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AccueilJurisprudence administrativeN° TA104-2300634

Tribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE — Décision N° TA104-2300634

jeudi 27 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE
SectionTribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE
N° DossierTA104-2300634
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère CHAMBRE
Avocat requérantELMOSNINO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 décembre 2023, M. A D, représenté par Me Elmosnino, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 23 octobre 2023, par laquelle le vice-recteur de la Nouvelle-Calédonie a rejeté sa demande tendant à la reconnaissance du caractère professionnel de la maladie dont il est atteint ;

2°) d'enjoindre à l'administration de déclarer imputables au service les congés de maladie qu'il a pris entre 2020 et 2022 et d'admettre l'origine professionnelle de l'affection dont il est atteint ;

3°) si besoin, d'ordonner avant-dire droit une mesure d'expertise médicale, afin de déterminer l'imputabilité au service de l'affection, le taux d'incapacité permanente, et les préjudices subis ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 350 000 francs CFP, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient qu'en refusant de reconnaître imputable au service sa maladie, le vice-recteur de la Nouvelle-Calédonie a commis une erreur de qualification juridique des faits et une erreur de droit.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 avril 2024, le haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie conclut au rejet de la requête de M. D.

Il soutient que :

- aucun des moyens soulevés n'est fondé ;

- une expertise avant-dire droit n'est pas nécessaire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi organique n° 99-209 et la loi n° 99-210 du 19 mars 1999 ;

- le code général de la fonction publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 7 mai 2024 :

- le rapport de M. Briquet, premier conseiller,

- les conclusions de Mme Peuvrel, rapporteure publique,

- et les observations de Me Elmosnino avocat de M. D, de M. B représentant le haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie et de Mme C représentante du vice-rectorat.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, professeur de lycée professionnel en chaudronnerie, victime en 2020 d'une lésion capsulo-ligamentaire du poignet droit à l'origine de dysfonctionnements et notamment d'une arthrose post-traumatique du poignet, demande au tribunal d'annuler la décision du 23 octobre 2023, par laquelle le vice-recteur de la Nouvelle-Calédonie a rejeté sa demande tendant à la reconnaissance du caractère professionnel de la maladie dont il est atteint.

2. Aux termes de l'article L. 822-20 du code général de la fonction publique : " Est présumée imputable au service toute maladie désignée par les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale et contractée dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions dans les conditions mentionnées à ce tableau. / Si une ou plusieurs conditions tenant au délai de prise en charge, à la durée d'exposition ou à la liste limitative des travaux ne sont pas remplies, la maladie telle qu'elle est désignée par un tableau peut être reconnue imputable au service lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est directement causée par l'exercice des fonctions. / Peut également être reconnue imputable au service une maladie non désignée dans les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est essentiellement et directement causée par l'exercice des fonctions et qu'elle entraîne une incapacité permanente à un taux déterminé et évalué dans les conditions prévues par décret en Conseil d'Etat. " Aux termes de son article L. 822-21 : " Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à : / 1° Un accident reconnu imputable au service tel qu'il est défini à l'article L. 822-18 ; / 2° Un accident de trajet tel qu'il est défini à l'article L. 822-19 ; / 3° Une maladie contractée en service telle qu'elle est définie à l'article L. 822-20. / Les définitions mentionnées aux 1°, 2° et 3° ne sont pas applicables au régime de réparation de l'incapacité permanente du fonctionnaire. ". Aux termes de son article L. 822-22 : " Le fonctionnaire bénéficiaire d'un congé pour invalidité temporaire imputable au service conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à sa mise à la retraite. ".

3. Aux termes de l'article 47-8 du décret n° 86-442 du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires : " Le taux d'incapacité permanente servant de seuil pour l'application du troisième alinéa du () IV [de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983, dont les dispositions ont depuis lors été reprises par l'article L. 822-18 du code général de la fonction publique,] est celui prévu à l'article R. 461-8 du code de la sécurité sociale. ".

