LogoMeilleurAvocats.fr
AvocatsAssistant IABlogPrix
ConnexionDéposer ma demande

Vous avez un problème juridique ?

Décrivez votre situation en 2 minutes — un avocat spécialisé vous répond sous 24h.

Déposer ma demandeJe suis avocat
Logo MeilleurAvocats.frMeilleurAvocats.fr

Mise en relation avocat–client par l'IA. Gratuit pour les particuliers.

Particuliers

  • Déposer une demande
  • Trouver un avocat
  • Assistant IA gratuit
  • Bibliothèque juridique
  • Guides pratiques
  • Jurisprudence

Avocats

  • Pour les avocats
  • Espace avocat
  • Tarifs et formules
  • Recevoir des leads
  • Programme d'affiliation
  • Contact commercial

Spécialités

  • Droit général
  • Droit du travail
  • Droit de la sécurité sociale et de la protection sociale
  • Droit fiscal et droit douanier
  • Droit de la famille, des personnes et de leur patrimoine
  • Droit immobilier

Légal

  • Mentions légales
  • Confidentialité
  • CGU
  • Cookies
  • Contact

Newsletter juridique hebdomadaire

Décisions clés, évolutions législatives, conseils pratiques — chaque semaine.

© 2026 MeilleurAvocats.fr— KONSEIL SAS. Tous droits réservés.

Mentions légales|Confidentialité|Cookies

BOB★La messagerie française & cryptée pour des échanges confidentiels entre avocats et clients.

En savoir +TéléchargerBOB
AccueilJurisprudence administrativeN° TA104-2300084

Tribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE — Décision N° TA104-2300084

jeudi 24 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE
SectionTribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE
N° DossierTA104-2300084
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère CHAMBRE
Avocat requérantSCP BOIVIN & ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 8 février 2023 et le 26 août 2024, la société à responsabilité limitée (SARL) Explo NC, représentée par Me Elmosnino, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n° 4530-2022/ARR/DIMENC du 7 décembre 2022 portant refus de la demande d'autorisation d'exploiter une usine de fabrication et de dépôts de stockage de produits explosifs sur le lot n°39 - section Oua Tioli - Lotissement rural SCIPO, commune de Boulouparis ;

2°) de lui délivrer l'autorisation d'exploiter sollicitée ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre à la présidente de la province Sud de délivrer l'autorisation d'exploiter sollicitée, le cas échéant en l'assortissant des prescriptions utiles à la préservation des intérêts mentionnés à l'article 412-1 du code de l'environnement de la province Sud dans un délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de la province Sud une somme de 700 000 francs CFP, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision a été signée par une autorité incompétente ;

- l'arrêté du 7 décembre 2022 est entaché d'une insuffisante motivation ;

- le dossier de demande d'autorisation est suffisamment complet pour mesurer les dangers de l'installation ;

- le motif de refus tiré de l'existence d'un projet comparable à celui de la société Explo Nouvelle-Calédonie et à l'absence d'intérêt général du projet est entaché d'une erreur de droit ;

- la présidente de la province Sud ne pouvait légalement s'opposer au projet au motif de l'existence d'un risque " non nul " ;

- la préservation de la sureté de l'établissement à l'égard des actes de malveillance ne relève pas de la compétence de la province Sud ;

- la gravité des effets dans le périmètre de la zone Z5 ne pouvait fonder le refus d'autorisation d'exploiter dès lors que la zone ne comporte aucune habitation existante ou future.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 juillet 2023, la province Sud conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable en ce qu'elle ne mentionne pas l'identité du représentant légal de B ;

- aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par des mémoires, enregistrés le 24 juillet et le 13 septembre 2024, la commune de Boulouparis, représentée par le cabinet JurisCal conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de B une somme de 400 000 francs CFP, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu :

- le jugement n°2200393 du 18 avril 2024 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi organique n° 99-209 et la loi n° 99-210 du 19 mars 1999 ;

- le code de l'environnement de la province Sud ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de l'urbanisme de la Nouvelle-Calédonie ;

- la délibération n° 274-2011/BA province Sud/DIMENC du 1er juin 2011 ;

- le code de justice administrative.

