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AccueilJurisprudence administrativeN° TA104-2400026

Tribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE — Décision N° TA104-2400026

jeudi 30 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE
SectionTribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE
N° DossierTA104-2400026
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère CHAMBRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 février 2024 et un mémoire enregistré le 12 avril 2024, M. B A demande au tribunal :

1°) d'annuler son évaluation professionnelle établie en janvier 2024 au titre des années 2022-2023 ;

2°) qu'il soit enjoint à son autorité hiérarchique de procéder à une nouvelle évaluation.

M. A soutient que :

- l'entretien d'évaluation s'est déroulé dans des conditions exemptes de sincérité et de loyauté de la part de son évaluatrice ;

- le lieu d'exercice mentionné de ses premières fonctions est erroné ;

- il lui est prêté des propos qu'il n'a pas tenus ;

- il lui est en réalité reproché des positions syndicales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 avril 2024, le ministre de la justice conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi organique n° 99-209 et la loi n° 99-210 du 19 mars 1999 ;

- l'ordonnance n° 58-1270 du 22 décembre 1958 portant loi organique relative au statut de la magistrature ;

- le décret n° 93-21 du 7 janvier 1993 pris pour l'application de l'ordonnance

n° 58-1270 du 22 décembre 1958 modifiée portant loi organique relative au statut de la magistrature ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Prieto, premier conseiller,

- les conclusions de Mme Peuvrel, rapporteure publique,

- et les observations de M. A

Considérant ce qui suit :

1. M. A, désormais vice-président chargé des fonctions de juge des libertés et de la détention au tribunal de 1ère instance de Nouméa, exerçait auparavant ses fonctions au sein du tribunal judiciaire de Montauban. Le 21 décembre 2023, il a fait l'objet d'une évaluation provisoire réalisée au titre des années 2022-2023 par la première présidente du tribunal judiciaire de Montauban. Cette évaluation est devenue définitive le 31 janvier 2024.

2. M. A demande au tribunal d'annuler son évaluation professionnelle établie en janvier 2024 au titre des années 2022-2023.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

3. Aux termes de l'article 12-1 de l'ordonnance du 22 décembre 1958 portant loi organique relative au statut de la magistrature : " L'activité professionnelle de chaque magistrat fait l'objet d'une évaluation tous les deux ans. Une évaluation est effectuée au cas d'une présentation à l'avancement. / Cette évaluation est précédée d'un entretien avec le chef de la juridiction où le magistrat est nommé ou rattaché ou avec le chef du service dans lequel il exerce ses fonctions () / Le magistrat qui conteste l'évaluation peut saisir la commission d'avancement. Après avoir recueilli les observations du magistrat et celles de l'autorité qui a procédé à l'évaluation, la commission d'avancement émet un avis motivé versé au dossier du magistrat concerné. / Un décret en Conseil d'Etat fixe les conditions d'application du présent article ".