4. Aux termes de l'article R. 461-8 du code de la sécurité sociale : " Le taux d'incapacité mentionné au septième alinéa de l'article L. 461-1 est fixé à 25 %. ".

5. Il ressort des pièces du dossier que ni la lésion capsulo-ligamentaire du poignet droit dont a été affecté M. D en 2020, ni l'arthrose du poignet qui en est ultérieurement résulté, ne figurent au nombre des maladie désignées par les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale, et notamment pas par le tableau 57 du régime général, relatif aux affections périarticulaires provoquées par certains gestes et postures de travail, qui ne fait état au niveau du poignet que de la " tendinite ", la " ténosynovite ", le " syndrome du canal carpien ", et le " syndrome de la loge de Guyon ". Par suite, l'affection dont est atteint M. D ne saurait bénéficier de la présomption d'imputation au service prévue par l'alinéa 3 de l'article L. 822-18 du code général de la fonction publique.

6. Une telle circonstance n'interdit toutefois pas à l'agent d'obtenir une reconnaissance de l'imputabilité au service de sa maladie, en établissant d'une part qu'elle est essentiellement et directement causée par l'exercice des fonctions et d'autre part qu'elle entraîne une incapacité permanente d'un taux minimal de 25 %. En l'espèce, en produisant un certificat établi par son chirurgien orthopédiste le 20 novembre 2023 indiquant que l'origine de la " lésion capsulo-ligamentaire du poignet droit [dont il a été opéré en 2020] () peut être liée à son passé de professeur de chaudronnerie et de métallerie (gestes de force, microtraumatismes répétés,), et assimilée à une maladie professionnelle ", M. D apporte un commencement de preuve de l'existence d'un lien entre son affection et l'exercice de ses fonctions.

7. L'état de l'instruction ne permet néanmoins pas de savoir si ce lien de causalité était seulement potentiel ou si, au contraire, l'affection de l'intéressé a bien été essentiellement et directement causée par l'exercice des fonctions. Il ne permet pas non plus de déterminer si ladite affection a engendré une incapacité permanente d'un taux d'au moins 25 %. Dans ces conditions, il y a lieu, sur le fondement des dispositions de l'article R. 621-1 du code de justice administrative, d'ordonner une expertise afin d'apprécier ces points, tous droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas statué par le présent jugement étant réservés jusqu'en fin d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : Avant de statuer sur le surplus des conclusions de la requête de M. D, il sera procédé à une expertise médicale.

Article 2 : L'expert aura pour mission de :

1°) se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de M. D ; convoquer et entendre les parties et tous sachants ; procéder à l'examen sur pièces du dossier médical de M. D ainsi qu'à son examen clinique ;

2°) décrire l'état de santé de M. D ;

3°) de rechercher l'origine et les causes des pathologies dont se plaint M. D et de fournir toutes indications permettant d'en apprécier les imputabilités respectives ;

4°) d'apprécier, notamment, si elles ont été essentiellement et directement causées par l'exercice de ses fonctions de professeur de lycée professionnel en chaudronnerie ;

5°) de dire si ces affections ont engendré une incapacité permanente et, le cas échéant, en fixer le taux.

Article 3 : Les opérations d'expertise auront lieu contradictoirement entre M. A D et l'Etat.

Article 4 : L'expert sera désigné par le président du tribunal administratif. Il accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il prêtera serment par écrit devant le greffier en chef du tribunal. L'expert déposera son rapport au greffe du tribunal en deux exemplaires, dans un délai de trois mois à compter de sa désignation. Des copies seront notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique. L'expert justifiera auprès du tribunal de la date de réception de son rapport par les parties.

Article 5 : Les frais et honoraires de l'expertise sont réservés pour y être statué en fin d'instance.

Article 6 : Tous droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, au haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie, et au vice-recteur de la Nouvelle-Calédonie.

Délibéré après l'audience du 7 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Sabroux, président,

M. Briquet, premier conseiller,

M. Prieto, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2024.

Le rapporteur,

B. BRIQUETLe président,

D. SABROUX

Le greffier,

J. LAGOURDE

La République mande et ordonne au haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

cb

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