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AccueilJurisprudence administrativeN° TA105-2100193

Tribunal Administratif de la Guadeloupe — Décision N° TA105-2100193

jeudi 4 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Guadeloupe
SectionTribunal Administratif de la Guadeloupe
N° DossierTA105-2100193
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantFIDAL DIRECTION PARIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une protestation et un mémoire enregistrés le 1er mars 2021 et le 20 juillet 2022, l'Association des médecins pharmaciens et biologistes et M. B A, représentés par Me Charvin, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 7 janvier 2021 par laquelle le directeur du Centre hospitalier universitaire de la Guadeloupe (CHUG) a proclamé les résultats du 1er tour des élections de la commission médicale d'établissement (CME), ensemble la décision implicite de rejet née de la réclamation préalable du 8 janvier 2021 ;

2°) d'annuler la décision du 14 janvier 2021 par laquelle le directeur du centre hospitalier universitaire de la Guadeloupe a proclamé les résultats du 2nd tour des élections de la CME, ensemble la décision implicite de rejet née de la réclamation préalable du 15 janvier 2021 ;

3°) d'annuler la décision du 26 janvier 2021 par laquelle le directeur du centre hospitalier universitaire de la Guadeloupe a proclamé les résultats de la présidence de la CME ;

4°) d'annuler les résultats des élections de la CME du centre hospitalier universitaire de la Guadeloupe ;

5°) d'enjoindre au directeur du centre hospitalier universitaire de la Guadeloupe de procéder à de nouvelles élections de la CME dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

6)° de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 500 euros, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- les opérations électorales sont irrégulières dès lors que la commission médicale d'établissement n'a pas été consultée avant que les modalités de vote ne soient modifiées ;

- elles sont irrégulières dès lors que la commission médicale d'établissement est incompétente afin de procéder à une modification des modalités de vote ;

- ces modifications révèlent une manœuvre dès lors qu'elles ont pour finalité de modifier le jeu des candidatures ;

- elles sont irrégulières étant donné que les modalités de vote ne pouvaient pas être modifiées dès lors que les élections n'ont pas été annulées mais reportées ;

- elles sont irrégulières dès lors que la direction du CHUG n'a pris aucun arrêté précisant l'ensemble des modalités d'organisation du vote en méconnaissance de l'article 4 du décret du 14 novembre 2017 relatif aux conditions et modalités de mise en œuvre du vote électronique par internet pour l'élection des représentants du personnel au sein des instances de représentation du personnel de la fonction publique hospitalière ;

- elles sont irrégulières dès lors le prestataire privé a été choisi de manière irrégulière en méconnaissance de l'article 5 du décret du 14 novembre 2017 précité ;

- elles sont irrégulières du fait l'absence d'expertise en méconnaissance de l'article 6 du décret du 14 novembre 2017 précité ;

- elles sont irrégulières du fait de l'absence de déclaration auprès de la CNIL en méconnaissance de l'article 7 du décret du 14 novembre 2017 précité ;

- elles sont irrégulières du fait de l'absence de cellule d'assistance technique en méconnaissance des dispositions de l'article 8 du décret du 14 novembre 2017 précité ;

- elles sont irrégulières dès lors que le CHUG n'a pas constitué un bureau de vote comprenant notamment un délégué de liste désigné par chacune des organisations syndicales candidates aux élections en méconnaissance des dispositions de l'article 9 et 10 du décret du 14 novembre 2017 précité ;

- elles sont irrégulières dès lors que la présidente de la CME était secrétaire générale du bureau de vote ;

- elles sont irrégulières dès lors que les membres du bureau ont été tirés au sort en méconnaissance des dispositions de l'article 9 et 10 du décret du 14 novembre 2017 ;

- elles sont irrégulières du fait de l'absence de formation en méconnaissance des dispositions de l'article 11 du décret du 14 novembre 2017 ;

-elles sont irrégulières dès lors que les dispositions du IV de l'article 12 du décret du 14 novembre 2017 ;

- elles sont irrégulières dès lors que la procédure fixée par les dispositions de l'article 15 du décret du 14 novembre 2017 n'a pas été respectée ;

- elles sont irrégulières dès lors qu'aucun local n'a été mis à disposition en méconnaissance des dispositions de l'article 17 du décret du 14 novembre 2017 ;