Vu le code de justice administrative dans sa version applicable en Nouvelle-Calédonie.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bozzi, premier conseiller,

- les conclusions de Mme Peuvrel, rapporteure publique,

- et les conclusions de Me Elmosnino, représentant la société Explo NC, de Mme A, représentant la province Sud et de Me Loste, avocat de la commune de Boulouparis.

Considérant ce qui suit :

1. Le 30 novembre 2021, B a présenté à la direction des mines, de l'industrie et de l'énergie (DIMENC) une demande d'autorisation en vue d'exploiter une usine de fabrication et de stockage de produits explosifs, sur un terrain cadastré lot n° 39, section Oua Tioli, lotissement rural SCIPO, sur le territoire de la commune de Boulouparis. Le dossier a été complété les 13 juin 2022 et 5 juillet 2022. Une enquête publique d'une durée de quinze jours a été diligentée du lundi 11 juillet au mardi 2 août 2022 inclus, puis prolongée jusqu'au vendredi 5 août 2022. Par un arrêté n° 4530-2022 en date du 7 décembre 2022, dont la société requérante demande l'annulation, la présidente de l'assemblée de la province Sud a refusé la demande d'exploitation en litige.

Sur la fin de non-recevoir opposée par la province Sud :

2. La province Sud fait valoir que la requête ne mentionne pas l'identité du représentant légal de B, ce qui ne permet pas de s'assurer de sa qualité pour solliciter l'annulation de l'arrêté querellé.

3. Aux termes de l'article L. 223-18 du code de commerce applicable en Nouvelle-Calédonie, " La société est représentée à l'égard des tiers par un président désigné dans les conditions prévues par les statuts. Le président est investi des pouvoirs les plus étendus pour agir en toute circonstance au nom de la société dans la limite de l'objet social. / Dans les rapports avec les tiers, la société est engagée même par les actes du président qui ne relèvent pas de l'objet social, à moins qu'elle ne prouve que le tiers savait que l'acte dépassait cet objet ou qu'il ne pouvait l'ignorer compte tenu des circonstances, étant exclu que la seule publication des statuts suffise à constituer cette preuve. / Les statuts peuvent prévoir les conditions dans lesquelles une ou plusieurs personnes autres que le président, portant le titre de directeur général ou de directeur général délégué, peuvent exercer les pouvoirs confiés à ce dernier par le présent article. / Les dispositions statutaires limitant les pouvoirs du président sont inopposables aux tiers. ".

4. Lorsqu'une partie est une personne morale, il appartient à la juridiction administrative saisie, qui en a toujours la faculté, de s'assurer, le cas échéant, que le représentant de cette personne morale justifie de sa qualité pour agir au nom de cette partie. Tel est le cas lorsque cette qualité est contestée sérieusement par l'autre partie ou qu'au premier examen l'absence de qualité du représentant de la personne morale semble ressortir des pièces du dossier. Par ailleurs, lorsque la personne morale pour le compte de laquelle l'avocat agit est une société commerciale dont les dispositions législatives qui la régissent désignent elles-mêmes le représentant, cette circonstance dispense le juge, en l'absence de circonstance particulière, de s'assurer de la qualité pour agir du représentant de cette personne morale.

