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AccueilJurisprudence administrativeN° TA104-2400489

Tribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE — Décision N° TA104-2400489

jeudi 27 février 2025

JuridictionTribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE
SectionTribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE
N° DossierTA104-2400489
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère CHAMBRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 septembre 2024, M. B A demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 10 juillet 2024 par laquelle le haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie lui a refusé le remboursement partiel de son loyer ;

2°) d'enjoindre au haut-commissaire de la République de procéder au remboursement partiel de ses loyers pour la durée totale de son affectation outre-mer et ce à compter du 20 octobre 2023 et au rappel des sommes dues à compter de cette date ;

3°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 500 000 francs CFP en réparation de troubles dans ses conditions d'existence ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 50 000 francs CFP au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

- la décision est illégale dès lors dès lors que le logement administratif mis à sa disposition ne disposait pas de l'ameublement nécessaire, dont aucun inventaire n'a été dressé, en méconnaissance des articles 1er, 2 et 5 du décret n° 67-1039 du 29 novembre 1967 ;

- elle est illégale dès lors que le logement n'était pas adapté à sa situation familiale ;

- elle est illégale dès lors que l'administration ne l'a pas informé des conditions d'attribution d'un logement administratif et des obligations liées à cette attribution, notamment des dispositions de l'article 6 du même décret ;

- elle est illégale dès lors que l'administration l'a trompé en lui indiquant, à tort, que l'occupation " temporaire " d'un logement administratif pendant une durée inférieure à trois mois permettrait de bénéficier ensuite d'un remboursement partiel du loyer.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 décembre 2024, le haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- à titre principal, les conclusions indemnitaires sont irrecevables dès lors qu'elles n'ont pas été précédées d'une demande préalable ;

- à titre subsidiaire, aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi organique n° 99-209 et la loi n° 99-210 du 19 mars 1999 ;

- le décret n° 67-1039 du 29 novembre 1967 ;

- l'arrêté du 6 janvier 1986 relatif à l'application du décret n° 67-1039 du 29 novembre 1967 modifié portant réglementation du logement et de l'ameublement des magistrats et des fonctionnaires de l'Etat en service dans les territoires d'outre-mer ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Prieto, premier conseiller,

- les conclusions de Mme Peuvrel, rapporteure publique,

- et les observations de M. A et de la représentante du haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, fonctionnaire de police, a été affecté à compter du 1er septembre 2023 au sein du commissariat de police de Nouméa. Un logement administratif lui a été attribué à compter de cette même date, en application du décret du 29 novembre 1967 portant réglementation du logement et de l'ameublement des magistrats et des fonctionnaires de l'Etat en service dans les territoires d'Outre-mer. M. A a demandé à quitter ce logement à partir du 23 octobre 2023 et a sollicité auprès de son administration le remboursement partiel de son loyer en application de l'article 6 de ce même décret. Par la présente requête, il demande au tribunal d'annuler la décision du 10 juillet 2024 par laquelle le haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie a refusé de faire droit à sa demande, d'enjoindre au haut-commissaire de la République de procéder au remboursement partiel de ses loyers pour la durée totale de son affectation outre-mer et ce à compter du 20 octobre 2023 et au rappel des sommes dues à compter de cette date et de condamner l'Etat à lui verser la somme de 500 000 francs CFP en réparation de troubles dans ses conditions d'existence.

