lundi 29 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE |
| Section | Tribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE |
| N° Dossier | TA104-2300451 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère CHAMBRE |
| Avocat requérant | SELARL VIRGINIE BOITEAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 12 septembre 2023, le 20 février, le 23 février et le 10 avril 2024, M. B A, représentée par Me Patet, demande au tribunal dans le dernier état de ces écritures :
1°) d'annuler la décision du 31 août 2023 par laquelle le président de la province des îles Loyauté a prononcé son licenciement ;
2°) d'annuler l'arrêté du 1er août 2023 abrogeant la délégation de signature qui lui a été accordée ;
3°) d'annuler la décision n° 2023-393/PR du 31 août 2023 portant retenue sur salaire pour absence de service fait ;
4°) d'annuler l'attestation du 3 octobre 2023 valant solde de tout compte ;
5°) de mettre à la charge de la province des îles Loyauté la somme de 300 000 francs CFP en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A soutient que :
- la perte de confiance ne peut justifier un licenciement ;
- les absences injustifiées qui lui sont reprochées manquent en fait ;
- la décision de rompre les moyens de communication octroyés à un agent constitue un détournement de pouvoir ;
- il doit être regardé comme un lanceur d'alerte ;
- il se trouvait en position de congé de maladie ordinaire justifié du 23 au 24 août 2023.
Par des mémoires en défense enregistrés le 27 novembre 2023, le 15 février 2024 et le 4 avril 2024, l'assemblée de la province des îles Loyauté, représentée par Me Boiteau, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de M. A la somme de 380 000 francs CFP en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi organique n° 99-209 et la loi n° 99-210 du 19 mars 1999 ;
- la loi n° 2022-401 du 21 mars 2022 visant à améliorer la protection des lanceurs d'alertes ;
- la loi n° 2016-1691 du 9 décembre 2016 relative à la modernisation de la vie économique ;
- la délibération modifiée n° 100/CP du 20 septembre 1996 de l'assemblée de la province des îles Loyauté ;
- la délibération n°234 du 13 décembre 2006 portant dispositions particulières à certains emplois administratifs de direction des collectivités et établissements publics ;
- la délibération n°2019-44/API du 30 juillet 2019 :
- la délibération n° 182 du 4 novembre 2021 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Prieto, premier conseiller,
- les conclusions de Mme Peuvrel, rapporteure publique,
- et les conclusions de Me Patet, avocat du requérant, substituée par Me Camel.
En application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, les parties ont été informées que le tribunal était susceptible de relever d'office le moyen tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre le courrier de la notification de la décision de licenciement, ce courrier ne constituant pas un acte décisoire, ainsi que le moyen tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre l'attestation de la directrice adjointe des ressources humaines du 3 octobre 2023 valant solde de tout compte, qui se rapportent à un litige distinct de celui que le requérant a porté initialement devant la juridiction.
Considérant ce qui suit :
1. M. A a été recruté par un contrat de travail à durée déterminée du 5 mars 2018 par le secrétariat général des îles Loyauté. A l'issue de plusieurs contrats et prorogations, M. A, par un arrêté du 19 août 2019, a été nommé secrétaire général de la province des îles Loyauté en application de la délibération n°234 susvisée du 13 décembre 2006 portant dispositions particulières à certains emplois administratifs de direction des collectivités et établissements publics.
2. Par une décision n°2023-394/PR en date du 31 août 2023 dont le requérant demande l'annulation, la province des îles Loyauté a prononcé le licenciement de M. A.
Sur la recevabilité de certaines conclusions :
3. En premier lieu, les conclusions dirigées contre le courrier du 31 août 2023 portant notification de la décision de licenciement, qui ne constitue pas un acte décisoire faisant grief, sont irrecevables et doivent être rejetées.
