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AccueilJurisprudence administrativeN° TA104-2400267

Tribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE — Décision N° TA104-2400267

lundi 8 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE
SectionTribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE
N° DossierTA104-2400267
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantSELARL HOURCABIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés le 15 juin et le 5 juillet 2024, le Groupement d'Intérêt Economique Karuia Bus - Transport en Commun de Nouméa, représenté par Me Hourcabie, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative de suspendre l'exécution de la délibération du Congrès de la Nouvelle Calédonie n° 146/CP du 7 juin 2024 portant mesures exceptionnelles dans le contexte de la crise de mai 2024, en ce qu'elle prévoit, à l'article 11-6°, que " l'autorité contractante peut suspendre l'exécution d'une délégation de service public " et que " tout versement d'une somme au délégataire est suspendu". Il demande également la condamnation du Congrès de la Nouvelle Calédonie à lui verser une somme de 600 000 francs CFP en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur l'urgence :

- la décision attaquée porte une atteinte grave et immédiate à ses intérêts car elle la prive sans préavis de revenus et elle porte atteinte à la continuité du service public et au confort des populations.

Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- la décision attaquée viole le principe constitutionnel de continuité du service public et porte atteinte à l'intérêt général ;

- elle permet la suspension des contrats de délégation de service public sans indemnisation intégrale de ses titulaires ;

- elle viole le principe du droit au maintien de l'équilibre économique du contrat, et porte atteinte à la liberté contractuelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 juillet 2024, le gouvernement de la Nouvelle Calédonie conclut au rejet de la requête pour défaut d'urgence et de moyen sérieux d'annulation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 juillet 2024, le Congrès de Nouvelle Calédonie conclut au rejet de la requête pour défaut d'urgence et de moyen sérieux d'annulation.

Vu les autres pièces du dossier et le code de justice administrative dans sa version applicable en Nouvelle-Calédonie.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 5 juillet 2024 :

- le rapport de M. Sabroux, juge des référés,

- et les observations de Me Hourcabie, en visio-audience, avocat du GIE Karuai bus, de Mme B pour le Congrès de Nouvelle-Calédonie et de Mme A pour la Nouvelle-Calédonie.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Le Syndicat Mixte des Transports Urbains du Grand Nouméa (SMTU), constitué de la Pprovince Sud et des communes de Dumbéa, du Mont-Dore, de Nouméa et de Païta a pour objet l'organisation, la gestion et l'exploitation des services publics réguliers de transports en commun routiers, ferrés et maritimes et de transport scolaire des élèves du secondaire sur le territoire des communes membres. En sa qualité d'autorité organisatrice, le SMTU a attribué au Groupement d'Intérêt Economique Karuia Bus - Transport en Commun de Nouméa (GIE Karuia Bus - TCN) une délégation de service public en vue de l'exploitation des lignes urbaines du Grand Nouméa, pour une durée de 96 mois à compter du 1er janvier 2019, contre le versement par le SMTU d'une " Rémunération Annuelle à Prix Forfaitaire " en application de l'article 87 de la convention de délégation au moyen de 12 acomptes mensuels, qui donnent lieu à l'envoi de factures correspondantes. A la suite de la situation insurrectionnelle frappant la Nouvelle-Calédonie depuis le 13 mai 2024, le service a été interrompu en raison des dégradations commises et du climat de forte insécurité régnant sur le territoire. Bien que le requérant ait informé le SMTU de la possibilité d'une reprise d'une activité réduite, la commission permanente du Congrès de la Nouvelle-Calédonie a adopté une délibération n° 146/CP du 7 juin 2024 portant mesures exceptionnelles dans le contexte de la crise de mai 2024 dont l'article 11-6° prévoit une possible suspension des contrats de délégation de service public, sans indemnisation du délégataire. Aux termes de l'article 11-6° de la délibération n° 146/CP attaquée : " Sans préjudice de l'application des dispositions des articles 40-2 et 41 de la délibération n° 424 du 20 mars 2019 susvisée et nonobstant toute disposition contraire moins favorable au cocontractant, les mesures suivantes s'appliquent en cas de difficulté d'exécution du contrat pendant la période définie à l'article 1 er ou dont le titulaire démontre qu'elle est liée aux conséquences directes de la crise de mai 2024 : [] 6° L'autorité contractante peut suspendre l'exécution d'une délégation de service public. Tout versement d'une somme au délégataire est suspendu et, si la situation de l'opérateur économique le justifie et à hauteur de ses besoins, une avance sur le versement des sommes dues par le délégant peut lui être versée ".

2. En défense, le Congrès oppose une fin de non revoir tirée du défaut d'intérêt à agir du GIE requérant. En l'espèce l'intérêt à agir du Groupement d'Intérêt Economique Karuia Bus - Transport en Commun de Nouméa, en tant qu'attributaire d'une délégation de service public ne fait aucun doute.

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ". Aux termes de l'article L. 522-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ".

4. Pour justifier de l'urgence, le GIE fait valoir, d'une part, que le service public est interrompu, alors précisément qu'en période de crise, celui-ci est plus que jamais nécessaire à la vie quotidienne de la population et, d'autre part, que sa situation financière est mise en péril inutilement, du fait de l'interruption du service, ce qui porte atteinte de manière grave et immédiate à ses intérêts. Les dispositions attaquées, qui peuvent éventuellement constituer le fondement d'une décision de suspension d'un contrat de délégation de service public par un délégataire n'ont pas, en elles-mêmes, pour conséquence immédiate de porter atteinte à l'exécution d'un service public. En tout état de cause, la décision prise par le SMTU de suspendre ses relations contractuelles avec le GIE requérant est antérieure à la délibération du Congrès attaquée qui n'a pu en constituer le fondement. Par conséquent, la condition d'urgence n'étant pas remplie, il y a lieu de rejeter la requête du Groupement d'Intérêt Economique Karuia Bus - Transport en Commun de Nouméa dans toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : la requête du Groupement d'Intérêt Economique Karuia Bus - Transport en Commun de Nouméa est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée au Groupement d'Intérêt Economique Karuia Bus - Transport en Commun de Nouméa, au Congrès de la Nouvelle-Calédonie et au gouvernement de la Nouvelle-Calédonie.

Copie en sera délivrée au haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie.

Ordonnance rendue publique par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2024

Le juge des référés,

D. Sabroux

La République mande et ordonne au haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pouvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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