- elles sont irrégulières dès lors que le CHUG n'a pas mis en place un système veillant à l'inaltérabilité des votes exprimés en méconnaissance de l'article 20 du décret du 14 novembre 2017 ;

- elles sont irrégulières dès lors que la délibération n° 2019-053 du 25 avril 2019 de la Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL) a été méconnue ;

- elles sont irrégulières dès lors que les principes de la commande publique ont été méconnus.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 12 octobre 2021 et le 19 août 2022, le centre hospitalier universitaire de la Guadeloupe, représenté par Me Holleaux, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge des requérants la somme de 2000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- la protestation est irrecevable dès lors que l'association des médecins pharmaciens et biologistes ne justifie pas d'un intérêt lui donnant qualité à agir ;

- la protestation est irrecevable dès lors en l'absence de réclamation préalable de la part de M. A ;

- les autres griefs ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le décret n° 2017-1560 du 14 novembre 2017 ;

- l'arrêté du 3 novembre 2005 fixant la procédure des élections aux commissions médicales des établissements publics de santé ;

- la délibération n° 2019-053 du 25 avril 2019 de la CNIL ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Goudenèche, conseillère ;

- les conclusions de Mme Mahé, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Silvestre représentant le centre hospitalier universitaire de la Guadeloupe.

Les requérants n'étant ni présents ni représentés.

Considérant ce qui suit :

1. Initialement prévues du 1er au 11 décembre 2020, les élections de la commission médicale d'établissement du centre hospitalier universitaire de la Guadeloupe se sont tenues du 4 au 14 janvier 2021. Le vote électronique a été utilisé pour ces élections. L'association des médecins pharmaciens et biologistes a formé le 8 et le 15 janvier 2021 des contestations de la validité de ces élections, devant le directeur général du CHU de la Guadeloupe, qui les a rejetées implicitement. L'association requérante et M. A demandent notamment au tribunal d'annuler ces élections.

Sur la recevabilité de la protestation :

En ce qui concerne la recevabilité de la protestation de l'association des médecins pharmaciens et biologistes :

2. Aux termes de l'article R. 6144-1 du code de santé publique : " I.- La commission médicale d'établissement est consultée sur des matières sur lesquelles le comité technique d'établissement est également consulté ; ces matières sont les suivantes : 1° Les projets de délibération mentionnés à l'article L. 6143-1 ; 2° Les orientations stratégiques de l'établissement, l'état prévisionnel des recettes et des dépenses, le programme d'investissement, le plan pluriannuel d'investissement ainsi que le plan global de financement pluriannuel ; 3° Le plan de redressement mentionné à l'article L. 6143-3 ; 4° L'organisation interne de l'établissement mentionnée au 7° de l'article L. 6143-7. A ce titre, la commission se prononce notamment sur la cohérence médicale et la conformité au projet médical de l'organisation de l'établissement ; 5° Les modalités d'accueil et d'intégration des professionnels et étudiants ; 6° La gestion prévisionnelle des emplois et compétences, s'agissant des personnels médicaux, odontologiques, pharmaceutiques et maïeutiques ; 7° La convention constitutive d'un groupement hospitalier de territoire ; 8° Le projet de décision relative à la libre organisation du fonctionnement médical et de dispensation des soins mentionnée à l'article L. 6146-1-2 ou de décision relative à la libre organisation du fonctionnement médical, des soins et de la gouvernance mentionnée à l'article L. 6149-1 ; 9° Les modalités de participation et d'expression des personnels au fonctionnement des structures lorsque sont mises en œuvre les dispositions du premier alinéa de l'article L. 6146-1-2 et du premier alinéa de l'article L. 6149-1. II.-La commission médicale d'établissement est également consultée sur les matières suivantes : () 2° La politique en matière de coopération territoriale de l'établissement ; 3° La politique de la recherche clinique et de l'innovation de l'établissement ; 4° La politique d'accueil et de formation des étudiants de deuxième et troisième cycles des études médicales ; 5° La politique de recrutement des emplois médicaux ; 6° Le contrat pluriannuel d'objectifs et de moyens ; 7° La mise en œuvre de l'une des actions mentionnées au III de l'article L. 6112-2. 8° Le plan de développement professionnel continu relatif aux professions médicales, maïeutiques, odontologiques et pharmaceutiques ; 9° Les modalités de la politique d'intéressement et le bilan social ; 10° Le règlement intérieur de l'établissement ; 11° L'organisation des parcours professionnels et l'accompagnement des personnels tout au long de la carrière. A ce titre elle donne un avis sur la politique de formation tout au long de la vie ; 12° Le schéma directeur des systèmes d'information et sa mise en œuvre. III.- La commission médicale d'établissement élabore et propose au directoire le projet médical d'établissement, partie intégrante du projet d'établissement, en cohérence avec le projet d'établissement et le projet médical partagé du groupement hospitalier de territoire. Le président de la commission médicale d'établissement coordonne son élaboration avec le directeur selon une procédure qu'il définit. Les équipes médicales concernées sont associées à cette élaboration. Après concertation avec le directoire, le président de la commission médicale et le directeur peuvent demander à la commission médicale d'établissement de modifier ou de compléter sa proposition de projet médical. () "

