Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 30 avril 2025, Mme A... Ceirano, représentée par la SELARL Loïc Pieux, demande au tribunal :
1°) d’annuler la décision du 3 décembre 2024 par laquelle la ministre de l’éducation nationale a rejeté sa demande tendant à la reconnaissance du centre de ses intérêts matériels et moraux sur le territoire de la Nouvelle-Calédonie ;
2°) d’enjoindre au ministre chargé de l’éducation nationale de reconnaitre le transfert du centre de ses intérêts matériels et moraux en Nouvelle-Calédonie pour une durée de six ans dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 000 francs CFP par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat le versement de la somme de 300 000 francs CFP au titre de l’article L. 761‑1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision est entachée d’une insuffisante motivation ;
- elle est entachée d’une erreur de droit et d’une erreur d’appréciation en ce qu’il satisfait tous les critères de reconnaissance du transfert du centre de ses intérêts matériels et moraux en Nouvelle-Calédonie.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 août 2025, le haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu’aucun des moyens invoqués n’est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi organique n° 99-209 du 19 mars 1999 ;
- le décret n° 96-1026 du 26 novembre 1996 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bozzi, premier conseiller,
- les conclusions de Mme Peuvrel, rapporteure publique,
- et les observations de la SELARL Loïc Pieux, avocat de Mme Ceirano et de la représentante du haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie.
Une note en délibéré présentée pour Mme Ceirano a été enregistrée le 17 octobre 2025.
Considérant ce qui suit :
Mme Ceirano, conseillère principale d'éducation, a été mise à disposition de la Nouvelle Calédonie à compter du 11 février 2022 et pour une période de deux années, reconduit pour la même durée. Le 26 février 2025, elle a demandé à la ministre chargée de l’éducation nationale la reconnaissance du transfert du centre de ses intérêts matériels et moraux en Nouvelle-Calédonie. Par une décision implicite née le 26 avril 2025 dont Mme Ceirano demande l’annulation, la ministre a rejeté sa demande.
Aux termes de l’article 1er du décret du 26 novembre 1996 relatif à la situation des fonctionnaires de l’Etat et de certains magistrats dans les territoires d’outre-mer de Nouvelle-Calédonie, de Polynésie française et de Wallis-et-Futuna : « Le présent décret est applicable (...) aux fonctionnaires titulaires et stagiaires de l’Etat, ainsi qu’aux magistrats de l’ordre judiciaire, affectés dans les territoires d’outre-mer de Nouvelle-Calédonie, de Polynésie française et de Wallis-et-Futuna, qui sont en position d’activité ou détachés auprès d’une administration ou d’un établissement public de l’Etat dans un emploi conduisant à pension civile ou militaire de retraite. / Il ne s’applique ni aux personnels dont le centre des intérêts moraux et matériels se situe dans le territoire où ils exercent leurs fonctions, ni aux membres des corps de l’Etat pour l’administration de la Polynésie française, ni aux fonctionnaires actifs des services de la police nationale ». Aux termes de l’article 2 du même décret : « La durée de l’affectation dans les territoires d’outre-mer de Nouvelle-Calédonie, de Polynésie française et de Wallis-et-Futuna est limitée à deux ans. / Cette affectation peut être renouvelée une seule fois à l’issue de la première affectation. (…) ».
En premier lieu, la décision de la ministre de l’éducation nationale refusant de reconnaitre le transfert du centre des intérêts matériels et moraux d’un agent public n’entre dans aucune des catégories de mesures qui doivent être motivées en application des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l’administration. Le moyen tiré de l’insuffisante motivation est, dès lors inopérant, et doit être écarté.
En second lieu, pour la détermination du centre des intérêts matériels et moraux d’un agent, il appartient à l’administration, sous le contrôle du juge, de tenir compte d’un faisceau de critères, notamment relatifs au temps passé par l’intéressé sur le territoire concerné, aux attaches qu’il a conservées avec la métropole ou dans d’autres territoires d’outre-mer, au lieu de résidence des membres de sa famille, à sa situation immobilière, et à la disposition de comptes bancaires ou postaux, que ni la loi ni les règlements n’ont définis. La localisation du centre des intérêts matériels et moraux d’un agent, qui peut varier dans le temps, doit être appréciée, dans chaque cas, à la date à laquelle l’administration, sollicitée le cas échéant par l’agent, se prononce sur l’application d’une disposition législative ou réglementaire.
