vendredi 27 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guadeloupe |
| Section | Tribunal Administratif de la Guadeloupe |
| N° Dossier | TA105-2100083 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | PLUMASSEAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, respectivement enregistrés les 26 janvier 2021 et 21 juillet 2023, le syndicat intercommunal d'alimentation en eau et assainissement de Guadeloupe (SIAEAG) et le syndicat mixte de gestion de l'eau et de l'assainissement de Guadeloupe (SMGEAG), représentés par Me Plumasseau, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) de condamner solidairement la société Safège et son assureur, la société AXA Corporate solutions assurance, la société Alpha Omega Ingénierie, la société Techfina SA et ses assureurs, la société AXA Winterhthur et la société Allianz Suisse, la société Dodin Guadeloupe et son assureur, la société SAGENA, la société BBTP et ses assureurs, la société Allianz délégations Caraïbes et la société SMABTP, la société Générale des eaux de Guadeloupe, la société Microdyn-Nadir GmbH et la société d'économie mixte de Saint-Martin (SEMSAMAR) et son assureur, la société Allianz IARD, à verser au SMGEAG, venant aux droits du SIAEAG, la somme de 1 893 240,81 euros avec intérêts au taux légal à compter du dépôt du rapport d'expertise du 16 décembre 2019 ;
2°) de condamner la société GTM Guadeloupe à garantir la société Dodin Guadeloupe de toutes les condamnations prononcées à son encontre ;
3°) de condamner l'ensemble de ces sociétés à verser au SMGEAG, venant aux droits du SIAEAG, la somme de 336 638,52 euros au titre des frais d'expertise mis à sa charge ;
4°) de mettre à la charge de ces sociétés une somme de 30 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- l'action intentée initialement par le seul SIAEAG est recevable, dès lors qu'à la date de la requête introductive d'instance, le SIAEAG n'était pas dissout et, qu'en tout état de cause, le SMGEAG vient aux droits du SIAEAG au titre de la gestion des actifs auparavant mis à disposition du SIAEAG ;
- l'expert missionné par le tribunal a considéré que la responsabilité de la société Safège était engagée à hauteur de 9 % du préjudice total, en sa qualité de maître d'œuvre de l'opération de construction de la station d'épuration de Port-Louis ; cette société ne remet pas utilement en cause les conclusions de l'expertise ;
- l'expert a considéré que la responsabilité de la société Alpha Omega Ingénierie était engagée à hauteur de 7 % du préjudice total, en sa qualité de maître d'œuvre de l'opération des ouvrages d'effluents jusqu'à la nouvelle station d'épuration de Port-Louis ; cette société ne remet pas utilement en cause les conclusions de l'expertise ;
- l'expert a considéré que la responsabilité de la société Techfina SA était engagée à hauteur de 24,1 % du préjudice total, en sa qualité de cotitulaire du marché public de travaux conclu le 7 janvier 2011 ayant pour objet la construction de la station d'épuration de Port-Louis ; cette société ne remet pas utilement en cause les conclusions de l'expertise ;
- l'expert a considéré que la responsabilité de la société Dodin Guadeloupe était engagée à hauteur de 7,6 % du préjudice total, en sa qualité de cotitulaire du marché public de travaux conclu le 7 janvier 2011 ayant pour objet la construction de la station d'épuration de Port-Louis ; cette société ne remet pas utilement en cause les conclusions de l'expertise ; il est demandé à la société GTM, qui vient aux droits de la société Dodin, de la garantir ;
- l'expert a considéré que la responsabilité de la société BBTP était engagée à hauteur de 11,25 % du préjudice total, en sa double qualité de cotitulaire du marché public de travaux conclu le 7 janvier 2011 ayant pour objet la construction de la station d'épuration de Port-Louis et de seule titulaire du marché public de travaux conclu le 11 janvier 2011 ayant pour objet la réalisation du réseau de transfert des effluents jusqu'à la nouvelle station d'épuration de Port-Louis ; cette société ne remet pas utilement en cause les conclusions de l'expertise ;
- l'expert a mis hors de cause les sociétés Magma Architecture, Bonini SAS, Phyto Restore, CH2 Technique contrôle ;
- l'expert a considéré que la responsabilité de la société Générale des eaux de Guadeloupe était engagée à hauteur de 27,2 % du préjudice total, en sa double qualité d'exploitante de la STEP de Port-Louis et d'exploitante des réseaux en amont et en aval de cette station ; cette société ne remet pas utilement en cause les conclusions de l'expertise ;
- l'expert a considéré que la responsabilité de la société Microdyn-Nadir GmbH était engagée à hauteur de 15 % pour des désordres évalués à 39 % du préjudice total, en sa qualité de fournisseur de modules membranaires et d'assistante technique pour le montage desdits modules ;
- l'expert a considéré que la responsabilité de la SEMSAMAR était engagée à hauteur de 6 % du préjudice global, en sa qualité de maître d'ouvrage délégué ;
- la responsabilité des compagnies d'assurances mises dans la cause est engagée en leur qualité d'assureurs respectifs des sociétés précitées.
