lundi 30 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE |
| Section | Tribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE |
| N° Dossier | TA104-2400373 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère CHAMBRE |
| Avocat requérant | SCP BOIVIN & ASSOCIÉS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 31 juillet 2024 et le 20 novembre 2024, la société Koniambo Nickel SAS (KNS), représentée par la SCP Boivin et associés, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté n° 2024-300/PN du 31 mai 2024 par lequel le président de l'assemblée de la province Nord l'a mise en demeure de déposer une déclaration d'arrêt de travaux de son site minier de Koniambo, en application de l'article R. 143-7 du code minier, ensemble la décision explicite du 17 juillet 2024 par laquelle il a rejeté le recours gracieux du 24 juin 2024 contre cet arrêté ;
2°) de mettre à la charge de la province Nord la somme de 450 000 francs CFP au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'un vice de forme en ce que son article 5 ne fait état que du délai de recours contentieux sans lui offrir la possibilité d'exercer un recours gracieux suspensif des délais de recours contentieux ;
- elle est entachée d'erreur de droit dès lors qu'elle prescrit des mesures nouvelles alors que seul un arrêté complémentaire aurait pu le faire et non un arrêté de mise en demeure ;
- elle est entachée d'erreur de droit dès lors qu'aucune disposition du code minier de la Nouvelle-Calédonie, notamment pas son article Lp. 143-2, ni aucune prescription applicable, notamment l'article 15 de l'arrêté du 20 avril 2015, n'imposait le dépôt d'une déclaration d'arrêt de travaux à un exploitant s'étant borné à évoquer la possibilité d'un tel arrêt ;
- elle est entachée d'erreur de droit dès lors que son activité n'avait pas fait l'objet d'un arrêt total et définitif et qu'un arrêt des travaux, non définitif, dans la limite de deux ans, ne nécessite pas une déclaration d'arrêt en vertu du dernier alinéa de l'article R. 142-10-16 du code minier de la Nouvelle-Calédonie.
Par deux mémoires en défense, enregistrés le 30 septembre 2024 et le 5 décembre 2024, la province Nord, représentée par la SCP August Debouzy, conclut :
1°) au rejet de la requête ;
2°) à la mise à la charge de la société KNS la somme de 500 000 francs CFP au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Un mémoire, enregistré le 7 décembre 2024, a été présenté par la société KNS, représentée par la SCP Boivin et associés, et n'a pas été communiqué.
La société KNS conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi organique n° 99-209 du 19 mars 1999 et la loi n° 99-210 du 19 mars 1999 ;
- le code minier de la Nouvelle-Calédonie ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Prieto, premier conseiller,
- les conclusions de Mme Peuvrel, rapporteure publique,
- et les observations des représentants de la société KNS, de la province Nord et du haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté n° 2015-169/PN du 20 avril 2015, modifié par un arrêté n° 2021-81/PN du 10 février 2021, le président de l'assemblée de la province Nord a délivré à la société Koniambo Nickel SAS (KNS) l'autorisation d'exploiter des concessions minières situées sur le massif du Koniambo, sur le territoire des communes de Koné et de Voh. Le 19 février 2024, la société KNS a informé la province Nord que son actionnaire Glencore avait décidé " de cesser le financement " de ses opérations " à compter du 29 février 2024 " et qu'en conséquence, son conseil avait " décidé de suspendre les opérations de production de l'entreprise, le temps de trouver un nouveau repreneur ". La société KNS a transmis, le 29 mars 2024, au président de la province Nord un " porter à connaissance relatif à la suspension des activités d'exploitation minière du massif de "Koniambo" " relevant l'ensemble des mesures mises en place pour assurer la sécurité des personnes, des installations et de l'environnement ainsi que l'impact sur son suivi réglementaire. Par un arrêté n° 2024-300/PN du 31 mai 2024, le président de l'assemblée de la province Nord a mis en demeure la société KNS de déposer une déclaration d'arrêt de travaux de son site minier de Koniambo avant le 15 juillet 2024. Le 26 juin 2024, celle-ci a formé un recours gracieux contre cette décision, rejeté le 17 juillet 2024. Par la présente requête, la société KNS demande au tribunal d'annuler ces deux décisions.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Aux termes de l'article Lp. 143-1 du code minier de la Nouvelle-Calédonie : " La procédure d'arrêt des travaux miniers s'applique à une installation particulière lorsqu'elle cesse d'être utilisée pour l'exploitation, à l'ensemble des installations et des travaux concernés lors de la fin d'une tranche de travaux et, en tout état de cause, à l'ensemble des installations et des travaux mentionnés au II de l'article Lp. 142-2 et n'ayant pas fait l'objet de la procédure d'arrêt lors de la fin de l'exploitation ". Aux termes de l'article Lp. 143-2 du même code : " Les déclarations prévues par cette procédure doivent être adressées six mois avant le terme du titre minier ou l'arrêt envisagé d'une installation, des travaux ou d'une tranche de travaux. A défaut d'une déclaration d'arrêt déposée avant l'échéance du titre minier ou l'arrêt des travaux, le président de l'assemblée de la province compétente demeure habilité, au-delà de ces termes, pour prescrire les mesures nécessaires ". Aux termes de l'article Lp. 143-7 de ce code : " Au vu de la déclaration d'arrêt des travaux, après avoir suivi une procédure définie par arrêté du gouvernement, le président de l'assemblée de la province compétente prescrit les mesures à exécuter et les modalités de réalisation qui n'auraient pas été suffisamment précisées ou qui auraient été omises par le déclarant et indique le délai dans lequel ces mesures devront être exécutées ". Enfin, en vertu du quatrième alinéa de l'article R. 143-9 de ce même code, en cas de non-respect constaté des prescriptions imposées pour l'arrêt des travaux et sur proposition du chef du service en charge des mines, le président de l'assemblée de la province compétente met en demeure par arrêté l'exploitant de satisfaire à ces prescriptions dans un délai déterminé.
