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AccueilJurisprudence administrativeN° TA104-2400071

Tribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE — Décision N° TA104-2400071

vendredi 8 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE
SectionTribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE
N° DossierTA104-2400071
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère CHAMBRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 mars 2024, Mme A B demande au tribunal :

1°) l'annulation de la décision du directeur des finances publiques de la Nouvelle-Calédonie en date du 1er février 2024, notifiée par courriel simple le 2 février 2024, lui refusant le bénéfice de l'indemnité d'éloignement ;

2°) qu'il soit enjoint à l'administration de lui verser le montant de cette indemnité ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 10 000 francs CFP au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme B soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure en ce que l'administration résulte d'une demande "insistante" de sa part de connaître les motifs du refus opposé à sa demande indemnitaire, et présente un caractère "très tardif, près d'un an après [sa] demande".

- la décision est entachée d'une erreur de droit.

Un mémoire enregistré le 29 octobre 2024, après la clôture de l'instruction, n'a pas été communiqué.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 juillet 2024, le haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi organique n° 99-209 et la loi n° 99-210 du 19 mars 1999 ;

- la loi n° 50-772 du 30 juin 1950 ;

- le décret n° 96-1028 du 27 novembre 1996 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Prieto, premier conseiller,

- les conclusions de Mme Peuvrel, rapporteure publique,

- et les observations de M. C, représentant le haut-commissariat de la République en Nouvelle-Calédonie.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, inspectrice principale des finances publiques, demande au tribunal l'annulation de la décision du directeur des finances publiques de la Nouvelle-Calédonie en date du 1er février 2024, notifiée par courriel simple le 2 février 2024, lui refusant le bénéfice de l'indemnité d'éloignement à l'occasion de son affectation sur le territoire calédonien.

2. Aux termes de l'article 2 de la loi du 30 juin 1950 fixant les conditions d'attribution des soldes et indemnités des fonctionnaires civils et militaires relevant du ministère de la France d'outre-mer, les conditions de recrutement, de mise en congé ou à la retraite de ces mêmes fonctionnaires : " Pour faire face aux sujétions particulières inhérentes à l'exercice de la fonction publique dans les territoires d'outre-mer, les fonctionnaires civils () recevront : / () / 2° Une indemnité destinée à couvrir les sujétions résultant de l'éloignement pendant le séjour et les charges afférentes au retour, accordée au personnel appelé à servir en dehors soit de la métropole, soit de son territoire, soit du pays ou territoire où il réside habituellement, qui sera déterminée pour chaque catégorie de cadres à un taux uniforme s'appliquant au traitement et majorée d'un supplément familial. Elle sera fonction de la durée du séjour et de l'éloignement et versée pour chaque séjour administratif, moitié avant le départ et moitié à l'issue du séjour. / () ". Aux termes de l'article 7 du décret du 5 mai 1951 fixant, en application de la loi n° 50-772 du 30 juin 1950, les régimes de rémunération, des prestations familiales, des congés administratifs de certains cadres de fonctionnaires civils relevant du ministère de la France d'outre-mer : " I. - L'indemnité d'éloignement prévue par l'article 2, alinéa 2, de la loi n° 50-772 du 30 juin 1950, est allouée aux personnels civils des cadres généraux régis par décrets relevant du ministère de la France d'outre-mer et appelés à servir en dehors, soit de la métropole, soit du territoire où ils sont en service, soit du pays ou territoire où ils résident habituellement. "Elle n'est pas due : "1° Lorsqu'il n'y a pas déplacement effectif du fonctionnaire ". Il résulte de ces dispositions que le droit à l'indemnité d'éloignement est ouvert au fonctionnaire affecté en Nouvelle-Calédonie, à la condition qu'à la date de cette affectation, il se déplace effectivement dans cette collectivité.

3. En premier lieu, à supposer que la requérante entende soulever la responsabilité de l'Etat pour tardiveté dans sa prise de décision, il est constant qu'une première décision de refus explicite quant au motif du refus énoncé, a été adressée, par courriel du 16 février 2023, à Mme B alors que sa demande avait été présentée le 5 janvier 2023. La requérante n'est, par suite, pas fondée à soutenir que la décision, qui n'était en tout état de cause contrainte par aucun délai légal ou réglementaire, présenterait un caractère tardif de nature à engager la responsabilité de l'Etat.

4. En second lieu, la requérante soutient que l'administration aurait donné une interprétation erronée de la notion de déplacement effectif prévue par le décret du 27 novembre 1996, en considérant qu'elle "était déjà sur le territoire calédonien au moment de sa nomination en tant que responsable de la Paierie de la Nouvelle-Calédonie et qu'il n'y aurait pas eu de "déplacement effectif" de la métropole vers la Nouvelle-Calédonie, en conséquence de sa nomination. La requérante soutient que sa présence en Nouvelle-Calédonie dès le mois d'octobre 2022 n'était pas définitive car effectuée dans le cadre d'un congé annuel pour accompagner l'installation professionnelle de son partenaire de PACS sur ce territoire, et que leurs deux enfants n'ont été scolarisés qu'en février 2023 dans cette collectivité, à la suite de sa prise de poste à la Paierie de la Nouvelle-Calédonie le 15 février 2023. La requérante indique en outre qu'elle a bien fait l'objet d'une mutation de la direction départementale des finances publiques (DDFIP) des Hauts-de-Seine vers la direction des finances publiques (DFIP) de la Nouvelle-Calédonie.

5. En l'espèce, il est toutefois constant que Mme B, lorsqu'elle a été affectée en Nouvelle-Calédonie, résidait, depuis le 11 octobre 2022, sur ce territoire où, venant de la métropole, elle avait accompagné son conjoint affecté en Nouvelle-Calédonie à compter du 17 octobre 2022. A l'issue de son congé annuel, elle a bénéficié d'un congé parental à compter du 5 décembre 2022, interrompu le 14 février 2023 par sa nomination au poste de responsable de la Paierie de Nouvelle-Calédonie. En l'absence de déplacement matériel effectif pour rejoindre son affectation en Nouvelle-Calédonie à la date de celle-ci, Mme B, qui n'a au demeurant sollicité sa mutation que postérieurement à son arrivée sur le territoire, ne pouvait pas prétendre au bénéfice de l'indemnité d'éloignement.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée, ce qui inclut ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au ministre des finances et des comptes publics et au haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie.

Copie sera adressée, pour information, à la direction des finances publiques de la Nouvelle-Calédonie.

Délibéré après l'audience du 31 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Sabroux, président,

M. Prieto, premier conseiller,

M. Bozzi, premier conseiller.

Décision rendue publique par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2024.

Le rapporteur,

G. PRIETOLe président,

D. SABROUX Le greffier de chambre,

J. LAGOURDE

pc

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