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AccueilJurisprudence administrativeN° TA104-2300269

Tribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE — Décision N° TA104-2300269

lundi 23 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE
SectionTribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE
N° DossierTA104-2300269
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère CHAMBRE
Avocat requérantPIEUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 2 juin et le 29 septembre 2023, M. B A, représenté par Me Pieux, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n° 903-22/DRH/SGCNCP du président du congrès de la Nouvelle-Calédonie du 14 décembre 2022 portant détachement sur l'emploi de directeur des services de la gestion financière au secrétariat général du congrès de la Nouvelle-Calédonie, ainsi que la décision du président du congrès de la Nouvelle-Calédonie du 14 avril 2023 rejetant le recours gracieux qu'il a introduit le 13 février 2023 contre cet arrêté ;

2°) de mettre à la charge du congrès de la Nouvelle-Calédonie une somme de 200 000 francs CFP, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la signataire de l'acte attaqué ne disposait pas d'une délégation régulière pour ce faire ;

- l'arrêté en litige a illégalement abrogé l'arrêté n° 0140-22/DRH/SGCNCP du 22 mai 2022, qui présentait le caractère d'un acte créateur de droits ;

- il aurait dû continuer à percevoir une indemnité différentielle postérieurement à son détachement ;

- le président du congrès de la Nouvelle-Calédonie a commis une erreur de droit en estimant que l'article 7 de la délibération n° 380 du 11 juin 2003 était encore en vigueur, l'article 1er de cette délibération limitant la validité de celle-ci à une période de dix ans.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 août 2023, le congrès de la Nouvelle-Calédonie conclut au rejet de la requête de M. A.

Elle soutient que :

- la requête, présentée par une personne ne justifiant d'aucun intérêt lui donnant qualité pour agir, est irrecevable ;

- aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi organique n° 99-209 et la loi n° 99-210 du 19 mars 1999 ;

- l'arrêté n° 1065 du 22 août 1953 ;

- la délibération n° 380 du 11 juin 2003 ;

- la délibération n° 230 du 13 décembre 2006 ;

- la délibération n° 234 du 13 décembre 2006 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 5 octobre 2023 :

- le rapport de M. Briquet, premier conseiller,

- les conclusions de Mme Peuvrel, rapporteure publique,

- et les observations de Me Pieux, avocat du requérant et de M. C, représentant le congrès de la Nouvelle-Calédonie.

Une note en délibéré, présentée par le congrès de la Nouvelle-Calédonie, a été enregistrée le 9 octobre 2023.

Considérant ce qui suit :

1. M. A exerce ses fonctions depuis 1999 au sein du congrès de la Nouvelle-Calédonie. Initialement recruté en tant qu'agent contractuel, il est devenu à compter du 1er novembre 2008 attaché d'administration générale du cadre d'administration générale de la Nouvelle-Calédonie, en bénéficiant alors d'une indemnité différentielle, destinée à compenser la perte de traitement résultant de son intégration dans la fonction publique territoriale de la Nouvelle-Calédonie. En 2022, le congrès de la Nouvelle-Calédonie a constaté que, par application de l'article 7 de la délibération n° 234 du 13 décembre 2006 portant dispositions particulières à certains emplois administratifs de direction des collectivités et établissements publics de Nouvelle-Calédonie, M. A, qui occupait un emploi de direction depuis 2006, aurait dû être détaché sur l'emploi de directeur des services qu'il exerçait, et par voie de conséquence aurait dû être rémunéré sur la base de la grille indiciaire D. Afin de régulariser la situation de l'intéressé, le président du congrès de la Nouvelle-Calédonie a, par un arrêté n° 0140-22/DRH/SGCNCP du 22 mai 2022, détaché à compter du 1er novembre 2021 M. A sur l'emploi de directeur des services de la gestion financière au secrétariat général du congrès de la Nouvelle-Calédonie, et précisé qu'il bénéficiait à compter de cette même date d'un classement indiciaire au 20ème échelon de la grille D, avec une ancienneté conservée d'un an et six mois. A la suite d'un recours gracieux formulé le 20 juillet 2022 par le haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie dans le cadre du contrôle de légalité qui lui appartient, suivi d'un déféré enregistré au greffe du tribunal administratif de Nouvelle-Calédonie du 18 novembre 2022, le président du congrès de la Nouvelle-Calédonie a, par un arrêté n° 903-22/DRH/SGCNCP du 14 décembre 2022, " abrogé " son arrêté n° 0140-22/DRH/SGCNCP du 22 mai 2022, puis détaché à compter du 1er novembre 2021 M. A sur l'emploi de directeur des services de la gestion financière au secrétariat général du congrès de la Nouvelle-Calédonie, indiqué qu'il bénéficiait à compter de cette même date d'un classement indiciaire au 14ème échelon de la grille D, et prévu qu'il bénéficierait d'un avancement au 15ème échelon à compter du 1er mai 2022. Prenant acte de ce nouvel arrêté, le haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie s'est désisté de son déféré, donnant lieu à une ordonnance de désistement du 28 décembre 2022. M. A, quant à lui, après avoir introduit le 13 février 2023 un recours gracieux rejeté le 14 avril 2023, demande au tribunal d'annuler l'arrêté n° 903-22/DRH/SGCNCP du 14 décembre 2022, ainsi que la décision de rejet de son recours gracieux dirigé contre cet arrêté.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. M. A justifie d'un intérêt lui donnant qualité pour agir contre l'arrêté n° 903-22/DRH/SGCNCP du 14 décembre 2022, qui lui fait perdre des échelons et lui préjudicie financièrement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article 204 de la loi organique du 19 mars 1999 relative à la Nouvelle-Calédonie : " I. - Les actes du congrès, de sa commission permanente et de son président, du sénat coutumier et de son président, de l'assemblée de province, de son bureau et de son président mentionnés au II sont exécutoires de plein droit dès qu'il a été procédé à leur publication au Journal officiel de la Nouvelle-Calédonie ou à leur notification aux intéressés, ainsi qu'à leur transmission au haut-commissaire ou à son représentant dans la province, par le président du congrès, par le président de la commission permanente, par le président du sénat coutumier ou par le président de l'assemblée de province. Les actes du gouvernement et de son président sont exécutoires de plein droit dès qu'il a été procédé à leur publication au Journal officiel de la Nouvelle-Calédonie ou à leur notification aux intéressés, ainsi qu'à leur transmission au haut-commissaire par le président du gouvernement, sous réserve des dispositions de l'article 129. / () / VI. - Le haut-commissaire défère au tribunal administratif les délibérations du congrès, de sa commission permanente ou de son bureau, les actes du président du congrès, les actes du gouvernement ou de son président, du sénat coutumier, des assemblées de province, de leur président ou de leur bureau, qu'il estime contraires à la légalité, dans les deux mois de la transmission qui lui en est faite. / () ".

