lundi 29 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE |
| Section | Tribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE |
| N° Dossier | TA104-2300570 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère CHAMBRE |
| Avocat requérant | SELARL D'AVOCATS ROYANEZ |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 14 décembre 2023 et le 10 avril 2024, Mme B A épouse C, représenté par Me Chamoun, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 10 novembre 2023 du haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie, lui refusant le séjour, fixant un délai de départ volontaire et l'obligeant à quitter le territoire dans un délai de 30 jours vers le pays dont elle est originaire ;
2°) d'enjoindre à l'administration de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans l'attente un titre de séjour provisoire ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 180 000 francs CPF au titre de l'article L.°761-1 du code de justice administrative ;
4°) de fixer les unités de valeur revenant à Me Chamoun au titre de l'aide judiciaire à charge pour l'avocat de renoncer à percevoir la part contributive du gouvernement s'il recouvre les sommes allouées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le procès-verbal d'enquête ne lui a pas été communiqué malgré sa demande ;
- elle remplit les conditions pour bénéficier de l'admission au séjour ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle a déposé une demande d'aide juridictionnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 février 2024, le haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi organique n° 99-209 et la loi 99-210 du 19 mars 1999 ;
- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;
- la délibération n° 482 du 13 juillet 1994 réformant l'aide judiciaire ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Prieto, premier conseiller,
- les conclusions de Mme Peuvrel, rapporteure publique,
- et les observations de Me Chamoun, avocate de la requérante et de M. D, représentant le haut-commissariat de la République en Nouvelle-Calédonie.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A épouse C, ressortissante tunisienne née le 12 février 1974, mariée le 21 décembre 2022 à un ressortissant allemand, M. E C, né le 7 septembre 1936 et décédé le 1er mars 2023 à Dumbéa a sollicité un visa auprès des autorités consulaires françaises à Tunis afin de se rendre en Nouvelle-Calédonie. Un visa de court séjour de type C de 90 jours lui a ainsi été délivré le 21 mars 2023 et la requérante est entrée en Nouvelle-Calédonie le 25 avril suivant. Le 21 juin 2023, l'intéressée a déposé une première demande de titre de séjour en faisant valoir sa qualité de membre de la famille d'un citoyen européen. Elle mentionnait par ailleurs la nécessité de procéder aux obsèques de ce dernier et aux démarches administratives afférentes, à l'ouverture du dossier de succession en Nouvelle-Calédonie et au besoin de rectifier un acte de décès.
2. Une enquête du service territorial de la police aux frontières diligentée le 28 juillet 2023 a fait apparaître que les époux C s'étaient rencontrés pour la première fois en Tunisie au cours de l'année 2018. Postérieurement, entre le 25 juin 2019 et le 03 janvier 2023, soit sur une période de trois ans et demie, les deux membres du couple n'ont jamais eu de vie commune sur le territoire français et une relation épisodique en Tunisie. Apprenant le décès de son époux en mars 2023, Mme C a rendu l'appartement dont elle était locataire en Tunisie et déménagé ses effets personnels dans un garde-meuble puis est arrivée en Nouvelle-Calédonie dépourvue d'un visa de long séjour.
3. Mme C demande l'annulation de la décision du 10 novembre 2023 du haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie, lui refusant le séjour, fixant un délai de départ volontaire et l'obligeant à quitter le territoire dans un délai de 30 jours vers le pays dont elle est originaire.
Sur la demande d'aide judiciaire :
4. Aux termes de l'article 67 de la délibération susvisée du 13 juillet 1994 réformant l'aide judiciaire : " En cas d'urgence, l'admission à l'aide judiciaire peut être prononcée à titre provisoire, sur requête du demandeur ou même d'office, soit par le président du bureau, soit par le président de la formation saisie du litige. / Dans ce cas, le bureau est saisi sans délai pour statuer définitivement à la première séance utile ".
5. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre à titre provisoire Mme C au bénéfice de l'aide judiciaire, en application des dispositions de l'article 67 de la délibération n° 482 du 13 juillet 1994 réformant l'aide judiciaire. Par ailleurs, il y a lieu de fixer à 4 le nombre d'unités de base sur le fondement duquel l'indemnité attribuée au conseil de Mme C doit être déterminée, conformément à l'article 39 de cette même délibération.