Il ressort des pièces du dossier que Mme Ceirano est née en 1980 en métropole, et a été affectée une première fois en Nouvelle-Calédonie à compter de la rentrée universitaire de l’année 2022 pour une durée de deux ans, renouvelée une fois, soit jusqu’au début de l’année 2026. Mme Ceirano fait valoir qu’elle a conclu le 12 juillet 2022 un pacte civil de solidarité avec M. B..., originaire de Nouvelle-Calédonie et par ailleurs salarié de l’entreprise Prony ressources depuis le 5 janvier 2023. Il n’est par ailleurs pas contesté que le couple est inscrit sur les listes électorales, dispose de comptes bancaires, d’une résidence principale en Nouvelle-Calédonie, sans en être toutefois propriétaire et qu’elle est imposée sur le territoire. Mme Ceirano ne se prévaut toutefois pas de la présence de parents en Nouvelle-Calédonie et n’est elle-même pas parent d’enfants nés en Nouvelle-Calédonie. Compte tenu de l’ensemble de ces éléments, notamment du caractère relativement récent de sa présence sur le territoire de la Nouvelle-Calédonie, au regard de sa durée de résidence en France hexagonale où elle a vécu jusqu’à 42 ans, comme de l’absence d’attache parentale et en dépit de certains éléments d’insertion à la vie locale, c’est sans erreur de droit ou d’appréciation que la ministre a pu estimer que Mme Ceirano n’y avait pas transféré, à la date de la décision du 26 avril 2025, le centre de ses intérêts matériels et moraux.
Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation présentées par Mme Ceirano doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d’injonction et d’astreinte et celles présentées au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme Ceirano est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A... Ceirano et au haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie.
Copie en sera adressée à la ministre des outre-mer et au ministre de l'éducation nationale.
Délibéré après l’audience du 16 octobre 2025, à laquelle siégeaient :
M. Delesalle, président,
M. Prieto, premier conseiller,
M. Bozzi, premier conseiller.
Rendu le 6 novembre 2025.
Le rapporteur,
SIGNĒ
F. Bozzi
Le président,
SIGNĒ
H. Delesalle
La greffière,
SIGNĒ
C. Berthelot
La République mande et ordonne au haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 30 avril 2025, Mme A... Ceirano, représentée par la SELARL Loïc Pieux, demande au tribunal :
1°) d’annuler la décision du 3 décembre 2024 par laquelle la ministre de l’éducation nationale a rejeté sa demande tendant à la reconnaissance du centre de ses intérêts matériels et moraux sur le territoire de la Nouvelle-Calédonie ;
2°) d’enjoindre au ministre chargé de l’éducation nationale de reconnaitre le transfert du centre de ses intérêts matériels et moraux en Nouvelle-Calédonie pour une durée de six ans dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 000 francs CFP par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat le versement de la somme de 300 000 francs CFP au titre de l’article L. 761‑1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision est entachée d’une insuffisante motivation ;
- elle est entachée d’une erreur de droit et d’une erreur d’appréciation en ce qu’il satisfait tous les critères de reconnaissance du transfert du centre de ses intérêts matériels et moraux en Nouvelle-Calédonie.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 août 2025, le haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu’aucun des moyens invoqués n’est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi organique n° 99-209 du 19 mars 1999 ;
- le décret n° 96-1026 du 26 novembre 1996 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bozzi, premier conseiller,
- les conclusions de Mme Peuvrel, rapporteure publique,
- et les observations de la SELARL Loïc Pieux, avocat de Mme Ceirano et de la représentante du haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie.
Une note en délibéré présentée pour Mme Ceirano a été enregistrée le 17 octobre 2025.
Considérant ce qui suit :
Mme Ceirano, conseillère principale d'éducation, a été mise à disposition de la Nouvelle Calédonie à compter du 11 février 2022 et pour une période de deux années, reconduit pour la même durée. Le 26 février 2025, elle a demandé à la ministre chargée de l’éducation nationale la reconnaissance du transfert du centre de ses intérêts matériels et moraux en Nouvelle-Calédonie. Par une décision implicite née le 26 avril 2025 dont Mme Ceirano demande l’annulation, la ministre a rejeté sa demande.
