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AccueilJurisprudence administrativeN° TA104-2300317

Tribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE — Décision N° TA104-2300317

jeudi 21 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE
SectionTribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE
N° DossierTA104-2300317
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère CHAMBRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 12 juin 2023 et le 25 septembre 2023, M. C A demande l'annulation de l'arrêté n° 2023/1669 du 3 mai 2023, par lequel la maire de Nouméa a interdit toute baignade jusqu'au 30 novembre 2023 dans la bande littorale des 300 mètres de Nouméa ainsi que sur les îlots Maître, Canards, Sainte-Marie, Uere.

Le requérant soutient que :

- il a intérêt à agir en tant qu'habitant la commune de Nouméa ;

- la mesure de police qui a été prise est illégale en ce qu'elle prévoit une interdiction générale et absolue et elle est disproportionnée ;

- cette mesure n'a pas de caractère d'utilité et est inadaptée ;

- elle contrevient aux principes de clarté et d'intelligibilité en ce qu'elle ne prévoit aucune sanction spécifique en cas de manquement ;

- d'autres mesures sont possibles ;

- la mesure de police porte atteinte aux libertés publiques.

Par trois mémoires en défense, enregistrés le 13 septembre, le 27 octobre et le 8 décembre 2023, ces deux derniers mémoires n'ayant pas été communiqués, la commune de Nouméa conclut au rejet de la requête en soutenant qu'aucun de ses moyens n'est fondé. A titre subsidiaire, elle demande qu'une éventuelle annulation soit différée par le tribunal.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi organique n° 99-209 et la loi n° 99-210 du 19 mars 1999 ;

- le code des communes de Nouvelle-Calédonie ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 14 décembre 2023 :

- le rapport de M. Sabroux, président ;

- et les conclusions de Mme Peuvrel, rapporteure publique ;

- et les observations de M. A, requérant et de M. B, représentant la commune de Nouméa.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, qui réside sur le territoire de la commune de Nouméa, demande l'annulation de l'arrêté n°2023/1669 du 3 mai 2023, par lequel la maire de Nouméa a interdit toute baignade jusqu'au 30 novembre 2023 dans la bande littorale des 300 mètres de Nouméa ainsi que sur les îlots Maître, Canards, Sainte-Marie, Uere, à l'exception d'une zone réduite située au droit de la plage de la baie des Citrons.

2. L'article L. 131-1 du code des communes applicable en Nouvelle-Calédonie dispose que : " Le maire est chargé, sous le contrôle administratif du haut-commissaire, de la police municipale, de la police rurale et de l'exécution des actes de l'Etat qui y sont relatifs. ". Aux termes de l'article L. 131-2-1 du même code : " Le maire exerce la police des baignades et des activités nautiques pratiquées à partir des rivages avec des engins de plage et des engins non immatriculés. Cette police s'exerce en mer jusqu'à une limite fixée à 300 mètres à compter de la limite des eaux. Le maire réglemente l'utilisation des aménagements réalisés pour la pratique de ces activités. Il pourvoit d'urgence à toutes les mesures d'assistance et de secours. Le maire délimite une ou plusieurs zones surveillées dans les parties du littoral présentant une garantie suffisante pour la sécurité des baignades et des activités mentionnées ci-dessus. Il détermine des périodes de surveillance. Hors des zones et des périodes ainsi définies, les baignades et activités nautiques sont pratiquées aux risques et périls des intéressés. Le maire est tenu d'informer le public par une publicité appropriée, en mairie et sur les lieux où elles se pratiquent, des conditions dans lesquelles les baignades et les activités nautiques sont réglementées, ainsi que des résultats des contrôles de la qualité des eaux de ces baignades accompagnées des précisions nécessaires à leur interprétation ".

3. Le maire tient de ses pouvoirs de police administrative la possibilité de réglementer l'accès aux plages et la pratique des activités nautiques sur le territoire de sa commune, dans l'intérêt de la sécurité, de la tranquillité et de la salubrité publiques. Il résulte de ces dispositions que s'il incombe au maire d'une commune sur le territoire de laquelle sont situés des lieux de baignade, de prendre les mesures nécessaires pour assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques, les interdictions édictées à ce titre doivent être strictement proportionnées à leur nécessité. En l'espèce, l'arrêté du 3 mai 2023 du maire de la commune de Nouméa en litige interdit toute baignade jusqu'au 30 novembre 2023 dans la bande littorale des 300 mètres de Nouméa ainsi que sur les îlots Maître, Canards, Sainte-Marie, Uere, à l'exception d'une zone réduite et surveillée de 8 h 45 à 16 h située au droit de la plage de la baie des Citrons, instaure une amende pour les contrevenants et abroge également l'arrêté précédent du 16 mars 2023, déjà annulé en tout état de cause par un jugement de ce tribunal en date du 17 mai 2023. Cette interdiction, d'ailleurs prolongée postérieurement à l'acte attaqué jusqu'au 5 décembre 2023 par un nouvel arrêté en date du 28 novembre 2023 de manière à permettre la mise en place définitive d'un filet anti-requins dans la baie des citrons, au caractère général et absolu est disproportionnée, comme son prédécesseur, eu égard d'une part aux objectifs de protection des populations, tant dans sa durée que dans son étendue géographique et d'autre part, aux libertés publiques, compte tenu des contraintes lourdes et prolongées pendant plus de huit mois imposées à la population résidente ou non, malgré la présence avérée depuis plusieurs années de nombreux requins. A cet égard, si le second alinéa de l'article 1er de l'arrêté litigieux indique que les îlots Amédée, Goéland, Signal et Larégnère ne sont pas concernés par l'interdiction, ces îlots ne sont en tout état de cause pas situés dans la zone de compétence de la maire de Nouméa, qui se limite à la bande littorale de 300 mètres aux abords de la commune. Cette dernière n'établit pas que l'objectif ainsi poursuivi ne pourrait être atteint par des mesures de police moins contraignantes, par des mesures de signalisation adaptées et suffisamment visibles qui d'ailleurs existent déjà, ou bien par des moyens de surveillance du littoral ou moins attentatoires aux libertés. Dans ces conditions, la maire de la commune de Nouméa a entaché sa décision d'un excès de pouvoir. Il en résulte que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté de la maire de Nouméa en date du 3 mai 2023, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de sa requête.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté n°2023/1669 du 3 mai 2023 de la maire de Nouméa est annulé.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la commune de Nouméa.

Copie en sera adressée au haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie.

Délibéré après l'audience du 14 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Sabroux, président rapporteur

M. Prieto, premier conseiller,

M. Briquet, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 décembre 2023.

cb

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