jeudi 14 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE |
| Section | Tribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE |
| N° Dossier | TA104-2300346 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère CHAMBRE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 28 juin 2023 et des mémoires enregistrés le 27 août, le 21 septembre et le 7 octobre 2023, Mme A B demande au tribunal :
1°) de la décharger de l'imposition à la contribution foncière, rôle général 2023, d'un montant de 16 147 francs CFP ;
2°) de mettre à la charge de la Nouvelle-Calédonie la somme de 280 000 CFP au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme B soutient que :
- le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie n'a pas produit la délibération autorisant son président à le défendre dans cette instance et ne justifie pas de sa qualité pour agir ;
- les rôles ont été rendus exécutoires par une autorité incompétente ;
- le délai de 45 jours n'a pas été respecté entre l'arrêté du 11 mai rendant exécutoires les rôles et la date de leur mise en recouvrement le 31 mai 2023 ;
- l'ordonnance n° 85-1186 du 13 novembre 1985 est toujours en vigueur et l'administration n'établit pas que l'arrêté rendant exécutoire le rôle général de la contribution foncière pour 2023 ait été pris en conformité avec les dispositions de l'article 20 alinéa 1 de ladite ordonnance ;
- aucune circonstance de fait ou de droit ne justifie une nouvelle interprétation de la notion de " vivant seul " ;
- la nouvelle doctrine n'a fait l'objet d'aucune publication ;
- en présence d'un conflit d'interprétation entre la direction des services fiscaux et la jurisprudence nationale, la dernière prévaut ;
- le délai de reprise concernant la contribution foncière de l'année 2000 a expiré le 31 décembre 2002 et non en 2023 ;
- l'article 199 du code des impôts de Nouvelle-Calédonie n'interdit pas la cohabitation avec un tiers pour bénéficier de l'exonération ;
- elle réunit toutes les conditions pour une exonération totale de la contribution foncière.
Par des mémoires en défense enregistrés le 24 août et le 3 octobre 2023, la Nouvelle-Calédonie conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi organique n° 99-209 et la loi n° 99-210 du 19 mars 1999, relatives à la Nouvelle-Calédonie ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code des impôts de Nouvelle-Calédonie ;
- la délibération n° 452 du 28 décembre 1993 ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Prieto, premier conseiller,
- et les conclusions de Mme Peuvrel, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B est assujettie à la contribution foncière en sa qualité de propriétaire de son habitation sise dans la commune du Mont-Dore. Elle demande au tribunal la décharge de ladite contribution mise à sa charge au titre de l'année 2023, pour un montant de 16 147 francs CFP.
2. En premier lieu, aux termes de l'article 134 de la loi organique n° 99-209 du 19 mars 1999 : " Le président du gouvernement représente la Nouvelle-Calédonie. En vertu d'une délibération du gouvernement, il intente les actions et défend devant les juridictions, au nom de la Nouvelle-Calédonie, sous réserve des dispositions de l'article 69. "
3. D'une part, lorsqu'une partie est une personne morale, il appartient à la juridiction administrative saisie, qui en a toujours la faculté, de s'assurer, le cas échéant, que le représentant de cette personne morale justifie de sa qualité pour agir au nom de cette partie ; que tel est le cas lorsque cette qualité est sérieusement contestée par l'autre partie ou qu'au premier examen, l'absence de qualité du représentant de la personne morale semble ressortir des pièces du dossier ; d'autre part, lorsqu'il est saisi, postérieurement à la clôture de l'instruction, d'un mémoire émanant d'une des parties à l'instance, le juge n'est tenu de soumettre au débat contradictoire les éléments contenus dans le mémoire que si celui-ci contient soit l'exposé d'une circonstance de fait dont la partie qui l'invoque n'était pas en mesure de faire état avant la clôture de l'instruction et que le juge ne pourrait ignorer sans fonder sa décision sur des faits matériellement inexacts, soit d'une circonstance de droit nouvelle ou que le juge devrait relever d'office ; par suite, dans l'hypothèse où le juge administratif, saisi d'un moyen tiré du défaut de qualité pour agir de la personne morale requérante, décide de tenir compte de la délibération habilitant son représentant à agir en justice lorsque celle-ci est produite postérieurement à la clôture de l'instruction, il lui incombe de soumettre cette pièce à un débat contradictoire en rouvrant l'instruction.
4. En l'espèce, la délibération n° 2023-45/GNC du 27 septembre 2023 portant habilitation du président du gouvernement à agir dans la présente instance a été adressée au tribunal le 3 octobre 2023, soit avant la clôture de l'instruction alors fixée au 4 octobre. Par suite, et en tout état de cause, le moyen invoqué tiré du défaut de qualité pour agir manque en fait.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 204 de la loi organique : " 1. Les actes du congrès, de sa commission permanente et de son président, du sénat coutumier et de son président, de l'assemblée de province, de son bureau et de son président mentionnés au II sont exécutoires de plein droit dès qu'il a été procédé à leur publication au Journal officiel de la Nouvelle-Calédonie ou à leur notification aux intéressés, ainsi qu'à leur transmission au haut-commissaire ou à son représentant dans la province, par le président du congrès, par le président de la commission permanente, par le président du sénat coutumier ou par le président de l'assemblée de province. Les actes du gouvernement et de son président sont exécutoires de plein droit dès qu'il a été procédé à leur publication au Journal officiel de la Nouvelle-Calédonie ou à leur notification aux intéressés, ainsi qu'à leur transmission au haut-commissaire par le président du gouvernement, sous réserve des dispositions de l'article 129. La transmission des actes mentionnés au II peut s'effectuer par tout moyen, y compris par voie électronique selon des modalités fixées par décret en Conseil d'Etat. ".
