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AccueilJurisprudence administrativeN° TA105-2100139

Tribunal Administratif de la Guadeloupe — Décision N° TA105-2100139

jeudi 22 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de la Guadeloupe
SectionTribunal Administratif de la Guadeloupe
N° DossierTA105-2100139
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCONQUET-MERAULT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 12 février 2021 et le 15 mai 2021, Mme B A, représentée par Me Conquet-Merault, demande au tribunal :

1°) de condamner la commune de Capesterre Belle-Eau à lui verser la somme de 3 394,83 euros, en réparation des préjudices causés à sa propriété par la fuite d'une canalisation enterrée à proximité, somme augmentée des intérêts au taux légal, à compter de la date de réception de la réclamation préalable ;

2°) d'ordonner avant-dire droit, à titre subsidiaire, une expertise ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Capesterre Belle-Eau la somme de 1 500 euros, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il résulte du rapport d'expertise du 8 janvier 2019 que les inondations qu'elle a subies sur sa propriété trouvent leur origine dans la fuite d'une canalisation enterrée ;

- la responsabilité de la commune de Capesterre Belle-Eau doit être engagée pour défaut d'entretien normal de ces canalisations, dès lors que la propriété des équipements destinés à la distribution en eau potable de ses habitants, ainsi que l'ensemble des droits et obligations liés à ces biens, lui ont été transférés par un arrêté du préfet de Guadeloupe du 22 août 2018 ;

- son préjudice doit être fixé à la somme totale de 3 394,83 euros.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 23 avril 2021 et le 15 juin 2021, la commune de Capesterre Belle-Eau, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la requérante la somme de 1 500 euros, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 4 juillet 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 8 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les conclusions de Mme Mahé, rapporteure publique,

- et les observations de M. D, représentant de la commune de Capesterre Belle-Eau.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A est propriétaire d'une maison d'habitation qu'elle occupe, située boulevard du fond de mer sur le territoire de la commune de Capesterre Belle-Eau. Le 27 octobre 2018, elle a constaté un dégât des eaux au sous-sol de sa maison et a déposé une déclaration de sinistre auprès de son assureur. L'expert mandaté par ce dernier a conclu, le 8 janvier 2019, à une fuite d'une canalisation relevant du réseau public d'eau situé sous la propriété de la requérante. Par un courrier reçu le 20 octobre 2020, la requérante a demandé à la commune de Capesterre Belle-Eau l'indemnisation de son préjudice. Mme A demande au tribunal de condamner la commune de Capesterre Belle-Eau à lui verser une somme de 3 394,83 euros, assortie des intérêts au taux légal.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la personne responsable :

2. Le maître d'ouvrage est responsable, même en l'absence de faute, des dommages que les ouvrages publics dont il a la garde peuvent causer aux tiers tant en raison de leur existence que de leur fonctionnement. Il ne peut dégager sa responsabilité que s'il établit que ces dommages résultent de la faute de la victime ou d'un cas de force majeure. Ces tiers ne sont pas tenus de démontrer le caractère grave et spécial du préjudice qu'ils subissent lorsque le dommage présente un caractère accidentel.

3. Aux termes de l'article L. 5216-7 du code général des collectivités territoriales, dans sa version en vigueur du 18 décembre 2010 au 29 janvier 2014 : " I. - Lorsqu'une partie des communes d'un syndicat de communes ou d'un syndicat mixte fait partie d'une communauté d'agglomération, par création de cette communauté, par fusion d'établissements publics de coopération intercommunale pour constituer une communauté d'agglomération ou par transformation d'un établissement public de coopération intercommunale en communauté d'agglomération, et que cette communauté est incluse en totalité dans le syndicat, cette création, cette fusion ou cette transformation vaut retrait du syndicat des communes membres de la communauté pour les compétences visées aux I et II de l'article L. 5216-5 que le syndicat exerce. Ce retrait s'effectue dans les conditions fixées à l'article L. 5211-25-1 et au troisième alinéa de l'article L. 5211-19. A défaut d'accord entre l'organe délibérant du syndicat et le conseil municipal concerné sur la répartition des biens ou du produit de leur réalisation et du solde de l'encours de la dette visés au 2° de l'article L. 5211-25-1, cette répartition est fixée par arrêté du ou des représentants de l'Etat dans le ou les départements concernés () III. - Lorsque le périmètre d'une communauté d'agglomération est étendu par adjonction d'une ou de plusieurs communes membres d'un ou de plusieurs syndicats de communes ou syndicats mixtes, cette extension vaut retrait des communes des syndicats ou substitution de la communauté d'agglomération aux communes au sein des syndicats dans les cas et conditions prévus aux I et II. ". Aux termes de l'article L. 5216-5 du même code, dans sa version en vigueur du 6 août 2018 au 9 novembre 2018, au moment des faits litigieux : " () II. - La communauté d'agglomération doit en outre exercer au lieu et place des communes au moins trois compétences parmi les sept suivantes : () 2° Assainissement des eaux usées, dans les conditions prévues à l'article L. 2224-8 ; / 3° Eau ". Aux termes de l'article L. 5211-5 du même code : " () III. - Le transfert des compétences entraîne de plein droit l'application à l'ensemble des biens, équipements et services publics nécessaires à leur exercice, ainsi qu'à l'ensemble des droits et obligations qui leur sont attachés à la date du transfert, des dispositions des trois premiers alinéas de l'article L. 1321-1, des deux premiers alinéas de l'article L. 1321-2 et des articles L. 1321-3, L. 1321-4 et L. 1321-5. ". Aux termes de l'article L. 1321-1 du même code : " Le transfert d'une compétence entraîne de plein droit la mise à la disposition de la collectivité bénéficiaire des biens meubles et immeubles utilisés, à la date de ce transfert, pour l'exercice de cette compétence. ". Aux termes de l'article L. 1321-2 du même code : " Lorsque la collectivité antérieurement compétente était propriétaire des biens mis à disposition, la remise de ces biens a lieu à titre gratuit. La collectivité bénéficiaire de la mise à disposition assume l'ensemble des obligations du propriétaire. Elle possède tous pouvoirs de gestion. Elle assure le renouvellement des biens mobiliers. Elle peut autoriser l'occupation des biens remis. Elle en perçoit les fruits et produits. Elle agit en justice au lieu et place du propriétaire. / La collectivité bénéficiaire peut procéder à tous travaux de reconstruction, de démolition, de surélévation ou d'addition de constructions propres à assurer le maintien de l'affectation des biens. ".