5. Ainsi, en se bornant à soutenir que la requête n'identifie pas le représentant de B et qu'aucun document n'est produit pour attester l'identité du représentant légal de cette société, alors que cette société commerciale est réputée être régulièrement représentée par son président, la province Sud ne conteste pas sérieusement la qualité pour agir de l'intéressée. Aucun élément du dossier ne permet par ailleurs de remettre en cause la qualité du représentant de cette personne morale. La fin de non-recevoir opposée par la province Sud ne peut dès lors être accueillie.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré de l'erreur de droit entachant le motif de refus tenant à l'opposition du public et à la dévalorisation du foncier :

6. Pour s'opposer au projet, la présidente de la province Sud a estimé, comme le commissaire-enquêteur, que la mobilisation du public lors de l'enquête publique et le risque de dépréciation des propriétés immobilières alentours justifiaient que la demande d'autorisation d'exploiter soit refusée. Toutefois, d'une part, la présidente de la province Sud n'était pas liée par les conclusions du commissaire enquêteur et, d'autre part, de tels motifs sont étrangers à la législation sur les installations classées pour la protection de l'environnement et ne pouvaient ainsi être valablement opposés à la société Explo NC.

En ce qui concerne le moyen tiré de l'erreur de droit entachant les motifs tenant à l'existence d'un projet comparable et à l'absence d'intérêt général du projet :

7. Aux termes de l'article Lp.112-16 du code de l'urbanisme de la Nouvelle-Calédonie, " Le règlement et ses documents graphiques sont opposables à toute personne publique ou privée pour l'exécution de tous travaux, constructions, plantations, affouillements ou exhaussements des sols, pour la création ou la modification de lotissements, pour les divisions foncières et l'ouverture des installations classées. / Ces travaux ou opérations doivent en outre être compatibles, lorsqu'elles existent, avec les orientations d'aménagement et de programmation mentionnées à l'article Lp. 112¬14 et avec leurs documents graphiques. ".

8. En l'espèce, pour refuser l'autorisation d'exploiter sollicitée par B, la présidente de la province Sud a considéré que le projet ne présentait pas une importance majeure dès lors qu'existait un autre projet comparable sur une autre commune de la province Sud, de sorte que ce projet ne saurait répondre exclusivement à l'intérêt général, mais uniquement à un intérêt particulier.

9. Ce faisant, la présidente de la province Sud ne s'est pas opposée au projet au motif qu'en l'absence d'intérêt général de l'établissement, celui-ci n'était pas compatible avec la zone NC1 du plan d'urbanisme directeur de Boulouparis, qui n'est d'ailleurs même pas visé, mais s'est bornée à retenir que l'installation envisagée ne présentait pas de caractère unique et n'était donc pas susceptible de revêtir un intérêt pouvant être qualifié de général.

10. Or, aucun principe ni aucune disposition n'impose qu'une installation classée pour la protection de l'environnement doive présenter une telle qualité pour se voir autorisée. Il s'ensuit que le motif, tel que rédigé dans la décision en litige, était étranger à toute législation au regard de laquelle l'autorité compétente devait se prononcer et n'était donc pas opposable à la demande de B.

En ce qui concerne le moyen tiré de l'erreur de fait et de droit entachant le motif tenant au caractère incomplet et insuffisant de l'étude de dangers :

11. La province Sud soutient en défense que les scénarios sont insuffisants pour permettre une évaluation complète et précise des risques liés à l'exploitation de l'installation et que les valeurs prises en compte sont manifestement erronées dans la mesure où la demande d'autorisation d'exploiter litigieuse vise la fabrication et le stockage d'une quantité d'explosifs très largement supérieure.

12. Or, il ressort des pièces du dossier que les données invoquées par la province Sud dans son mémoire correspondent aux tonnages des produits fabriqués chaque année par la société exploitante, et non à la ou une quantité totale de matière active susceptible d'être stockée sur le site de Boulouparis. Précisément, afin d'éviter une telle accumulation et de réduire le plus possible les risques induits par le stockage des produits pyrotechniques, l'étude de dangers jointe au dossier de demande d'autorisation d'exploiter établi par la société Explo NC a prévu que chacun des dix dépôts concernés disposera d'une capacité maximum de stockage de huit tonnes. Le volume des unités de stockage est précisé dans un tableau récapitulatif des activités classées, figurant lui aussi dans le résumé non-technique, sous la rubrique 1311-1 de la nomenclature des installations classées relative au stockage de produits explosifs. A cet égard, le tableau mentionné indique bien " une quantité totale de matière active susceptible d'être présente dans l'installation ", de 80 tonnes répartis en 10 dépôts de 8 tonnes chacun, et qui ne peuvent accueillir une plus grande quantité simultanément. Par ailleurs, Il ressort du tableau relatif aux " quantités pyrotechniques retenues pour les scénarios majeurs " que la société Explo NC a pris en compte dix dépôts de huit tonnes chacun, et non un seul, portant ainsi à 80 tonnes la quantité pouvant être effectivement stockée sur le site de Boulouparis.

