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AccueilJurisprudence administrativeN° TA104-2300002

Tribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE — Décision N° TA104-2300002

jeudi 28 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE
SectionTribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE
N° DossierTA104-2300002
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère CHAMBRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 2 janvier et 4 août 2023, Mme C D demande au tribunal d'annuler les deux arrêtés du vice-recteur de la Nouvelle-Calédonie du 24 novembre 2022 l'autorisant à s'absenter respectivement pour la période du 2 au 6 novembre 2022 et pour celle du 7 au 10 novembre 2022, en tant que le premier prévoit qu'elle aura un plein traitement désindexé durant la période en cause et en tant que le second indique que l'autorisation est accordée sans traitement.

Elle soutient que la désindexation et l'absence de traitement dont elle a fait l'objet ne sont pas justifiées, et ne correspondent ni à la pratique qui était opérée lors de ses précédentes autorisations d'absence, ni à celle assurée à l'égard des fonctionnaires territoriaux.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 juillet 2023, le haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie conclut au rejet de la requête de Mme D.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable, les actes attaqués constituant des mesures d'ordre intérieur ;

- aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi organique n° 99-209 et la loi n° 99-210 du 19 mars 1999 ;

- le code général de la fonction publique ;

- l'instruction n° 7 du 23 mars 1950 ;

- le décret n° 51-511 du 5 mai 1951 ;

- le décret n° 67-600 du 23 juillet 1967 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 14 septembre 2023 :

- le rapport de M. Briquet, premier conseiller,

- les conclusions de Mme Peuvrel, rapporteure publique,

- et les observations de M. A représentant le haut-commissariat de la République en Nouvelle-Calédonie et de Mme B, représentant le vice-rectorat de la Nouvelle-Calédonie.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, proviseure du lycée du Grand Nouméa, a bénéficié par le biais de deux arrêtés du 24 novembre 2022 d'une autorisation spéciale d'absence du 2 au 10 novembre 2022, pour se rendre en métropole afin de rejoindre sa fille qui venait de donner naissance à un bébé prématuré, au terme d'un accouchement ayant engendré des complications mettant en danger tant la mère que l'enfant. Elle demande au tribunal d'annuler ces deux arrêtés du vice-recteur de la Nouvelle-Calédonie, non numérotés, en tant que le premier, pris pour la période du 2 au 6 novembre 2022, prévoit un plein traitement désindexé, et en tant que le second, pris pour la période du 7 au 10 novembre 2022, indique que l'autorisation est accordée sans traitement.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Les arrêtés attaqués, en tant qu'ils entraînent une perte de rémunération, font grief à l'intéressée et ne sauraient être regardés comme des mesures d'ordre intérieur. Par suite, le haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie n'est pas fondé à soutenir qu'ils seraient insusceptibles de recours.

Sur la légalité des actes attaqués :

3. Aux termes de l'article L. 622-1 du code général de la fonction publique, dans sa rédaction alors applicable : " Les agents publics bénéficient d'autorisations spéciales d'absence liées à la parentalité et à l'occasion de certains évènements familiaux. Ces autorisations spéciales d'absence n'entrent pas en compte dans le calcul des congés annuels à l'exception de celles prévues à l'article L. 622-2. ". Aux termes de l'instruction n° 7 du 23 mars 1950 pour l'application des dispositions du statut général des fonctionnaires relatives aux congés annuels et autorisations exceptionnelles d'absence : " () / 1° Autorisations d'absence pour événements de famille. / () leur durée ne devra pas excéder les taux suivants : / a). Mariage du fonctionnaire (cinq jours ouvrables). / b). Décès ou maladie très grave du conjoint, des père, mère et enfants (trois jours ouvrables, soit la durée du congé spécial de la loi du 18 mai 1946). / Il appartiendra aux différents chefs de service d'examiner si, dans certains cas particuliers, compte tenu des déplacements à effectuer, la durée de l'absence peut être majorée des délais de route qui, en tout état de cause, ne devraient pas excéder quarante-huit heures aller et retour. / En outre, dans la mesure où le fonctionnement du service le permettra, des facilités d'absence pourront être accordées aux mères de famille pour soigner un enfant malade ou assurer momentanément la garde d'un jeune enfant dans le cas, par exemple, de fermeture d'un jardin d'enfants imposés par mesure prophylactique. ".