Par deux mémoires en défense, respectivement enregistrés les 10 février 2021 et 14 novembre 2023, la société Générale des eaux de Guadeloupe, représentée par Me Trecourt, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) à titre principal, de rejeter les conclusions formées à son encontre par les syndicats requérants et les sociétés BBTP, Microdyn-Nadir GmbH, Techfina et GTM ;
2°) à titre subsidiaire, de condamner solidairement les défendeurs à la garantir de toute condamnation prononcée à son encontre ;
3°) à titre reconventionnel, de condamner solidairement le SIAEAG, le SMGEAG, la société Safège et son assureur, la société AXA Corporate solutions assurance, la société Alpha Omega Ingénierie, la société Techfina SA et ses assureurs, la société AXA Winterhthur et la société Allianz Suisse, la société Dodin Guadeloupe et son assureur, la société SAGENA, la société BBTP et ses assureurs, la société Allianz délégations Caraïbes et la société SMABTP, la société Générale des eaux de Guadeloupe, la société Microdyn-Nadir GmbH et la SEMSAMAR et son assureur, la société Allianz IARD à lui verser la somme de 830 315,80 euros au titre des frais avancés durant l'expertise et de condamner la SEMSAMAR à la garantir de la part de responsabilité que les sociétés Techfina et Safège seront condamnées à supporter ;
4°) de prononcer la compensation des créances détenues ;
5°) de mettre à la charge du SIAEAG, solidairement avec toute partie succombant, la somme de 50 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et les entiers dépens.
Elle fait valoir que :
- la demande formée à son encontre par le SIAEAG et le SMGEAG n'est pas fondée, en l'absence de toute faute et d'un préjudice en lien de causalité avec cette dernière ;
- à titre subsidiaire, les sociétés Safège, Alpha Omega Ingénierie, Techfina SA, Dodin Guadeloupe, BBTP, Générale des eaux de Guadeloupe et Microdyn-Nadir GmbH ainsi que la SEMSAMAR et leurs assureurs respectifs seront condamnés à la relever et à la garantir intégralement des condamnations susceptibles d'être mises à sa charge ;
- elle est fondée à solliciter le remboursement de la somme de 830 315,80 euros correspondant au montant qu'elle a dû exposer pour mettre en œuvre la solution de sauvegarde et la solution conservatoire préconisées par l'expert pour éviter toute pollution du milieu.
Par un mémoire en défense enregistré le 19 mars 2021, la société BBTP, représentée par Me Ako, conclut au rejet des conclusions dirigées à son encontre et à ce qu'il soit mis à la charge du SIAEAG la somme de 15 000 euros au titre des frais d'instance et les entiers dépens.
Elle fait valoir qu'elle n'a commis aucune faute.