13. En outre, s'agissant des risques proprement dits, la société a fait valoir dans son mémoire du 24 août 2022 en réponse aux interrogations du commissaire enquêteur que " la zone de stockage des produits explosifs est la zone G. Chaque dépôt unitaire d'explosif est séparé par, d'une part une distance d'isolement d'au moins 10 mètres, et, d'autre part, des murs d'empilblock ". Cette distance a été calculée selon la circulaire du 10 mai 2010 récapitulant les règles méthodologiques applicables aux études de dangers, à l'appréciation de la démarche de réduction du risque à la source et aux plans de prévention des risques technologiques (PPRT) dans les installations classées en application de la loi du 30 juillet 2003.

14. Il résulte de ces éléments méthodologiques qu'une distance de découplage de 10 mètres entre chaque dépôt de 8 tonnes permet d'éviter l'explosion d'une unité de stockage de se propager aux autres et d'engendrer un effet domino conduisant à une explosion de la totalité des capacités de stockage du site. Il s'ensuit que la distance retenue par l'exploitant entre chaque dépôt ne rendait pas nécessaire l'exposé d'un scénario reposant sur l'extension d'une explosion d'un dépôt de stockage aux autres unités du site.

15. Dans ces conditions, le motif tiré de l'incomplétude ou de l'insuffisance du dossier de demande d'autorisation doit être regardé comme illégal.

En ce qui concerne le moyen tiré de l'erreur de droit entachant le motif de refus tenant à l'existence d'un risque résiduel :

16. Aux termes de l'article 412-1 du code de l'environnement de la province Sud, " Sont soumis aux dispositions du présent titre les usines, ateliers, dépôts, chantiers, et, d'une manière générale, les installations exploitées ou détenues par toute personne physique ou morale, publique ou privée, qui peuvent présenter des dangers ou des inconvénients soit pour la commodité du voisinage, soit pour la santé, la sécurité, la salubrité publiques, soit pour l'agriculture, soit pour la protection de la nature et de l'environnement, soit pour la conservation des sites et des monuments. / Ces installations sont soumises à autorisation, autorisation simplifiée ou à déclaration suivant la gravité des dangers ou des inconvénients que peut présenter leur exploitation () ".

17. Aux termes de l'article 413-1 du code de l'environnement de la province Sud, " Sont soumises à autorisation les installations qui présentent de graves dangers ou inconvénients pour les intérêts mentionnés à l'article 412-1. / L'autorisation peut être accordée par le président de l'assemblée de province après enquête publique relative aux incidences éventuelles du projet sur les intérêts mentionnés à l'article 412-1 et après avis des conseils municipaux et services administratifs intéressés. / L'autorisation ne peut être accordée que si les dangers ou inconvénients que l'installation présente au regard des intérêts protégés par l'article 412-1 peuvent être prévenus par des mesures que spécifie l'arrêté du président de l'assemblée de province. ".

18. Aux termes de l'article 413-2 du même code, " La délivrance de l'autorisation, pour ces installations, peut être subordonnée notamment à leur éloignement des habitations, des immeubles habituellement occupés par des tiers, des établissements recevant du public, des cours d'eau, des voies de communication, des captages d'eau ou des zones destinées à l'habitation par des documents d'urbanisme opposables aux tiers. Elle prend en compte les capacités techniques et financières dont dispose le demandeur, à même de lui permettre de conduire son projet dans le respect des intérêts visés à l'article 412-1 et d'être en mesure de satisfaire aux obligations de l'article 415-9 lors de la cessation d'activités. ".

