jeudi 30 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE |
| Section | Tribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE |
| N° Dossier | TA104-2300016 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | SELARL D'AVOCAT KAIGRE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 19 janvier 2023, M. C D, représenté par la SELARL d'avocat Kaigre, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article R. 531-1 du code de justice administrative :
1°) de dire et juger que la présente demande n'apparaît pas sérieusement contestable ;
2°) d'ordonner une expertise au centre pénitentiaire de Nouméa, dénommé le Camp Est, à Nouville aux fins de constater ses conditions de détention et leurs incidences sur son état de santé ;
3°) de désigner, aux fins d'y procéder un expert, géomètre et immobilier qui acceptera sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative afin de :
- se rentre au centre pénitentiaire situé 2 rue du Capitaine B, à Nouméa,
- se faire communiquer tous les documents et les pièces nécessaires à l'accomplissement de sa mission, et notamment :
- l'entier dossier individuel du requérant, M. D, constitué en application des articles 724-1 et D. 155 et suivants du code de procédure pénale,
- la liste des cellules occupées par le requérant, ainsi que le nombre d'occupants lorsqu'il s'y trouvait,
- les documents relatifs aux délais de traitement des demandes et aux conditions d'accès aux soins, service du culte, activités sportives, formation et travail, ainsi qu'au téléphone au sein du Camp Est,
- la liste et le nombre de visites au parloir ainsi que la liste et le nombre des autorisations de téléphoner délivrés au requérant,
- les normes d'hygiène et de sécurité en vigueur s'agissant d'un établissement pénitentiaire.
- autoriser expressément le requérant à assister aux opérations d'expertise et ce, même s'il n'y était plus incarcéré à cette date ;
- décrire l'état de chacune des cellules occupées par le requérant depuis son arrivée à la maison d'arrêt, à l'aide de plans et photographies, en précisant notamment :
- leur superficie,
- leur volume,
- les meubles s'y trouvant, ainsi que la surface disponible,
- les sanitaires,
- l'état de l'installation électrique,
- les conditions d'hygiène individuelle,
- la mesure de leur éclairage et luminosité, et ce à différents moments de la journée,
- la température de la cellule,
- le taux d'humidité,
- les équipements d'aération et de ventilation,
- la capacité de renouvellement de l'air.
- indiquer le nombre de personnes se trouvant dans chacune des cellules ou s'y étant trouvées avec le requérant ;
- décrire l'état des parties communes affectées à l'usage des détenus, notamment les douches, les sanitaires, les couloirs, les ateliers, les lieux de formation, les lieux de culte, la bibliothèque, les aires réservées à la promenade, les cabines téléphoniques etc. et pour chacun de ces lieux préciser notamment :
- leur superficie,
- leur système d'aération et de ventilation,
- le taux d'humidité,
- la température,
- la capacité de renouvellement de l'air,
- leur éclairage,
- pour les aires réservées à la promenade et au sport : les conditions d'accessibilité, notamment en cas de fortes pluies, vérifier l'état des extérieurs, leur entretien,
- pour le droit de sortie de la cellule : le nombre et le temps de promenade, ainsi que le nombre de détenus par promenade,
- pour les parloirs : dire si un espace est prévu pour l'accueil des enfants des détenus et si les lieux permettent des échanges de gestes affectueux,
- pour les cabines téléphoniques : décrire leur emplacement et dire s'il permet la confidentialité des échanges en regard des autres détenus et des surveillants pénitentiaires,
- décrire les lieux soumis à vidéo surveillance ainsi que leur état de fonctionnement ;
- mesurer pendant 24 heures le bruit régnant au sein des cellules et parties communes ;
- procéder à des relevés et analyses biologiques dans les cellules et parties communes en s'adjoignant des sapiteurs sanitaires afin de réaliser un audit environnemental ;
- entendre l'ensemble des personnes auxquelles il est fait référence (médecin, responsables du personnel pénitentiaire, directrice, détenus chargés de l'entretien, auxiliaire d'étage, etc.) et recueillir leurs doléances, notamment liées à la surpopulation carcérale ;
- vérifier les conditions d'accès au culte et l'effectivité de la mise en œuvre du droit à la prière ;
- vérifier la présence effective d'une équipe de soin suffisante et les délais moyens pour-obtenir une consultation médicale, notamment pour l'accès à une consultation pour un suivi psychologique et en addictologie ;
- vérifier les conditions d'accès à la lecture et à l'information, via le prêt de livres ou de revues ;
- d'une manière générale, relever tous les éléments de fait relatifs au respect de la dignité des conditions de détention, et à la démonstration d'un manquement ou non de l'administration à ses obligations ;
- dire que l'expert pourra s'adjoindre un collège d'experts, afin notamment d'évaluer l'état de santé de M. D et notamment un médecin généraliste pouvant constater l'infection au bras dont il se plaint, et un médecin psychiatre pour constater l'impact psychologique des conditions de détention ;
- déposer un pré-rapport dans les trois mois et impartir aux parties un délai pour présenter leurs observations et du tout, dresser rapport ;
4°) accorder l'aide judiciaire provisoire et fixer le nombre d'unités de valeur revenant à l'avocat concluant.