Par un mémoire en défense enregistré le 31 mars 2021, la société Microdyn-Nadir Gmbh, représentée par Me Rupp, demande au tribunal :
1°) à titre principal, de rejeter les conclusions dirigées à son encontre ;
2°) à titre reconventionnel, de condamner la société Techfina SA à lui verser la somme de 7 940,68 euros ;
3°) de mettre à la charge du SIAEAG la somme de 5 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la juridiction administrative est incompétente pour se prononcer sur les demandes formulées à son encontre, dès lors qu'elle est liée à la société Techfina par un contrat de droit privé ;
- la requête est irrecevable en l'absence de la motivation suffisante exigée par l'article R. 411-1 du code de justice administrative, dès lors que les requérants se bornent à reprendre le rapport d'expertise sans préciser le fondement juridique de leurs demandes ;
- elle n'a commis aucune faute dans l'exécution des contrats la liant à la société Techfina SA susceptible d'engager sa responsabilité à l'égard du SIAEAG ; en tout état de cause, aucune circonstance ne justifie qu'elle soit condamnée à verser une indemnité au titre de la solidarité ;
- lors de la dernière réunion d'expertise, elle est intervenue pour une prestation ayant donné lieu à l'émission d'une facture de 7 940,68 euros dont elle est fondée à demander le remboursement à la société Techfina SA.
Par quatre mémoires en défense, respectivement enregistrés les 5 mai 2021, 22 janvier 2024, 23 avril 2024 et 25 avril 2024, les sociétés Techfina SA et Techfina SAS, représentées par Me Deleau, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) de mettre hors de cause la société Techfina SAS ;
2°) à titre principal, de rejeter les conclusions formées à l'encontre de la société Techfina SA par les requérants et à toutes les autres parties ;
3°) à titre subsidiaire, de condamner solidairement toutes les autres parties à les garantir de toute condamnation prononcée à leur encontre ;
4°) de mettre à la charge du SIAEAG et du SMGEAG, solidairement avec toute partie succombant, la somme de 30 000 euros à verser à la société Techfina SA au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.
Elles font valoir que :
- il convient de mettre la société Techfina SAS hors de cause, dès lors qu'elle est étrangère à l'opération de construction litigieuse ;
- la requête est irrecevable, dès lors que le SIAEAG a été dissout préalablement à l'introduction de la requête ; en tout état de cause, le SIAEAG ne justifie pas d'une qualité et d'un intérêt à agir ;
- la requête est irrecevable pour défaut de fondement juridique ;
- la société Techfina SA n'a commis aucune faute ;
- les conditions d'une condamnation solidaire ne sont pas remplies ;
- les requérantes ne justifient pas du montant du préjudice invoqué ;
- à titre subsidiaire, le SIAEAG, le SMGEAG, les sociétés Safège, Alpha Omega Ingénierie, Dodin Guadeloupe, BBTP, Générale des eaux de Guadeloupe et Microdyn-Nadir GmbH, à l'encontre de laquelle ses conclusions sont recevables, ainsi que la SEMSAMAR et leurs assureurs respectifs seront condamnés à la relever et à la garantir intégralement des condamnations susceptibles d'être mises à sa charge.
Par quatre mémoires en défense, respectivement enregistrés les 16 juin 2021, 28 novembre 2023, 25 et 30 avril 2024, la société GTM Guadeloupe, venant aux droits de la société Dodin Guadeloupe, représentée par Me Deleau, demande au tribunal :
1°) d'appeler à la cause la société Centr'Etanche Guadeloupe, la société L2B Peinture et la SMABTP ;
2°) à titre principal, de rejeter les conclusions formées à son encontre par les requérants et toutes les autres parties ;
3°) à titre subsidiaire, de condamner solidairement toutes les autres parties à la garantir de toute condamnation prononcée à son encontre ;
4°) de mettre à la charge du SIAEAG et du SMGEAG, solidairement avec toute partie succombant, la somme de 30 000 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.