19. Aux termes de l'article 413-3 du même code, " Les conditions d'installation, d'exploitation et de fermeture jugées indispensables pour la protection des intérêts mentionnés à l'article 412-1, les moyens d'analyses et de mesures et les moyens d'intervention en cas de sinistre sont fixés par l'arrêté d'autorisation et éventuellement par des arrêtés complémentaires pris postérieurement à cette autorisation. ".

20. Aux termes de l'article 413-5 du code de l'environnement de la province Sud, " Lorsque l'importance particulière des dangers ou des inconvénients de l'installation le justifie, le président de l'assemblée de province peut exiger la production, aux frais du demandeur, d'une analyse critique d'éléments du dossier de demande d'autorisation justifiant des vérifications particulières, effectuées par un organisme extérieur expert choisi en accord avec l'inspection des installations classées. / La décision du président de l'assemblée de province d'imposer une analyse critique peut intervenir à tout moment de la procédure. Lorsque l'analyse critique est produite avant la clôture de l'enquête publique, elle est jointe au dossier. ".

21. Enfin, aux termes de l'article 413-23 du même code, " L'arrêté d'autorisation et, le cas échéant, les arrêtés complémentaires fixent les prescriptions nécessaires à la protection des intérêts mentionnés à l'article 412-1. / Ces prescriptions tiennent compte notamment : / 1° D'une part, de l'efficacité des meilleures techniques disponibles (dont les principes fondateurs sont définis à l'article 412-5) et de leur économie ; / 2° D'autre part, de la qualité, de la vocation et de l'utilisation des milieux environnants ainsi que de la gestion équilibrée de la ressource en eau () ".

22. La législation des installations classées pour l'environnement a pour objet de minimiser dans toute la mesure du possible les dangers et nuisances résultant de telles installations. Il appartient au juge de plein contentieux des installations classées pour la protection de l'environnement, auquel il incombe le cas échéant de substituer son appréciation à celle de l'administration s'agissant des décisions à prendre et des prescriptions dont elles peuvent être assorties, de se prononcer sur l'étendue des obligations mises à la charge des exploitants par l'autorité compétente au regard des circonstances de fait et de droit existant à la date à laquelle il statue.

23. En l'espèce, il résulte de l'instruction que pour s'opposer à la demande de B, la présidente de la province Sud, après avoir synthétisé les conclusions défavorables du commissaire-enquêteur, a estimé que les réponses apportées par l'exploitant au rapport d'enquête publique et à l'avis du 26 septembre 2022 de l'inspection de l'armement pour les poudres et explosifs ne permettaient pas de lever les incertitudes pesant sur les scenarii de risques développés dans l'étude de dangers.

24. En mentionnant littéralement les conclusions défavorables du commissaire-enquêteur, la présidente de la province Sud doit être regardée comme s'étant approprié les termes de cet avis défavorable. Ces conclusions défavorables du commissaire-enquêteur sont fondées notamment sur les risques " non nuls " pour l'environnement et plus particulièrement pour la ressource en eau ainsi que sur l'existence d'un risque de malveillance.

25. Or, il résulte des dispositions précitées du code de l'environnement de la province Sud que les autorisations d'exploiter des installations classées ne sont pas réservées aux seuls établissements qui ne présenteraient aucun danger pour les intérêts protégés par l'article 412-1 dès lors que la législation des installations classées pour l'environnement a précisément pour objet de minimiser dans toute la mesure du possible les dangers et nuisances résultant de telles installations. Il appartenait dès lors à la présidente de la province Sud, en cas de subsistance de risques pour l'environnement, de subordonner l'autorisation d'exploiter au respect de prescriptions de natures à réduire les dangers identifiés alors qu'il n'est justifié, ni dans la décision attaquée, ni dans les écritures en défense, que les menaces en termes d'incendie et de pénurie d'eau ne pourraient faire l'objet de mesures appropriées utilisant les meilleures techniques disponibles à un coût économiquement acceptable.