3. En défense, le centre hospitalier universitaire de la Guadeloupe soutient que la protestation de l'association des médecins pharmaciens et biologistes est irrecevable dès lors qu'elle ne justifie pas d'un intérêt lui donnant qualité à agir. Il résulte toutefois de l'instruction que l'association requérante peut être regardée comme justifiant d'un intérêt lui donnant qualité à agir. En effet, il résulte des statuts de l'association requérante que cette dernière a, notamment, pour objet d'améliorer la qualité de vie au travail, de favoriser l'accompagnement des médecins, pharmaciens et biologistes hospitaliers, de défendre les intérêts de ses membres, de mettre en place des actions permettant de promouvoir : la qualité des relations professionnelles, le contenu du travail, l'organisation du travail, les possibilités de parcours professionnel offertes et la relation vie professionnelle et vie privée. Ainsi, en l'espèce, l'objet de cette association présente un lien suffisant avec la protestation et elle a bien intérêt à défendre les intérêts collectifs des électeurs de la CME dont l'objet est notamment fixé par les dispositions précitées. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que certains des membres de cette association se sont portés candidats à cette élection. En outre, il ne résulte pas de l'instruction qu'il y ait eu de la part de l'association une volonté de constituer une association ad hoc dont l'objet serait uniquement de contester ces élections. L'objet de l'association a en effet vocation à perdurer dans le temps, de sorte que la circonstance que les statuts de l'association aient été rédigés le 30 novembre 2020 et qu'elle ait été déclarée le 30 décembre 2020 n'est pas susceptible d'exercer une influence sur l'appréciation de leur intérêt à agir. Par suite, la fin de non-recevoir doit être écartée.

En ce qui concerne la recevabilité de la protestation de M. A :

4. Aux termes de l'article 13 de l'arrêté du 3 novembre 2005 fixant la procédure des élections aux commissions médicales des établissements publics de santé : " Un procès-verbal des opérations électorales est établi pour chaque tour de scrutin. Il est affiché immédiatement et pendant six jours francs au cours desquels les éventuelles réclamations sur la validité des opérations électorales sont adressées au directeur général ou au directeur de l'établissement. ".

5. Aux termes de l'article R. 6144-5 du code de la santé publique : " La commission élit son président et son vice-président parmi les praticiens titulaires qui en sont membres. / () / Le vote a lieu au scrutin uninominal secret et à la majorité absolue. Si cette majorité n'est pas atteinte aux deux premiers tours, un troisième tour est organisé. La majorité relative suffit au troisième tour. En cas d'égalité entre les candidats ayant obtenu le plus grand nombre de voix, le plus âgé d'entre eux est déclaré élu. / Les fonctions de président de la commission médicale d'établissement sont de quatre ans. Le mandat est renouvelable une seule fois. ".

6. Il ne résulte d'aucune disposition législative ou réglementaire que la protestation dirigée à l'encontre de l'élection du président et du vice-président de la commission médicale d'établissement soit subordonnée à une réclamation préalable devant une autorité administrative.

7. En l'espèce et en défense, le CHU de la Guadeloupe soutient que le requérant n'a pas présenté les réclamations préalables obligatoires fixées par les dispositions précitées. En l'espèce, d'une part il résulte pas de l'instruction que le requérant a présenté les réclamations préalables imposées par les dispositions précitées. Toutefois, la protestation a également été signée par l'association des médecins pharmaciens et biologistes dont il est constant qu'elle a présenté par courriers du 8 et du 15 janvier 2021, des réclamations préalables à l'encontre du premier et du second tour des élections de la CME. D'autre part, la défense ne peut utilement soutenir qu'en l'absence de réclamation préalable la protestation présentée à l'encontre de l'élection du président de la CME. Par suite, la fin de non-recevoir doit être écartée.