6. En l'espèce, il résulte de l'instruction que la délibération du 27 septembre 2023 a été réceptionnée par les services du contrôle de légalité du Haut-Commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie le 28 septembre 2023. Par suite, et en tout état de cause, le moyen invoqué tiré de ce que ce contrôle n'aurait pas été effectué avant la clôture de l'instruction manque en fait.
7. En troisième lieu, les dispositions de l'ordonnance n°85-1186 du 13 novembre 1985 dont entend se prévaloir Mme B pour soutenir que le délai de 45 jours n'a pas été respecté entre l'arrêté du 11 mai rendant exécutoires les rôles et la date de leur mise en recouvrement le 31 mai 2023 et qu'il n'appartient ni au président du gouvernement, ni au directeur des services fiscaux de signer le rôle général de la contribution financière de la Nouvelle-Calédonie pour l'année 2023, ont été abrogées par la délibération n° 452 du 28 décembre 1993. En outre, aux termes de l'article 1128 du code des impôts : " Les impôts directs et taxes assimilées sont recouvrés en vertu, soit de rôles rendus exécutoires par arrêté du président du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie ou de son délégué, soit d'avis de mise en recouvrement. La date de mise en recouvrement des rôles est fixée après avis du comptable public compétent. () " Par suite, les moyens invoqués doivent être écartés comme étant inopérants.
8. En quatrième lieu, la circonstance que l'article Lp 723 ait été mentionné par erreur, en lieu et place de l'article Lp 195 du code des impôts dans les visas de l'arrêté du 11 mai 2023 rendant exécutoire le rôle général de la contribution financière de la Nouvelle-Calédonie pour l'année 2023, est sans incidence sur la légalité de ce dernier.
9. En cinquième lieu, dès lors que l'administration a seulement mis à la charge de la requérante la contribution au titre de 2023, le moyen tiré de ce que le délai de reprise concernant la contribution foncière de l'année 2000 a expiré le 31 décembre 2002 et non en 2023 est également inopérant.
10. En sixième lieu, aux termes de l'article 199 du code des impôts de la Nouvelle-Calédonie : " Les propriétaires ou usufruitiers invalides ou âgés de plus de 60 ans, vivant seuls ou avec leur conjoint ou partenaire lié par un pacte civil de solidarité, sont exonérés de la totalité de la contribution foncière du logement qu'ils occupent si le montant total des revenus dont ils ont disposé l'année précédente est inférieur à 2 000 000 francs, de 50 % jusqu'à 2 200 000 francs et de 25 % jusqu'à 2 400 000 francs (base janvier 1996) () ". Aux termes de l'article 162 du même code : " La contribution foncière est établie pour l'année entière sans possibilité de fractionnement, d'après les faits existant au 1er janvier de l'année d'imposition, au nom du propriétaire ou usufruitier du terrain ou de la construction, même édifiée sur sol d'autrui, de l'emphytéote, ou du preneur à bail à construction ou assimilé ".
11. Mme B soutient qu'elle réunit les conditions pour bénéficier de l'exonération demandée. Ladite exonération bénéficie, en vertu des dispositions précitées, aux propriétaires ou usufruitiers du logement qu'ils occupent, invalides ou âgés de plus de 60 ans, vivant seuls ou avec leur conjoint ou partenaire lié par un pacte civil de solidarité, sous condition de ressources. Conformément aux dispositions précitées de l'article 162, la contribution foncière est établie pour l'année entière d'après les faits existant au 1er janvier de l'année d'imposition.
12. Si Mme B, qui n'est ni mariée ni liée par un pacte civil de solidarité, remplissait, au 1er janvier de l'année d'imposition, les conditions d'âge et de ressources pour se voir exonérer de la contribution foncière sur le fondement de ces dispositions, l'administration a toutefois retenu, pour lui en refuser le bénéfice, qu'elle ne vivait pas seule dans son logement. En l'espèce, dès lors qu'il est constant que le fils de Mme B habite dans le même logement que la requérante, celle-ci ne peut bénéficier de la décharge sollicitée par l'application de l'article 199 précité.
13. En septième lieu, et en tout état de cause, Mme B ne saurait utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 312-2 du code des relations entre le public et l'administration qui prévoient un principe général d'opposabilité de la doctrine autre que fiscale. En outre, en présence de dispositions claires telles que celles précitées de l'article 199 du code des impôts, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la circonstance qu'aucune instruction, circulaire, note ou autre doctrine fiscale de la direction des services fiscaux définissant ou interprétant la notion fiscale de " vivant seuls " n'ait été publiée soit de nature à justifier la décharge sollicitée.
14. En dernier lieu, la requérante ne peut utilement se prévaloir de la définition de " vivre seul " contenue dans l'instruction n° BOI 5 B-7-05 du 1er février 2005 qui concerne un dispositif légal différent, sans lien avec une imposition foncière.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins de décharge de la requête de Mme B doivent être rejetées.
Sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
16. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par Mme B doivent dès lors être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la Nouvelle-Calédonie.
Délibéré après l'audience du 30 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Sabroux, président,
M. Prieto, premier conseiller,
M. Briquet, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 décembre 2023.
Le rapporteur,
signé
G. PRIETOLe président,
signé
D. SABROUX Le greffier,
signé
J. LAGOURDE
La République mande et ordonne au haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
cb
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026