jeudi 22 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guadeloupe |
| Section | Tribunal Administratif de la Guadeloupe |
| N° Dossier | TA105-2001137 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | TACITA PATRICE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 12 décembre 2020, les 26 août et 15 décembre 2021 et le 23 août 2022, Mme C B A, représentée par Me Tacita, demande au tribunal de la Guadeloupe, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté n° U12294700165452 du 24 septembre 2020 par lequel le préfet de la Guadeloupe l'a placée en congé longue maladie pour une période continue de six mois à compter du 14 avril jusqu'au 13 octobre 2020 ;
2°) d'annuler l'arrêté n° U12294700106620 du 5 mars 2020 par lequel le préfet de la Guadeloupe a rejeté la demande d'imputabilité au service de l'accident survenu le 10 octobre 2019 ;
3°) d'enjoindre à l'Etat de la placer en congé longue maladie à compter du 10 octobre 2019 ;
4°) de condamner l'Etat à lui verser une indemnité correspondant au manque à gagner qu'elle a subi sur la période de décembre 2019 et avril 2020 ;
5°) de condamner l'Etat à lui verser une indemnité de 20 000 euros, en réparation du préjudice moral qu'elle estime avoir subi ;
6°) de condamner l'Etat aux entiers dépens ;
7°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros, au titre des dispositions de l'article L.761- 1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté n° U12294700165452 du 24 septembre 2020 est entaché d'un vice de procédure dès lors que la procédure suivie par la commission de réforme, dans le cadre de sa demande d'imputabilité au service de l'accident survenu le 10 octobre 2019, est irrégulière à plusieurs égards ;
- il est entaché d'une erreur de droit, dès lors que la date à laquelle elle a été placée en congé longue maladie ne correspond pas à la date de la première constatation médicale de sa maladie ;
- il est entaché d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il ne reconnaît pas l'imputabilité au service de l'accident survenu le 10 octobre 2019 ;
- elle a subi un préjudice moral, en raison du comportement de son employeur.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 15 mars et le 20 septembre 2021, le préfet de la Guadeloupe conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté n° U12294700106620 du 5 mars 2020 sont tardives ;
- les conclusions à fin d'indemnisation du préjudice moral subi par la requérante et d'indemnisation de son manque à gagner sont irrecevables, dès lors que le contentieux n'a pas été préalablement lié et qu'elles ne sont pas chiffrées ;
- les autres moyens ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 24 août 2022 la clôture de l'instruction a été fixée au 2 septembre 2022.
Par une ordonnance du 30 août 2022, les parties ont été informées, d'une part, qu'en application des dispositions de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative le tribunal était susceptible de prononcer d'office une injonction sur le fondement des dispositions de l'article L. 911-2 de ce code. D'autre part, elles ont été informées qu'en application des dispositions de l'article R. 611-7 de ce code le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des moyens de légalité externe développés après l'expiration du délai de recours.
Par un mémoire enregistré le 3 septembre 2022, non communiqué, la requérante a présenté ses observations sur le moyen d'ordre public.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- l'ordonnance n° 2020-305 du 25 mars 2020 ;
- l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 ;
- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme D,
- et les conclusions de Mme Mahé, rapporteure publique.
Les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C B A, adjointe technique affectée au commandement de la Gendarmerie de la Guadeloupe, a été placée par un arrêté n° U12294700165452 en date du 24 septembre 2020 en congé de longue maladie pour une période continue de six mois à compter du 14 avril 2020 jusqu'au 13 octobre 2020. Elle demande l'annulation de cette décision, ensemble l'arrêté n° U12294700106620 du 5 mars 2020.
Sur la fin de non-recevoir tirée de l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires :
2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ".
3. S'il résulte de l'instruction que les conclusions à fin d'indemnisation sont chiffrables, toutefois Mme B A n'a pas adressé une demande préalable indemnitaire au préfet de Guadeloupe. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par le préfet de Guadeloupe, tirée de l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires en raison de l'absence de liaison du contentieux, doit être accueillie.
Sur la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté des conclusions à fin d'annulation de l'arrêté n° U12294700106620 du 5 mars 2020 :
4. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée () ". Aux termes de l'article 15 de l'ordonnance n°2020-305 du 25 mars 2020 : " I.- Les dispositions de l'article 2 de l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 susvisée relative à la prorogation des délais échus pendant la période d'urgence sanitaire et à l'adaptation des procédures pendant cette même période sont applicables aux procédures devant les juridictions de l'ordre administratif. () ". L'article 1er de l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 précise que : " I. ' Les dispositions du présent titre sont applicables aux délais et mesures qui ont expiré ou qui expirent entre le 12 mars 2020 et le 23 juin 2020 inclus ". Aux termes de l'article 2 de cette ordonnance : " Tout acte, recours, action en justice, formalité, inscription, déclaration, notification ou publication prescrit par la loi ou le règlement à peine de nullité, sanction, caducité, forclusion, prescription, inopposabilité, irrecevabilité, péremption, désistement d'office, application d'un régime particulier, non avenu ou déchéance d'un droit quelconque et qui aurait dû être accompli pendant la période mentionnée à l'article 1er sera réputé avoir été fait à temps s'il a été effectué dans un délai qui ne peut excéder, à compter de la fin de cette période, le délai légalement imparti pour agir, dans la limite de deux mois ".
