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AccueilJurisprudence administrativeN° TA104-2200404

Tribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE — Décision N° TA104-2200404

vendredi 17 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE
SectionTribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE
N° DossierTA104-2200404
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère CHAMBRE
Avocat requérantPIEUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 7 novembre 2022 et le 3 mars 2023, M. B C et Mme A D, représentés par la SELARL DetS Legal, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) de condamner la commune du Mont-Dore à leur verser une somme totale de 10 483 626 francs CFP, majorée des intérêts aux taux légal à compter de la date de leur demande préalable, en réparation des préjudices engendrés par les fautes commises par le maire du Mont-Dore dans l'exercice de ses pouvoirs de police ;

2°) de mettre à la charge de la commune du Mont-Dore une somme de 700 000 francs CFP, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- le maire du Mont-Dore ne pouvait abroger son arrêté d'évacuation du 10 mars 2018 sans faire réaliser d'expertise complémentaire ou d'étude géotechnique ;

- après réception du rapport d'expertise du 3 février 2020, le maire du Mont-Dore aurait dû prendre des mesures à l'égard du propriétaire ou faire assurer les travaux aux frais de la commune pour s'assurer de la conformité du caniveau en cause ;

- ces fautes ont été à l'origine du glissement de terrain survenu le 22 février 2022, lequel a d'ores et déjà généré des frais d'huissier de 42 188 francs CFP, des frais d'avocat de 477 000 francs CFP, un préjudice moral de 500 000 francs CFP par requérant, et engendrera des travaux de mise en sécurité du terrain de 7 924 438 francs CFP ainsi que des frais de relogement et des troubles dans les conditions d'existence pendant les travaux évaluables respectivement à 340 000 francs CFP et 700 000 francs CFP.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 janvier 2023, la commune du Mont-Dore, représentée par Me Pieux, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 300 000 francs CFP soit mise à la charge de M. C et de Mme D, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient qu'aucune réparation n'est due, en l'absence de toute faute lourde ici commise.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi organique n° 99-209 et la loi n° 99-210 du 19 mars 1999 ;

- le code des communes de la Nouvelle-Calédonie ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 9 mars 2023 :

- le rapport de M. Briquet, premier conseiller,

- les conclusions de Mme Peuvrel, rapporteure publique,

- et les observations de Me Arcangeli de la SELARL DetS Legal avocat de M. B et de Mme D et de Me Pieux avocat de la commune du Mont-Dore.

Considérant ce qui suit :

1. M. C et Mme D ont acquis le 2 novembre 2021, sur le territoire de la commune du Mont-Dore au 119 chemin des Veillonia, une maison d'habitation qui comprend un terrain dont le talus s'est en partie effondré le 22 février 2022 à la suite du passage du cyclone Dovy. Devant effectuer des travaux de terrassement, de réparation du mur de soutènement et de sécurisation de la maison, et estimant que la commune du Mont-Dore avait à tort abrogé le 20 mars 2019 l'arrêté d'évacuation qu'il avait pris le 10 mars 2018 à l'encontre du précédent propriétaire, sans s'assurer que celui-ci avait correctement réalisé tous les travaux alors préconisés par l'expert et sans non plus faire réaliser les travaux manquants aux frais de la commune, ils demandent au tribunal de condamner la commune du Mont-Dore à leur verser une somme de 10 483 626 francs CFP, majorée des intérêts aux taux légal à compter de la date de leur demande préalable, en réparation des préjudices financiers et moraux engendrés par ces fautes.

2. Aux termes de l'article L. 131-2 du code des communes de la Nouvelle-Calédonie : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. Elle comprend notamment : / () / 4° Le soin de prévenir, par des précautions convenables, et de faire cesser, par la distribution des secours nécessaires, les accidents et les fléaux calamiteux ainsi que les pollutions de toute nature, tels que les incendies, les inondations, les ruptures de digues, les éboulements de terre ou de rochers, les avalanches ou autres accidents naturels, les maladies épidémiques ou contagieuses, les épizooties, de pourvoir d'urgence à toutes les mesures d'assistance et de secours et, s'il y a lieu, de provoquer l'intervention de l'administration supérieure ; / () ". Aux termes de l'article L. 131-7 de ce code : " Dans le cas de danger grave ou imminent, tel que les accidents naturels prévus au 4° de l'article L. 131-2, le maire prescrit l'exécution des mesures de sûreté exigées par les circonstances. / Il informe d'urgence le haut-commissaire et lui fait connaître les mesures qu'il a prescrites. / () ".

