jeudi 18 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE |
| Section | Tribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE |
| N° Dossier | TA104-2400099 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère CHAMBRE |
| Avocat requérant | ELMOSNINO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 22 avril 2024, M. A C, représenté par Me Elmosnino, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite de rejet, née du silence gardé pendant deux mois par la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse sur sa demande de reconnaissance du transfert en Nouvelle-Calédonie du centre de ses intérêts matériels et moraux du 19 décembre 2023 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 250 000 francs CFP sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que la décision implicite contestée est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 juin 2024, le haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie conclut au rejet de la requête de M. C.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable, étant tardive, tendant à l'annulation d'une décision purement confirmative, et M. C n'invoquant aucune disposition législative ou réglementaire à l'appui de sa demande ;
- aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi organique n° 99-209 et la loi n° 99-210 du 19 mars 1999 ;
- le code général de la fonction publique ;
- le décret n° 96-1026 du 26 novembre 1996 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 27 juin 2024 :
- le rapport de M. Briquet, premier conseiller,
- les conclusions de Mme Peuvrel, rapporteure publique,
- et les observations de Me Elmosnino pour le requérant, et de M. B pour le haut-commissariat de la République en Nouvelle-Calédonie.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, professeur certifié de mathématiques placé en disponibilité à sa demande depuis le 19 février 2024 afin de demeurer avec son épouse qui exerce sur le territoire calédonien, demande au tribunal d'annuler la décision implicite de rejet, née du silence gardé pendant deux mois par la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse sur sa demande de reconnaissance du transfert en Nouvelle-Calédonie du centre de ses intérêts matériels et moraux du 19 décembre 2023.
Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :
2. Le haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie fait valoir, en premier lieu, que la décision attaquée ne fait que confirmer la décision du ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse du 20 septembre 2023 rejetant la précédente demande de reconnaissance du transfert des intérêts matériels et moraux de M. C du 10 août 2023, laquelle était selon lui formulée dans des termes identiques à la demande du 19 décembre 2023 à l'origine de la décision implicite en litige. Toutefois, dans sa demande du 19 décembre 2023, M. C faisait état de deux circonstances de fait nouvelles, à savoir d'une part sa renonciation expresse à la seconde fraction de son indemnité d'éloignement, matérialisée par un courriel du 6 octobre 2023, et d'autre part l'arrêté du recteur de l'académie de Clermont-Ferrand du 6 décembre 2023 le plaçant, à sa demande, en disponibilité du 19 février 2024 au 31 août 2024 afin de demeurer avec son épouse sur le territoire calédonien. Eu égard à ces changements de circonstances entre les deux décisions, ainsi qu'à l'écoulement du temps, de 5 mois, qui était lui aussi de nature à emporter des conséquences sur l'appréciation portée par l'autorité administrative sur l'existence ou non d'un transfert en Nouvelle-Calédonie du centre des intérêts matériels et moraux de l'intéressé, la décision attaquée ne saurait ici être regardée comme ayant revêtu un caractère confirmatif.
3. Le haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie se prévaut, en deuxième lieu, de la tardiveté de la requête. Cependant, le délai de recours contre la décision implicite du 19 février 2024 expirait en l'espèce le lundi 22 avril 2024 à 24 heures. Il n'avait dès lors pas encore atteint son terme lors de l'enregistrement de la requête au greffe du tribunal le 22 avril 2024 à 23 heures 27, date et heure de Nouméa.
4. Le haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie fait valoir, en dernier lieu, que M. C ne sollicitait l'application d'aucun texte dans sa demande de reconnaissance du transfert en Nouvelle-Calédonie du centre de ses intérêts matériels et moraux. Toutefois, s'il est vrai que la localisation du centre des intérêts matériels et moraux ne peut être appréciée de manière abstraite et doit nécessairement s'inscrire dans le cadre de l'application d'une réglementation, qui va ériger en condition cette localisation sur le territoire en litige du centre des intérêts matériels et moraux et va notamment préciser à quelle date cette condition doit être appréciée, il n'en demeure pas moins qu'une demande qui ne précise pas expressément la législation sur laquelle elle repose n'est pas nécessairement sans objet. Ainsi, aucune irrecevabilité ne saurait être opposée lorsqu'au vu des termes qu'elle emploie et du contexte dans laquelle elle a été présentée, cette demande peut être manifestement rattachée à l'application d'une législation précise. En effet, dans une telle hypothèse, l'administration est à même de se prononcer en toute connaissance de cause et de prendre un acte à caractère décisoire.
5. La demande de M. C, présentée le 19 décembre 2023 alors qu'il venait d'être affecté pendant quatre années consécutives en Nouvelle-Calédonie, tendait à sa réaffectation en Nouvelle-Calédonie dès la rentrée scolaire australe 2024, sans que puisse lui être opposée la limite de durée maximale d'affectation sur le territoire fixée à deux ans, renouvelable une fois, par l'article 2 du décret du 26 novembre 1996 relatif à la situation des fonctionnaires de l'Etat et de certains magistrats dans les territoires d'outre-mer de Nouvelle-Calédonie, de Polynésie française et de Wallis-et-Futuna, laquelle lui aurait imposé d'exercer pendant deux ans en dehors de la Nouvelle-Calédonie avant de pouvoir prétendre y être affecté de nouveau. Une telle demande se rattachait ainsi manifestement à l'application de ce décret, qui prévoit par exception que les agents dont le centre des intérêts moraux et matériels se situe en Nouvelle-Calédonie peuvent y être affectés sans limitation de durée. Dès lors, la demande de M. C tendait bien à l'adoption d'un acte de nature à affecter sa situation juridique.