Sur la régularité des opérations électorales :

8. Aux termes de l'article 5 du décret du 14 novembre 2017 relatif aux conditions et modalités de mise en œuvre du vote électronique par internet pour l'élection des représentants du personnel au sein des instances de représentation du personnel de la fonction publique hospitalière : " La conception, la gestion et la maintenance du système de vote électronique par internet peuvent être confiées à un prestataire choisi par l'autorité organisatrice sur la base d'un cahier des charges respectant les dispositions du présent décret et de la décision mentionnée à l'article 4. ".

9. Il résulte des dispositions précitées, que le prestataire ne peut être choisi qu'après détermination des modalités d'organisation du scrutin dans le respect desquelles sera élaboré le cahier des charges. En l'espèce, il ne résulte pas de l'instruction que la société Néovote ait été retenue par le centre hospitalier universitaire de la Guadeloupe sur la base d'un cahier des charges élaboré par ce dernier avant la définition des modalités du scrutin litigieux. En effet, contrairement à ce qui est soutenu en défense, l'accord relatif à la protection des données personnelles et les conditions générales d'intervention Néovote ne peuvent être regardés comme constituant un cahier des charges conformément aux dispositions précitées. Ainsi la désignation de ce prestataire doit alors être regardée comme méconnaissant les conditions fixées par les dispositions réglementaires précitées. Par suite, le grief doit être accueilli.

10. Aux termes de l'article 6 du décret du 14 novembre 2017 précité : " Préalablement à la mise en place ou à toute modification substantielle de sa conception, le système de vote électronique fait l'objet d'une expertise indépendante destinée à vérifier le respect des garanties prévues par le présent décret. Cette expertise couvre l'intégralité du dispositif installé avant le scrutin, les conditions d'utilisation du système de vote durant le scrutin ainsi que les étapes postérieures au vote. Elle couvre également les mesures particulières précisées pour la mise en place des postes réservés mentionnés à l'article 17. / Dans le cadre de ses missions, l'expert indépendant a accès aux différents locaux où s'organisent les élections ainsi qu'aux locaux des prestataires. / Le rapport de l'expert est transmis aux organisations syndicales ayant déposé une candidature au scrutin. () ".

11. En l'espèce, à supposer que, tel que cela est avancé en défense, l'expertise fixée par les dispositions précitées ne soit pas un nécessaire préalable à chaque scrutin, il ne résulte pas de l'instruction que cette expertise ait effectivement été réalisée dans les conditions précitées par l'article 6 du décret du 14 novembre 2017, et cela à n'importe quel stade de ces élections. Par suite, le grief doit être retenu.

12. Aux termes de l'article 7 du décret précité : " Dans les cas où il est recouru au vote électronique par internet, l'autorité organisatrice procède, préalablement à la mise en œuvre du traitement automatisé de données à caractère personnel, à sa déclaration auprès de la Commission nationale de l'informatique et des libertés, conformément à l'article 22 de la loi du 6 janvier 1978 susvisée et dans les conditions prévues à l'article 23 de la même loi. ".

13. Il ne résulte pas de l'instruction, et en l'absence d'observations en défense sur ce point, qu'une déclaration ait été réalisée auprès de la commission nationale de l'informatique et des libertés dans les conditions précitées par l'article 7 du décret du 14 novembre 2017. Par suite, le grief doit être retenu.

14. Aux termes de l'article 8 de ce décret : " L'autorité organisatrice met en place une cellule d'assistance technique chargée de veiller au bon fonctionnement et à la surveillance du système de vote électronique. Cette cellule comprend des représentants de l'administration, des représentants des organisations syndicales ayant déposé une candidature au scrutin ainsi que, lorsqu'il est recouru à un prestataire, des préposés de celui-ci. ".