4. En l'absence de disposition législative ou réglementaire contraire et nonobstant la circonstance que, pour l'exercice du contrôle de légalité qui lui appartient en vertu de l'article 204 de la loi organique du 19 mars 1999, le haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie peut demander des pièces complémentaires et présenter un recours gracieux qui, d'ailleurs, ne revêt pas le caractère d'un recours préalable obligatoire et s'exerce dans les conditions de droit commun, les décisions individuelles explicites créatrices de droit prises par les autorités visées au VI de ce même article ne peuvent être retirées à la demande du haut-commissaire, si elles sont illégales, et, hors le cas où il est satisfait à une demande du bénéficiaire, que dans un délai de quatre mois après qu'elles ont été prises.

5. Une décision administrative explicite accordant un avantage financier crée des droits au profit de son bénéficiaire alors même que l'administration avait l'obligation de refuser cet avantage. En revanche, n'ont pas cet effet les mesures qui se bornent à procéder à la liquidation de la créance née d'une décision prise antérieurement.

6. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté n° 0140-22/DRH/SGCNCP du 22 mai 2022, en classant M. A au 20ème échelon de la grille D à compter du 1er novembre 2021, ne se bornait pas à procéder à la liquidation d'une créance et lui accordait un avantage financier. Il présentait par conséquent le caractère d'un acte créateur de droits. L'arrêté du 14 décembre 2022 en litige, quant à lui, s'il emploie à tort le terme d'abrogation, est néanmoins revenu rétroactivement sur l'octroi de ce 20ème échelon accordé par l'arrêté du 22 mai 2022, en lui substituant un classement au 14ème échelon de la grille D à compter du 1er novembre 2021. Par suite, et malgré sa formulation, il a procédé au retrait de cet arrêté du 22 mai 2022. Un tel retrait, intervenu plus de quatre mois après l'édiction dudit arrêté, était ici irrégulier, nonobstant le recours gracieux et le déféré présentés par le haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie, lesquels n'ont pas prorogé le délai de retrait. Il en résulte que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés, M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté n° 903-22/DRH/SGCNCP du 14 décembre 2022, ainsi que par voie de conséquence, celle de la décision de rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du congrès de la Nouvelle-Calédonie une somme de 180 000 francs CFP au titre des frais exposés par le requérant et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté n° 903-22/DRH/SGCNCP du 14 décembre 2022, ainsi que la décision du 14 avril 2023 rejetant le recours gracieux de M. A dirigé contre cet arrêté, sont annulés.

Article 2 : Le congrès de la Nouvelle-Calédonie versera une somme de 180 000 francs CFP à M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au congrès de la Nouvelle-Calédonie.

Copie en sera adressée pour information au haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie.

Délibéré après l'audience du 5 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Sabroux, président,

M. Briquet, premier conseiller,

M. Prieto, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 octobre 2023.

Le rapporteur,

B. BRIQUET

Le président,

D. SABROUX

La greffière en chef,

M-M. CAUVY

La République mande et ordonne au haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

pc

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