26. Au contraire, s'agissant des risques de pénurie d'eau, la direction de la sécurité civile et de la gestion des risques de la NC a retenu que les besoins en eau requis sont de 60 m3/h pendant 2 heures, le premier point d'eau incendie (PEI) devant se situer à une distance maximale de 200 m par les voies praticables et l'ensemble du dispositif devant être à moins de 400 m du bâtiment par les voies praticables. La direction préconise que les besoins soient satisfaits soit par l'installation d'un poteau incendie soit l'utilisation d'un point d'eau naturel ou artificiel. Elle constate en outre que le dossier de demande d'autorisation prévoit que la défense incendie reposera sur la mise en place de deux bâches d'une capacité de 100 m3 chacune, destinées à l'alimentation des secours. Elles seront alimentées par le réseau d'eau potable de la commune et munies d'un flotteur pour garantir la capacité d'eau, ce même service en conclut que la défense extérieure contre l'incendie existante est suffisante. Il n'est pas évoqué une quelconque pénurie d'eau. En outre, alors qu'ainsi qu'il est écrit dans le résumé non technique que " les effets sur l'eau sont négligeables ", la présidente de la province Sud n'a pas justifié dans sa décision de refus qu'il existerait au contraire des risques significatifs pour la ressource en eau.

27. S'agissant des risques d'incendie, la direction de la sécurité civile et de la gestion des risques de la NC a estimé dans son avis favorable en date du 19 août 2022 que " Les sapeurs-pompiers du syndicat intercommunal à vocation multiple (SIVM) Sud ont confirmé la possibilité d'accéder au site avec leurs engins incendie (de type CCFM) si les caractéristiques de la piste lourde sont respectées. L'exploitant devra veiller à rendre l'accès à l'installation toujours praticable pour les véhicules d'intervention des sapeurs-pompiers et en concordance avec les caractéristiques des voies engins définies par le guide DECI et accessibilité. ". La DSCGR a finalement assorti son avis d'une douzaine de réserves consistant notamment mais pour l'essentiel, à disposer d'une réserve d'eau constante de 100m3, à garantir l'accès au site des moyens de secours et à la mise en place d'une procédure opérationnelle, dont il n'est pas démontré qu'elles seraient impossibles pour l'entreprise à respecter.

28.S'agissant enfin du risque pour les habitations, il ressort des études que les habitations les plus proches du site sont, vis-à-vis des installations dont la capacité de stockage est limitée à 8 tonnes, implantées en dehors du périmètre de la zone Z5 correspondant au seuil de bris de vitres et de blessures associées et qu'elles ne seront donc pas même exposées à ce risque. Le résumé technique précise que la gravité des phénomènes dangereux retenue est modérée, signifiant qu'il n'y a pas de létalité hors du site et la présence humaine potentiellement exposée à des effets irréversibles est inférieur à 1. Par suite, la présidente de la province Sud ne pouvait opposer ce motif de refus à la demande d'autorisation présentée par la société.

En ce qui concerne le moyen tiré de l'erreur de droit entachant le motif de refus fondé sur l'existence d'un risque de malveillance :

