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AccueilJurisprudence administrativeN° TA104-2400230

Tribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE — Décision N° TA104-2400230

vendredi 8 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE
SectionTribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE
N° DossierTA104-2400230
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère CHAMBRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 mai 2024, M. A D doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la note orale contenue dans la notification à l'intéressé de la décision du jury du 19 mars 2024 le déclarant non admis à l'examen professionnel pour l'accès au corps des ingénieurs de 1er grade des personnels techniques de la Nouvelle-Calédonie pour l'année 2023 ;

2°) d'annuler la délibération du jury pour l'accès au corps des ingénieurs de 1er grade des personnels techniques de la Nouvelle-Calédonie, révélée par son relevé de note, décidant de sa non-admission au concours interne ;

3°) par voie de conséquence d'annuler la décision explicite de rejet du recours gracieux du 17 avril 2024 du président du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie refusant de lui attribuer un point supplémentaire ;

4°) qu'il soit enjoint au gouvernement de la Nouvelle-Calédonie de lui restituer le point injustement retiré et de le déclarer admis à l'examen professionnel pour l'accès au corps des ingénieurs 1er grade des personnels techniques de la Nouvelle-Calédonie pour l'année 2023 avec un total de points de 51/100.

Il soutient que :

- seul le président du jury a chronométré son temps d'exposé,

- le jury de l'épreuve orale du 13 mars 2024 a commis une erreur matérielle en considérant que sa présentation avait duré 11 minutes et dix secondes et lui a de ce fait retiré un point du fait du dépassement du temps imparti,

- il n'a pas relevé l'erreur du jury pensant qu'il se situait dans le seuil de tolérance de plus ou moins une minute,

- lors du concours de technicien 3ème grade, il a réitéré mot pour mot sa présentation et que le jury lui aurait indiqué un temps de 9 minutes et quinze secondes signifiant ainsi une différence de deux minutes entre son exposé du 13 mars 2024 et celui du 4 avril 2024 ce qui est impossible.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 juillet 2024, le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie conclut au rejet de la requête.

Les parties ont été informées le 8 octobre 2024 en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité de la requête en tant qu'elle comporte des conclusions tendant à la restitution d'un point sont irrecevables dès lors que les notes ne sont pas détachables de la décision prise par le jury et sont donc insusceptibles de recours.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi du pays n° 2021-8 du 2 décembre 2021 portant diverses mesures relatives à l'accès aux corps et cadres d'emplois de la fonction publique de Nouvelle-Calédonie ;

- la délibération n° 259/CP du 17 mars 1998 fixant les conditions générales des concours, examens et sélections professionnels des divers cadres territoriaux complété par la délibération n° 230 du 13 décembre 2006 ;

- l'arrêté n° 2022-785/GNC du 6 avril 2022 fixant les épreuves et les modalités de la promotion professionnelle prévue à l'article 2 de la loi du pays n° 2021-8 du 2 décembre 2021 portant diverses mesures relatives à l'accès aux corps et cadres d'emploi des fonctions publiques de Nouvelle-Calédonie.

Vu le code de justice administrative dans sa version applicable en Nouvelle-Calédonie.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bozzi, premier conseiller,

- les conclusions de Mme Peuvrel, rapporteure publique,

- et les observations de Mme B, représentant la Nouvelle-Calédonie.

Considérant ce qui suit :

1. M. D est fonctionnaire 2ème grade du cadre technique de la Nouvelle-Calédonie depuis le 1er septembre 2001. Par une circulaire du 19 septembre 2023 n° 2023-DRHFPNC-71494 le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie a ouvert un concours interne pour permettre l'accès au 1er grade du corps des ingénieurs des personnels techniques de la Nouvelle-Calédonie en vue de pourvoir 23 postes. Le 23 février 2024, M. D a reçu un courrier l'informant de son admissibilité et valant convocation à l'épreuve orale du 13 mars 2024. Le 13 mars 2024, M. D s'est soumis à ladite épreuve orale relative au concours pour accéder au 1er grade. Le 19 mars 2024, M. D a reçu un courrier l'informant de son échec au concours de 1er grade. M. D a obtenu la grille d'évaluation du jury laquelle indique le retrait d'un point pour dépassement du temps imparti de l'exposé. Le 20 mars 2024, M. D a formé un recours gracieux contre la notification de la décision du jury du 19 mars 2024 se prévalant d'un retrait injustifié de points. Le 17 avril 2024, la directrice des ressources humaines de la fonction publique de Nouvelle-Calédonie a rejeté le recours de M. D. M. D doit être regardé comme demandant l'annulation de la notification de la décision du jury du 19 mars 2024, ensemble la décision explicite de rejet de son recours gracieux par la directrice des ressources humaines de la Nouvelle-Calédonie de lui restituer le point allégué comme injustement retiré et de le déclarer admis au concours interne pour l'accès au corps des ingénieurs 1er grade des personnels techniques de la Nouvelle-Calédonie.

