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AccueilJurisprudence administrativeN° TA104-2400045

Tribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE — Décision N° TA104-2400045

lundi 29 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE
SectionTribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE
N° DossierTA104-2400045
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère CHAMBRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 23 février 2024 et le 5 avril 2024, M. D A demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 29 novembre 2023, par laquelle le vice-recteur de la Nouvelle-Calédonie a procédé à une retenue sur traitement de 2/30ème pour absence de service fait les 22 et 29 septembre 2023 ;

2°) d'enjoindre au vice-recteur de la Nouvelle-Calédonie de lui reverser les 2/30ème de traitement retenus, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement et sous une astreinte d'1/30ème de traitement par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au vice-recteur de la Nouvelle-Calédonie de retirer les deux mentions " service non fait " qui figurent sur son bulletin de paie de janvier 2024 et de rééditer ce bulletin ;

4°) d'enjoindre à l'administration de lui présenter des excuses écrites ;

5°) de condamner l'Etat à lui verser un franc CFP symbolique, à titre de réparation du préjudice matériel et moral subi ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat une somme correspondant à l'ensemble des frais exposés et non compris dans les dépens qu'il a engagés ou va engager dans le cadre de la procédure contentieuse, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'avait pas donné son accord pour assister aux formations en litige et qu'il avait accompli l'ensemble de ses obligations de service lors des semaines en cause ;

- la décision attaquée constitue une sanction disciplinaire déguisée et est entachée de détournement de pouvoir.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 avril 2024, le haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie conclut au rejet de la requête de M. A.

Il soutient que :

- aucun des moyens soulevés n'est fondé ;

- les conclusions à fin d'indemnisation, qui n'ont été précédée d'aucune réclamation préalable, sont irrecevables ;

- en l'absence d'illégalité ou de préjudice démontrés, aucune réparation n'est due.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi organique n° 99-209 et la loi n° 99-210 du 19 mars 1999 ;

- le code de l'éducation ;

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n° 61-825 du 29 juillet 1961 ;

- le décret n° 2007-1470 du 15 octobre 2007 ;

- le décret n° 2014-940 du 20 août 2014 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 18 avril 2024 :

- le rapport de M. Briquet, premier conseiller,

- les conclusions de Mme Peuvrel, rapporteure publique,

- et les observations de M. A, requérant, de M. B, représentant le haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie et de Mme C, représentant le vice-rectorat de la Nouvelle-Calédonie.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, professeur d'éducation physique et sportive au collège de Dumbéa-sur-mer, a été convoqué à deux journées de formation collective sur la " communication bienveillante " les vendredis 22 et 29 septembre 2023. Ne s'y étant pas rendu, il a fait l'objet d'une retenue sur traitement de 2/30ème pour absence de service fait à raison de ces deux journées, par une décision du vice-recteur de la Nouvelle-Calédonie du 29 novembre 2023. Estimant que de telles journées de formation ne pouvaient lui être imposées alors qu'elles avaient lieu à des jours où il ne dispensait aucun enseignement, M. A demande au tribunal d'annuler cette décision, et de condamner l'Etat à lui verser un franc CFP symbolique, à titre de réparation du préjudice matériel et moral subi.

2. Aux termes de l'article L. 711-1 du code général de la fonction publique : " La rémunération des agents publics exigible après service fait est liquidée selon les modalités édictées par la réglementation sur la comptabilité publique. ". Aux termes de son article L. 711-2 : " Il n'y a pas service fait : / 1° Lorsque l'agent public s'abstient d'effectuer tout ou partie de ses heures de service ; / 2° Lorsque l'agent, bien qu'effectuant ses heures de service, n'exécute pas tout ou partie de ses obligations de service. ".

3. Aux termes de l'article 2 du décret n° 2014-940 du 20 août 2014 relatif aux obligations de service et aux missions des personnels enseignants exerçant dans un établissement public d'enseignement du second degré : " Dans le cadre de la réglementation applicable à l'ensemble des fonctionnaires en matière de temps de travail et dans celui de leurs statuts particuliers respectifs, les enseignants mentionnés à l'article 1er du présent décret sont tenus d'assurer, sur l'ensemble de l'année scolaire : / I. - Un service d'enseignement dont les maxima hebdomadaires sont les suivants : / () / 4° Professeurs d'éducation physique et sportive, chargés d'enseignement d'éducation physique et sportive et adjoints d'enseignement d'éducation physique et sportive : vingt heures ; / () / II. - Les missions liées au service d'enseignement qui comprennent les travaux de préparation et les recherches personnelles nécessaires à la réalisation des heures d'enseignement, l'aide et le suivi du travail personnel des élèves, leur évaluation, le conseil aux élèves dans le choix de leur projet d'orientation en collaboration avec les personnels d'éducation et d'orientation, les relations avec les parents d'élèves, le travail au sein d'équipes pédagogiques constituées d'enseignants ayant en charge les mêmes classes ou groupes d'élèves ou exerçant dans le même champ disciplinaire. Dans ce cadre, ils peuvent être appelés à travailler en équipe pluriprofessionnelle associant les personnels de santé, sociaux, d'orientation et d'éducation. / () ".

