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AccueilJurisprudence administrativeN° TA104-2300185

Tribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE — Décision N° TA104-2300185

jeudi 19 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE
SectionTribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE
N° DossierTA104-2300185
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère CHAMBRE
Avocat requérantPIEUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 14 avril, 25 septembre 2023 ainsi que le 13 février 2024, M. E W, Mme Baron veuve U, Mme C épouse L, Mme A épouse T, Mme D épouse P, M. V, M. K, M. Q, Mme F épouse R, Mme O, M. H N, Mme I épouse M et Mme S, représentés par la SELARL Loïc Pieux, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la délibération n°8-2023/APS de l'assemblée X province Sud du 16 février 2023 approuvant la modification n° 1 du plan d'urbanisme directeur X ville de Nouméa ;

2°) de mettre à la charge X ville de Nouméa une somme de 350 000 francs CFP, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- leur requête est recevable ;

- qu'ils disposent d'un intérêt leur donnant qualité pour agir ;

- le projet de modification aurait dû faire l'objet d'une évaluation environnementale ;

- il a été apporté au projet de document d'urbanisme, après l'enquête publique, des changements qui en modifient l'économie générale et qui nécessitaient ainsi qu'il soit procédé à une enquête publique complémentaire ;

- le projet de modification relève d'une procédure de révision et non pas de modification ;

- le projet méconnaît le principe d'équilibre défini à l'article Lp. 111-1 du code de l'urbanisme de Nouvelle-Calédonie ;

- la modification du classement en zone UB2 en zone UT1 du secteur de l'Anse-Vata est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la délibération est entachée d'un détournement de pouvoir en ce qu'elle autorise les promoteurs à réaliser en priorité des logements et sans garantie que des hébergements hôteliers seront construits concomitamment.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 5 décembre 2023 et le 22 août 2024, la province Sud conclut au rejet X requête.

Elle soutient que :

- aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par deux mémoires en intervention, enregistrés le 27 juillet 2023 et le 17 juin 2024, la commune de Nouméa conclut au rejet X requête.

Elle soutient que :

- aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi organique n° 99-209 et la loi n° 99-210 du 19 mars 1999 ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de l'urbanisme X Nouvelle-Calédonie ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bozzi, premier conseiller,

- les conclusions de Mme Peuvrel, rapporteure publique,

- et les observations de Me Hamon substituant Me Pieux pour les requérants, de Mme B pour la province Sud et de M. G pour la commune de Nouméa.

Considérant ce qui suit :

1. Le plan d'urbanisme directeur X commune de Nouméa a été approuvé par l'assemblée X province Sud par une délibération du 30 mai 2013. Ce document d'urbanisme a fait l'objet d'une révision en 2020 et d'une modification simplifiée, approuvée par l'assemblée de province le 20 octobre 2021. La commune a décidé d'engager une procédure de modification du plan d'urbanisme directeur, par une délibération du conseil municipal du 1er septembre 2021 afin notamment d'adapter le zonage sur le secteur de l'Anse-Vata. Le bureau de l'assemblée X province Sud a rendu un avis favorable sur le projet par une délibération du 2 novembre 2021. Ce projet de modification a été ensuite soumis à une enquête publique qui s'est tenue du 28 mars au 11 avril 2022. Le 10 mai 2022, le commissaire enquêteur a émis un avis défavorable sur le projet et le projet de modification qui a été amendé par la commune, puis soumis au comité d'aménagement et d'urbanisme X province Sud (CAUPS) et à la commission provinciale de l'habitat, de l'urbanisme et de l'aménagement du territoire (CHUAT) qui ont rendu un avis favorable sur le projet successivement le 24 janvier et le 3 février 2023.