Sur la recevabilité des conclusions de la requête aux fins d'annulation de la note attribuée :

2. Il ressort des termes de la requête de M. D que celui-ci conteste le retrait d'un point procédé par le jury du fait du dépassement de temps imparti, marge de tolérance prévue par la méthodologie de la Nouvelle-Calédonie comprise.

3. Si l'irrégularité éventuelle des procédures de notation des différentes épreuves et des notes attribuées peut être invoquée par le requérant à l'appui de ses conclusions contre la délibération du jury, les notes afférentes constituent des actes purement préparatoires et ne sont pas susceptibles de faire, par eux-mêmes, l'objet de recours pour excès de pouvoir. Ainsi, les conclusions tendant à l'annulation de la note de l'épreuve orale sont irrecevables et doivent dès lors être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de la délibération du jury et du rejet du recours gracieux :

4. Il ressort des termes de la requête de M. D que celui-ci conteste la délibération du jury en ce qu'elle serait fondée sur une erreur de chronométrage et un retrait de point consécutif injustifié.

5. Toutefois, aux termes de l'article 2 de la loi du pays n° 2021-8 du 2 décembre 2021 portant diverses mesures relatives à l'accès aux corps et cadres d'emplois de la fonction publique de Nouvelle-Calédonie : " I- Par dérogation à l'article 24 de l'arrêté n° 1065 du 22 août 1953 portant statut général des fonctionnaires des de la fonction publique de Nouvelle-Calédonie, et pour une durée de trois ans à compter de l'entrée en vigueur de la présente loi du pays, les fonctionnaires remplissant les conditions cumulatives suivantes, appréciées au plus tard au jour de la demande de promotion, peuvent accéder aux corps ou cadres d'emplois hiérarchiquement immédiatement supérieurs à ceux dont ils relèvent : / 1° justifier d'au moins trois ans de service en qualité de fonctionnaire de Nouvelle-Calédonie ; / 2° justifier, sur les cinq dernières années, d'au moins trois ans d'équivalent temps plein d'exercice effectif de fonctions correspondant à celles dévolues au corps ou cadre d'emploi de la catégorie immédiatement supérieure à celle détenue pour le compte d'un employeur public en qualité de fonctionnaire de Nouvelle Calédonie ; / II- Les conditions dans lesquelles sont pris en compte les services accomplis à temps partiel ou à temps incomplet sont fixés par la délibération du congrès mentionnée à l'article 3. / III- Un jury d'évaluation professionnelle, dont la composition est fixée par la même délibération, se prononce sur l'aptitude professionnelle de chaque candidat à exercer les missions du corps ou cadre d'emploi auquel la promotion professionnelle donne accès ". Aux termes de l'article 21 de la délibération n° 259/CP du 17 mars 1998 fixant les conditions générales des concours, examens et sélections professionnels des divers cadres territoriaux complété par la délibération n° 230 du 13 décembre 2006, " Le jury se prononce sur les corrections, l'admissibilité, l'admission. Il procède le cas échéant, aux interrogations orales prévues. Il peut à cette fin et en raison de la nature particulière de certaines épreuves se faire assister d'examinateurs ad hoc. Le jury est souverain. Il est compétent pour prononcer l'annulation d'une épreuve et n'est pas tenu d'attribuer toutes les places mises au concours. En cas de défaillance totale ou partielle d'un mode de recrutement et sous réserve d'être prévu par le statut particulier correspondant, le jury peut procéder au report éventuel de la totalité ou d'une partie des postes non pourvus sur l'autre mode, à l'exception : - de la promotion au choix ; - du recrutement sur titre ; - du recrutement par concours sur titre avec épreuve ; - du concours réservé. Le jury précise dans un rapport détaillé affiché après les résultats du concours les raisons pour lesquelles il a été amené à effectuer ce report. En cas de partage égal des voix, le président du jury a voix prépondérante. Le jury arrête par ordre alphabétique la liste des candidats admissibles et celle des candidats admis. Pour les recrutements par voie de concours externe, le jury établit par ordre de mérite une liste complémentaire d'admission. A l'issue de ces opérations, le jury dresse un procès-verbal ". Aux termes de l'arrêté n° 2022-785/GNC du 6 avril 2022 fixant les épreuves et les modalités de la promotion professionnelle prévue à l'article 2 de la loi du pays n° 2021-8 du 2 décembre 2021 portant diverses mesures relatives à l'accès aux corps et cadres d'emploi des fonctions publiques de Nouvelle-Calédonie, il est prévu pour les fonctionnaires de catégorie A et B une épreuve orale d'une durée de " 30 minutes (dont 10 minutes maximum d'exposé par le candidat) ". Aux termes de la circulaire du 19 septembre 2023 n° 2023-DRHFPNC-71494, le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie a organisé un concours interne pour l'accès au 1er grade du corps des ingénieurs des personnels techniques de la Nouvelle-Calédonie en vue de pourvoir 23 postes. Cette circulaire prévoit notamment qu'" une note inférieure à 5 sur 20 aux épreuves écrites et au dossier est éliminatoire. La note 0 à l'épreuve d'entretien avec le jury est éliminatoire. Pour être admissible, un candidat doit obtenir un nombre de points au moins égal à 20. Pour être admis, un candidat doit obtenir un nombre de points au moins égal à 50. ".