Sur les autres conclusions :
6. Mme C soutient d'abord que le procès-verbal de l'enquête ne lui a pas été communiqué, de sorte qu'elle a été privée de son droit d'être défendue et de son droit à un procès équitable. L'intéressée, qui ne se prévaut d'aucun texte à l'appui de ce moyen, n'a toutefois présenté sa demande de communication dudit procès-verbal que le 10 décembre 2023, postérieurement à la décision en litige. En l'absence d'irrégularité affectant la procédure ayant conduit aux décisions litigieuses, le moyen invoqué doit être écarté.
7. Aux termes de l'article L. 233-1 du code précité dans sa version applicable en Nouvelle-Calédonie : "Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : 7° Ils exercent une activité professionnelle en Nouvelle-Calédonie dans le respect de la législation et la réglementation applicable localement et dans les compétences de la Nouvelle-Calédonie ; 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le régime d'assistance sociale applicable localement, ainsi que d'une assurance maladie ; (). " L'article L. 233-2 du même code dispose : " Les ressortissants de pays tiers, membres de famille d'un citoyen de l'Union européenne satisfaisant aux conditions énoncées aux 1° ou 2° de l'article L. 233-7, ont le droit de séjourner sur le territoire français pour une durée supérieure à trois mois. () ". Aux termes de l'article L. 200-4 de ce code : " Par membre de famille d'un citoyen de l'Union européenne, on entend le ressortissant étranger, quelle que soit sa nationalité, qui relève d'une des situations suivantes : 7° Conjoint du citoyen de l'Union européenne ; () ". Enfin, aux termes de l'article R. 233-9 du Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les ressortissants de pays tiers mentionnés à l'article L. 233-2, admis au séjour en leur qualité de membre de famille, conservent leur droit au séjour dans les situations suivantes : 1° En cas de décès du ressortissant accompagné ou rejoint et à condition d'avoir établi leur résidence en France en tant que membre de sa famille depuis plus d'un an avant ce décès () ".
8. En l'espèce, Mme C n'établit ni même n'allègue avoir établi sa résidence en France en tant que membre de la famille plus d'un an avant le décès de son mari. Elle n'établit pas davantage qu'elle disposerait de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le régime d'assistance sociale applicable localement. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir qu'elle remplit les conditions d'admission au séjour prévues par les dispositions citées au point précédent.
9. Aux termes de l'article L. 200-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le présent livre détermine les règles applicables à l'entrée, au séjour et à l'éloignement :/() 3° Des membres de famille des citoyens de l'Union européenne et des étrangers qui leur sont assimilés, tels que définis à l'article L. 200-4 () ". L'article L. 251-1 du même code dispose que : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-7, L. 233-7, L. 233-2 ou L. 233-3 ; / 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à /'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; / 3° Leur séjour est constitutif d'un abus de droit. () L'autorité compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine. ".
10. Eu égard aux conditions d'entrée et de maintien sur le territoire de Mme C telles que décrites aux points 2 et 3 du présent jugement, le haut-commissaire de la République, qui n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation, était fondé à refuser le droit au séjour à Mme C et à prendre à son encontre une mesure d'éloignement.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par Mme C tendant à l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour fixant un délai de départ volontaire et de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours vers le pays dont elle est originaire doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'aide judiciaire est accordée à titre provisoire à Mme C.
Article 2 : La requête de Mme C est rejetée.
Article 3 : Le nombre d'unités de base dues à l'avocate de Mme C au titre de l'instance en application de la délibération n° 482 du 13 juillet 1994 est fixé à quatre.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A épouse C et au haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie.
Copie en sera adressée, pour information, au bureau d'aide judiciaire près la cour d'appel de Nouméa.
Délibéré après l'audience du 18 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Sabroux, président,
M. Prieto, premier conseiller,
M. Briquet, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 avril 2024.
Le rapporteur,
G. PRIETOLe président,
D. SABROUX Le greffier de chambre,
J. LAGOURDE
La République mande et ordonne au haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
cb
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026