2. Par une délibération du 16 février 2023, l'assemblée X province Sud a approuvé la modification n° 1 du plan d'urbanisme directeur X commune de Nouméa. Les requérants demandent l'annulation de cette délibération.

a. Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré de l'absence d'évaluation environnementale :

3. Aux termes de l'article 130-1 du Code de l'environnement X province Sud, " () V - Les projets de plan d'urbanisme directeur sont soumis à une évaluation environnementale dans les conditions des articles PS.111-7 et suivants du code de l'urbanisme X Nouvelle-Calédonie. () ". Aux termes de l'article PS. 111-8 du code de l'urbanisme de Nouvelle-Calédonie, " Le plan d'urbanisme directeur fait l'objet de l'évaluation environnementale prévue à l'article PS. 111-77 : () / 4° lors de sa modification lorsque celle-ci est susceptible d'avoir des effets significatifs sur l'environnement. / Les effets significatifs sur l'environnement susmentionnés sont appréciés par la direction en charge de l'environnement X province compte tenu, notamment, X superficie du territoire concerné, X nature et de l'importance des travaux et aménagements autorisés et X sensibilité du milieu dans lequel ceux-ci doivent être réalisés ".

4. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que, dans un avis du 30 juillet 2021, la direction du développement durable des territoires X province Sud, consultée sur le projet de modification du plan d'urbanisme directeur, a estimé que celui-ci n'était pas susceptible de produire d'effets significatifs sur l'environnement et qu'une nouvelle évaluation environnementale n'était pas requise en complément X précédente réalisée lors X révision en 2020, qui avait déjà classé en zone urbaine le secteur de l'Anse Vata identifié par les requérants. La direction du développement durable des territoires X province Sud s'est limitée à des considérations relatives à l'utilisation des espaces non encore construits au regard X stratégie touristique et a préconisé d'accorder une attention au patrimoine paysager existant du quartier.

5. Il ressort des photos des lieux versées aux débats comme des données issues de Google Earth, accessible tant aux parties qu'à la juridiction, que l'ensemble X zone UT1 de l'Anse Vata se compose d'une unité foncière couverte de friches et comportant plusieurs bosquets et alignements d'arbres de haute tige d'essences locales qui confèrent à ce lieu, malgré la présence d'une construction, un caractère naturel dominant. Le site ne fait l'objet d'aucune protection particulière, notamment au titre X législation sur l'environnement, et les requérants ne produisent à l'instance aucun élément de nature à établir un intérêt écologique notable. Il en résulte que la situation de cet espace comme sa végétation existante, au demeurant assez commune, présentent effectivement un intérêt paysager. Il n'est en revanche pas établi que l'atteinte à l'environnement résultant X modification serait significative de telle sorte qu'il aurait été nécessaire de réaliser une évaluation environnementale complémentaire à celle réalisée préalablement à la révision de l'année 2020.

6. A cet égard, le zonage UT1, initialement en vigueur, a finalement été maintenu sur les trois parcelles de l'unité foncière de l'Anse Vata, soit 2/3 X superficie des terrains en cause, et la modification approuvée n'emporte en dernier lieu qu'une évolution de classement pour la partie Nord du terrain dit " J " d'une superficie de 10 520 m², dont le zonage UB2 initial est devenu UT1. Les requérants ne démontrent pas que ce changement résiduel d'affectation au plan d'urbanisme directeur justifierait une nouvelle évaluation environnementale. En outre, les dispositions réglementaires la zone UT1 sur l'Anse-Vata ont déjà fait l'objet d'un rapport d'incidences environnementales lors X révision du plan d'urbanisme directeur approuvée en 2020.

7. Par ailleurs, la commune fait valoir sans être sérieusement contestée que les principes de végétalisation sur ce terrain ont fait l'objet de précisions dans l'opération d'aménagement et de programmation (OAP) de l'Anse-Vata qui tendent à garantir une meilleure préservation ou prise en compte des atouts paysagers du secteur, réduisant ainsi l'impact des aménagements à venir sur la qualité du site.

8. De plus, il ressort X lecture du règlement afférent aux zones UB1 et UT1 que les obligations respectives qu'il fixe à l'égard de chacune de ces zones ne révèle pas une différence majeure telle que l'instauration d'un classement en zone UT d'un hectare aurait pour conséquence de densifier significativement le secteur.