6. Conformément au principe de la souveraineté du jury dans l'appréciation des mérites des candidats à une épreuve d'examen, il n'appartient pas au juge administratif de substituer, en l'absence d'erreur matérielle dans le report des notes obtenues ou d'erreur de droit ou de fait dans l'organisation des examens, son appréciation à celle du jury au regard de la note attribuée par les correcteurs à une épreuve déterminée. De même, les critères dont il est fait usage pour noter les épreuves ainsi que l'appréciation portée par le jury sur la valeur des candidats ne sont pas susceptibles d'être discutés devant le juge administratif.

7. En l'espèce, M. D ne conteste pas le principe de souveraineté du jury mais se prévaut d'une erreur de chronométrage et d'un retrait de point injustifié consécutif. Or, M. D ne justifie pas avoir dénoncé un quelconque incident au cours de l'épreuve orale litigieuse, ni à son terme, ces allégations n'étant formulées qu'après la réception du courrier du 19 mars 2024, lequel l'informe de sa non admission.

8. En outre, le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie fait valoir sans être sérieusement contesté que les membres du jury ont, à l'unanimité constaté le dépassement du temps et ont pris la décision de retirer le point litigieux de la note de l'intéressé, compte tenu de l'écart de plus d'une minute du temps imparti, après application de la marge permise d'une minute. Aucun des membres ne s'est opposé au retrait de point et une attestation de Mme C - membre du jury pour le concours interne du 1er grade mais aussi pour le 3ème grade - datée du 26 juin 2024 confirme que le 13 mars 2024 lors de l'entretien oral, elle a chronométré personnellement M. D et constaté le dépassement du temps imparti de 10 minutes, marge comprise.

9. Dans ces conditions, les conclusions à fin d'annulation de la délibération du jury doivent être rejetées, comme celles, présentées par voie de conséquence, tendant à l'annulation de la décision explicite de rejet du recours gracieux du 17 avril 2024 du président du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie refusant d'attribuer un point supplémentaire.

10. Il résulte de tout ce qui précède que l'ensemble des conclusions à fin d'annulation présentées par M. D doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation des requêtes n'implique aucune mesure d'exécution. Il y a lieu, par suite, de rejeter les conclusions à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au gouvernement de la Nouvelle-Calédonie.

Délibéré après l'audience du 31 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Sabroux, président,

M. Prieto, premier conseiller,

M. Bozzi, premier conseiller.

Décision rendue publique par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2024.

Le rapporteur,

F. BOZZILe président,

D. SABROUX Le greffier de chambre,

J. LAGOURDE

cb

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