4. Aux termes de l'article L. 912-1 du code de l'éducation : " Les enseignants sont responsables de l'ensemble des activités scolaires des élèves. Ils travaillent au sein d'équipes pédagogiques ; celles-ci sont constituées des enseignants ayant en charge les mêmes classes ou groupes d'élèves ou exerçant dans le même champ disciplinaire et des personnels spécialisés, notamment les psychologues scolaires dans les écoles. Les personnels d'éducation y sont associés. Le travail transversal et pluridisciplinaire ainsi que l'innovation pédagogique sont encouragés. / Les enseignants apportent une aide au travail personnel des élèves et en assurent le suivi. Ils procèdent à leur évaluation. Ils les conseillent dans le choix de leur projet d'orientation en collaboration avec les personnels d'éducation et d'orientation qui veillent à favoriser la mixité entre les femmes et les hommes dans l'accès aux filières de formation. Ils participent aux actions de formation continue des adultes et aux formations par apprentissage. / Les enseignants tiennent informés les parents d'élèves et les aident à suivre la scolarité de leurs enfants. / Ils contribuent à la continuité de l'enseignement sous l'autorité du chef d'établissement en assurant des enseignements complémentaires. / Leur formation les prépare à l'ensemble de ces missions. ".

5. Aux termes de l'article 1er du décret n° 2007-1470 du 15 octobre 2007 relatif à la formation professionnelle tout au long de la vie des fonctionnaires de l'Etat : " La formation professionnelle tout au long de la vie comprend principalement les actions suivantes : / 1° La formation professionnelle statutaire, destinée, conformément aux règles prévues dans les statuts particuliers, à conférer aux fonctionnaires accédant à un grade les connaissances théoriques et pratiques nécessaires à l'exercice de leurs fonctions et la connaissance de l'environnement dans lequel elles s'exercent ; / 2° La formation continue, tendant à maintenir ou parfaire la compétence des fonctionnaires en vue d'assurer : / a) Leur adaptation immédiate au poste de travail ; / b) Leur adaptation à l'évolution prévisible des métiers ; / c) Le développement de leurs qualifications ou l'acquisition de nouvelles qualifications ; / () ". Aux termes de son article 3 : " Les actions de formation professionnelle peuvent être entreprises soit à l'initiative de l'administration, soit à celle du fonctionnaire. / () ". Aux termes de son article 7 : " Les fonctionnaires peuvent être tenus, dans l'intérêt du service, de suivre des actions de formation continue prévues au 2° de l'article 1er. / () ". Aux termes de son article 9 : " Les actions de formation relevant du a du 2° de l'article 1er suivies par un agent sur instruction de son administration sont prises en compte dans son temps de service. / () ".

6. M. A fait valoir qu'il n'avait pas donné son accord pour assister aux formations en litige et qu'il avait accompli l'ensemble de ses obligations de service lors des semaines en cause. Toutefois, il résulte des dispositions précitées que les obligations de service des professeurs ne se limitent pas à l'exercice du service d'enseignement et incluent notamment la participation aux séances de formation continue organisées au profit des équipes pédagogiques, lesquelles peuvent être imposées aux agents. Par ailleurs, la circonstance que les formations sont prises en compte dans le temps de service n'implique pas nécessairement que ces formations aient lieu lors des jours et des heures où M. A dispense des enseignements, dès lors que ce temps de service comprend non seulement les 20 heures hebdomadaires devant être consacrées à leurs cours par les professeurs d'éducation physique et sportive, mais également le temps nécessaire à la réalisation des missions liées au service d'enseignement, correspondant notamment aux vendredis où M. A s'occupe de l'association sportive du collège. Dans ces conditions, M. A, qui n'a pas exécuté l'intégralité de ses obligations de service lors des jours en litige, était bien en situation d'absence de service fait, contrairement à ce qu'il allègue.

7. Si M. A soutient que la décision attaquée constitue une sanction disciplinaire déguisée et est entachée de détournement de pouvoir, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'une telle décision ait été prise dans une volonté de sanction. Le détournement de pouvoir allégué n'est ainsi pas établi.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 29 novembre 2023 présentées par M. A doivent être rejetées. Doivent être rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'indemnisation, en l'absence ici de toute illégalité fautive et sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée à leur égard en défense, ainsi que ses conclusions à fin d'injonction et, en tout état de cause, ses conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, lesquelles étaient au demeurant irrecevables, n'ayant pas été chiffrées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, au haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie et au vice-recteur de la Nouvelle-Calédonie.

Délibéré après l'audience du 18 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Sabroux, président,

M. Briquet, premier conseiller,

M. Prieto, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 avril 2024.

Le rapporteur,

B. BRIQUET

Le président,

D. SABROUX

Le greffier de chambre,

J. LAGOURDE

La République mande et ordonne au haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

pc

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