9. Alors que les requérants ne précisent pas s'ils entendent contester une densité de constructions ou de logements, il ressort du règlement du plan d'urbanisme directeur modifié que l'emprise au sol maximale est limitée à 30% X superficie X propriété foncière dans les deux zones. Les espaces verts ne peuvent représenter moins de 40% X surface du terrain, cette proportion étant supérieure de 10 points au règlement X zone UB1. Dans les deux zones UB1 et UT1, la hauteur des tours n'est pas règlementée. Enfin, seule la hauteur maximale des constructions est sensiblement accrue en zone UT1 par rapport à la zone UB1 dès lors celle-ci ne peut excéder 15 mètres pour l'ensemble des constructions, notamment la hauteur du socle dans le cadre X construction d'une tour, au lieu de 9 mètres en zone UB1. Cette augmentation potentielle de 40% X hauteur des constructions, équivalente à deux étages supplémentaires, n'est pas de nature à générer une densification substantielle de cet espace. En outre, l'espace en friche actuel est entouré d'immeubles collectifs et de bâtiments affectés à des services publics présentant déjà des hauteurs significatives. L'impact X modification invoqué à ce titre est en conséquence peu élevé.

10. Si l'avis émis par la province Sud le 30 juillet 2021 concluant à l'absence de nécessité d'une évaluation environnementale préconise de prêter une attention particulière au secteur de l'Anse Vata " compte tenu X zone d'intérêt en matière de patrimoine paysager ", cette précision concerne, non pas le terrain contigu X résidence " La J " mais plus certainement le site du " Rocher à la voile " classé en site à caractère pittoresque conformément à l'arrêté n° 1044 du 6 juin 1956. Dès lors, en l'absence d'effet significatif X modification envisagée, le moyen tiré de l'absence d'évaluation environnementale doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré de l'absence d'enquête publique complémentaire :

11. Aux termes de l'article R. 112-6 du code de l'urbanisme de Nouvelle-Calédonie, " A l'issue de l'enquête publique, le plan d'urbanisme directeur peut être modifié pour tenir compte du résultat de cette enquête. / Le comité d'aménagement et d'urbanisme rend son avis sur le plan d'urbanisme directeur éventuellement modifié. / Le plan d'urbanisme directeur est approuvé par la province, sur proposition X commune concernée ". En outre, les dispositions de l'article R. 112-10 du même code disposent que " () Le projet de modification est soumis à enquête publique par la province lorsqu'il a pour objet : / - soit de modifier le règlement du plan d'urbanisme directeur en réduisant les droits à construire, / - soit de déterminer la vocation dominante d'une zone à urbaniser, / - soit d'ouvrir à l'urbanisation une zone à urbaniser dont la vocation dominante n'est pas déterminée, conformément à l'article Lp. 112-6, / - soit de créer ou de faire évoluer des orientations d'aménagement et de programmation, / - soit de créer des emplacements réservés. " et " A l'issue de l'enquête publique, la modification du plan d'urbanisme directeur, éventuellement modifiée pour tenir compte du résultat de l'enquête, est approuvée par la province, sur proposition X commune concernée, après avis du comité d'aménagement et d'urbanisme. / L'autorité compétente peut décider de surseoir à statuer dans les conditions fixées par l'article R. 112-2 à compter X publication X décision d'engager une modification ". Aux termes de l'article PS.111-35-1 du code de l'urbanisme de Nouvelle-Calédonie, " Lorsque, au vu du rapport et des conclusions du commissaire enquêteur ou X commission d'enquête, le maître de l'ouvrage estime souhaitable d'apporter au projet de document d'urbanisme des changements qui en modifient l'économie générale, une enquête publique complémentaire est organisée. ". Il résulte de ces dispositions que le projet de plan ne peut subir de modifications, entre la date de sa soumission à l'enquête publique et celle de son approbation, qu'à la double condition que ces modifications ne remettent pas en cause l'économie générale du projet et qu'elles procèdent de l'enquête. L'éventuelle atteinte à l'économie générale justifiant le cas échéant une enquête publique complémentaire s'apprécie au regard du projet de modification du document d'urbanisme et non par rapport au document d'urbanisme en vigueur.

12. Doivent être regardées comme procédant de l'enquête les modifications destinées à tenir compte des réserves et recommandations du commissaire enquêteur ou X commission d'enquête, des observations du public et des avis émis par les autorités, collectivités et instances consultées et joints au dossier de l'enquête.