5. En l'espèce, il est constant que la décision attaquée a été notifiée à la requérante le 28 avril 2020. Par suite, en application des dispositions précitées, le délai de recours, qui aurait initialement dû expirer le 29 juin 2020 selon les termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative, soit pendant la période mentionnée à l'article 1er de l'ordonnance n° 2020-306, a été prolongé jusqu'au 24 août 2020. Ces conclusions ayant été présentées dans un mémoire produit le 15 décembre 2021, elles sont tardives et doivent, par suite, être rejetées comme irrecevables.
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté n° U12294700165452 du 24 septembre 2020 :
6. Aux termes de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984 : " Le fonctionnaire en activité a droit : () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. Le fonctionnaire conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. Le bénéfice de ces dispositions est subordonné à la transmission par le fonctionnaire, à son administration, de l'avis d'arrêt de travail justifiant du bien-fondé du congé de maladie, dans un délai et selon les sanctions prévues en application de l'article 35. (); 3° A des congés de longue maladie d'une durée maximale de trois ans dans les cas où il est constaté que la maladie met l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions, rend nécessaire un traitement et des soins prolongés et qu'elle présente un caractère invalidant et de gravité confirmée. Le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement pendant un an ; le traitement est réduit de moitié pendant les deux années qui suivent. L'intéressé conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. Le congé de longue maladie peut être utilisé de façon continue ou discontinue. Le fonctionnaire qui a obtenu un congé de longue maladie en conserve le bénéfice auprès de toute personne publique qui l'emploie ainsi que les modalités d'utilisation afférentes. () ". Aux termes de l'article 35 du décret n°86-442 du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires : " Pour obtenir un congé de longue maladie ou de longue durée, le fonctionnaire en position d'activité doit adresser à son chef de service une demande appuyée d'un certificat d'un médecin spécifiant qu'ils sont susceptibles de bénéficier des dispositions de l'article 34 (3° ou 4°) de la loi du 11 janvier 1984 susvisée. Le médecin adresse au président du conseil médical un résumé de ses observations et toute pièce justifiant la situation du fonctionnaire. Si la demande de congé est présentée au cours d'un congé antérieurement accordé dans les conditions prévues à l'article 34 (2°), 1er alinéa de la loi du 11 janvier 1984 susvisée, la première période de congé de longue maladie ou de longue durée part du jour de la première constatation médicale de la maladie dont est atteint le fonctionnaire. "
7. En l'espèce, Mme B A a été placée en congé longue maladie à compter du 14 avril 2020 pour une durée continue de six mois. Il ressort toutefois des pièces du dossier qu'à la suite d'un malaise survenu sur son lieu de travail le 10 octobre 2019, la requérante a été placée de manière continue, jusqu'à la date de la décision contestée, en congé maladie ordinaire en raison notamment d'un " surmenage ". La pathologie dont est atteinte la requérante a ainsi été constatée par un médecin dès le 10 octobre 2019, date à laquelle, en application des dispositions précitées, doit commencer le congé longue maladie. Par suite, l'arrêté contesté est illégal, dès lors qu'il place la requérante en congé longue maladie à compter seulement du 14 avril 2020.
8. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que l'arrêté n° U12294700165452 du 24 septembre 2020 doit être annulé.
Sur l'injonction d'office :
9. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ".
10. En l'espèce, en raison du motif qui la fonde, l'annulation de l'arrêté attaqué implique nécessairement, sous réserve de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, que le préfet de Guadeloupe verse à la requérante les sommes retenues sur son traitement de décembre 2019 à avril 2020.
Sur les frais liés au litige :
11. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. "
12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du préfet de Guadeloupe la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme B A et non compris dans les dépens.
Sur les entiers dépens :
13. La présente instance n'ayant pas occasionné de dépens, les conclusions tendant à ce que les entiers dépens soient mis à la charge du préfet de Guadeloupe ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté n° U12294700165452 du 24 septembre 2020 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Guadeloupe de verser à Mme B A les sommes retenues sur son traitement.
Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 500 euros, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions est rejeté.
Article 5 : La présente décision sera notifiée à Mme C B A et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au préfet de la Guadeloupe.
Délibéré après l'audience du 8 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Gouès, président,
Mme Goudenèche, conseillère,
Mme Le Roux, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2022.
La rapporteure,
Signé
C. DLe président,
Signé
S. GOUÈS
La greffière,
Signé
L. LUBINO
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
L'adjointe à la greffière en chef
Signé
A. CETOL
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026