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AccueilJurisprudence administrativeN° TA104-2300225

Tribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE — Décision N° TA104-2300225

jeudi 19 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE
SectionTribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE
N° DossierTA104-2300225
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère CHAMBRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 avril 2023 et des mémoires enregistrés le 28 juin et le 29 août 2023, M. C B, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie a rejeté sa demande de procéder à l'entretien normal d'une parcelle de terrain lui appartenant, identifiées sous le n° 0000-000121 à l'inventaire cadastral et formant le lot n° SN, section la Couvelée, sis commune de Dumbéa ;

2°) d'enjoindre au président du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie d'ordonner la réalisation des travaux d'entretien du terrain dont il est propriétaire ;

3°) de mettre à la charge du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie la somme de 43 301 F CFP au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- il subit les désordres résultant du défaut d'entretien normal de la parcelle ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la parcelle ne relève pas du domaine privé de la Nouvelle-Calédonie.

Par mémoires enregistrés le 13 juin et le 7 août 2023, le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir, à titre principal, que la juridiction administrative est incompétente pour connaître de ce litige et que la requête est irrecevable comme tardive. Il fait valoir, à titre subsidiaire, qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi organique n° 99-209 et la loi n° 99-210 du 19 mars 1999, relatives à la Nouvelle-Calédonie ;

- la délibération n° 105 du 9 août 1968 réglementant le régime et la lutte contre la pollution des eaux en Nouvelle-Calédonie ;

- la délibération n° 238/CP du 18 novembre 1997 portant délégation des gestions des cours d'eau aux provinces Nord et Sud ;

- l'arrêté n° 2013-1199/GNC du 21 mai 2013 approuvant une convention relative aux travaux de petit entretien des cours d'eau et habilitant le président du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie à la signer ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Prieto, premier conseiller,

- et les conclusions de Mme Peuvrel, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B est propriétaire de la parcelle n° 60, section La Couvelée, située sur la commune de Dumbéa, laquelle est limitrophe d'une parcelle appartenant à la Nouvelle-Calédonie, identifiée sous le numéro cadastral 0000-000121.

2. Par un courrier du 25 mars 2022 adressé à la direction des services fiscaux (DSF) de la Nouvelle-Calédonie, M. B a sollicité du gouvernement qu'il entreprenne les travaux d'entretien nécessaires au rétablissement de l'écoulement normal des eaux sur la parcelle appartenant à la collectivité, par la réalisation de fossés ou la mise en place de buses d'évacuation. Il soutient que son terrain ainsi que celui d'autres habitants sont traversés par des évacuations d'eaux pluviales qui convergent vers le terrain appartenant à la Nouvelle-Calédonie, avant de s'écouler dans la rivière La Couvelée, provoquant ainsi des inondations sur les terrains et habitations voisins ainsi que des dégâts.

3. Par un mail de réponse du 29 mai 2022, le service du domaine de la DSF s'est déclaré incompétent et a informé le requérant de la transmission de sa demande à la direction des achats, du patrimoine et des moyens de la Nouvelle-Calédonie. Le 12 septembre 2022, M. B a fait intervenir un huissier de justice afin de faire constater l'impact sur son terrain et les terrains avoisinants. En l'absence de réponse des services du gouvernement, le requérant a, par un courrier réceptionné par la DSF le 25 novembre 2022, réitéré sa demande afin qu'une solution amiable soit trouvée.

4. M. B sollicite d'une part, l'annulation de la décision de refus implicite du gouvernement de procéder à l'entretien normal d'une parcelle lui appartenant située sur la commune de Dumbéa et, d'autre part, qu'il soit enjoint au gouvernement de réaliser les travaux d'entretien normal lui incombant.

Sur l'exception d'incompétence du juge administratif :

5. Aux termes de l'article L. 2111-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " le domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 est constitué des biens lui appartenant qui sont soit affectés à l'usage direct du public, soit affectés à un service public pourvu qu'en ce cas ils fassent l'objet d'un aménagement indispensable à l'exécution des missions de ce service public ".

6. Aux termes de l'article 1er de la délibération susvisée du 9 août 1968 : " Sont déclarés appartenir au domaine public territorial les eaux naturelles de toutes espèces, les lacs salés et les lacs d'eau douce, lagunes, étangs, cours d'eau, nappes souterraines et sources de toute nature. Les lits des cours d'eau font également partie du domaine public. ". Aux termes de l'article 8 de la même délibération : " Indépendamment des chemins de halage, les propriétés riveraines du cours d'eau sont grevées sur chaque rive d'une servitude de passage de quatre mètres dite servitude de marchepied destinée exclusivement à l'entretien ou à la surveillance du cours d'eau par la puissance publique. ".

7. Il ne résulte pas de l'instruction que la parcelle en cause situé dans la commune de Dumbéa ait été incorporée dans le domaine public de la Nouvelle-Calédonie, ni qu'elle soit affectée à l'usage direct du public ou qu'elle fasse l'objet d'un aménagement en vue de son affectation à une mission de service public, la servitude de marchepied et de halage n'étant pas liée, contrairement à ce que soutient le requérant, à l'entretien des berges et est, en tout état de cause, sans influence sur le classement de la parcelle concernée. Ainsi, ladite parcelle ne présente pas le caractère d'une dépendance du domaine public de la Nouvelle-Calédonie, mais relève de son domaine privé. Il n'appartient dès lors qu'à la juridiction de l'ordre judiciaire de connaître du litige opposant M. B à la Nouvelle-Calédonie.

Sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. Les dispositions de cet article font obstacle à ce que la Nouvelle-Calédonie, qui n'est pas la partie perdante à la présente instance, soit condamnée à verser quelque somme que ce soit à M. B au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée comme portée devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Article 2 : Les conclusions présentées par M. B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au président du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie.

Délibéré après l'audience du 5 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Sabroux, président,

M. Prieto, premier conseiller,

M. Briquet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 octobre 2023.

Le rapporteur,

G. PRIETOLe président,

D. SABROUX La greffière en chef

M.M. A

La République mande et ordonne au haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

cb

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