Elle fait valoir que :
- il appartient au tribunal de mettre la société Centr'Etanche Guadeloupe, la société L2B Peinture et la SMABTP dans la cause aux fins de lui permettre de former à leur encontre ses appels en garantie ;
- la requête est irrecevable, dès lors que le SIAEAG a été dissout préalablement à l'introduction de la requête ; en tout état de cause, le SIAEAG ne justifie pas d'une qualité et d'un intérêt à agir ;
- la requête est irrecevable pour défaut de fondement juridique ;
- la société Dodin Guadeloupe, aux droits de laquelle vient la société GTM Guadeloupe, n'a commis aucune faute ;
- les conditions d'une condamnation solidaire ne sont pas remplies ;
- les requérants ne justifient pas du montant du préjudice invoqué ;
- à titre subsidiaire, les sociétés Safège, Alpha Omega Ingénierie, Dodin Guadeloupe, BBTP, Générale des eaux de Guadeloupe et Microdyn-Nadir GmbH, à l'encontre de laquelle ses conclusions sont recevables, la société Centr'Etanche Guadeloupe, la société L2B Peinture, ainsi que la SEMSAMAR et leurs assureurs respectifs seront condamnés à la relever et à la garantir intégralement des condamnations susceptibles d'être mises à sa charge.
Par un mémoire en défense enregistré le 30 novembre 2023, la société Safège et son assureur, la société XL Insurance Company SE, représentées par Me Hotellier, demandent au tribunal :
1°) de mettre hors de cause la société AXA Corporate Solutions aux droits de laquelle est intervenue la société XL Insurance Company SE ;
2°) à titre principal, de rejeter les conclusions dirigées à leur encontre ;
3°) à titre subsidiaire, de limiter leur part de responsabilité à 9 % du préjudice total invoqué ;
4°) de mettre à la charge du SMGEAG venant aux droits du SIAEAG la somme de 30 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elles font valoir que :
- la société AXA Corporate Solutions, devenue XL Insurance, doit être mise hors de cause, dès lors, d'une part, que la juridiction administrative est incompétente pour se prononcer sur les demandes formulées à son encontre qui relèvent, eu égard à la nature privée du contrat qui la lie à son assurée, de la juridiction judiciaire, d'autre part, qu'elle n'est pas l'assureur au titre de la garantie décennale de la Safège ;
- la requête est irrecevable pour défaut de fondement juridique ;
- la Safège n'a commis aucune faute à l'origine des désordres constatés ;
- le montant des préjudices invoqués n'est pas justifié ;
- en tout état de cause, les conditions d'une condamnation solidaire ne sont pas remplies, ce dont il résulte que la Safège ne pourra être condamnée à verser une indemnisation supérieure à 9 % du préjudice total ;
- les demandes reconventionnelles formées à son encontre doivent être rejetées, par voie de conséquence du rejet pour irrecevabilité des conclusions principales ; en tout état de cause, sa part de responsabilité doit être limitée.
Par un mémoire en défense enregistré le 14 mars 2024, la compagnie d'assurance Allianz Suisse, représentée par Me Boulay, demande au tribunal :
1°) de rejeter les conclusions dirigées à son encontre ;
2°) de mettre à la charge du SMGEAG venant aux droits du SIAEAG la somme de 10 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative et les entiers dépens.
Elle fait valoir que :
- la juridiction administrative est incompétente pour se prononcer sur les demandes formulées à son encontre qui relèvent, eu égard à la nature privée du contrat qui la lie à son assurée, la société Techfina, d'un autre ordre de juridiction ; les demandes formées à son encontre au titre de l'action directe sont soumises au droit privé suisse ;
- la requête est irrecevable pour défaut de fondement juridique ;
- les désordres imputés à son assurée, la société Techfina SA, ne sont pas couverts par la police d'assurance qui la lie à cette dernière.
Par un mémoire en défense enregistré le 23 avril 2024, la compagnie d'assurance Allianz délégation caraïbes, représentée par Me Bernert, demande au tribunal :
1°) de rejeter les conclusions dirigées à son encontre ;
2°) de mettre à la charge de tous succombants la somme de 10 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative et les entiers dépens.