13. Dans son avis défavorable en date du 10 mai 2022, le commissaire enquêteur a estimé que " La modification du zonage de l'Anse-Vata de UB2 en UB1t n'a pas de justification particulière et causera un préjudice aux habitations adjacentes ". Il ajoute que " La modification en zone résidentielle de ces terrains pour la construction dense de logements en tours ne parait pas justifiée compte tenu du marché du logement qui fait état de milliers de logements vacants " et que " L'apport massif de véhicules par la construction de nombreux logements sur ces terrains qui vient se rajouter aux programmes en cours va impacter fortement la circulation notamment sur la promenade Roger Laroque et qu'il convenait d'étudier ces impacts avant modification. ". Plusieurs habitants du secteur, parmi lesquels les requérants, ont formulé auprès du commissaire-enquêteur des observations tendant à contester le changement de zonage de l'unité foncière concernée par le projet de modification et à maintenir le classement existant. Au regard de ces observations, la commission provinciale de l'habitat, de l'urbanisme et de l'aménagement du territoire réunie le vendredi 3 février 2023 a considéré qu'" En vue d'apporter une réponse adaptée, la Ville de Nouméa a analysé l'intégralité des observations formulées par le public et notamment celles qui ont été reprises par le commissaire enquêteur. Dans ce cadre, le projet de modification n° 1 du plan d'urbanisme directeur a été amendé pour tenir compte favorablement des remarques émises et en particulier pour : " () conserver le caractère touristique X Baie de l'Anse-Vata en maintenant le zonage UT1 qui impose une proportion de 50 % minimum de SHON à usage d'hébergement hôtelier et 50 % maximum de SHON à usage d'habitation, tout en privilégiant la végétalisation et en prenant en considération les problématiques de déplacements. ".

14. Par ailleurs, il ressort des plans successifs de modification de zonage qu'initialement, les auteurs X modification entendaient attribuer à l'ensemble du terrain dit X J " un seul zonage, contrairement au classement en vigueur scindant l'unité foncière en deux zones, l'une nommée UB2 affectée à l'habitat et l'autre nommée UT1 dédiée aux activités touristiques et récréatives et permettant principalement des constructions à usage d'hébergement hôtelier. Or, compte tenu des observations formulées par les riverains exprimant leur souhait de voir conserver la destination touristique des parcelles longeant le front de mer, notamment devant la résidence " La J ", les auteurs du plan d'urbanisme directeur ont finalement étendu la zone UT1. Ils ont ainsi substitué ce classement à un zonage UB2 d'une largeur assez réduite d'une quarantaine de mètres. Ceci permet, d'une part, d'éviter un morcellement des règles afférentes à une même unité foncière et une succession, sur moins de 200 mètres, de trois zones entre la résidence " La J " et la promenade Roger Laroque et, d'autre part, de privilégier un aménagement cohérent du site. Cette orientation garantit une urbanisation à la fois uniforme et aérée de ce tènement foncier. L'OAP de l'Anse Vata propose ainsi en premier rang du front de mer la réalisation de construction à usage touristiques notamment et de logements et, en second rang, sur les espaces non bâtis, un écran végétal préservant la résidence " La J " de vues directes sur les immeubles à construire ou tout au moins atténuant l'impact visuel de ceux-ci. L'OAP modifiée répond également au souhait des habitants de ladite résidence de constituer une " zone tampon " entre leurs habitations et les tours dont l'édification est permise par les dispositions X zone UT1.

15. Il en résulte que l'amendement du projet de modification doit être regardé comme procédant de l'enquête publique. Bien que l'extension X zone UT1 sur une surface d'un hectare environ n'ait pas donné lieu à des observations préalables du public, la modification apportée n'est pas pour autant dépourvue de tout lien avec les remarques des particuliers et du commissaire-enquêteur.

