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AccueilJurisprudence administrativeN° TA104-2300473

Tribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE — Décision N° TA104-2300473

jeudi 29 février 2024

JuridictionTribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE
SectionTribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE
N° DossierTA104-2300473
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère CHAMBRE
Avocat requérantCLAVELEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 5 octobre 2023 et le 31 janvier 2024, M. B C, représenté par Me Charlier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du président du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie du 15 juin 2023 relatif à sa situation administrative ;

2°) d'enjoindre à la Nouvelle-Calédonie de prendre, dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement, un arrêté le réintégrant dans son cadre d'origine à compter du 11 janvier 2023 et maintenant l'indice de rémunération dont il bénéficiait en tant que directeur du syndicat mixte de transport interurbain ;

3°) de condamner la Nouvelle-Calédonie à lui rembourser la somme de 250 136 francs CFP qui a été retenue sur son traitement du mois de septembre 2023 à titre de récupération du trop-perçu ;

4°) de mettre à la charge de la Nouvelle-Calédonie une somme de 300 000 francs CFP, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le président du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie n'a pas procédé au retrait de l'arrêté du 16 février 2023 dans le délai de quatre mois qui lui était imparti ;

- le président du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie a commis une erreur de droit en procédant au retrait d'une décision légale ;

- en le réintégrant au 16 février 2023 et non au 11 janvier 2023 comme il aurait dû l'être, la Nouvelle-Calédonie a commis une faute entachant d'illégalité l'acte attaqué.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 novembre 2023, la Nouvelle-Calédonie conclut au rejet de la requête de M. C.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi organique n° 99-209 et la loi n° 99-210 du 19 mars 1999 ;

- la délibération n° 230 du 13 décembre 2006 ;

- la délibération n° 234 du 13 décembre 2006 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 8 février 2024 :

- le rapport de M. Briquet, premier conseiller,

- les conclusions de Mme Peuvrel, rapporteure publique,

- et les observations de Me Charlier, avocat de M. C, et de Mme A, représentant l'Etat.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, attaché hors classe-directeur territorial du cadre d'administration générale de la Nouvelle-Calédonie, a été détaché en qualité de directeur du syndicat mixte de transport interurbain (SMTI) à compter du 15 octobre 2018. Ayant exprimé le souhait de mettre fin à son détachement en août 2022, il a été remplacé à la tête du SMTI et a, par une délibération n° 2022-033/SMTI du 7 novembre 2022 du comité syndical du SMTI, été nommé chargé de mission au sein du SMTI à compter de la prise de fonctions de son successeur, laquelle est intervenue le 11 janvier 2023, avant d'être réintégré dans son cadre d'origine par un arrêté n° 2023-002438/GNC-Pr du président du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie du 16 février 2023, en tant que chargé de mission " construction sur terre coutumière " à la direction de la sécurité civile et de la gestion des risques de la Nouvelle-Calédonie. Toutefois, un recours gracieux, présenté par le haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie dans le cadre du contrôle de légalité le 18 avril 2023, a mis en avant l'illégalité du maintien dans ses nouvelles fonctions de l'indice de rémunération HEA III attaché à son ancien emploi de direction, qui a été opéré par l'arrêté n° 2023-002438/GNC-Pr du 16 février 2023. En conséquence, le président du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie a, par un nouvel arrêté du 15 juin 2023, retiré cet arrêté du 16 février 2023, et régularisé sa situation administrative, en le réintégrant à nouveau à compter du 16 février 2023, avec cette fois-ci un indice de rémunération moindre de 702. Estimant qu'il aurait dû être réintégré dès le 11 janvier 2023 avec l'indice HEA III, M. C demande au tribunal d'annuler cet arrêté du 15 juin 2023.

2. Sous réserve de dispositions législatives ou réglementaires contraires et hors le cas où il est satisfait à une demande du bénéficiaire, l'administration ne peut retirer une décision individuelle explicite créatrice de droit, si elle est illégale, que dans le délai de quatre mois suivant l'intervention de cette décision.

3. En l'absence en l'espèce de toute disposition législative ou réglementaire dérogeant aux règles de droit commun relatives au retrait des décisions administratives créatrices de droit, le respect du délai de quatre mois dont disposait le président du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie pour retirer, pour illégalité, son arrêté du 16 février 2023, doit être apprécié au regard de la date d'adoption de la décision de retrait et non de celle de sa notification. Cette date d'adoption est ici intervenue le 15 juin 2023, soit antérieurement à l'expiration du délai de quatre mois, survenue le lendemain. Par suite, le président du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie a respecté le délai qui lui était imparti. Si le requérant met en avant la circonstance que la décision de retrait n'était pas numérotée, qu'elle a été prise au vu d'un recours gracieux du haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie qui était tardif, ayant été présenté plus de deux mois après l'arrêté du 16 février 2023, que ladite décision de retrait n'a été transmise au contrôle de légalité que le 4 juillet 2023, et enfin que sa notification n'est intervenue que le 8 août 2023, soit bien après l'expiration du délai de retrait de quatre mois, de tels éléments sont néanmoins sans incidence sur la légalité de l'acte attaqué, en l'absence de toute fraude ressortant des pièces du dossier quant à la date d'adoption de l'acte attaqué.

4. Aux termes de l'article 12-1 de la délibération n° 234 du 13 décembre 2006 portant dispositions particulières à certains emplois administratifs de direction des collectivités et établissements publics de Nouvelle-Calédonie : " Sur décision de leur employeur, les fonctionnaires ayant occupé un ou plusieurs des emplois mentionnés aux articles 2 et 3 peuvent, à l'issue de leur détachement sur ces emplois, conserver l'indice de rémunération attaché au dernier emploi de direction sur lequel ils étaient détachés. / () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que si M. C, en tant que directeur du SMTI, avait occupé un emploi mentionné à l'article 3 de la délibération n° 234 du 13 décembre 2006, il avait néanmoins été réaffecté avant sa réintégration à des fonctions de chargé de mission au sein du SMTI, qui ne relevaient plus des articles 2 et 3 de cette délibération. Il ne pouvait donc plus prétendre, lors de cette réintégration, au maintien de l'indice de rémunération attaché à l'emploi de directeur du SMTI. Par ailleurs, la circonstance que M. C n'a été réintégré par la Nouvelle-Calédonie que le 16 février 2023 et non le 11 janvier 2023 n'est en tout état de cause pas en elle-même fautive, la décision de quitter les fonctions de directeur du SMTI et d'occuper à titre temporaire des fonctions de chargé de mission au sein du SMTI résultant du choix de l'intéressé, quand bien même celui-ci n'aurait alors pas pris pleinement conscience des conséquences financières de son choix au regard de l'article 12-1 de la délibération n° 234 du 13 décembre 2006, et non de la volonté de la Nouvelle-Calédonie. Dans ces conditions, M. C n'est fondé à soutenir, ni que le président du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie aurait commis une erreur de droit en procédant au retrait d'une décision légale, ni qu'une faute de la Nouvelle-Calédonie entacherait d'illégalité sa réintégration au 16 février 2023 qui a été prononcée par l'acte attaqué.

6. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Doivent être rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, ses conclusions tendant au remboursement de la somme de 250 136 francs CFP qui a été retenue sur son traitement du mois de septembre 2023 à titre de récupération du trop-perçu, ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et à la Nouvelle-Calédonie.

Délibéré après l'audience du 8 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Sabroux, président,

M. Briquet, premier conseiller,

M. Prieto, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 février 2024.

Le rapporteur,

B. BRIQUETLe président,

D. SABROUXLe greffier,

J. LAGOURDE

La République mande et ordonne au haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

nd

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