Aux termes de l’article 1er du décret du 26 novembre 1996 relatif à la situation des fonctionnaires de l’Etat et de certains magistrats dans les territoires d’outre-mer de Nouvelle-Calédonie, de Polynésie française et de Wallis-et-Futuna : « Le présent décret est applicable (...) aux fonctionnaires titulaires et stagiaires de l’Etat, ainsi qu’aux magistrats de l’ordre judiciaire, affectés dans les territoires d’outre-mer de Nouvelle-Calédonie, de Polynésie française et de Wallis-et-Futuna, qui sont en position d’activité ou détachés auprès d’une administration ou d’un établissement public de l’Etat dans un emploi conduisant à pension civile ou militaire de retraite. / Il ne s’applique ni aux personnels dont le centre des intérêts moraux et matériels se situe dans le territoire où ils exercent leurs fonctions, ni aux membres des corps de l’Etat pour l’administration de la Polynésie française, ni aux fonctionnaires actifs des services de la police nationale ». Aux termes de l’article 2 du même décret : « La durée de l’affectation dans les territoires d’outre-mer de Nouvelle-Calédonie, de Polynésie française et de Wallis-et-Futuna est limitée à deux ans. / Cette affectation peut être renouvelée une seule fois à l’issue de la première affectation. (…) ».
En premier lieu, la décision de la ministre de l’éducation nationale refusant de reconnaitre le transfert du centre des intérêts matériels et moraux d’un agent public n’entre dans aucune des catégories de mesures qui doivent être motivées en application des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l’administration. Le moyen tiré de l’insuffisante motivation est, dès lors inopérant, et doit être écarté.
En second lieu, pour la détermination du centre des intérêts matériels et moraux d’un agent, il appartient à l’administration, sous le contrôle du juge, de tenir compte d’un faisceau de critères, notamment relatifs au temps passé par l’intéressé sur le territoire concerné, aux attaches qu’il a conservées avec la métropole ou dans d’autres territoires d’outre-mer, au lieu de résidence des membres de sa famille, à sa situation immobilière, et à la disposition de comptes bancaires ou postaux, que ni la loi ni les règlements n’ont définis. La localisation du centre des intérêts matériels et moraux d’un agent, qui peut varier dans le temps, doit être appréciée, dans chaque cas, à la date à laquelle l’administration, sollicitée le cas échéant par l’agent, se prononce sur l’application d’une disposition législative ou réglementaire.
Il ressort des pièces du dossier que Mme Ceirano est née en 1980 en métropole, et a été affectée une première fois en Nouvelle-Calédonie à compter de la rentrée universitaire de l’année 2022 pour une durée de deux ans, renouvelée une fois, soit jusqu’au début de l’année 2026. Mme Ceirano fait valoir qu’elle a conclu le 12 juillet 2022 un pacte civil de solidarité avec M. B..., originaire de Nouvelle-Calédonie et par ailleurs salarié de l’entreprise Prony ressources depuis le 5 janvier 2023. Il n’est par ailleurs pas contesté que le couple est inscrit sur les listes électorales, dispose de comptes bancaires, d’une résidence principale en Nouvelle-Calédonie, sans en être toutefois propriétaire et qu’elle est imposée sur le territoire. Mme Ceirano ne se prévaut toutefois pas de la présence de parents en Nouvelle-Calédonie et n’est elle-même pas parent d’enfants nés en Nouvelle-Calédonie. Compte tenu de l’ensemble de ces éléments, notamment du caractère relativement récent de sa présence sur le territoire de la Nouvelle-Calédonie, au regard de sa durée de résidence en France hexagonale où elle a vécu jusqu’à 42 ans, comme de l’absence d’attache parentale et en dépit de certains éléments d’insertion à la vie locale, c’est sans erreur de droit ou d’appréciation que la ministre a pu estimer que Mme Ceirano n’y avait pas transféré, à la date de la décision du 26 avril 2025, le centre de ses intérêts matériels et moraux.
Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation présentées par Mme Ceirano doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d’injonction et d’astreinte et celles présentées au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme Ceirano est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A... Ceirano et au haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie.
Copie en sera adressée à la ministre des outre-mer et au ministre de l'éducation nationale.
Délibéré après l’audience du 16 octobre 2025, à laquelle siégeaient :
M. Delesalle, président,
M. Prieto, premier conseiller,
M. Bozzi, premier conseiller.
Rendu le 6 novembre 2025.
Le rapporteur,
SIGNĒ
F. Bozzi
Le président,
SIGNĒ
H. Delesalle
La greffière,
SIGNĒ
C. Berthelot
La République mande et ordonne au haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,