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AccueilJurisprudence administrativeN° TA104-2400220

Tribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE — Décision N° TA104-2400220

mercredi 26 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE
SectionTribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE
N° DossierTA104-2400220
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationPrésident, Didier Sabroux, juge des référés
Avocat requérantADMINIS AVOCATS SELAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 mai 2024, et un mémoire en réplique enregistré le 24 juin 2024, M. A B, représenté par Me Ansquer demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative de suspendre l'exécution de la décision n° 179-2024 du CNAPS en date du 21 mars 2024 notifiée le 28 mars 2024 portant retrait d'un agrément délivré en qualité d'associé d'une entreprise de sécurité privée. Il demande également la condamnation d l'Etat à lui verser une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens, s'il y a lieu, et les droits de plaidoirie, à hauteur de 13 euros par audience.

Il soutient que :

Sur l'urgence :

- la décision prise à son encontre le prive de revenus et empêche sa société dont il est l'unique dirigeant d'exercer son activité.

Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- la décision attaquée n'est pas motivée ;

- le principe du contradictoire n'a pas été respecté et ses droits à la défense n'ont pas été respectés dès lors qu'il n'a pu s'exprimer

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et porte atteinte à sa liberté de travailler ;

Par un mémoire enregistré le 17 juin 2024, le conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) conclut au rejet de la requête pour défaut d'urgence et de moyen sérieux d'annulation.

Vu les autres pièces du dossier et le code de justice administrative dans sa version applicable en Nouvelle-Calédonie.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 25 juin 2024 :

- le rapport de M. Sabroux, juge des référés,

- et les observations de Me Chevalier substituant Me Ansquer, avocat de M.B.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Monsieur A B, dirigeant unique de la société Math Vigile, qui exerce les activités de surveillance humaine ou de surveillance par des systèmes électroniques de sécurité ou de gardiennage, de transport de fonds et de protection physique de personnes, bénéficiaire d'un agrément de dirigeant en date du 14 mai 2020 d'une durée de cinq ans à compter du 14 mai 2020, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative de suspendre la décision n° 179-2024 du CNAPS en date du 21 mars 2024 portant retrait d'un agrément délivré en qualité d'associé d'une entreprise de sécurité privée. Cette décision fait suite à une condamnation de l'intéressé par le juge pénal à une peine de six mois de prison ainsi qu'à une amende pour avoir employé 25 personnes non titulaires d'une carte professionnelle, sans inscription de cette condamnation au bulletin B2 du casier judiciaire.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire.

3. Aux termes de l'article L. 633-1 du code de la sécurité intérieure dans sa rédaction applicable au cas d'espèce, entrée en vigueur le 1er mai 2022 : " La mission prévue au 1° de l'article L. 632-1 est exercée par le directeur du Conseil national des activités privées de sécurité. A ce titre, il délivre les agréments, autorisations, et cartes professionnelles et procède à leur retrait ou, le cas échéant, à leur suspension dans les conditions prévues au présent livre ".

4. Aux termes du code de la sécurité intérieure : " Art. L. 612-6. - Nul ne peut exercer à titre individuel une activité mentionnée à l'article L.611-1, ni diriger, gérer ou être l'associé d'une personne morale exerçant cette activité, s'il n'est titulaire d'un agrément délivré selon des modalités définies par décret en Conseil d'Etat. / Art. L .612-7. - L'agrément prévu à l'article L. 612-6 est délivré aux personnes qui satisfont aux conditions suivantes :/ L'agrément ne peut être délivré s'il résulte de l'enquête administrative, ayant le cas échéant donné lieu à consultation, par des agents du Conseil national des activités privées de sécurité spécialement habilités par le représentant de l'Etat territorialement compétent et individuellement désignés, des traitements de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 31 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification, que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions susmentionnées./ Art. L. 612-8. - L'agrément peut être retiré lorsque son titulaire cesse de remplir l'une des conditions prévues à l'article L. 612-7. / En cas d'urgence, le directeur du Conseil national des activités privées de sécurité peut suspendre l'agrément. En outre, le représentant de l'Etat dans le département, ou, à Paris, le préfet de police, peut suspendre l'agrément en cas de nécessité tenant à l'ordre public. Art. L. 612-20. - Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 : 2° S'il résulte de l'enquête administrative, ayant le cas échéant donné lieu à consultation, par des agents du Conseil national des activités privées de sécurité spécialement habilités par le représentant de l'Etat territorialement compétent et individuellement désignés, des traitements de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 31 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification, que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions susmentionnées ; / Le respect de ces conditions est attesté par la détention d'une carte professionnelle délivrée selon des modalités définies par décret en Conseil d'Etat. () / En cas d'urgence, le directeur du Conseil national des activités privées de sécurité peut retirer la carte professionnelle ". Aux termes du code des relations entre le public et l'administration : " Art. L. 121-1. - Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. Art. L. 121-2. - Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables :/ 1° En cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles ;/ Art. L. 122-1. - Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales Art. L. 211-2. - doivent être motivées les décisions qui : / 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ;/ Art. L. 211- 5. - La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. Art. L. 211-6. - Lorsque l'urgence absolue a empêché qu'une décision soit motivée, le défaut de motivation n'entache pas d'illégalité cette décision ".

5. Il résulte de ces dispositions que, sauf urgence ou circonstances exceptionnelles, les décisions de retrait de la carte professionnelle d'agent de sécurité privée et de suspension de l'agrément en qualité de dirigeant d'une entreprise de sécurité privée doivent être motivées et précédées d'une procédure contradictoire afin de permettre préalablement à l'intéressé de faire valoir utilement ses droits auprès de l'autorité administrative, dans la perspective de décisions susceptibles de lui faire grief.

6. En l'espèce, si le requérant soutient qu'il n'a pu faire valoir ses moyens de défense et qu'il a été porté atteinte au principe du contradictoire et aux droits de la défense, il ressort des pièces du dossier que, par courrier en date du 5 octobre 2023, le directeur du CNAPS a informé qu'il envisageait un retrait de la carte professionnelle qui lui avait été attribuée, en raison de sa condamnation pénale. Contrairement à ce qu'il affirme, M. B a, par courrier en date du 26 octobre 2023, a pu apporter les éléments qu'il souhaitait présenter pour sa défense. Par ailleurs, la décision prise, au vu des faits commis, n'est entachée d'aucune erreur manifeste d'appréciation, les faits n'étant pas contestés et suffisamment graves, et au surplus commis en récidive pour des faits identiques commis en 2019, ni d'une insuffisante motivation. Si M. B soutient que les faits qui lui sont reprochés n'ont pas donné lieu à une inscription au bulletin n° 2 du casier judiciaire, ils pouvaient néanmoins légalement fonder la décision en litige en vertu des dispositions précitées. Enfin l'intéressé ne peut utilement invoquer les conséquences de la décision de retrait qui lui a été opposée sur sa situation personnelle et financière.

7. Par conséquent, en l'état de l'instruction, aucun des moyens de la requête n'est de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de décision attaquée. Sans qu'il soit besoin de statuer sur la condition d'urgence, la requête de M. B doit être rejetée, y compris les conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et au titre des dispositions des articles L. 723-3 et R. 723-26-1 et 2 du code de la sécurité sociale.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS).

Copie en sera délivrée au haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie.

Ordonnance rendue publique par mise à disposition au greffe le 26 juin 2024.

Le juge des référés,

D. Sabroux

La République mande et ordonne au haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance. pc

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