4. En second lieu, les conclusions dirigées contre l'attestation de la directrice adjointe des ressources humaines du 3 octobre 2023 valant solde de tout compte, qui se rapportent à un litige distinct de celui que le requérant a porté initialement devant la juridiction, sont également irrecevables et doivent par suite être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision portant licenciement :
5. En premier lieu, aux termes de l'article 5 de la délibération n°234 du 13 décembre 2006 portant dispositions particulières à certains emplois administratifs de direction des collectivités et établissements publics " () 5 - Les secrétaires généraux des assemblées de province sont chargés, sous l'autorité du président de l'assemblée de province concernée, de diriger l'ensemble des directions et services de ladite province et d'en coordonner l'organisation. () ". Aux termes de l'article 14 de la même délibération : " Fin de fonction anticipée des agents non titulaires - Le licenciement de l'agent non titulaire par l'autorité investie du pouvoir de nomination ne peut être prononcé qu'à l'issue d'un délai de trois mois à compter de sa notification. Toutefois, aucun préavis n'est nécessaire en cas de licenciement prononcé soit en matière disciplinaire, soit pour inaptitude physique, soit au cours ou à l'expiration d'une période d'essai. ".
6. En l'espèce, M. A a été licencié par une décision du 31 août 2023 dont l'article 1er prévoit : " M. B A () est licencié et radié des effectifs de la province des Iles Loyauté au terme d'un délai de trois mois et ce à compter de la notification de la présente décision. ". Dès lors qu'il ressort des pièces du dossier que le requérant a continué à percevoir sa rémunération en étant dispensé de travailler jusqu'au mois de novembre 2023, soit trois mois à compter de la décision attaquée, le moyen tiré du non-respect de ce délai prévu par les dispositions de l'article 14 de la délibération précitée ne peut qu'être écarté.
7. En deuxième lieu, il peut être mis fin aux fonctions des agents occupant certains emplois administratifs de direction des collectivités et établissements publics pour des motifs tirés de l'intérêt du service. Eu égard à l'importance du rôle des titulaires de ces emplois et à la nature particulière des responsabilités qui leur incombent, le fait pour le secrétaire général d'une province de s'être trouvé placé dans une situation ne lui permettant plus de disposer de la part de l'autorité territoriale de la confiance nécessaire au bon accomplissement de ses missions peut légalement justifier qu'il soit, pour ce motif, déchargé de ses fonctions.
8. Si M. A soutient que la perte de confiance ou la divergence d'objectifs qui lui sont reprochés pour justifier son licenciement ne sont pas au nombre des motifs prévus par l'article 45 de la délibération n°182 du 4 novembre 2021 prise en application du titre IV de la loi du pays n°2021-4 du 12 mai 2021 relative à la fonction publique de Nouvelle-Calédonie, les textes invoqués concernent toutefois les seuls fonctionnaires et non les titulaires d'emplois fonctionnels tel que le requérant. Par suite, le moyen invoqué tiré de l'erreur de droit est inopérant.
9. En troisième lieu, il ressort notamment des pièces du dossier que, par un courrier électronique du 23 juin 2023, M. A a adressé au directeur de cabinet du président de la province une alerte sur le caractère jugé très dégradé des finances de la province et les économies urgentes à mettre en œuvre. Cette initiative, qui relève bien des prérogatives des emplois de direction, a toutefois été conclue du commentaire : " avec des ratios au rouge, il ne faudrait pas espérer un nouveau mandat. " et s'est au surplus accompagnée d'une diffusion dudit message en copie cachée à plusieurs agents et à des élus d'opposition quelques jours avant une séance de l'assemblée. Pour ce seul motif, la province des îles Loyauté était suffisamment fondée à considérer que le requérant s'était placé dans une situation ne lui permettant plus de disposer de la part de l'autorité territoriale de la confiance nécessaire au bon accomplissement de ses missions et justifier ainsi son licenciement, qui, au demeurant, est intervenu après qu'une proposition de contrat d'agent de catégorie A ait été déclinée par l'intéressé.
10. En quatrième lieu, le requérant soutient qu'il doit être regardé comme un lanceur d'alerte au sens de l'article 1er de la loi n° 2022-401 du 21 mars 2022 visant à améliorer la protection des lanceurs d'alertes et de l'article 6 de la loi n° 2016-1691 du 9 décembre 2016 relative à la modernisation de la vie économique. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le licenciement de M. A résulte, non de la divulgation d'informations, mais de la diffusion extensive d'une analyse personnelle qui, quel que soit l'objectif de cette action, justifie, eu égard à la nature des fonctions assumées, la perte de confiance de la part de son employeur et, par suite, la décision de licenciement attaquée.
