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AccueilJurisprudence administrativeN° TA104-2300406

Tribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE — Décision N° TA104-2300406

jeudi 29 février 2024

JuridictionTribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE
SectionTribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE
N° DossierTA104-2300406
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère CHAMBRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 août 2023, Mme C A demande au tribunal de réviser sa situation administrative à la suite de la mutation d'office dont elle a fait l'objet le 1er mars 2023, en la promouvant au grade de secrétaire administrative au regard de ses fonctions antérieures de cheffe de la section rémunération, en lui faisant bénéficier rétroactivement à compter du 1er mars 2023 d'une nouvelle bonification individuelle de 10 points, et en lui attribuant rétroactivement à compter du 1er juillet 2023 l'indemnité de sujétion spéciale pour les personnels administratifs de la police.

Elle soutient que :

- sa réaffectation a conduit à un déclassement professionnel la privant de la possibilité d'accéder dans un avenir proche au corps des secrétaires administratifs de l'intérieur et de l'outre-mer ;

- une nouvelle bonification indiciaire de 10 points doit lui être attribuée, en vertu du principe d'égalité ;

- elle a droit à compter du 1er juillet 2023 à l'indemnité de sujétion spécifique des personnels administratifs, techniques et spécialisés de la police nationale, instituée par le protocole pour la modernisation des ressources humaines de la police nationale du 2 mars 2022.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 décembre 2023, le haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie conclut au rejet de la requête de Mme A.

Il soutient que :

- les conclusions à fin d'injonction formulées à titre principal sont irrecevables ;

- aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi organique n° 99-209 et la loi n° 99-210 du 19 mars 1999 ;

- le code général de la fonction publique ;

- le décret n°2002-916 du 30 mai 2002, et notamment son article 13-2 ;

- le décret n°2006-1760 du 23 décembre 2006 ;

- le décret n° 2009-1388 du 11 novembre 2009

- le décret n° 2010-1346 du 9 novembre 2010 ;

- le décret n° 2023-136 du 27 février 2023 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 8 février 2024 :

- le rapport de M. Briquet, premier conseiller,

- les conclusions de Mme Peuvrel, rapporteure publique,

- et les observations de M. B, représentant l'Etat.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite de la suppression le 1er mars 2023 du secrétariat général pour l'administration de la police de la Nouvelle-Calédonie par le décret n° 2023-136 du 27 février 2023 modifiant diverses dispositions relatives à l'administration de la police en Nouvelle-Calédonie, et de la reprise des missions qui lui était dévolues par le haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie, Mme A, adjoint administratif principal de 1ère classe de l'intérieur et de l'outre-mer qui exerçait au sein de ce secrétariat général depuis le 3 janvier 2011 et occupait en dernier lieu les fonctions de cheffe de la section rémunération, a été réaffectée au bureau des ressources humaines du haut-commissariat de la République en Nouvelle-Calédonie, d'abord à compter du 1er janvier 2023 par un premier arrêté du haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie du 27 mars 2023, puis à compter du 1er mars 2023 par un second arrêté du 15 mai 2023 qui a rectifié l'erreur de date figurant le premier arrêté. Par un courrier du 2 mai 2023, Mme A a sollicité la révision de sa situation administrative, en faisant valoir que sa réaffectation conduisait à un déclassement professionnel la privant de la possibilité d'accéder dans un avenir proche au corps des secrétaires administratifs de l'intérieur et de l'outre-mer, en regrettant de ne pas pouvoir percevoir dans ses nouvelles fonctions l'indemnité de sujétion spécifique des personnels administratifs, techniques et spécialisés de la police nationale instituée à compter du 1er juillet 2023 en vertu du protocole pour la modernisation des ressources humaines de la police nationale conclu le 2 mars 2022, et en indiquant que la nouvelle bonification indiciaire de 10 points attribuée aux autres agents chargés de la rémunération au sein du haut-commissariat de la République en Nouvelle-Calédonie devait également lui être versée. Le 26 juin 2023, le haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie a rejeté son recours gracieux contre la décision de mutation dont elle avait fait l'objet, refusé de lui octroyer l'indemnité de sujétion spécifique, et effectué une réponse d'attente s'agissant de la nouvelle bonification indiciaire. Par son recours, Mme A doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler les deux décisions expresses de rejet qui lui ont été opposées le 26 juin 2023 à propos de sa demande de promotion professionnelle et d'octroi de l'indemnité de sujétion spécifique, ainsi que la décision implicite de rejet de sa demande d'attribution de la nouvelle bonification indiciaire, qui est née quelques jours après la réponse d'attente adressée le 26 juin 2023.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Eu égard à la requalification de la requête opérée au point précédent, les conclusions à fin d'injonction ne peuvent pas être regardées comme présentées à titre principal. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense ne peut qu'être écartée.