Elle fait valoir que :
- la juridiction administrative est incompétente pour se prononcer sur les demandes formulées à son encontre qui relèvent, eu égard à la nature privée du contrat qui la lie à son assurée, la société BBTP, de l'ordre de juridiction judiciaire ;
- la requête est irrecevable pour défaut de fondement juridique ;
- de même, les conclusions reconventionnelles formées par la société Générale des eaux Guadeloupe sont irrecevables pour défaut de fondement juridique ;
- les désordres imputés à son assurée, la société BBTP, ne sont pas couverts par la police d'assurance qui la liait à cette dernière.
Par un mémoire en défense enregistré le 30 avril 2024, la compagnie d'assurance Allianz IARD, représentée par Me Bernert, demande au tribunal :
1°) de rejeter les conclusions dirigées à son encontre ;
2°) de mettre à la charge de tous succombants la somme de 10 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative et les entiers dépens.
Elle fait valoir que :
- la juridiction administrative est incompétente pour se prononcer sur les demandes formulées à son encontre qui relèvent, eu égard à la nature privée du contrat qui la lie à son assurée, la SEMSAMAR, de l'ordre de juridiction judiciaire ;
- la requête est irrecevable pour défaut de fondement juridique ;
- de même, les conclusions reconventionnelles formées par la société Générale des eaux Guadeloupe sont irrecevables pour défaut de fondement juridique ;
- en tout état de cause, la requête n'est pas fondée.
Par un mémoire en défense enregistré le 30 avril 2024, la SEMSAMAR, représentée par Me Pradines, demande au tribunal :
1°) de rejeter les conclusions dirigées à son encontre ;
2°) de mettre à la charge de tous succombants la somme de 2 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative et les entiers dépens.
Elle fait valoir que les conclusions formées à son encontre sont infondées.
Un mémoire récapitulatif présenté pour la société Microdyn-Nadir Gmbh a été enregistré le 24 juin 2024 et n'a pas été communiqué.
Par lettre du 23 août 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'incompétence de la juridiction administrative pour connaître des conclusions dirigées contre les compagnies d'assurance, en ce que ces conclusions, relatives à l'exécution d'un contrat de droit privé, relevaient de la compétence du juge judiciaire.
Par lettre du 20 juin 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'incompétence de la juridiction administrative pour connaître des conclusions formées par la société GTM à l'encontre des sociétés Centr'Etanche et L2B Peinture, dès lors que la compétence de la juridiction administrative pour connaître des litiges nés de l'exécution d'un marché public ne s'étend pas à l'action en garantie du titulaire du marché contre son sous-traitant avec lequel il est lié par un contrat de droit privé.
La clôture de l'instruction a été fixée au 27 août 2024 par une ordonnance du même jour prise en application des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.
Un mémoire présenté pour les sociétés Techfina SA et Techfina SAS a été enregistré le 5 septembre 2024, soit postérieurement à la clôture de l'instruction, et n'a pas été communiqué.
Un mémoire présenté pour la société GTM Guadeloupe a été enregistré le 5 septembre 2024, soit postérieurement à la clôture de l'instruction, et n'a pas été communiqué.
La requête a été régulièrement communiquée à la Communauté d'agglomération du Nord Grande-Terre, aux sociétés Magma Architecture, CH2 Techni-control, Bonini SAS, Phytorestore, Centr'Etanche Guadeloupe, L2B peinture, qui n'ont pas produit dans la présente instance.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Lubrani, conseiller ;
- les conclusions de Mme Créantor, rapporteure publique ;
- les observations de Me Plumasseau, représentant les syndicats requérants, celles de Me Racle, représentant la société Safège et son assureur, la société XL Insurance Company SE, celles de Me Gobert, substituant Me Deleau représentant les sociétés Techfina SA et Techfina SAS, et celles de Me Trecourt, représentant la société Générale des eaux de Guadeloupe.