15. Il ne résulte pas de l'instruction que l'autorité organisatrice ait mis en place une cellule d'assistance technique chargée de veiller au bon fonctionnement et à la surveillance du système de vote électronique dans les conditions fixées par les dispositions précitées. En effet, la seule mention qu'" une permanence administrative sera effective durant toute la durée du vote " dans la note d'information n° 2020/14/CHUG/GC/CL/JDM du 4 décembre 2020 ne permet pas d'établir que ces dispositions ont été respectées. Par suite, le grief doit être retenu.

16. Aux termes de l'article 11 de ce décret : " Les membres des bureaux de vote bénéficient d'une formation au moins un mois avant l'ouverture du scrutin sur le système de vote électronique qui sera utilisé et ont accès à tous documents utiles sur le système de vote électronique. ".

17. En l'espèce, à supposer que la mention sur le calendrier électoral contenu dans la note d'information n° 2020/13/CHUG/GC/CL/JDM d'une journée de formation suffise à établir sa réalisation, cette formation du 4 janvier 2021 n'est pas conforme aux dispositions précitées. Par suite, le grief doit être retenu.

18. Aux termes de l'article 12 de ce décret : " () IV - La décision prévue à l'article 4 indique, pour les électeurs ne disposant pas d'un poste informatique sur leur lieu de travail, les modalités de mise à disposition des candidatures et des professions de foi ainsi que les modalités d'accès à la liste électorale et les droits de rectification des données. L'administration veille à assurer le bénéfice effectif de ces dispositions à tous les électeurs concernés. ".

19. Il ne résulte pas de l'instruction que ces dispositions aient été respectées. Par suite, le grief doit être retenu.

20. Aux termes de l'article 15 de ce décret : " I. - Avant le début des opérations de scellement, il est procédé, sous le contrôle de l'administration et des délégués de liste, à des tests du système de vote électronique et du système de dépouillement. II. - Avant le début du scrutin, le bureau de vote électronique : 1° Procède publiquement à l'établissement et à la répartition des clés de chiffrement ; 2° Vérifie que les composantes du système de vote électronique ayant fait l'objet d'une expertise n'ont pas été modifiées et s'assure que les tests ont été effectués ; 3° Vérifie que l'urne électronique est vide, scellée et chiffrée par des clés de chiffrement délivrées à cet effet ; 4° Procède au scellement du système de vote électronique, de la liste des candidats, de la liste des électeurs, des heures d'ouverture et de fermeture du scrutin ainsi que du système de dépouillement. Le scellement est effectué par la combinaison d'au moins deux clés de chiffrement, dont celle du président du bureau de vote ou de son représentant et celle d'au moins un délégué de liste. La séance au cours de laquelle il est procédé à l'établissement et à la répartition des clés de chiffrement est ouverte aux électeurs. "

21. En l'espèce, la mention sur le calendrier électoral contenu dans la note d'information n° 2020/13/CHUG/GC/CL/JDM d'un test et d'un scellement ne permet pas d'établir le respect de la procédure précitée. Par suite, le grief doit être retenu.

22. Aux termes de l'article 17 de ce décret : " I. - Le vote électronique peut s'effectuer à partir de tout poste informatique connecté à internet. Les opérations de vote électronique par internet peuvent être réalisées sur le lieu de travail pendant les heures de service ou à distance, pendant une période qui ne peut être inférieure à vingt-quatre heures ni supérieure à huit jours. II. - L'électeur a la possibilité d'exprimer son vote par internet sur un poste réservé à cet usage dans un local aménagé à cet effet, situé dans l'établissement concerné et accessible pendant les heures de service. L'administration s'assure que les conditions nécessaires à l'anonymat, la confidentialité et le secret du vote sont respectées. La décision mentionnée à l'article 4 fixe la durée de mise à disposition des postes réservés. Cette durée de mise à disposition est identique à la période durant laquelle le vote à distance est ouvert. III. - Tout électeur qui se trouve dans l'incapacité de recourir au vote électronique à distance peut se faire assister par un électeur de son choix pour voter sur le poste réservé mentionné au II. L'administration s'assure que les conditions nécessaires à l'anonymat, la confidentialité et le secret du vote sont respectées. IV. - En cas de coexistence du vote électronique et du vote à l'urne, la durée d'ouverture du vote à l'urne ne peut être inférieure à sept heures. "

23. En l'espèce, si le CHUG soutient qu'un local dédié a été mis à disposition des électeurs qui ne disposaient pas de poste informatique, cela ne résulte pas de l'instruction. Ainsi, il ne résulte pas de l'instruction que l'administration ait veillé à assurer le bénéfice effectif des dispositions précitées. Par suite, le grief doit être retenu.