M. D soutient que :
- l'urgence est motivée par la gravité de la situation ;
- ses conditions de détention sont de nature à engager la responsabilité de l'administration pénitentiaire ;
- le centre pénitentiaire n'assure pas le maintien de conditions d'incarcération garantissant le respect de la dignité de chaque personne humaine ;
- les conditions de détention sont contraires aux exigences de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et constituent un traitement inhumain et dégradant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 février 2023, le garde des Sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucune des mesures demandées par M. D ne présente un caractère utile dès lors, d'une part, que l'ensemble des pièces produites révèlent de manière suffisamment précise les éléments matériels que souhaite voir constater M. D et, d'autre part, que la prise en charge sanitaire des personnes détenues ne relève pas de la compétence de l'administration pénitentiaire, cette responsabilité incombant exclusivement au service public hospitalier.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi organique n° 99-209 et la loi n° 99-210 du 19 mars 1999 ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande d'aide judiciaire provisoire :
1. Aux termes des dispositions de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".
2. Eu égard aux circonstances de l'espèce et aux délais dans lesquels le juge des référés doit se prononcer, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur la demande de constat :
3. Aux termes de l'article R. 531-1 du code de justice administrative : " S'il n'est rien demandé de plus que la constatation des faits, le juge des référés peut, sur simple requête qui peut être présentée sans ministère d'avocat et même en l'absence d'une décision administrative préalable, désigner un expert pour constater sans délai les faits qui seraient susceptibles de donner lieu à un litige devant la juridiction. / Avis en est donné immédiatement aux défendeurs éventuels. / Par dérogation aux dispositions des articles R. 832-2 et R. 832-3, le délai pour former tierce opposition est de quinze jours ".
4. M. D, écroué le 27 juillet 2022 est incarcéré au centre pénitentiaire de Nouméa. Il déplore les conditions de sa détention. M D demande la désignation d'un collège d'experts afin que celui-ci procède notamment au constat de l'état des cellules dans lesquelles il est détenu et leur incidence sur son état de santé. Une telle demande, utile, pour préserver la preuve dans la perspective éventuelle d'un contentieux sur les conditions de sa détention, entre dans le champ d'application de l'article R. 531-1 du code de justice administrative.
5. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que les conclusions de la requête de M. D relatives à la désignation d'un expert médical sur le fondement des dispositions de l'article R. 531-1 du code de justice administrative, fait l'objet d'une autre requête du requérant, enregistrée sous le numéro 2300118 au greffe du présent tribunal auquel, il y sera répondu dans l'instance n° 2300118. Dès lors, les conclusions tendant à ce que le juge des référés désigne un expert médical doivent êtes rejetées.
6. Il résulte de tout ce qui précède que M D, détenus au centre pénitentiaire de Nouméa, est fondé, à demander qu'il soit procédé à cette constatation de faits ; qu'il y a, en conséquence, lieu d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert dans les limites précisées à l'article 2 de la présente ordonnance.
7. En revanche, en application des dispositions de l'article R. 621-2 du code de justice administrative, il n'est commis, en principe, qu'un seul expert, à moins que la juridiction n'estime nécessaire d'en désigner plusieurs. Au cas d'espèce, il n'apparaît pas utile de désigner un collège d'experts. Il appartiendra à l'expert désigné, s'il le juge utile, de demander au président du tribunal l'autorisation de s'adjoindre un sapiteur. Par suite, les conclusions présentées par M. D tendant à ce que le juge des référés désigne un collège d'experts sont rejetées.
8. Aucune disposition du code de justice administrative ni aucun principe général du droit ne fait obligation à l'expert d'établir une note de synthèse ou un pré-rapport et de le soumettre préalablement aux parties. Il en résulte que les conclusions des requérants tendant à ce que l'expert dresse un pré-rapport sont dépourvues de fondement juridique et doivent être rejetées.
O R D O N N E
Article 1er : M. D est admis au bénéfice de l'aide judiciaire à titre provisoire.
Article 2 : M. E A, demeurant 9 rue Edouard Trubert à Nouméa est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission de :
1°) se rendre sur les lieux, au centre pénitentiaire de Nouméa ;
2°) constater et décrire l' état de la ou les cellule(s) occupée(s) par M. D : superficie, volume, aménagement, conditions d'éclairement, conditions d'aération, d'hygiène individuelle, les espaces sanitaires compris dans ces cellules et leur condition d'isolement, état de l'installation électrique, nombre des occupants et les caractéristiques des fenêtres (barreaux, grilles ou autres), décrire l'état des parties communes affectées à l'usage des détenus, notamment les douches, les sanitaires, les couloirs, les ateliers, les lieux de formation, les lieux de culte, la bibliothèque, les aires réservées à la promenade, les cabines téléphoniques et les parloirs ;
3°) entendre tous sachants et se faire communiquer tous documents et renseignements propres à faciliter l'accomplissement de sa mission et éclairer le tribunal.
Article 3 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles énumérés à l'article R. 531-2 du code de justice administrative.
Article 4 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.
Article 5 : Le constat aura lieu en présence de M. D et du directeur du centre pénitentiaire de Nouméa.
Article 6 : L'expert avertira les parties conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative ; il pourra s'adjoindre les services d'un sapiteur.
Article 7 : En application de l'article R. 621-9 du code de justice administrative, l'expert déposera son rapport au greffe du tribunal administratif de Nouvelle-Calédonie en deux exemplaires (1 exemplaire numérique + 1 exemplaire papier) dans le délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, accompagné de l'état de ses vacations, frais et débours. Il notifiera une copie de son rapport à chacune des parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique. L'expert justifiera auprès du tribunal de la date de réception de son rapport par les parties.
Article 8 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal procédera à leur liquidation et taxation.
Article 9 : Tous droits et moyens des parties, sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement, sont réservés jusqu'en fin d'instance.
Article 10 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C D, au garde des Sceaux, ministre de la justice et à M. E A, expert.
Copie sera adressée, pour information, au directeur du centre pénitentiaire de Nouméa, ainsi qu'au bureau d'aide judiciaire près la cour d'appel de Nouméa.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mars 2023.
Le président, juge des référés,
Signé
Didier Sabroux
La République mande et ordonne au haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires ou huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026