Les autres parties n'étaient ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Dans le cadre de la politique de rénovation du réseau d'assainissement, le syndicat mixte Nord Grande-Terre (SMNGT), devenu la communauté d'agglomération du Nord Grande-Terre (CANGT) à compter du 1er octobre 2014, a approuvé par délibération du 4 juillet 2008 la construction d'une nouvelle station d'épuration à Port-Louis utilisant la technologie des bio-réacteurs à membranes. Le 25 août 2008, le SMNGT a conclu un contrat de maîtrise d'ouvrage déléguée avec la société d'économie mixte de Saint-Martin (SEMSAMAR) en vue de la réalisation de l'ouvrage.
2. Par contrat du 20 avril 2009, la SEMSAMAR, en sa qualité de maître d'ouvrage délégué, a confié à la société Alpha Oméga Ingénierie une mission de maîtrise d'œuvre pour la construction des ouvrages de transfert d'effluents et des postes de refoulement jusqu'à la nouvelle station de Port-Louis. Par acte d'engagement du 11 janvier 2011, la SEMSAMAR a confié à la seule société BBTP les travaux de construction de ces réseaux de transferts d'effluents jusqu'à la nouvelle station d'épuration.
3. En parallèle, la SMNGT a confié à la société Safège la maîtrise d'œuvre du projet de réalisation de la nouvelle station d'épuration de Port-Louis, hors réseaux de transfert d'effluents. Par acte d'engagement du 7 janvier 2011, la SEMSAMAR a confié à un groupement d'entreprises composé des sociétés Techfina, mandataire du groupement, Dodin Guadeloupe, aux droits de laquelle est venue la société GTM Guadeloupe, et BBTP, les travaux de construction de la nouvelle station d'épuration de Port-Louis. Dans le cadre de ce marché de travaux, les sociétés Bonini et Phytorestore sont intervenues en qualité de sous-traitantes de la société Techfina et les sociétés Centr'Etanche et L2B Peinture en qualité de sous-traitantes de la société Dodin Guadeloupe. La société Microdyn-Nadir GmbH, quant à elle, a livré les modules membranaires à la société Techfina et est également intervenue dans le cadre d'un contrat d'assistance technique pour le montage et l'installation de ces modules. L'exploitation et la gestion de cette nouvelle station d'épuration ont été confiées à compter du 27 septembre 2013 à la société Générale des eaux de Guadeloupe par un contrat de délégation par affermage de service public d'assainissement collectif des eaux usées du 12 septembre 2013, qui a été résilié le 31 décembre 2016. Les travaux de construction de la nouvelle station d'épuration de Port-Louis ont été réceptionnés avec réserves le 30 octobre 2014, avec effet au 8 août 2014. Des désordres sont toutefois apparus sur l'ouvrage le 30 octobre 2015, en plusieurs endroits de la station d'épuration.
4. Par une ordonnance n° 1500881 du 15 mars 2016 le juge des référés du présent tribunal a désigné M. A, à la demande de la CANGT, en qualité d'expert, avec pour mission, notamment, de décrire la nature et l'étendue des malfaçons, imperfections ou désordres affectant la station d'épuration de Port-Louis et les réseaux de transfert, en précisant la date de leur apparition, au contradictoire de plusieurs sociétés ayant participé aux opérations de construction de la nouvelle station d'épuration, ensemble leurs assureurs. L'expert a déposé son premier rapport d'expertise le 16 décembre 2019, qui comportait 11 annexes. Il a, par la suite, émis deux rapports complémentaires les 19 février et 9 avril 2020, en réponse aux nombreuses observations émises par les parties.
5. Par un arrêté du 18 août 2016, le préfet de la Guadeloupe a transféré les compétences en matière d'assainissement dévolues à la CANGT au syndicat intercommunal d'alimentation en eau et assainissement de la Guadeloupe (SIAEAG) auquel cette communauté d'agglomération venait d'adhérer. Par un arrêté du 1er septembre 2021, le préfet de la Guadeloupe a mis fin à l'exercice des compétences du SIAEAG, après avoir relevé que le syndicat mixte de gestion de l'eau et de l'assainissement Guadeloupe (SMGEAG), créé par la loi du 29 août 2021 rénovant la gouvernance des services publics d'eau potable et d'assainissement exerçait désormais la totalité des compétences exercées par le SIAEAG.