4. Aux termes de l'article 18 du décret du 7 janvier 1993 susvisé : " Pour l'application de l'article 12-1 de l'ordonnance du 22 décembre 1958 susvisée, les documents concernant l'évaluation de l'activité professionnelle du magistrat sont versés dans son dossier. " L'article 19 de ce décret précise que : " L'évaluation est établie : / 1° Par le premier président de la cour d'appel ou le président du tribunal supérieur d'appel pour les magistrats du siège de leur ressort ; / (). " Aux termes de l'article 20 de ce décret : " L'évaluation pour les deux années écoulées consiste en une note écrite par laquelle l'autorité mentionnée à l'article 19 décrit les activités du magistrat, porte sur celui-ci une appréciation d'ordre général, énonce les fonctions auxquelles il est apte et définit, le cas échéant, ses besoins de formation. / A cette note sont annexés : / 1° Une note rédigée par le magistrat décrivant ses activités et faisant état des actions de formation qu'il a suivies. / 2° Les observations écrites recueillies : / () / e) Auprès des chefs des tribunaux de grande instance ou de première instance dans lesquels il a exercé ses fonctions, () ; / 3° Le résumé de l'entretien prévu par l'article 12-1 de l'ordonnance du 22 décembre 1958 susvisée entre le magistrat et, () s'il exerce ses fonctions dans un tribunal de grande instance ou de première instance, le président ou le procureur de la République (). / (). / S'agissant des magistrats nommés dans les tribunaux de grande instance et de première instance, ce résumé est assorti de l'avis du président du tribunal ou du procureur de la République selon le cas, sur les qualités du magistrat, sur les fonctions auxquelles il est apte et sur ses besoins de formation. (). / 4° Tout autre document en rapport avec les termes de la note mentionnée au premier alinéa, à condition que le magistrat intéressé en ait préalablement reçu connaissance et ait eu la possibilité de présenter ses observations sur son contenu. " Aux termes des dispositions de l'article 21 du même texte : " Les documents mentionnés à l'article 20 sont communiqués au magistrat qu'il concerne ; ce magistrat dispose d'un délai de huit jours pour formuler des observations écrites qui sont annexées à la note mentionnée au premier alinéa de l'article 20. / S'il présente des observations, l'évaluation est, le cas échéant, modifiée. Il est dans tous les cas donné connaissance au magistrat de l'évaluation définitive. / Les documents ainsi établis sont adressés avant le 1er février au garde des sceaux, ministre de la justice. / Dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'évaluation définitive, le magistrat peut saisir la commission d'avancement d'une contestation. Celle-ci est transmise par la voie hiérarchique. / Le délai du recours contentieux contre l'évaluation définitive est, dans ce cas, suspendu jusqu'à la notification à l'intéressé de l'avis motivé émis par la commission sur sa contestation. " ;

5. Il résulte des dispositions précitées que si l'évaluation de l'activité professionnelle d'un magistrat doit être établie par l'autorité dont il relève au moment où elle a lieu, il incombe cependant à l'autorité chargée de cette évaluation de tenir également compte des appréciations des autorités auprès desquelles l'intéressé a été affecté au cours de la période d'évaluation en cause, qu'il lui appartient de recueillir, de manière à couvrir l'ensemble des fonctions exercées au cours de la période des deux années, objet de l'évaluation.

6. En l'espèce, pour demander l'annulation de son évaluation professionnelle, M. A se fonde essentiellement sur le contenu du résumé de l'entretien préalable. Il ne ressort toutefois pas de la lecture du contenu de l'évaluation définitive elle-même que l'autorité hiérarchique ait tenu compte des remarques litigieuses mentionnées dans ledit entretien, dès lors que ladite évaluation, élogieuse quant aux facultés de travail et d'adaptation de l'intéressé, ne comprend par ailleurs pas la moindre nuance de critique à son endroit et que la première présidente de la cour d'appel de Toulouse, signataire de la décision attaquée, a mentionné explicitement que lesdites remarques n'avaient pas été prise en compte dans son évaluation définitive.

7. Dans ces conditions, M. A, qui, au demeurant, n'établit pas ne pas avoir tenu les propos qui lui sont prêtés dans le cadre de l'entretien préalable, ne saurait utilement soutenir que son évaluation professionnelle s'est déroulée dans des conditions irrégulières et soit entachée d'une erreur manifeste.

8. L'inexactitude matérielle tenant au lieu d'exercice des premières fonctions de M. A, qui relève d'une erreur de plume, est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.

9. Enfin, le détournement de pouvoir tiré de ce qu'il lui serait en réalité reproché des positions syndicales n'est en tout état de cause pas établi, une telle mention n'apparaissant pas dans le contenu de son évaluation.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de son évaluation professionnelle au titre de l'année 2022-2023. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au ministre de la justice, au premier président de la cour d'appel de Nouméa, à la présidente du tribunal de première instance de Nouméa, et à la première présidente de la cour d'appel de Toulouse.

Délibéré après l'audience du 7 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Sabroux, président,

M. Prieto, premier conseiller,

M. Briquet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2024.

Le rapporteur,

G. PRIETOLe président,

D. SABROUX Le greffier,

J. LAGOURDE

La République mande et ordonne au haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

nd

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