29. Aux termes de l'article R. 2352-102 du code de la défense applicable en Nouvelle-Calédonie, concernant les agréments techniques relatifs aux installations de produits explosifs, " L'arrêté du préfet délivrant l'agrément technique prévu à l'article R. 2352-97 précise les mesures spécifiques relatives à la sûreté prescrite au titre de la présente sous-section. Ces mesures peuvent, en vue de mieux assurer la sûreté de l'installation fixe ou mobile projetée, être différentes de celles proposées par le futur exploitant dans sa demande. / Les dispositions de l'arrêté du préfet relatives aux mesures de sûreté ne font l'objet d'aucune publicité. / L'arrêté du préfet délivrant l'agrément technique cesse de produire effet lorsque l'installation n'a pas été mise en service dans le délai d'un an ou a cessé d'être exploitée depuis un an. ". Aux termes de l'article R. 2352-98 du même code, " La demande d'agrément technique prévu à l'article R. 2352-97 est adressée par le futur exploitant au préfet du département où est située l'installation projetée, s'il s'agit d'une installation fixe, ou du département du siège social ou du domicile du futur exploitant, s'il s'agit d'une installation mobile. A Paris, cette demande est adressée au préfet de police. ".

30. D'une part, il résulte de ces dispositions que, s'agissant d'une installation fixe de produits explosifs, l'installation envisagée par la société Explo NC relève, pour les questions ayant trait à la sûreté, du code de la défense dont l'application ne ressortit pas à la compétence de la province Sud.

31 D'autre part, dans son avis en date du 19 août 2022, la direction de la sécurité civile et de la gestion des risques de la Nouvelle-Calédonie a considéré que " Le site est entièrement clos (clôture agricole) et son accès se fait par une grille d'entrée selon des consignes d'accès prédéfinies. Les mesures de protection existantes reposent pour la plupart, sur la conception même des installations et sur leurs mesures d'exploitation. ".

32. Par ailleurs, il est noté que le site fait l'objet d'une " surveillance visuelle lors de la présence du personnel " et qu'il est entouré d'une " clôture défensive, associée aux portes et au système d'alarme activé en dehors des périodes de présence du personnel ". En outre, un système de détection d'intrusion est mis en place et une étude de sûreté, confidentielle, a été réalisée conformément à l'arrêté ministériel du 13 décembre 2005 fixant les règles techniques de sûreté et de surveillance relatives à l'aménagement et à l'exploitation des installations de produits explosifs. Enfin, l'accès au site est restreint (sas d'entrée, barrière physiques, naturelles, panneaux) et tous les véhicules qui entrent et sortent du site sont contrôlés () ".

Il est précisé que l'étude de sûreté " sera présentée à la commission sûreté présidée par le représentant du haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie. ".

Enfin, si le commissaire-enquêteur et la province Sud à sa suite indiquent que l'éventualité d'actes de malveillance n'a pas été prise en compte, ils n'établissent pas que le projet soit soumis à un risque particulier en la matière.

33. Dans ces conditions, la présidente de la province Sud n'a pu légalement se fonder sur ce motif tiré de l'existence d'un risque de malveillance pour refuser l'autorisation sollicitée par la société Explo NC.

En ce qui concerne le moyen tiré de l'erreur de droit entachant le motif de refus tenant aux réserves de l'inspection de l'armement pour les poudres et explosifs :

34. S'agissant de l'avis émis par l'inspection de l'armement pour les poudres et explosifs le 30 août 2022, son contenu ne remet pas en cause l'existence même du projet mais précise que, pour parfaire le respect, par le projet, de l'arrêté du 20 avril 2007 fixant les règles relatives à l'évaluation des risques et à la prévention des accidents dans les établissements pyrotechniques, il convient " de consolider les scénarios tenant compte du mode de fonctionnement et des interactions potentielles avec les transports internes notamment " et " d'apporter des éléments de justification quant au dimensionnement des protections. ". Des compléments d'étude sont préconisés et notamment, il est proposé que tous les scénarios notamment ceux tenant compte des effets domino et de justifier les protections choisies. En outre, l'inspection note que les zones d'impacts (Z1, Z2, Z3, Z4, Z5) décrites dans le dossier sont modélisées dans le cadre d'une explosion de 8 tonnes de matière explosives mais que le site aura une capacité de stockage de 80 tonnes d'explosifs. Si l'étude de dangers sur les points soulevés par l'inspection aurait sans doute requis des compléments d'analyse s'agissant des autres scénarios à envisager, l'inspectrice indique elle-même que " leur probabilité est faible ", de sorte que l'insuffisance de l'étude peut être considérée comme mineure.

