou pour celle des personnes utilisant ces accès. Cette sécurité doit être appréciée compte tenu, notamment de la position des accès, de leur configuration ainsi que de la nature et de l'intensité du trafic. / () ".
11. Si la commune de Boulouparis fait valoir que le réseau routier n'est pas adapté, il ressort des pièces du dossier, et notamment des photographies produites, que le terrain d'assiette du projet est desservi par une voie publique en bon état, certes d'une taille modeste mais bénéficiant néanmoins de bas-côtés importants et d'une absence de toute construction alentour qui assure une bonne visibilité. Il ne ressort par ailleurs pas des pièces du dossier que cette route serait particulièrement fréquentée. Dans ces conditions, le permis n'est pas non plus, à cet égard, entaché d'erreur manifeste d'appréciation.
12. Il résulte de tout ce qui précède que la commune de Boulouparis n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Doivent être rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la commune de Boulouparis est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la commune de Boulouparis, à la province Sud, et à la SARL Explo NC.
Délibéré après l'audience du 21 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Sabroux, président,
M. Briquet, premier conseiller,
M. Prieto, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2024.
Le rapporteur,
B. BRIQUET
Le président,
D. SABROUX
Le greffier de chambre,
J. LAGOURDE
La République mande et ordonne au haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
pc
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026