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AccueilJurisprudence administrativeN° TA105-1901312

Tribunal Administratif de la Guadeloupe — Décision N° TA105-1901312

jeudi 26 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Guadeloupe
SectionTribunal Administratif de la Guadeloupe
N° DossierTA105-1901312
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantFRESSE VALERIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires (non communiquées), enregistrée le 21 octobre 2019 et le 9 janvier 2023, M. F A et Mme E D, représentés par Maître Valérie Fresse, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite du 4 septembre 2019 par laquelle la commune de Saint-François a refusé de leur communiquer les documents suivants ;

- les permis de construire délivrés pour la parcelle BN 1515 ;

- les rapports d'enquête n° 055/2011 et n° 040/2013 de la police municipale de la commune de Saint-François du 23 septembre 2021 et du 24 mai 2013, établis suite à une demande de réhabilitation d'une servitude au lieu-dit Bragelogne Bien-Désiré ;

et à refuser de procéder à l'entretien sur toute sa longueur de la servitude établie sur la parcelle BN560, de faire respecter l'accès piétonnier entre les parcelles BN 517 et BN 518 et de mettre en place un dispositif interdisant l'accès aux véhicules ;

2°) d'enjoindre à la commune de Saint-François de leur communiquer, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, à compter de la notification de la décision à intervenir les documents sollicités ;

3°) d'enjoindre à la commune de Saint-François, de faire procéder à l'entretien sur toute sa longueur de la servitude établie sur la parcelle BN560, de faire respecter l'accès piétonnier entre les parcelles BN 517 et BN 518 et de mettre en place un dispositif interdisant l'accès aux véhicules ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Saint-François une somme de 1 500 euros, au titre des frais exposés ;

5°) de mettre à la charge de la commune de Saint-François la somme de 3 000 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- les rapports dont ils réclament la communication n'ont pas été établis dans le but de dresser une contravention de grande voirie, ils sont, dès lors, communicables ;

- ils ont obtenu un avis favorable de la CADA ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur de droit, dès lors que la commune est tenu de procéder à l'entretien des chemins ruraux, en application de l'article L. 161-1 du code de la voirie routière et de faire respecter l'accès piétonnier ;

- elle est entachée de détournement de pouvoir.

Par ordonnance du 15 septembre 2020, la clôture d'instruction a été fixée au 15 octobre 2020.

Malgré une mise en demeure du 21 février 2020 la commune de Saint-François n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu :

- l'avis n° 20185605 de la commission d'accès aux documents administratifs du 18 juillet 2019 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les conclusions de Mme Mahé, rapporteure publique,

- et les observations de Maître Fresse, représentant M. A et Mme D.

La commune de Saint-François n'était ni présente, ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. Par courriers du 4 décembre 2017 et du 12 février 2018, M. A et Mme D ont sollicité auprès de la commune de Saint-François, la communication des documents suivants : les permis de construire délivrés pour la parcelle BN 1515 ; les rapports d'enquête n° 055/2011 et n° 040/2013 de la police municipale de la commune de Saint-François du 23 septembre 2021 et du 24 mai 2013 établis suite à une demande de réhabilitation d'une servitude au lieu-dit Bragelogne Bien-Désiré. En l'absence de réponse de la commune, ils ont saisi la commission d'accès aux documents administratifs (CADA) qui par avis du 18 juillet 20119, a émis un avis favorable à leur demande sous réserve. N'ayant pas reçu la communication des documents précités, ils demandent par la présente requête d'annuler la décision implicite de rejet de leur demande et d'enjoindre à la commune de Saint-François de leur communiquer lesdits documents, sous astreinte.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant. ".

En ce qui concerne la demande de communication :

3. Aux termes de l'article L. 300-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Sont considérés comme documents administratifs, au sens des titres Ier, III et IV du présent livre, quels que soient leur date, leur lieu de conservation, leur forme et leur support, les documents produits ou reçus, dans le cadre de leur mission de service public, par l'Etat, les collectivités territoriales ainsi que par les autres personnes de droit public ou les personnes de droit privé chargées d'une telle mission. Constituent de tels documents notamment les dossiers, rapports, études, comptes rendus, procès-verbaux, statistiques, instructions, circulaires, notes et réponses ministérielles, correspondances, avis, prévisions, codes sources et décisions ". Aux termes de l'article L. 311-1 de ce code : " Sous réserve des dispositions des articles L. 311-5 et L. 311-6, les administrations mentionnées à l'article L. 300-2 sont tenues de communiquer les documents administratifs qu'elles détiennent aux personnes qui en font la demande, dans les conditions prévues par le présent livre ".

S'agissant des rapports de police :

4. Aux termes de l'article L. 2132-2 du code général de la propriété des personnes publiques: " Les contraventions de grande voirie sont instituées par la loi ou par décret, selon le montant de l'amende encourue, en vue de la répression des manquements aux textes qui ont pour objet, pour les dépendances du domaine public n'appartenant pas à la voirie routière, la protection soit de l'intégrité ou de l'utilisation de ce domaine public, soit d'une servitude administrative mentionnée à l'article L. 2131-1. / Elles sont constatées, poursuivies et réprimées par voie administrative. ".