11. En dernier lieu, le détournement de pouvoir invoqué n'est pas établi.
Sur les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté n° 2023-357 en date du 1er août 2023 portant délégation de signature :
12. Par voie de conséquence de ce qui précède, l'arrêté n° 2023-357 en date du 1er août 2023, donnant délégation de signature aux secrétaires généraux adjoints de la province des îles Loyauté et abrogeant le précédent arrêté du 19 août 2019 qui conférait à M. A une délégation de signature en tant que secrétaire général de la province des îles Loyauté, n'est entachée d'aucune illégalité et les conclusions afférentes doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté n° 2023-393/PR du 31 août 2023 portant retenue de 2/30 ièmes :
13. M. A soutient que son absence du 23 au 24 août 2023 résultait d'un congé maladie justifié par un certificat médical en date du 22 août 2023.
14. Aux termes de l'article 17 de la délibération n° 182 du 4 novembre 2021 prise en application du titre IV de la loi du pays n° 2021-4 du 12 mai 2021 relative à la fonction publique de Nouvelle-Calédonie : " I- Sur présentation d'un certificat médical, l'agent contractuel en activité bénéficie de congés de maladie pendant une période de douze mois consécutifs dans les conditions suivantes : / 1° pendant la période d'essai : aucun maintien de salaire ; / 2° de l'expiration de la période d'essai à un an d'ancienneté : quinze jours à plein salaire ; / 3° plus d'un an à cinq ans d'ancienneté : un mois à plein salaire, puis un mois à demi-salaire ; / 4° plus de cinq ans à quinze ans d'ancienneté : deux mois et demi à plein salaire, puis deux mois et demi à demi-salaire ; / 5° au-delà de quinze ans d'ancienneté : trois mois à plein salaire, puis trois mois à demi-salaire. / II- Le décompte de l'ancienneté tient compte de l'ancienneté acquise en continu auprès de tous les employeurs publics. / III- Le régime des congés de maladie des agents contractuels est celui fixé par la branche maladie-maternité de la caisse de compensation des prestations familiales, des accidents du travail et de prévoyance des travailleurs salariés. ". Aux termes de son article 18 : " Sauf cas de force majeure, l'agent contractuel doit informer son employeur de son état de santé à compter du premier jour d'absence et lui transmettre le certificat médical dans les deux jours ouvrés. ". Aux termes de son article 19 : " L'employeur peut faire procéder à une contre-visite médicale dans le respect des règles appliquées par la caisse de compensation des prestations familiales, des accidents du travail et de prévoyance des travailleurs salariés. ".
15. Il résulte de ces dispositions qu'il incombe à l'agent public malade de mettre à même l'administration de pouvoir exercer en temps utile les prérogatives de contrôle administratif et médical dont elle dispose, en faisant parvenir un certificat médical dans le délai prévu. Faute pour cette formalité d'avoir été accomplie avec la diligence attendue, il y a lieu pour l'administration de considérer que, pour ladite période, l'agent a été absent de son poste sans autorisation régulière, et de procéder au retenue ou suspension de traitement correspondantes.
16. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. A n'a produit à l'administration provinciale son arrêt maladie que le 25 août 2023, soit avec un retard supérieur à deux jours ouvrés, M. A, qui n'allègue aucune circonstance justifiant cette tardiveté, ne peut être regardé comme étant en position de congé de maladie régulier, assimilé à un service fait au regard de ses droits à traitement. Il en découle que c'est à bon droit que la province des îles Loyauté a opéré une retenue de salaire pour la période allant du 23 au 24 août 2023. Il y a donc lieu de rejeter lesdites conclusions en annulation.
17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête doivent être rejetées.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
18. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par M. A doivent dès lors être rejetées. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de la province des îles Loyauté présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la province des îles Loyauté au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la province des îles Loyauté.
Délibéré après l'audience du 18 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Sabroux, président,
M. Prieto, premier conseiller,
M. Briquet, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 avril 2024.
Le rapporteur,
G. PRIETOLe président,
D. SABROUX Le greffier de chambre,
J. LAGOURDE
La République mande et ordonne au haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
pc
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026