3. Il résulte de l'instruction qu'à la suite de premiers éboulements survenus sur le terrain en cause en mars 2018 et en raison de l'urgence causée par la période de pré-alerte cyclonique dans laquelle se trouvait alors la Nouvelle-Calédonie, le maire du Mont-Dore a ordonné, par un arrêté du 10 mars 2018, l'évacuation des occupants de la maison située au 119 chemin des Veillonia. Puis, par un courrier du 26 avril 2018, il a demandé au propriétaire d'effectuer les travaux de sécurisation nécessaires pour mettre fin au risque d'éboulement. Celui-ci ayant entrepris d'importants travaux de confortement du talus, estimés " efficaces " et " satisfaisant(s) " malgré l'absence d'étude géotechnique par l'expert mandaté à cet effet le 14 décembre 2018, le maire a abrogé le 20 mars 2019 son arrêté d'évacuation du 10 mars 2018. Il a néanmoins ultérieurement demandé, par un courrier du 27 mars 2019, de construire également un caniveau bétonné, afin de pleinement se conformer aux préconisations effectuées par l'expert dans son rapport du 14 décembre 2018, et d'écarter totalement les risques futurs d'éboulement. Ce caniveau, postérieurement réalisé, a été considéré comme mal entretenu et de taille trop réduite par un nouveau rapport d'expertise du 3 février 2020, sans que de nouvelles mesures soient prises par le maire du Mont-Dore.

4. Les requérants font tout d'abord valoir que le maire du Mont-Dore ne pouvait abroger son arrêté d'évacuation en mars 2019 sans faire réaliser d'expertise complémentaire ou d'étude géotechnique. Toutefois, eu égard, en premier lieu, à la particulière importance des travaux déjà accomplis par le propriétaire à cette date, qui est reconnue par l'expert et transparaît clairement au vu des photographies produites, compte-tenu en deuxième lieu du contenu du rapport d'expertise du 14 décembre 2018, qui s'il ajoute des préconisations non prévues à l'origine et considère qu'un risque d'éboulement demeure, ne permet néanmoins pas d'estimer que ce risque reste grave ou imminent, le caniveau préconisé n'ayant que pour objet de détourner les eaux de pluie de la pente et ainsi de limiter le ruissellement, et eu égard en troisième lieu au caractère nécessairement temporaire de la mesure d'évacuation prononcée un an plus tôt, laquelle requiert le maintien d'une situation d'urgence, le maire du Mont-Dore a pu, sans commettre de faute et sans avoir à faire réaliser d'examen complémentaire, estimer au 20 mars 2019 que l'évacuation ne se justifiait plus.

5. Ils soutiennent en second lieu qu'après réception du rapport d'expertise du 3 février 2020, le maire du Mont-Dore aurait dû prendre des mesures à l'égard du propriétaire ou faire assurer les travaux aux frais de la commune pour s'assurer de la conformité du caniveau. Cependant, ni le rapport d'expertise du 14 décembre 2018, qui ne fait état que d'un simple risque sans le quantifier, ni celui du 3 février 2020, qui ne prend pas position sur le risque, ni même la circonstance qu'un éboulement partiel, dont le lien avec le caniveau n'est démontré ni par le constat d'huissier ni par les photographies produits, soit survenu deux ans après ce dernier rapport à la suite du passage d'un cyclone, sans que des alertes aient entretemps été transmises au maire au sujet de ce caniveau ou d'une fragilité du talus ayant fait l'objet des travaux de confortement, ne sont en elles-mêmes suffisants pour établir que la faible capacité d'absorption du caniveau existant créait en février 2020 un péril grave ou imminent nécessitant une nouvelle intervention du maire sur le fondement des dispositions des articles L. 131-2 et L. 131-7 du code des communes de la Nouvelle-Calédonie.

6. Il résulte de tout ce qui précède qu'en l'absence de toute faute établie et alors au surplus qu'aucun lien de causalité n'est démontré de manière suffisamment directe et certaine entre une éventuelle carence du maire du Mont-Dore et les dégradations causées par le cyclone Dovy, les requérants ne sont pas fondés à solliciter la condamnation de la commune du Mont-Dore. Doivent être rejetées, par voie de conséquence, leurs conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de la commune du Mont-Dore présentées au titre des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C et de Mme D est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune du Mont-Dore présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Mme A D, et à la commune du Mont-Dore.

Délibéré après l'audience du 9 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Sabroux, président,

M. Briquet, premier conseiller,

M. Pilven, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mars 2023.

Le rapporteur,

SIGNÉ

B. BRIQUETLe président,

SIGNÉ

D. SABROUXLe greffier,

SIGNÉ

J. LAGOURDE

La République mande et ordonne au haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

cb

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