16. S'agissant de l'existence alléguée d'une atteinte à l'économie générale du projet de modification du plan d'urbanisme directeur, il est en l'espèce constant que la parcelle, désormais classée en zone UT1, située à proximité X résidence " La J " représente approximativement une surface de 10 000 m². Or, le projet de modification n°1 du plan d'urbanisme directeur comportait initialement quatre évolutions du document d'urbanisme. La première concernait une modification de l'emprise au sol dans le lexique du règlement du plan d'urbanisme directeur. La deuxième une modification X règle relative aux obligations en lien avec les espèces endémiques et/ou autochtones. La troisième une évolution du zonage UB2 en UB1 sur les axes de circulation très fréquentés X ville, une partie X rue Iékawé et X rue Bénébig mais également un changement de zonage passant de UB2p à UB1p dans le secteur du Faubourg-Blanchot et enfin l'évolution en cause concernant le zonage UT1 sur le secteur de l'Anse Vata, que contestent les requérants.

17. Les auteurs du plan d'urbanisme directeur modifié ont ensuite fait le choix de maintenir les zonages existants UT1 de l'Anse Vata et UB2p du Faubourg Blanchot de sorte que sur plusieurs hectares de zonage devant évoluer, seul un hectare est concerné par un ajustement de zonage. Ce changement des surfaces concernées par une évolution de zonage pourrait revêtir un caractère substantiel dès lors que la modification est finalement limitée à des amendements mineurs. Mais ce résultat ne traduit que le renoncement X commune à persister dans un projet pour tenir compte des observations du public et du commissaire-enquêteur.

18. Les requérants soutiennent également qu'ils ont été privés d'informations concernant le projet finalement retenu. S'il appartient à l'autorité administrative de procéder à l'enquête publique dans les conditions fixées par les dispositions du code de l'environnement qui l'encadrent, la méconnaissance de ces dispositions n'est toutefois de nature à vicier la procédure et donc à entraîner l'illégalité X décision prise à l'issue de l'enquête publique que si elle n'a pas permis une bonne information de l'ensemble des personnes intéressées par l'opération ou si elle a été de nature à exercer une influence sur les résultats de l'enquête et, par suite, sur la décision de l'autorité administrative.

19. En l'espèce, dès lors que le classement en vigueur est en grande partie maintenu, les requérants comme les riverains avaient nécessairement connaissance des dispositions réglementaires concernant ces terrains. En outre, l'évolution d'une surface d'un hectare assortie de prescriptions contenues dans l'OAP de l'Anse Vata imposant un rideau végétal pour prendre en considération les préoccupations des riverains exprimées lors de l'enquête ne peuvent être regardés comme ayant privé les personnes intéressées d'une quelconque information ou garantie et n'ont influencé le sens X décision prise par la commune que dans un sens favorable aux observations du public. Ce moyen doit dès lors être écarté dans les circonstances particulières de l'espèce.

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut d'information des élus sur le projet de modification :

20. Aux termes de l'article 166 X loi n° 99-209 organique du 19 mars 1999 relative à la Nouvelle-Calédonie, " Tout membre d'une assemblée de province a le droit, dans le cadre de sa fonction, d'être informé des affaires X province qui font l'objet d'une délibération. ". Aux termes de l'article L. 121-22 du code des communes de Nouvelle-Calédonie, " Tout membre du conseil municipal a le droit, dans le cadre de sa fonction, d'être informé des affaires X commune qui font l'objet d'une délibération. ".

21. Il résulte du droit général à l'information reconnu aux membres d'un conseil municipal comme d'une assemblée de province par les dispositions X loi n° 99-209 organique du 19 mars 1999 relative à la Nouvelle-Calédonie et le code des communes de Nouvelle-Calédonie que ceux-ci, appelés à délibérer X modification d'un document d'urbanisme doivent disposer, en temps utile, de l'ensemble du projet de plan que la délibération a pour objet d'approuver, et doivent pouvoir obtenir, le cas échéant, communication des autres pièces et documents nécessaires à leur information sur la modification de ce plan.

22. Il ressort des pièces du dossier que les membres de l'assemblée de province ont été informés X nature, de l'objet et X portée des évolutions apportées au projet de modification initial du plan d'urbanisme directeur X commune, postérieurement à l'enquête publique. Ainsi, lors de l'examen du projet de délibération attaquée par la commission de l'habitat, de l'urbanisme et de l'aménagement du territoire (CHUAT), les conseillers provinciaux ont pris connaissance des observations émises au cours de l'enquête ayant conduit la commune à revoir son projet de modification et à renoncer à ses principales orientations, ainsi qu'en atteste notamment le contenu du rapport n°95984-2021/13 de cette commission du 3 février 2023. Il en fut de même lors X séance du comité d'aménagement et d'urbanisme X province Sud du 24 janvier 2023.