6. Par la présente requête, le SIAEAG et le SMGEAG, venant aux droits du SIAEAG, demandent au tribunal de condamner solidairement les sociétés Safège, Alpha Omega Ingénierie, Techfina SA, Dodin Guadeloupe, BBTP, Générale des eaux de Guadeloupe, Microdyn-Nadir GmbH et la SEMSAMAR et leurs assureurs respectifs, à les indemniser des préjudices nés de ces désordres.
Sur la mise en cause de la société Techfina SAS :
7. Aucune conclusion n'étant présentée à l'encontre de la société Techfina SAS, celle-ci doit être mise hors de cause.
Sur la compétence de la juridiction administrative :
En ce qui concerne les conclusions principales, reconventionnelles et d'appel en garantie dirigées contre les compagnies d'assurance :
8. Il n'appartient qu'aux juridictions de l'ordre judiciaire de connaître des actions tendant au paiement des sommes dues par l'assureur d'une personne privée au titre des obligations de droit privé nées d'un contrat d'assurance, alors même que l'appréciation de la responsabilité de son assuré dans la réalisation du fait dommageable relèverait de la juridiction administrative.
9. En l'espèce, il résulte de ce qui a été indiqué au point précédent qu'il n'appartient pas au juge administratif de connaître des conclusions principales et des conclusions d'appel en garantie dirigées contre la société AXA Corporate solutions assurance en sa qualité d'assureur de la Safège, contre les sociétés AXA Winterhthur et Allianz Suisse en leur qualité d'assureurs de la société Techfina, contre la société SAGENA en sa qualité d'assureur de la société Dodin Guadeloupe, contre les sociétés Allianz délégations caraïbes et SMABTP en leur qualité d'assureurs de la société BBTP, contre la société Allianz IARD en sa qualité d'assureur de la SEMSAMAR et contre la SMABTP, en sa qualité d'assureur de la société Centr'Etanche Guadeloupe, ces conclusions trouvant leur cause dans la police de droit privé conclue entre les intéressées. Par suite, ces conclusions ne peuvent qu'être rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.
En ce qui concerne les conclusions d'appel en garantie formées par la société GTM Guadeloupe à l'encontre des sociétés Centr'Etanche et L2B Peinture :
10. La compétence de la juridiction administrative pour connaître des litiges nés de l'exécution d'un marché de travaux publics et opposant des participants à l'exécution de ces travaux ne s'étend pas à l'action en garantie du titulaire du marché contre son sous-traitant avec lequel il est lié par un contrat de droit privé. En l'espèce, les conclusions tendant à voir la responsabilité de la société GTM Guadeloupe garantie par les sociétés Centr'Etanche et L2B Peinture, qui étaient ses sous-traitantes, doivent dès lors être rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.
Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :
En ce qui concerne les conclusions principales dirigées contre les sociétés Safège, Alpha Omega Ingénierie, Techfina SA, Dodin Guadeloupe, BBTP, la société Générale des eaux de Guadeloupe, la société Microdyn-Nadir GmbH et la société d'économie mixte de Saint-Martin (SEMSAMAR) :
11. Aux termes de l'article R. 411-1 du code de justice administrative : " La juridiction est saisie par requête. La requête indique les nom et domicile des parties. Elle contient l'exposé des faits et moyens, ainsi que l'énoncé des conclusions soumises au juge. / L'auteur d'une requête ne contenant l'exposé d'aucun moyen ne peut la régulariser par le dépôt d'un mémoire exposant un ou plusieurs moyens que jusqu'à l'expiration du délai de recours ".