5. M. A et Mme D demandent la communication des rapports d'enquête n° 055/2011 et n° 040/2013 de la police municipale de la commune de Saint-François du 23 septembre 2021 et du 24 mai 2013. Il ressort des pièces du dossier que ces rapports ont été établis suite à une demande de réhabilitation d'une servitude au lieu-dit Bragelogne Bien-Désiré, soit aux fins de constater une occupation illégale du domaine public antérieurement au déclenchement de la procédure de poursuite d'une contravention de grande voirie prévue aux articles L 2132-2 et suivants du code général de la propriété des personnes publiques. Dans ces conditions, les rapports dont il s'agit doivent être regardés comme des documents administratifs communicables.

S'agissant des permis de construire :

6. Les requérants demandent la communication des permis de construire délivrés pour la parcelle BN 1515 au profit de M. B. A cet égard, les documents détenus par l'administration et relatifs aux autorisations individuelles d'urbanisme, telles que les permis de construire, sont par nature communicables à toute personne qui en fait la demande, en application de l'article L. 311-1 du Code des relations entre le public et l'administration, dès lors qu'il a été statué sur la demande d'autorisation.

7. La commune de Saint-François n'ayant présenté aucune observation en défense et n'ayant, dès lors, justifié, ni de la transmission effective de ces documents, ni de leur inexistence ou de l'impossibilité de les communiquer, M. A et Mme D sont fondés à demander l'annulation de la décision implicite de rejet qui leur a été opposée sur leur demande de communication des documents précités.

En ce qui concerne les autres conclusions :

8. M. A et Mme D invoquent l'illégalité de la décision implicite par laquelle la commune de Saint-François a refusé de procéder à l'entretien sur toute sa longueur de la servitude établie sur la parcelle BN560, de faire respecter l'accès piétonnier entre les parcelles BN 517 et BN 518 et de mettre en place un dispositif interdisant l'accès aux véhicules, tirée de la violation de l'article L. 161-1 du code de la voirie routière et du détournement de pouvoir. S'il n'existe pas d'obligation générale et absolue d'entretien des chemins ruraux pour les communes, toutefois, dès lors que la commune a effectué des travaux destinés à assurer ou à améliorer la viabilité du chemin rural et a ainsi accepté d'en assumer l'entretien, sa responsabilité peut être mise en cause par les usagers pour défaut d'entretien normal. En l'espèce, dans son arrêté du 9 mai 2016, le maire a considéré qu'il avait lieu d'entretenir cette voie communale pour raison de salubrité, sécurité et tranquillité. En conséquence de quoi et en l'absence de mémoire en défense, la commune est compétente pour l'entretien de ce chemin rural. Dès lors, il y a lieu d'annuler sa décision de refus de procéder à l'entretien sur toute sa longueur de la servitude établie sur la parcelle BN560. En revanche, s'agissant du respect de l'accès piétonnier entre les parcelles BN 517 et BN 518, les pièces du dossier ne permettant pas d'établir qu'il s'agit d'une voie appartenant à la commune, les moyens y afférents seront donc écartés.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

9. L'exécution de la présente décision implique nécessairement, d'une part, que la commune de Saint-François communique à M. A et Mme D les permis de construire délivrés pour la parcelle BN 1515 et les rapports d'enquête n° 055/2011 et n° 040/2013 de la police municipale de la commune de Saint-François du 23 septembre 2021 et du 24 mai 2013 et, d'autre part, qu'elle entretienne la servitude établie sur la parcelle BN 560 qui appartient au domaine privé de la commune affectée à l'usage public. Il y a lieu d'enjoindre à la commune de Saint-François de procéder à ces deux injonctions, à compter de la notification du présent jugement sans qu'il soit nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions indemnitaires :

10. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. ".

11. M. A et Mme D demandent au tribunal de condamner la commune de Saint-François à réparer le préjudice qu'ils estiment avoir subi en conséquence de la décision implicite qu'ils contestent. Ils ne justifient toutefois pas avoir saisi la commune de Saint-François d'une demande préalable en ce sens. Le contentieux n'étant pas lié, les conclusions indemnitaires de la requête sont irrecevables et doivent, pour ce motif, être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Saint-François la somme de 1 200 euros, au titre des frais exposés par les requérants et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions implicites de la commune de Saint-François refusant de communiquer à M. A et Mme D les documents listés aux points 5 et 6 du présent jugement et refusant d'assurer l'entretien de la servitude établie sur la parcelle BN560, sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint à la commune de Saint-François de communiquer à M. A et Mme D les documents mentionnés au point 9, à compter de la notification du présent jugement et d'entretenir la servitude établie sur la parcelle BN 560 qui appartient au domaine privé de la commune affectée à l'usage public

Article 3 : La commune de Saint-François versera à M. A et Mme D une somme de 1 200 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. F A, à Mme E D et à la commune de Saint-François.

Délibéré après l'audience du 12 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gouès, président,

Mme Goudenèche, conseillère,

Mme Le Roux, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 janvier 2023.

Le président rapporteur,

Signé :

S. C

L'assesseure la plus ancienne,

Signé :

C. GOUDENÈCHELa greffière,

Signé :

L. LUBINO

La République mande et ordonne au préfet de Guadeloupe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

L'adjointe de la greffière en chef ;

Signé :

A. Cétol

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