23. Les requérants se prévalent aussi du caractère incomplet du rapport présenté aux membres X commission de l'habitat, de l'urbanisme et de l'aménagement du territoire réunie afin d'approuver le projet de délibération approuvant la modification n°1 du plan d'urbanisme directeur X ville de Nouméa, en ce qu'il ne mentionne pas l'extension X zone UT1. Toutefois, il a été dit que l'extension X zone UT1 au Nord vers la résidence " La J " est essentiellement, si ce n'est entièrement, affectée à la création d'un écran végétal en application des orientations d'aménagement de l'OAP de l'Anse-Vata. Or, le rapport indique que l'objectif X modification finalement retenue consiste à conserver la vocation touristique de cet espace et à privilégier la végétalisation. Dès lors, les membres X commission étaient suffisamment éclairés pour se prononcer en connaissance de cause sur le projet d'évolution du plan d'urbanisme directeur.

24. Lors X séance ayant conduit à l'approbation X délibération en litige en assemblée de province le 16 février 2023, les conseillers ont été informés du sens, X nature et X portée des ajustements apportés au projet de modification du plan d'urbanisme directeur X commune ainsi que des avis du comité d'aménagement et d'urbanisme X province Sud et X commission de l'habitat, de l'urbanisme et de l'aménagement du territoire visés dans la délibération.

25. Enfin, il n'est pas soutenu qu'une demande tendant à la communication d'autres pièces aurait été présentée ou qu'une telle demande aurait fait l'objet d'un refus. Ce moyen doit ainsi être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré de l'absence de recours à la procédure de révision du document d'urbanisme :

26. Aux termes de l'article R. 112-8 du code de l'urbanisme de Nouvelle-Calédonie, " Le plan d'urbanisme directeur peut faire l'objet, dans les conditions X présente section, d'une révision, d'une révision simplifiée, d'une modification, d'une modification simplifiée, d'une mise en compatibilité ou d'une mise à jour. ". Aux termes du second alinéa de l'article R. 112-10 du code de l'urbanisme de Nouvelle-Calédonie, " La modification du plan d'urbanisme directeur ne peut porter atteinte à son économie générale ni comporter de graves risques de nuisances ".

27. D'une part, il ressort en l'espèce des pièces du dossier que le territoire X commune de Nouméa s'étend sur une superficie de 46 km², soit 46 000 000 m². La modification n°1 initialement envisagée portait sur deux modifications de zonage, l'une d'une surface approximative de 4 hectares dans le secteur de l'Anse-Vata et l'autre de 6 hectares environ dans le quartier du Faubourg Blanchot ainsi que cela résulte des mesures réalisées sur le SIG Cadastre de Nouvelle-Calédonie, accessible aux parties comme à la juridiction, soit une surface totale de 10 hectares environ représentant 0,2% du territoire communal.

28. S'agissant X seule parcelle située à proximité X résidence " La J " dont le classement est contesté, celle-ci représente environ 10 000 m², soit 1 hectare, qui représente 0,02 % du territoire communal. Compte tenu X superficie cumulée des terrains concernés, la modification en cause dont l'ambition spatiale reste tout à fait modeste, ne pouvait être regardée comme portant atteinte à l'économie générale du plan d'urbanisme directeur X commune.

29. Il résulte également de ce qui a été dit précédemment que la modification en litige ne génère pas d'effet significatif pour l'environnement et n'est donc pas susceptible de comporter de graves risques de nuisances au sens de l'article R. 112-10 du code de l'urbanisme de Nouvelle-Calédonie. S'agissant des nuisances invoquées par les requérants résultant X desserte X zone, il n'est pas sérieusement contesté que l'OAP du secteur Anse-Vata du plan d'urbanisme directeur de Nouméa prévoit des aménagements spécifiques pour les réseaux routiers. De même, s'agissant des risques de pollution au dioxyde de carbone, l'OAP impose des " espaces végétalisés à préserver, à conforter ou à créer ainsi qu'une végétalisation accentuée ou un rideau végétal ". Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le projet en cause, au regard de ses impacts limités, relevait du régime X procédure de révision.