12. En l'espèce, il ressort de l'examen tant de la requête introductive d'instance que du mémoire complémentaire présentés par le SIAEAG, puis par le SMGEAG, que ces requérants se sont abstenus de préciser le fondement juridique de leurs conclusions tendant à la condamnation de plusieurs sociétés ayant participé, en des qualités diverses, à l'opération de construction de la station d'épuration de Port-Louis et des réseaux de transfert. A cet égard, si les requérants font état des " fautes cumulées [commises] par les entreprises de construction et de conception de l'ouvrage " et reprennent, dans l'identification de la responsabilité de chaque intervenant, les conclusions du rapport d'expertise du 16 décembre 2019, de telles mentions ne suffisaient par elles-mêmes et à elles-seules à déterminer la ou les causes juridiques de la demande, tirées par exemple de la responsabilité contractuelle, décennale ou de la garantie de parfait achèvement. Par suite, les fins de non-recevoir opposées en ce sens en défense doivent être accueillies et les conclusions formées par le SMGEAG et par le SIAEAG tendant à la condamnation solidaire des sociétés Safège, Alpha Omega Ingénierie, Techfina SA, Dodin Guadeloupe, BBTP, Générale des eaux de Guadeloupe, Microdyn-Nadir GmbH et la SEMSAMAR rejetées pour irrecevabilité, sans qu'il soit possible, en l'état de l'instruction et faute de fondement juridique précis identifié, de statuer sur la compétence de la juridiction administrative pour connaître de la demande formée à l'encontre de la société Microdyn-Nadir GmbH et sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir tirée du défaut d'intérêt à agir du SIAEAG opposée par la société Techfina.
En ce qui concerne les conclusions reconventionnelles et les conclusions d'appel en garantie formées à l'encontre du SIAEAG, du SMGEAG, et des sociétés Safège, Alpha Omega Ingénierie, Techfina SA, Dodin Guadeloupe, BBTP, la société Générale des eaux de Guadeloupe, la société Microdyn-Nadir GmbH et la société d'économie mixte de Saint-Martin (SEMSAMAR)
13. Le rejet pour irrecevabilité des conclusions principales entraîne le rejet, par voie de conséquence, des conclusions reconventionnelles et d'appel en garantie.
Sur les dépens :
14. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties () ".
15. Les frais et honoraires d'expertises ont été taxés et liquidés à la somme totale de
202 784,92 euros par ordonnance du président du tribunal administratif de Guadeloupe du 13 octobre 2020. Il y a lieu de mettre ces frais à la charge des requérants.
Sur l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
16. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions des parties présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La société Techfina SAS est mise hors de cause.
Article 2 : La requête formée par le SIAEAG et le SMGEAG est rejetée.
Article 3 : Les frais d'expertise liquidés et taxés à la somme totale de 202 784,92 euros sont mis à la charge solidaire du SIAEAG et du SMGEAG.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié au syndicat intercommunal d'alimentation en eau et assainissement de Guadeloupe, au syndicat mixte de gestion de l'eau et de l'assainissement de Guadeloupe, à la société Safège, la société AXA Corporate solutions assurance, la société Alpha Omega Ingénierie, la société Techfina SA, la société Techfina SAS, la société AXA Winterhthur et la société Allianz Suisse, la société Dodin Guadeloupe, la société SAGENA, la société BBTP, la société Allianz délégations Caraïbes, la société SMABTP, la société Générale des eaux de Guadeloupe, la société Microdyn-Nadir GmbH, la société d'économie mixte de Saint-Martin, la société Allianz IARD, la Communauté d'agglomération du Nord Grande-Terre, à la société Magma Architecture, à la société CH2 Techni-control, à la société Bonini, à la société Phytorestore, à la société Centr'Etanche Guadeloupe, et à la société L2B peinture.
Délibéré après l'audience publique du 13 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Gouès, président,
M. Lubrani, conseiller,
Mme Sollier, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2024.
Le rapporteur,
Signé
A. LUBRANI
Le président,
Signé
S. GOUÈS
La greffière,
Signé
N. ISMAËL
La République mande et ordonne au préfet de la Guadeloupe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
Pour expédition conforme
L'adjointe à la greffière en chef
Signé
A. CETOL
4
N° 1901371
8
N° ***
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026