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AccueilJurisprudence administrativeN° TA104-2300409

Tribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE — Décision N° TA104-2300409

lundi 11 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE
SectionTribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE
N° DossierTA104-2300409
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 29 août 2023 et le 11 février 2024, Mme A B demande au tribunal de condamner la province Nord, sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, à lui verser à titre de provision, une somme de 4 201 584 XPF correspondant à sa rémunération en tant que chargée de mission au sein des services de la province Nord pour la période du 8 novembre 2016 au 31 août 2021, date de son départ en retraite, majorée des intérêts de retard à compter du 6 janvier 2017 et une somme de 890 214 XPF correspondant aux intérêts de retard qui ne lui ont pas été versés à la suite de l'arrêt de la Cour administrative d'appel de Paris condamnant définitivement la province Nord, majorée également des intérêts de retard à compter du 6 janvier 2017 et la capitalisation de ces intérêts.

Par un mémoire enregistré le 24 janvier 2024, la province Nord représentée par son président, conclut à titre principal au rejet de la requête et à la condamnation de la requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sans préciser à quel montant. La province Nord oppose une fin de non-recevoir fondée sur la tardiveté du recours, l'absence de recours préalable, ainsi que la prescription quadriennale pour les années 2016 et 2017. Elle conteste la nature des fonctions exercées après le 7 novembre 2016 et soutient avoir payé les intérêts de retard dus. La province admet toutefois que le quantum pourrait être limité à 3 245 792 XPF pour la période non prescrite du 1er janvier 2018 au 31 août 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur le versement d'une provision :

1. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie ". Il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude. Dans l'hypothèse où l'évaluation du montant de la provision résultant de cette obligation est incertaine, le juge des référés ne doit allouer de provision, le cas échéant assortie d'une garantie, que pour la fraction de ce montant qui lui parait revêtir un caractère de certitude suffisant.

Sur l'existence d'une obligation non sérieusement contestable :

2. Comme l'a rappelé la Cour administrative d'appel de Paris dans son arrêt du 11 décembre 2020, n° 20PA02067, Mme B a été recrutée par contrat à durée indéterminée par la province Nord en qualité de chargée de mission à la direction économique et de l'environnement à compter du 4 septembre 2000, puis affectée, toujours en qualité de chargée de mission, à la direction des finances et du budget par note de service du 4 septembre 2008, et enfin affectée " à titre temporaire " en cette même qualité, au secrétariat général à compter du 2 avril 2009, qu'elle a bien été chargée de missions confiées par le secrétariat général, et qu'en conséquence elle avait droit au bénéfice de l'indemnité de sujétion dont bénéficient les chargés de mission auprès du secrétaire général de la province Nord en application de la délibération n° 393 du 25 juin 2008 relative au régime indemnitaire des personnels d'encadrement et assimilés et la délibération n° 2009-03/AN du 30 janvier 2009 prise pour son application, à compter du 2 avril 2009 mais jusqu'au 7 novembre 2016 seulement. La Cour, après avoir relevé que l'intéressée occupait des fonctions de chargée d'études à compter du 8 novembre 2016, tel que cela ressortait d'une note de service du secrétaire général de la province en date du 7 novembre 2016 a ainsi annulé la décision implicite du 6 mars 2017 du président de la province Nord. Malgré cette décision de justice devenue définitive, la requérante soutient qu'elle n'a pas perçu, d'une part les indemnités afférentes à la période du 8 novembre 2016 au 31 août 2021 et, d'autre part, les intérêts de retard portant sur les sommes auxquelles la province Nord a été condamnée. Elle demande en conséquence au tribunal de condamner la province Nord à lui verser à titre de provision, une somme de 4 201 584 XPF correspondant à sa rémunération en tant que chargée de mission au sein des services de la province Nord pour la période du 8 novembre 2016 au 31 août 2021, date de son départ en retraite, majorée des intérêts de retard à compter du 6 janvier 2017 et une somme de 890 214 XPF correspondant aux intérêts de retard qui ne lui ont pas été versés.