En ce qui concerne le moyen tiré X méconnaissance du principe d'équilibre défini à l'article Lp. 111-1 du code de l'urbanisme de Nouvelle-Calédonie :

30. Aux termes de l'article Lp. 111-1 du code de l'urbanisme de Nouvelle-Calédonie, " Les documents d'urbanisme déterminent les conditions permettant d'assurer, dans le respect des objectifs du développement durable : / a) l'équilibre entre le renouvellement urbain, le développement urbain et la préservation des espaces agricoles et forestiers, des sites et des paysages naturels et une consommation économe et maîtrisée des espaces " (). ". Lorsqu'il est saisi d'un moyen tiré X méconnaissance X disposition précitée en raison des obligations imposées par les documents d'urbanisme, il appartient au juge administratif, d'exercer un simple contrôle de compatibilité entre les règles fixées par ces documents et les dispositions précitées de l'article Lp. 111-1 du code de l'urbanisme de Nouvelle-Calédonie.

31. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que le rapport de présentation du plan d'urbanisme directeur de Nouméa constate, au titre du diagnostic environnemental, que " La biodiversité dans les villes est unanimement reconnue comme permettant d'assurer la durabilité des aires urbaines. Contrairement aux idées reçues, la ville est une zone à la biodiversité élevée : une mosaïque de types d'habitats existe à petite échelle, abritant une flore et une faune riches en espèces. Les espaces naturels et les espaces verts apportent des bénéfices conséquents à la société dans son ensemble. Il convient de trouver un juste équilibre entre densification urbaine et conservation X biodiversité. Les écosystèmes urbains peuvent répondre à plusieurs préoccupations contemporaines des villes : la ville, minérale, est un îlot de chaleur et de sécheresse. La végétalisation X ville permet de stabiliser le climat urbain en régulant la température par l'ombrage et l'évapotranspiration qu'ils procurent ; le développement de plantes autochtones et endémiques concourt à la caractérisation identitaire des paysages. ". Le rapport en conclut que " La recherche d'un équilibre entre production de logements, préservation du cadre de vie, intensification économique et protection des espaces naturels doit guider les porteurs de projets. A cet effet, le Plan d'Urbanisme Directeur accompagne la conception de projets qualitatifs ; pour répondre à tous les cas particuliers, le choix X collectivité est d'introduire plus de souplesse pour certains aspects X règlementation urbaine. A l'inverse, la qualité architecturale des constructions et la production d'espaces verts appropriables par ses résidents doivent faire l'objet d'une attention particulière dans tous les projets. La ville insiste sur la prise en compte des modes de vie locaux comme la garantie d'un urbanisme durable et exemplaire. ".

32. Ainsi qu'il a été dit, le terrain en friche de l'Anse-Vata ne fait pas l'objet d'une protection particulière, que ce soit au titre du patrimoine architectural ou paysager, alors que l'extension du zonage UT1 contesté s'inscrit dans les orientations générales du parti d'aménagement X commune de Nouméa de soutenir la vocation touristique et récréative de ce secteur. Cet objectif est au demeurant partagé par le commissaire-enquêteur et nombre de riverains. Enfin, la modification de l'OAP du secteur de l'Anse-Vata tend au renforcement X végétalisation en limite X résidence " La J " par la plantation d'un écran de verdure afin de réduire l'impact visuel des nouveaux bâtiments. Le principe d'équilibre énoncé par l'article Lp. 111-1 du code de l'urbanisme de Nouvelle-Calédonie n'est par suite pas méconnu et le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation concernant le classement du secteur de l'Anse-Vata :

33. Il appartient aux auteurs d'un plan d'urbanisme directeur de déterminer le parti d'aménagement à retenir en tenant compte X situation existante et des perspectives d'avenir et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. S'ils ne sont pas liés, pour déterminer l'affectation future des différents secteurs, par les modalités existantes d'utilisation des sols, dont ils peuvent prévoir la modification dans l'intérêt de l'urbanisme, leur appréciation peut cependant être censurée par le juge administratif au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts. Il n'appartient pas au juge administratif d'examiner si un autre classement aurait été possible, mais seulement de vérifier que le classement retenu n'est pas illégal.