6. Il résulte de tout ce qui précède que l'ensemble des fins de non-recevoir opposées en défense doit être écarté.
Sur la légalité de l'acte attaqué :
7. Aux termes de l'article 1er du décret du 26 novembre 1996 relatif à la situation des fonctionnaires de l'Etat et de certains magistrats dans les territoires d'outre-mer de Nouvelle-Calédonie, de Polynésie française et de Wallis-et-Futuna : " Le présent décret est applicable () aux fonctionnaires titulaires et stagiaires de l'Etat, ainsi qu'aux magistrats de l'ordre judiciaire, affectés dans les territoires d'outre-mer de Nouvelle-Calédonie, de Polynésie française et de Wallis-et-Futuna, qui sont en position d'activité ou détachés auprès d'une administration ou d'un établissement public de l'Etat dans un emploi conduisant à pension civile ou militaire de retraite. / Il ne s'applique ni aux personnels dont le centre des intérêts moraux et matériels se situe dans le territoire où ils exercent leurs fonctions, ni aux membres des corps de l'Etat pour l'administration de la Polynésie française, ni aux fonctionnaires actifs des services de la police nationale. " Aux termes de l'article 2 de ce décret : " La durée de l'affectation dans les territoires d'outre-mer de Nouvelle-Calédonie, de Polynésie française et de Wallis-et-Futuna est limitée à deux ans. / Cette affectation peut être renouvelée une seule fois à l'issue de la première affectation. / Une affectation dans l'un des territoires d'outre-mer énumérés au premier alinéa du présent article ne peut être sollicitée qu'à l'issue d'une affectation d'une durée minimale de deux ans hors de ces territoires ou de Mayotte. Toutefois, cette période de deux ans peut être accomplie dans un territoire d'outre-mer distinct du territoire d'affectation ou à Mayotte, si le centre des intérêts moraux et matériels de l'agent se situe dans l'un de ces territoires ou dans cette collectivité. ". Pour la détermination du centre des intérêts matériels et moraux d'un agent, il appartient à l'administration, sous le contrôle du juge, de tenir compte d'un faisceau de critères, notamment relatifs au temps passé par l'intéressé sur le territoire concerné, aux attaches qu'il a conservées avec la métropole ou dans d'autres territoires d'outre-mer, au lieu de résidence des membres de sa famille, à sa situation immobilière, et à la disposition de comptes bancaires ou postaux, que ni la loi ni les règlements n'ont définis. La localisation du centre des intérêts matériels et moraux d'un agent, qui peut varier dans le temps, doit être appréciée, dans chaque cas, à la date à laquelle l'administration, sollicitée le cas échéant par l'agent, se prononce sur l'application d'une disposition législative ou réglementaire.
8. Il ressort des pièces du dossier que M. C, né en métropole en 1965, est arrivé en Nouvelle-Calédonie en 2014 et justifie depuis lors d'une durée de résidence de huit ans sur ce territoire, de 2014 à 2018 et de 2020 à 2024. Il y vit avec son épouse, qui exerce depuis 2021 à Canala, et leur fils de 15 ans. Il a renoncé de lui-même en 2023 à la seconde fraction de son indemnité d'éloignement à l'issue de son dernier séjour réglementé sur le territoire calédonien, estimant avoir transféré en Nouvelle-Calédonie le centre de ses intérêts matériels et moraux. Il est par ailleurs demeuré depuis lors en Nouvelle-Calédonie, par le biais d'une mise en disponibilité. Eu égard à l'ensemble de ces éléments, M. C doit être regardé comme ayant transféré en Nouvelle-Calédonie le centre de ses intérêts matériels et moraux à la date de la décision attaquée. Par suite, la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse a commis une erreur manifeste d'appréciation en estimant qu'au moment où elle s'est prononcée, M. C n'avait pas encore procédé à un tel transfert. Le requérant est dès lors fondé à demander l'annulation de la décision implicite de rejet qui lui a été opposée, sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen soulevé.
Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 180 000 francs CFP euros au titre des frais exposés par M. C et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision implicite de rejet, née du silence gardé pendant deux mois par la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse sur la demande présentée par M. C le 19 décembre 2023 en vue de la reconnaissance du transfert en Nouvelle-Calédonie du centre de ses intérêts matériels et moraux, est annulée.
Article 2 : L'Etat versera à M. C une somme de 180 000 francs CFP au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie.
Délibéré après l'audience du 27 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Sabroux, président,
M. Briquet, premier conseiller,
M. Prieto, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.
Le rapporteur,
B. BRIQUETLe président,
D. SABROUX
Le greffier,
J. LAGOURDE
La République mande et ordonne au haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
cb
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026