23. Aux termes de l'article 20 du décret précité : " I. - Durant la période de déroulement du scrutin, la liste d'émargement et l'urne électronique font l'objet d'un procédé garantissant qu'elles ne peuvent être modifiées respectivement que par l'ajout d'un émargement et par l'ajout d'un bulletin, qui émanent d'un électeur authentifié dans les conditions prévues à l'article 18 et dont l'intégrité est assurée. II. - Durant la même période : 1° Les fichiers comportant les éléments d'authentification des électeurs et le contenu de l'urne sont inaccessibles ; 2° La liste d'émargement et le compteur des votes ne sont accessibles qu'aux membres du bureau de vote à des fins de contrôle du déroulement du scrutin ; 3° Aucun résultat partiel ne peut être comptabilisé. III. - Les interventions sur le système de vote sont réservées aux seules personnes chargées de la gestion et de la maintenance de ce système. Elles ne peuvent avoir lieu qu'en cas de risque d'altération des données. Un dispositif technique garantit que les bureaux de vote sont immédiatement et automatiquement tenus informés des interventions sur le système de vote ainsi que des mesures prises pour remédier au dysfonctionnement ayant motivé l'intervention. Le système conserve la trace de cette intervention. "

24. En l'espèce, les conditions générales d'utilisation du système fourni par le prestataire ainsi que son " expérience " ne peuvent suffire à établir que les exigences fixées par les dispositions précitées aient été respectées. Par suite, le grief doit être retenu.

25. Tel que cela a été énoncé aux points précédents, les élections de la commission médicale d'établissement du CHU de la Guadeloupe ont été organisées en méconnaissance du décret du 14 novembre 2017 relatif aux conditions et modalités de mise en œuvre du vote électronique par internet pour l'élection des représentants du personnel au sein des instances de représentation du personnel de la fonction publique hospitalière, et cela à plusieurs égards. Il est soutenu en défense que le prestataire choisi a une expérience solide et a déjà été choisi dans le cadre de différentes élections notamment pour le compte d'autres administrations publiques. Toutefois, ces irrégularités prises dans leur ensemble et du fait de leur nombre, de leur gravité et de leur nature ont été de nature à altérer la sincérité du scrutin ainsi que porter atteinte aux principes protecteurs du vote à savoir le principe d'égalité, de liberté, de secret du vote et cela quand bien même il ne résulterait pas de l'instruction que des incidents aient eu lieu au cours de ces élections.

26. Il résulte de ce qui a été dit, sans qu'il soit besoin d'examiner l'ensemble des griefs de la requête, que les opérations électorales de la commission médicale d'établissement qui se sont déroulées du 4 au 14 janvier 2021 doivent être annulées.

Sur l'injonction :

27. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique que le CHU de la Guadeloupe procède à de nouvelles élections du comité médical de l'établissement. Il y a lieu d'enjoindre au CHU de la Guadeloupe d'y procéder dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement.

Sur les frais d'instance :

28. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge des requérants, qui ne sont pas perdants dans la présente instance, la somme demandée en défense au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de la Guadeloupe la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les opérations électorales organisées du 4 janvier au 14 janvier 2021 en vue de l'élection de la commission médicale d'établissement sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au centre hospitalier universitaire de la Guadeloupe de prendre les mesures nécessaires afin de procéder à de nouvelles élections de la commission médicale d'établissement dans un délai de trois mois.

Article 3 : Le centre hospitalier universitaire de la Guadeloupe versera la somme de 1 500 euros à l'association des médecins pharmaciens et biologistes et à M. B A.

Article 4 : Le surplus des conclusions est rejeté.

Article 5 : La présente décision sera notifiée à l'association des médecins pharmaciens et biologistes, à M. B A et au centre hospitalier universitaire de la Guadeloupe.

Délibéré après l'audience du 20 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gouès, président,

Mme Goudenèche, conseillère,

Mme Le Roux, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 mai 2023.

La rapporteure,

Signé

C. GOUDENÈCHELe président,

Signé

S. GOUÈS

La greffière,

Signé

L. LUBINO

La République mande et ordonne au préfet de la Guadeloupe, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

L'adjointe à la greffière en chef

Signé

A. CETOL

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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