3. Si Mme B soutient que l'arrêt précité que la Cour, devenu définitif, "annule dans son intégralité la décision implicite de refus provinciale opposée à l'exposante qui sollicitait le versement continu de la prime discutée, sans limitation de temps ", il ressort toutefois des termes de cet arrêt que, si elle a bien annulé la décision implicite du 6 mars 2017 du président de la province Nord, la Cour, qui a statué à la date de la décision attaquée, a toutefois entendu limiter la période pendant laquelle Mme B avait droit au bénéfice de l'indemnité de sujétion dont bénéficient les chargés de mission auprès du secrétaire général de la province Nord au 7 novembre 2016 seulement et qu'à l'issue, Mme B avait été placée auprès de ce dernier en qualité de " chargée d'études ". Si la portée de cet arrêt ne vaut pas pour l'avenir, il ressort toutefois des pièces produites postérieurement, notamment du certificat de travail daté du 5 octobre 2021, modifié après réclamation de Mme B, de son courrier d'accompagnement daté du même jour signé par le chef de service gestion des carrières et rémunération, reconnaissant expressément l'erreur commise et la nature des fonctions de chargée de mission de Mme B, de l'attestation du 15 octobre 2018 du président de la province Nord mentionnant expressément les fonctions de chargée de mission exercées par Mme B et enfin du dernier bulletin de paie de Mme B du mois d'août 2021, avant son départ en retraite, sur lequel figure la mention " emploichargé de mission ", que cette dernière a continué d'exercer ses fonctions de chargée de mission postérieurement au 7 novembre 2016. Toutefois, la présente demande de provision présentée par Mme B portant sur une période différente de celle qui a fait l'objet de l'arrêt précité, Mme B ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article R. 911-2 du code de justice administrative, l'arrêt de la Cour ayant été entièrement exécuté par ailleurs.

4. Aux termes de l'article R. 421-1 du même code : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. ". Il résulte des dispositions de l'article R. 421-1 du code de justice administrative, qui sont applicables aux demandes de provision présentées sur le fondement de l'article R. 541-1 du même code, qu'en l'absence d'une décision de l'administration rejetant une demande formée devant elle par le requérant ou pour son compte, une requête tendant au paiement d'une somme d'argent est irrecevable. Le principe de sécurité juridique fait cependant obstacle à ce que le demandeur, lorsqu'il est établi qu'il a eu connaissance de la décision implicite qui lui a été opposée, puisse la contester indéfiniment du seul fait que l'administration ne lui a pas délivré d'accusé de réception de sa demande ou n'a pas porté sur l'accusé de réception les mentions requises. La preuve d'une telle connaissance peut résulter de ce qu'il est établi, soit que l'intéressé a été clairement informé des conditions de naissance d'une décision implicite lors de la présentation de sa demande, soit que la décision a par la suite été expressément mentionnée au cours de ses échanges avec l'administration, notamment à l'occasion d'un recours gracieux dirigé contre cette décision. Le demandeur dispose alors, pour saisir le juge, d'un délai raisonnable qui, sauf circonstances particulières, ne saurait excéder un an et court, dans la première hypothèse, de la date de naissance de la décision implicite et, dans la seconde, de la date de l'événement établissant qu'il a eu connaissance de la décision. Au cas d'espèce, Mme B a présenté sa demande indemnitaire préalable à la province Nord par un courrier daté du 15 mars 2022 et n'a introduit la présente requête que le 29 août 2023. Ainsi, la fin de non-recevoir opposée en défense constitue une contestation sérieuse par la province Nord de son obligation de payer la somme de 4 201 584 XPF correspondant à la rémunération de Mme B en tant que chargée de mission au sein des services de la province Nord pour la période du 8 novembre 2016 au 31 août 2021.

5. Pour ce qui est de la demande de provision présentée par Mme B portant sur les intérêts moratoires, la province soutient, pièces probantes à l'appui, avoir procédé au règlement de ces intérêts en exécution de l'arrêt de la Cour. Ainsi, là encore la demande de Mme B se heurte à une contestation sérieuse et doit être rejetée.

6. Il résulte de tout ce qui précède que l'existence de l'obligation de la province Nord de payer à Mme B les sommes qu'elle réclame se heurtant à une contestation sérieuse, il y a lieu de rejeter la requête de Mme B.

O R D O N N E :

Article 1er : la requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et à la province Nord

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 mars 2024.

Le président,

SIGNE

D. Sabroux

La République mande et ordonne au haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires ou huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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