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AccueilJurisprudence administrativeN° TA104-2300321

Tribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE — Décision N° TA104-2300321

jeudi 19 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE
SectionTribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE
N° DossierTA104-2300321
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère CHAMBRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 juin 2023 et un mémoire enregistré le 3 août 2023, M. C A demande au tribunal :

1°) d'enjoindre à l'Office des Postes et Télécommunications de la Nouvelle Calédonie (OPT-NC) à le muter vers la commune de La Foa ;

2°) de condamner l'OPT-NC à lui verser des dommages et intérêts pour manquement à l'obligation de sécurité de résultat ayant abouti à une altération de sa santé mentale et physique ;

3°) de condamner à l'OPT-NC à lui verser des dommages et intérêts au titre du harcèlement moral qu'il estime avoir subi.

M. A soutient que :

- les dispositions de l'article Lp 263-22 du code du travail ont été méconnues ;

- le refus opposé à sa demande de mutation méconnaît les préconisations du médecin du travail ;

- ce refus révèle une promesse non tenue ;

- il était le meilleur candidat pour le poste de La Foa ;

- il a été victime d'un harcèlement moral ;

- l'OPT-NC a commis une faute de nature à engager sa responsabilité.

Par des mémoires en défense enregistrés le 24 juillet et le 24 août 2023, l'OPT-NC conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir, à titre principal, que la requête est irrecevable et, à titre subsidiaire, qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi organique n° 99-209 et la loi 99-210 du 19 mars 1999 ;

- le code du travail applicable en Nouvelle-Calédonie ;

- la loi du pays n° 2014-9 du 18 février 2014 relative aux relations de travail et à l'interdiction du harcèlement moral et sexuel dans le secteur public

- la délibération n° 457 du 8 janvier 2009 ;

- la délibération n° 051/CP du 23 octobre 2000 relative à l'organisation et au fonctionnement de l'office des postes et télécommunications de Nouvelle-Calédonie,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Prieto, premier conseiller,

- les conclusions de Mme Peuvrel, rapporteure publique,

- et les conclusions de Mme D, représentant l'Office des postes et télécommunications de Nouvelle-Calédonie.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, fonctionnaire territorial de catégorie B du cadre des postes et télécommunications de Nouvelle-Calédonie, en activité depuis le 1er août 2015, exerce l'emploi de conseiller commercial sur un poste de conseiller financier (COFI) à l'agence de Rivière-Salée depuis le 14 mars 2022. Par un avis de vacance de poste en date du 13 janvier 2023, l'OPT-NC a lancé un appel à candidature pour un poste de conseiller financier multi-canal basé à La Foa. M. A a présenté sa candidature pour ce poste mais n'a pas été retenu.

2. M. A demande au tribunal d'enjoindre à l'Office des postes et télécommunications de Nouvelle-Calédonie (OPT-NC) de le muter sur la commune de La Foa, conformément aux préconisations émises à trois reprises par les médecins du service de médecine préventive des fonctionnaires. Il demande également au tribunal de condamner l'OPT-NC à lui verser des dommages et intérêts pour manquement à l'obligation de sécurité de résultat ayant abouti à une altération de sa santé mentale et physique et de condamner le même Office à lui verser des dommages et intérêts au titre du harcèlement moral qu'il estime avoir subi.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

3. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure "

4. En dehors des cas expressément prévus par des dispositions législatives particulières, inapplicables en l'espèce, du code de justice administrative, il n'appartient pas au tribunal administratif d'adresser des injonctions à l'administration. Les conclusions du demandeur n'entrent pas notamment dans les prévisions de l'article L. 911-1 du code précité. Dès lors, elles sont irrecevables.

Sur les autres conclusions :

5. En premier lieu, les dispositions du code du travail applicable en Nouvelle-Calédonie, dont se prévaut M. A ne sont pas applicables aux personnes, comme lui-même, relevant d'un statut de fonction publique ou d'un statut de droit public. Par suite, le moyen tiré de la violation des dispositions de l'article Lp 263-22 dudit code est inopérant.

6. En deuxième lieu, il appartient aux autorités administratives, qui ont l'obligation de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et morale de leurs agents, d'assurer, sauf à commettre une faute de service, la bonne exécution des dispositions législatives et réglementaires qui ont cet objet. A ce titre, il leur incombe notamment de prendre en compte les propositions d'aménagements de poste de travail ou de conditions d'exercice des fonctions justifiés par l'âge, la résistance physique ou l'état de santé des agents, que les médecins du service de médecine préventive sont seuls habilités à émettre.

7. En l'espèce, toutefois, il résulte de l'instruction que, d'une part, les recommandations rendues par le service de médecine de prévention des fonctionnaires concluent à trois reprises à l'aptitude de M. A sur son poste de conseiller financier et que, d'autre part, aucune raison médicale n'est indiquée par le médecin de prévention pour justifier sa recommandation de mutation de M. A, vers la seule commune de La Foa. Dans ces conditions, et dans les circonstances de l'espèce, l'OPT-NC n'était pas tenu de suivre les recommandations de la médecine préventive s'agissant du lieu d'affectation de l'intéressé et le moyen invoqué doit, par suite, être écarté.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la loi du pays n° 2014-9 du 18 février 2014 relative aux relations de travail et à l'interdiction du harcèlement moral et sexuel dans le secteur public : " Sont constitutifs de harcèlement moral et interdits les agissements répétés à l'encontre d'une personne ayant pour objet une dégradation de ses conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel ".

9. Il appartient à l'agent public qui soutient avoir été victime de faits constitutifs de harcèlement moral, lorsqu'il entend contester le refus opposé par l'administration dont il relève à une demande de protection fonctionnelle fondée sur des faits de harcèlement, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles d'en faire présumer l'existence. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. Pour être qualifiés de harcèlement moral, ces agissements doivent être répétés et excéder les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique.

10. En l'espèce, M. A soutient d'abord que l'entretien accordé par son directeur général adjoint, la teneur des échanges, leur durée (7 mois) ainsi que la modification du poste de chef de cellule de La Foa pour un poste de conseiller financier multi-canal conduisent à considérer les agissements de l'office comme pouvant être assimilés à une promesse de mutation non tenue. Si la méconnaissance par une collectivité publique d'un engagement pris envers une autre personne est susceptible de constituer une faute de nature à engager sa responsabilité, les promesses ou assurances doivent toutefois revêtir un certain caractère de fermeté, de formalité ou de précision. Or, en l'espèce, il ne résulte pas de l'instruction que le moindre engagement de cette nature ait été contracté par l'administration au bénéfice de M. A.

11. En outre, si M. A estimait être le meilleur candidat pour postuler pour le poste de La Foa, la circonstance que l'administration ait adopté un choix différent ne procède pas, par elle-même, d'une différence de traitement entre sa candidature et les autres candidatures examinées.

12. Enfin, il ne résulte pas de l'instruction que les agissements de l'OPT-NC aient entraîné à l'égard de M. A une altération de sa santé physique et mentale dès lors que les rapports de la médecine préventive témoignent au contraire de son aptitude professionnelle.

13. Dans ces conditions, les agissements critiqués ne peuvent être regardés comme constitutifs d'un harcèlement moral, ni d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'OPT-NC.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à l'Office des Postes et Télécommunications de la Nouvelle Calédonie.

Délibéré après l'audience du 5 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Sabroux, président,

M. Prieto, premier conseiller,

M. Briquet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 octobre 2023.

Le rapporteur,

G. PRIETOLe président,

D. SABROUX La greffière en chef

M.M. B

La République mande et ordonne au haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

cb

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