35. Il résulte au demeurant de l'instruction que, sollicitée par le commissaire-enquêteur, l'INERIS avait proposé dans son message électronique en date du 10 août 2022 de réaliser le cas échéant une tierce expertise dont la province Sud aurait pu exiger la production auprès de l'exploitant. L'autorité compétente n'a cependant pas estimé nécessaire de demander une telle analyse qui aurait été pourtant opportune pour lever les incertitudes résiduelles mentionnées par l'inspection de l'armement pour les poudres et explosifs le 30 août 2022.

36. Enfin, dans son mémoire en réponse du 24 août 2022, la société Explo NC a justifié les zones d'impacts au regard des mesures de découplage (séparation physique des charges potentiellement actives) et en opérant le calcul pour une quantité stockée de 80 tonnes également.

37. Les réserves de l'inspection de l'armement pour les poudres et explosifs n'étaient donc pas de nature à proscrire l'autorisation d'une telle installation et la présidente de la province Sud ne pouvait refuser l'autorisation en se rapportant aux termes de cette consultation. Ce motif, tel qu'opposé, ne pouvait ainsi être retenu à l'encontre de la société requérante.

En ce qui concerne le motif invoqué par la commune de la méconnaissance de de l'article NC2 du plan d'urbanisme directeur :

38. Si les règles d'urbanisme sont prises en compte pour statuer sur la demande d'autorisation d'exploiter, il n'appartient pas à la commune d'invoquer un tel motif, le cas échéant par voie de substitution, celle-ci n'étant pas compétente pour accorder ou refuser l'autorisation.

39. En tout état de cause, la société Explo NC est titulaire d'un permis de construire qui lui a été tacitement délivré par la province Sud le 11 juin 2022 devenu définitif et dont la légalité a été confirmée par le tribunal dans son jugement en date du 18 avril 2024, n° 2200393.

40. Il résulte de tout ce qui précède que, l'ensemble des motifs de la décision en litige ayant été censuré, l'arrêté du 7 décembre 2022 portant refus d'autorisation doit être annulé, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

41. En l'espèce, il ne résulte pas avec certitude de l'instruction, que toutes les conditions auxquelles est subordonnée l'exploitation de l'installation de fabrication et de stockage d'explosifs projeté seraient réunies à la date du présent jugement. Par suite, les conclusions tendant à ce que le tribunal délivre lui-même l'autorisation sollicitée ou enjoigne à la présidente de la province Sud de la délivrer ne peuvent être accueillies. En revanche, le présent jugement implique nécessairement que cette demande d'autorisation soit réexaminée par la présidente de la province Sud en tenant bien évidemment compte des termes du présent jugement. Il y a donc lieu d'enjoindre à la présidente de la province Sud de procéder à ce réexamen dans un délai de trois mois suivant la notification du présent jugement

Sur les frais liés au litige :

42. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la province Sud une somme de 180 000 francs CFP au titre des frais exposés par la société Explo NC et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 7 décembre 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la province Sud de procéder à ce réexamen de la demande d'autorisation d'exploiter présentée par la société Explo NC dans un délai de trois mois suivant la notification du présent jugement.

Article 3 : La province Sud versera à la société Explo NC une somme de 180 000 francs CFP au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société Explo NC, à la province Sud et à la commune de Boulouparis.

Copies en sera adressée, pour information, au haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie.

Délibéré après l'audience du 10 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Sabroux, président,

M. Prieto, premier conseiller,

M. Bozzi, premier conseiller

Décision rendue publique par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.

Le rapporteur,

F. BOZZILe président,

D. SABROUX Le greffier de chambre,

J. LAGOURDE

nd

Décisions similaires

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

← Retour aux décisions