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AccueilJurisprudence administrativeN° TA104-2400060

Tribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE — Décision N° TA104-2400060

jeudi 27 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE
SectionTribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE
N° DossierTA104-2400060
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère CHAMBRE
Avocat requérantSARL DESWARTE CALMET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 mars 2024, M. C B, représenté par la SARL Deswarte-Calmet-Chauchat, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 4 340 000 francs CFP au titre de la période allant du 5 juillet 2021 jusqu'au jour d'enregistrement de sa requête, en réparation des pertes de loyer subies du fait du refus du haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie de lui accorder le concours de la force publique pour assurer l'exécution de l'ordonnance du juge des référés du tribunal de première instance de Nouméa du 22 novembre 2017 prononçant l'expulsion de M. A F et de Mme D F du logement dont il est propriétaire et qui est situé au sein du lot Fayard, dans l'avenue de Tonghoué, à Auteuil, sur le territoire de la commune de Dumbéa ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 200 000 francs CFP, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le refus persistant de concours de la force publique relatif au bien immobilier dont il a hérité à Auteuil, qui dure depuis 2017 et a donné lieu au jugement n° 2100034 du tribunal administratif de Nouvelle-Calédonie du 5 juillet 2021, dans lequel l'Etat a été condamné au paiement d'une somme d'1 820 000 francs au titre de la période allant du 30 décembre 2019 au 4 février 2021, conduira à nouveau à l'engagement de responsabilité sans faute de l'Etat, cette fois au titre de la période allant du 5 juillet 2021 jusqu'au 4 mars 2024, jour d'enregistrement de sa requête ;

- l'indemnité qui lui sera allouée devra être calculée en prenant pour base une somme mensuelle de 140 000 francs CFP, qui correspond au montant de l'indemnité d'occupation fixé dans le jugement n° 2100034 du 5 juillet 2021.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 avril 2024, le haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie conclut au rejet de la requête de M. B.

Il soutient que :

- M. B n'est plus fondé à soutenir qu'il se heurte à un refus de concours de la force publique, dès lors que le 10 mai 2021, il a autorisé un tel concours à compter du 20 mai 2021 ;

- l'absence d'exécution de l'ordonnance du juge des référés du tribunal de première instance de Nouméa du 22 novembre 2017 ne résulte plus, depuis cette même date du 20 mai 2021, que de l'inaction de M. B, qui, sollicité par l'étude d'huissier qu'il avait mandatée afin de savoir si elle avait son accord pour procéder à l'expulsion des occupants sans titre avec l'aide des forces de l'ordre, n'a jamais répondu à cette sollicitation.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi organique n° 99-209 et la loi n° 99-210 du 19 mars 1999 ;

- le code civil applicable à la Nouvelle-Calédonie ;

- le code de procédure civile de la Nouvelle-Calédonie ;

- la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 ;

- la loi n° 2012-1270 du 20 novembre 2012, et notamment son article 34 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 7 mai 2024 :

- le rapport de M. Briquet, premier conseiller,

- les conclusions de Mme Peuvrel, rapporteure publique,

- et les observations de M. E représentant du haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, légataire universel de M. G et désormais propriétaire depuis le décès de ce dernier le 10 décembre 2018 du logement que celui-ci possédait au sein du lot Fayard, à Auteuil, sur le territoire de la commune de Dumbéa, et qui est occupé sans titre par M. A F et Mme D F depuis le 25 mars 2016, a obtenu par un jugement n° 2100034 du 5 juillet 2021 la condamnation de l'Etat à lui verser une somme de 1 820 000 francs au titre de la période allant du 30 décembre 2019 au 4 février 2021, en réparation du refus persistant de concours de la force publique dont il faisait alors l'objet. Faisant suite à ce jugement, il demande au tribunal l'indemnisation des préjudices engendrés par un tel refus persistant, cette fois au titre de la période allant du 5 juillet 2021 jusqu'au 4 mars 2024.

2. Toutefois, il résulte de l'instruction que, par un courrier du 10 mai 2021, le haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie a mis fin à son refus persistant, en autorisant le concours de la force publique à compter du 20 mai 2021. Par ailleurs, le haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie soutient sans être contredit que la SCP Burignat-Lesson, étude d'huissiers mandatée par M. B, a été informée de cette autorisation. Il précise également, toujours sans être contredit, que cette SCP a contacté M. B, afin d'obtenir son accord pour procéder à l'expulsion des occupants sans titre avec l'aide des forces de l'ordre, qu'elle s'est alors heurtée au silence de M. B, qui n'a jamais répondu à ses sollicitations, et qu'elle a dû en conséquence renoncer à l'expulsion, faute d'accord de l'intéressé. Dans ces conditions, et eu égard à l'ensemble de ces éléments qui doivent tous être regardés comme établis, l'absence d'exécution de l'ordonnance d'expulsion prise par le juge des référés du tribunal de première instance de Nouméa le 22 novembre 2017 doit être regardée, à compter du 20 mai 2021, comme exclusivement imputable à l'attitude de M. B. Il en résulte qu'en l'absence de tout lien de causalité suffisamment direct et certain entre le fait générateur invoqué et les préjudices allégués au titre de la période allant du 5 juillet 2021 jusqu'au 4 mars 2024, la requête de M. B doit être rejetée, y compris ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie.

Délibéré après l'audience du 7 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Sabroux, président,

M. Briquet, premier conseiller,

M. Prieto, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2024.

Le rapporteur,

B. BRIQUETLe président,

D. SABROUX

Le greffier,

J. LAGOURDE

La République mande et ordonne au haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

cb

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