Sur les décisions expresses de rejet des demandes relatives à la promotion professionnelle et à l'indemnité spécifique de sujétion :

3. Il ressort des pièces du dossier que la mutation de Mme A n'est que le fruit de la disparition du secrétariat général pour l'administration de la police de la Nouvelle-Calédonie où elle exerçait jusqu'à présent. Si le poste de gestionnaire des rémunérations de la police dans lequel elle a été nommée ne comporte pas exactement les mêmes attributions que celui de cheffe de la section rémunération qu'elle occupait précédemment, la mutation litigieuse ne peut être regardée comme entraînant un déclassement de l'intéressée. La mesure dont Mme A a été l'objet ne présentait pas, dans les conditions où elle est intervenue, le caractère d'une sanction disciplinaire, mais constituait une mutation prononcée dans l'intérêt du service. Par ailleurs, et en tout état de cause, elle ne peut par elle-même conduire à la nomination dans le corps des secrétaires administratifs de l'intérieur et de l'outre-mer qui est sollicitée par la requérante, d'autant plus qu'un tel corps est de catégorie B alors que les fonctions de cheffe de section et de gestionnaire successivement exercées par Mme A relevaient toutes deux de la catégorie C.

4. Si Mme A sollicite le bénéfice de l'indemnité de sujétion spécifique des personnels administratifs, techniques et spécialisés de la police nationale, elle ne démontre pas y avoir droit en se bornant à se prévaloir du protocole pour la modernisation des ressources humaines de la police nationale conclu le 2 mars 2022.

Sur la décision implicite de rejet d'attribution de la nouvelle bonification indiciaire :

5. Aux termes de l'article L. 712-12 du code général de la fonction publique : " Le fonctionnaire occupant un emploi comportant une responsabilité ou une technicité particulières peut se voir attribuer à ce titre une nouvelle bonification indiciaire. ".

6. Aux termes de l'article 1er du décret n° 2003-200 du 7 mars 2003 instituant la nouvelle bonification indiciaire dans les services du ministère de l'outre-mer : " Une nouvelle bonification indiciaire, prise en compte et soumise à contribution pour le calcul de la pension de retraite, peut être versée mensuellement dans la limite des crédits disponibles aux fonctionnaires titulaires du ministère de l'outre-mer exerçant une des fonctions figurant en annexe au présent décret. ". Aux termes de l'annexe à ce décret : " () / II. - Services déconcentrés / Fonction exercée pouvant ouvrir droit au versement d'une nouvelle bonification indiciaire : / () / - emploi comportant des responsabilités ou une technicité particulière dans les domaines de la solde ou du traitement de l'information. ".

7. Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 7 mars 2003 fixant les conditions d'attribution de la nouvelle bonification indiciaire dans les services du ministère de l'outre-mer : " La nouvelle bonification indiciaire prévue à l'article 1er du décret du 7 mars 2003 susvisé est attribuée dans les conditions fixées par le tableau annexé au présent arrêté. ". Aux termes du tableau annexé à cet arrêté : " Désignation de l'emploi : II.- Services déconcentrés / () / 2. Nouvelle-Calédonie / () / Agent chargé du traitement de la paye au Haut-commissariat / Niveau de responsabilité exercé : CC / Nombre de points par emploi : 10 / Nombre d'emplois concernés : 3/ () ".

8. S'il appartient à l'administration de fixer, compte tenu des priorités de la politique de gestion des personnels et des contraintes budgétaires, la liste des emplois qui, comportant une responsabilité ou une technicité particulières, ouvre droit au bénéfice de la nouvelle bonification indiciaire, ce pouvoir doit s'exercer dans le respect du principe d'égalité qui exige, s'agissant de cet avantage, que l'ensemble des agents exerçant effectivement leurs fonctions dans les mêmes conditions, avec la même responsabilité ou la même technicité, bénéficient de la même bonification.

9. Il est constant que Mme A exerce ses fonctions dans les mêmes conditions, avec la même responsabilité, et la même technicité, que les trois agents chargés du traitement de la paye au haut-commissariat qui, eux, bénéficient d'une nouvelle bonification indiciaire de 10 points. Par suite, Mme A est fondée à soutenir qu'en lui refusant le bénéfice d'une telle bonification, le haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie a méconnu le principe d'égalité. La décision implicite de refus d'attribution de la nouvelle bonification indiciaire doit en conséquence être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. L'annulation prononcée au point précédent implique que l'administration attribue à Mme A le bénéfice d'une nouvelle bonification indiciaire de 10 points à compter du 1er mars 2023. Il y a dès lors lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer d'effectuer une telle attribution, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite de refus d'attribution d'une nouvelle bonification indiciaire de 10 points à Mme A est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de procéder, dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement, à l'attribution à Mme A d'une nouvelle bonification indiciaire de 10 points.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie.

Délibéré après l'audience du 8 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Sabroux, président,

M. Briquet, premier conseiller,

M. Prieto, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 février 2024.

Le rapporteur,

B. BRIQUET Le président,

D. SABROUX Le greffier,

J. LAGOURDE

La République mande et ordonne au haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

nd

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