4. D'une part, il ressort des pièces du dossier que, par un arrêté de la préfète de Guadeloupe du 2 mai 2013, le périmètre de la communauté d'agglomération du Sud Basse-Terre (CASBT) a été étendu à la commune de Capesterre Belle-Eau, à compter du 1er janvier 2014 et que la communauté d'agglomération exerce de plein droit en lieu et place des communes membres les compétences définies dans ses statuts. D'autre part, il ressort de l'arrêté préfectoral du 27 février 2014 que la communauté d'agglomération du Sud Basse-Terre exerce les compétences eau et assainissement en lieu et place de ses communes membres depuis le 1er janvier 2014 et qu'il en a résulté le retrait de la commune de Capesterre Belle-Eau du syndicat intercommunal d'alimentation en eau potable et d'assainissement de la Guadeloupe. Il ressort également des statuts en vigueur à la date du fait générateur du dommage que la communauté d'agglomération du Sud Basse-Terre, devenue la communauté d'agglomération Grand Sud Caraïbe, exerce notamment la compétence d'alimentation en eau potable. Par conséquent, le transfert de cette compétence a entraîné de plein droit la mise à disposition de la communauté d'agglomération des biens meubles et immeubles utilisés pour l'alimentation de la commune de Capesterre Belle-Eau en eau potable. Par un arrêté du 11 mai 2018, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de la Guadeloupe n° 971-2018-036 du 18 mai 2018, et accessible tant au juge qu'aux parties, le préfet de la Guadeloupe a transféré à la communauté d'agglomération Grand Sud Caraïbe les équipements destinés à la distribution d'eau potable et à l'assainissement collectif situés sur le territoire de la commune de Capesterre Belle-Eau. La circonstance que, par un arrêté du 22 août 2018, le préfet de la Guadeloupe ait transféré à la commune de Capesterre Belle-Eau les équipements destinés à la distribution d'eau potable à ses habitants ainsi que l'ensemble des droits et obligations liés à ces biens est sans incidence sur la personne responsable de l'entretien des canalisations litigieuses, dès lors que ces biens devaient être mis à disposition de la communauté d'agglomération. Cet arrêté ayant en outre été annulé par un arrêté préfectoral du 6 janvier 2020. Il en résulte qu'à la date du dommage, la commune de Capesterre Belle-Eau n'était pas maître de l'ouvrage, sa compétence eau ayant été transférée depuis le 27 février 2014 à la communauté d'agglomération Grand Sud Caraïbe.

5. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'ordonner l'expertise sollicitée à titre subsidiaire par la requérante, que les conclusions indemnitaires de Mme A doivent être rejetées.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Capesterre Belle-Eau, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme A demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par la commune de Capesterre Belle-Eau, en application de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la commune de Capesterre Belle-Eau.

Délibéré après l'audience du 8 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Gouès, président,

Mme Goudenèche, conseillère,

Mme Le Roux, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2022.

La rapporteure,Le président,

SignéSigné

J. CS. GOUÈS

La greffière,

Signé

L. LUBINO

La République mande et ordonne au préfet de la Guadeloupe, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

L'adjointe à la greffière en chef

Signé

A. CETOL

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