34. Les requérants soutiennent que la province Sud aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en faisant évoluer le zonage UB2 en UT1 sans délimiter une nouvelle zone naturelle et en se bornant à établir un rideau végétal au sein d'une disposition graphique d'une OAP. Toutefois, il ressort des objectifs de l'OAP de l'Anse-Vata que " La ville souhaite saisir l'opportunité de développement de ce secteur pour augmenter l'offre en stationnement. A l'appui des parkings privés existants, il est possible d'initier une démarche de parkings mutualisés en agrandissant ces parkings et en retravaillant leur accessibilité. () Aussi, pour la cohérence de l'ensemble, quand le futur projet présente une offre d'hébergements touristiques celle-ci devra s'accompagner de services et commerces, dans un souci de mixité fonctionnelle. A l'inverse, sur les flancs plus résidentiels des ilots, un traitement paysager est attendu, en accompagnement de l'habitat ". En outre, il ressort du document graphique de l'OAP que les principes d'aménagement prévoient, sur le tènement foncier classé en zone UT1, deux ilots à construire sous forme de cercles pleins de couleur rose entourés de larges espaces de couleur verte correspondant à des espaces végétalisés à préserver, à conforter ou à créer. Au Nord, en limite X résidence " La J ", trois spirales de couleur vert foncé illustrent selon le légendage une " végétalisation accentuée " ou un " rideau végétal ". Ainsi, alors mêmes que les auteurs X modification n°1 du plan d'urbanisme directeur étaient libres de choisir une urbanisation plus dense de l'unité foncière, ils ont limité volontairement l'enveloppe à construire de manière à conserver une présence naturelle, si ce n'est majoritaire, du moins significative dans ce secteur constructible.

35. S'agissant des conditions de stationnement et de circulation, les requérants contestent les résultats d'une étude de circulation selon laquelle " la quantification du trafic routier sur la promenade Roger Laroque à l'Anse-Vata en 2016 avait révélé une quasi-absence de pointe de trafic le matin en semaine et que l'heure X journée la plus circulée était comprise entre 17h et 18h ". Toutefois, ils n'apportent aucun élément chiffré de nature à infirmer ce constat et ne démontrent pas que l'aménagement X zone UT1, ainsi que les projets en cours, ne pourraient être réalisés sans provoquer la congestion du réseau routier dans le secteur.

36. S'agissant des besoins en logements, il n'est pas contesté en défense que l'étude commandée par la province Sud, intitulée " Etude des besoins en logement et en hébergements en province Sud, diagnostic " fait état de 4 000 logements vacants sur Nouméa et de 7 000 sur le grand Nouméa. Mais l'étude souligne également la présence d'une population jeune et familiale induisant des besoins en décohabitation importants et par conséquent de nouveaux logements, certes accessibles financièrement. La même étude indique également qu'il " existe des besoins non satisfaits sur la province Sud " mais que " se pose la question X typologie des produits proposés aux ménages ". Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la modification approuvée par la délibération en date du 16 février 2023 serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne le moyen tiré du détournement de pouvoir :

37. Le moyen tiré du détournement de pouvoir du fait que la commune ou la province chercheraient à favoriser les promoteurs et constructeurs n'est pas établi.

38. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par les requérants doivent être rejetées.

b. Sur les frais liés au litige :

39. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la province Sud, qui n'a ni la qualité de partie n'étant qu'intervenante, ni au surplus la qualité de partie perdante, verse à M. E et autres une somme que ceux-ci demandent au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. H et autres est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. N H, désigné représentant unique des requérants dans les conditions prévues par le dernier alinéa de l'article R. 751-3 du code de justice administrative, à la province Sud et à la commune de Nouméa.

Copie en sera adressée, pour information, au haut-commissariat X République en Nouvelle-Calédonie.

Délibéré après l'audience du 12 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Sabroux, président,

M. Prieto, premier conseiller,

M. Bozzi, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.

Le rapporteur,

F. BOZZILe président,

D. SABROUX

La greffière d'audience,

C. BERTHELOT

cb

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