4. En vertu de l'article 2 du décret du 23 juillet 1967, le fonctionnaire de l'Etat affecté dans un territoire d'outre-mer peut prétendre à une rémunération augmentée d'un coefficient de majoration propre à chaque territoire, coefficient qui s'applique tant au traitement qu'au supplément familial de traitement et à l'indemnité de résidence. Aux termes de l'article 5 du décret du 5 mai 1951, maintenu en vigueur par l'article 6 du décret du 23 juillet 1967, le fonctionnaire de l'Etat affecté dans un territoire d'outre-mer peut prétendre, lorsqu'il est " dans une position rétribuée autre que celle de service (permission, congé, transit, expectative de retraite, maintien par ordre, etc.) ", à des émoluments " calculés sur la base de la solde afférente à leur grade ou à leur emploi, affectée, le cas échéant, de l'index de correction applicable à cette solde dans le territoire de résidence ". Il résulte de ces dispositions pour l'application desquelles la Nouvelle-Calédonie doit être regardée comme un " territoire d'outre-mer " au sens de l'article 5 du décret de 1951, que le fonctionnaire de l'Etat affecté dans un territoire d'outre-mer et placé en autorisation spéciale d'absence, s'il conserve, pendant la période de cette autorisation, l'intégralité de son traitement et ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence, ne peut prétendre au coefficient de majoration prévu par l'article 2 du décret du 23 juillet 1967 que si, durant son autorisation d'absence, il réside effectivement dans l'un des territoires pour lesquels ce coefficient a été institué.

En ce qui concerne l'arrêté pris pour la période du 2 au 6 novembre 2022 :

5. Ayant résidé en métropole pendant la durée de son autorisation spéciale d'absence, le plein traitement auquel peut prétendre la requérante doit être un plein traitement désindexé, conformément à l'article 5 du décret du 5 mai 1951. Dans ces conditions, Mme D n'est pas fondée à se plaindre de la désindexation opérée par le premier arrêté du 24 novembre 2022.

En ce qui concerne l'arrêté pris pour la période du 7 au 10 novembre 2022 :

6. Un agent, lorsqu'il est autorisé à s'absenter en vertu de l'article L. 622-1 du code général de la fonction publique, est réputé accomplir son service. Par conséquent, Mme D est fondée à soutenir que le second arrêté du 24 novembre 2022, relatif à la période du 7 au 10 novembre 2022, est irrégulier en tant qu'il n'accorde aucun traitement pendant cette période, d'autant plus que le temps de trajet en avion entre la Nouvelle-Calédonie et la métropole, d'environ 50 heures aller-retour, nécessitait ici l'octroi d'un délai supplémentaire en sus des délais de route habituellement accordés.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requérante n'est fondée à demander l'annulation que de l'arrêté du 24 novembre 2022 relatif à la période du 7 au 10 novembre 2022, en tant qu'il indique que l'autorisation est accordée sans traitement.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté non numéroté du vice-recteur de la Nouvelle-Calédonie du 24 novembre 2022 relatif à la situation de Mme D pris pour la période du 7 au 10 novembre 2022 est annulé, en tant qu'il indique que l'autorisation d'absence est accordée sans traitement.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D, au haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie, et au vice-recteur de la Nouvelle-Calédonie.

Délibéré après l'audience du 14 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Sabroux, président,

M. Briquet, premier conseiller,

M. Prieto, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2023.

Le rapporteur,

B. BRIQUET

Le président,

D. SABROUX

Le greffier,

J. LAGOURDE

La République mande et ordonne au haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

pc

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