2. Aux termes de l'article 1er du décret du 29 novembre 1967 portant réglementation du logement et de l'ameublement des magistrats et des fonctionnaires de l'Etat en service dans les territoires d'Outre-mer : " Les magistrats et les fonctionnaires de l'Etat mariés ayant la qualité de chef de famille () en poste dans les territoires d'outre-mer et dont la résidence habituelle est située hors du territoire dans lequel ils servent, sont logés et meublés par le service qui les emploie ". Aux termes de l'article 2 du même décret : " La charge du logement et de l'ameublement des () fonctionnaires de l'Etat visés à l'article premier ci-dessus incombe soit au ministère métropolitain dont relève le service dans lequel ils sont affectés ou détachés, soit au territoire s'ils sont détachés dans un emploi d'un service territorial ". Aux termes de l'article 3 de ce décret : " La mise à la disposition des () fonctionnaires de l'Etat visés à l'article premier ci-dessus d'un logement et d'un ameublement donne lieu à une retenue précomptée mensuellement sur leur rémunération. () ". Aux termes de son article 5 : " La fourniture de l'ameublement est limitée aux meubles meublants et aux meubles fixes à demeure. () elle ne peut comprendre ni linge de maison, de table ou de toilette, ni service de table, ni argenterie, ni verrerie, etc. Sous la même réserve, la fourniture de l'ameublement ne comprend pas la fourniture de l'eau, de la force électrique pour chauffage, éclairage, ventilation, réfrigération, etc, ni des matières nécessaires au chauffage, à l'éclairage, au nettoyage et non plus que la fourniture de moyens de transport. / Sont compris dans l'ameublement les appareils sanitaires, les appareils de chauffage et d'éclairage, les climatiseurs, ventilateurs et réfrigérateurs ". Enfin, aux termes l'article 6 de ce même décret : " Au cas où, faute de logements et d'ameublements administratifs, () les fonctionnaires de l'Etat visés à l'article premier seraient obligés de se loger et de se meubler à leurs frais, ils seront admis, sur présentation de la quittance remise par le propriétaire, au remboursement du loyer dans les conditions définies à l'alinéa suivant. / Le montant du remboursement ne pourra pas excéder la différence entre le loyer effectivement acquitté, d'une part, et, d'autre part, la retenue que devraient verser les intéressés s'ils étaient logés et meublés par leur service, augmentée le cas échéant de l'un ou l'autre ou des deux éléments suivants : / a) Une part égale à 25 % de la différence entre le montant de la retenue prévue à l'article 3 du décret susvisé et celui du loyer réel dans la limite du loyer plafond fixé par arrêté conjoint du ministre de l'économie, des finances et du budget, du ministre de l'intérieur et de la décentralisation et du secrétaire d'Etat auprès du Premier ministre, chargé de la fonction publique et des simplifications administratives ; / b) Une part égale à 75 % de la partie du loyer acquitté qui excède le loyer plafond prévu ci-dessus. / Aucun remboursement ne sera accordé à ceux des intéressés qui refuseraient d'occuper le logement administratif mis à leur disposition ".

3. Pour rejeter, par la décision attaquée, la demande présentée par M. A de prise en charge partielle de son loyer, le haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie s'est fondé sur les dispositions du dernier alinéa de l'article 6 du décret du 29 novembre 1967 portant réglementation du logement et de l'ameublement des magistrats et des fonctionnaires de l'Etat en service dans les territoires d'Outre-mer au motif qu'il avait refusé d'occuper le logement administratif mis à sa disposition.

4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que le logement administratif mis à la disposition de M. A était de type T4 et comprenait ainsi quatre pièces principales dont trois chambres, alors que sa famille se composait, à la date du 1er septembre 2023 comme du 20 octobre 2023, de son épouse et de trois enfants, dont deux au moins mineurs, à laquelle s'ajoutaient d'ailleurs de nombreux animaux de compagnie. Dans ces conditions, et alors au demeurant que le 16 août 2023, soit avant son arrivée sur le territoire, le requérant avait sollicité un logement en précisant que sa famille se composait de son épouse et de deux enfants mineurs, il ne ressort pas des pièces du dossier, en tout état de cause, que le logement n'était pas adapté à sa situation familiale.

5. En deuxième lieu, si le requérant soutient que le logement en cause était dépourvu d'ameublement en méconnaissance des dispositions des articles 1er, 2 et 5 du décret 29 novembre 1967, il ne l'établit pas par ses seules allégations qui sont contredites par l'état des lieux réalisé le 16 février 2023 pour d'autres occupants, confirmé d'ailleurs par l'inventaire accompagné de photographies réalisé à la date du 11 décembre 2023, sans qu'ait d'incidence, en l'espèce, l'absence d'inventaire des meubles à son entrée et à sa sortie des lieux.

6. En troisième lieu, si M. A soutient que l'administration ne l'a pas informé des conditions d'attribution d'un logement administratif et des obligations liées à cette attribution, et notamment des dispositions du dernier alinéa de l'article 6 du décret du 29 novembre 1967, cette seule circonstance, à la supposer même établie, est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.

7. En dernier lieu, par ses seules allégations, M. A n'apporte aucun élément de nature à établir, en tout état de cause, que l'administration lui aurait indiqué qu'une occupation temporaire, de moins de trois mois, lui ouvrirait droit ensuite au remboursement partiel du loyer s'il prenait à bail un logement dans le parc privé et l'aurait ainsi induit en erreur, sans qu'ait d'incidence l'absence de signature d'une convention d'occupation.

8. Dès lors, c'est à bon droit que le haut-commissaire a pu estimer que M. A avait refusé d'occuper le logement administratif mis à sa disposition et a refusé de procéder au remboursement des loyers qu'il avait acquittés. Par suite, le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 10 juillet 2024 et l'indemnisation de ses préjudices subis à raison de l'illégalité de celle-ci.

9. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que la requête de M. A doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie.

Délibéré après l'audience du 6 février 2025, à laquelle siégeaient :

- M. Delesalle, président,

- M. Prieto, premier conseiller,

- M. Bozzi, premier conseiller.

Rendu le 27 février 2025.

Le rapporteur,

G. PrietoLe président,

H. Delesalle

La greffière,

N. Tauveron

La République mande et ordonne au haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

pc

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