3. Aux termes, par ailleurs, de l'article 15 de l'arrêté n° 2015-169/PN du 20 avril 2015 : " La remise en état du site est réalisée au fur et à mesure de l'avancée de l'exploitation en conformité avec le phasage du schéma de réhabilitation tel que présenté dans le dossier de demande d'autorisation complété. La fermeture, de tout ou partie, de l'exploitation doit faire l'objet d'une déclaration d'arrêt des travaux telle que prévu par l'article Lp. 143-1 du code minier. / L'exploitant est tenu d'adresser au service en charge des mines, en cas de renonciation ou de cessation d'exploitation, une déclaration contenant l'ensemble des pièces mentionnées à l'article R. 143-7-1 du code minier de la Nouvelle-Calédonie. Cette déclaration devra être transmise au service en charge des mines au moins 6 mois avant l'arrêt programmé des travaux ".
4. Pour prendre l'arrêté du 31 mai 2024 attaqué mettant en demeure la société KNS de déposer, avant le l5 juillet 2024, une déclaration d'arrêt de travaux visant la réhabilitation de l'ensemble des zones impactées par les travaux miniers et installations connexes, le président de l'assemblée de la province Nord s'est fondé sur la circonstance qu'il lui appartenait de " prendre les mesures nécessaires pour préserver les intérêts mentionnées (sic) à l'article Lp. 142-5 du code minier ", que cette préservation nécessitait d'être en mesure d'anticiper les conséquences d'une éventuelle fermeture définitive et que " par analogie avec le délai de 6 mois prévu à l'article Lp. 143-2 du code minier () la société KNS aurait dû, en prévision de la date du 1er septembre 2024, déposer depuis le 1er mars 2024 une déclaration d'arrêt de travaux ", en précisant que le délai de six mois était prévu par " les dispositions de l'article Lp. 143-2 du code minier et de l'article 15 de l'arrêté du 20 avril 2015 ".
5. Il ressort des pièces du dossier que par un courrier en date du 19 février 2024, la société KNS a informé le président de l'assemblée de la province Nord de la suspension de ses travaux, en indiquant que " malgré tous [ses] efforts () dans le cadre d'un rachat des parts de Glencore ", elle ne pouvait " totalement écarter l'arrêt définitif de [son] activité " et qu'elle tenait donc à l'informer " du potentiel arrêt définitif de [son] activité, comprenant travaux miniers et installations, à compter du 1er septembre 2024 ". Toutefois, ce courrier était rédigé en terme hypothétique alors que, d'une part, le courrier du 22 mars 2024 du président de la société comme le porter à connaissance du 29 mars 2024 adressés au président de l'assemblée de la province Nord, n'évoquaient qu'une suspension des activités d'exploitation minière du massif de Koniambo, dans le cadre de la recherche d'un repreneur, et que son courrier d'observations du 24 mai 2024 lui indiquait clairement qu'aucune cessation définitive des activités du site minier n'était envisagée à compter du 1er septembre 2024 et que seule une suspension serait mise en œuvre à partir de cette date, pour une durée de deux ans au maximum. Dans ces conditions, et en dépit des termes ambigus d'un courriel du 25 avril 2024 du vice-président de la société et du compte-rendu de la réunion du 14 mai 2024 évoquant une " fermeture ", le président de l'assemblée de la province Nord ne pouvait sans erreur d'appréciation estimer que la société KNS avait décidé de cesser définitivement son activité au 1er septembre 2024, et ne pouvait dès lors, sans erreur de droit, en tout état de cause, la mettre en demeure de déposer une déclaration d'arrêt de travaux par son arrêté du 31 mai 2024.
6. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté n° 2024-300/PN du 31 mai 2024 par lequel le président de l'assemblée de la Province Nord a mis en demeure la société KNS de déposer une déclaration d'arrêt de travaux de son site minier de Koniambo et la décision du 17 juillet 2024 rejetant son recours gracieux formé contre cet arrêté, doivent être annulés.
Sur les frais liés au litige :
7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société KNS, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par la province Nord au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la province Nord, une somme de 180 000 francs CFP au bénéfice de la société KNS sur le fondement des mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté n° 2024-300/PN du 31 mai 2024 du président de l'assemblée de la province Nord et la décision du 17 juillet 2024 rejetant le recours gracieux formé contre cet arrêté sont annulés.
Article 2 : La province Nord versera à la société Koniambo Nickel SAS la somme de 180 000 francs CFP au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative
Article 3 : Les conclusions de la province Nord présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Koniambo Nickel SAS et à la province Nord.
Copie en sera adressé au haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie.
Délibéré après l'audience du 12 décembre 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Delesalle, président,
- M. Prieto, premier conseiller,
- M. Bozzi, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 décembre 2024
Le rapporteur,
G. PrietoLe président,
H. Delesalle
Le greffier,
J. Lagourde
La République mande et ordonne au haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
pc
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026