jeudi 29 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guadeloupe |
| Section | Tribunal Administratif de la Guadeloupe |
| N° Dossier | TA105-2100254 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SARDA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 18 mars 2021, le 29 novembre 2021, et le 1er juin 2023, le Conservatoire espace littoral et rivages lacustres , représenté par Maître Lucie Stahl , défère au tribunal comme prévenu d'une contravention de grande voirie la SARL Carrosserie JRC, en la personne de son gérant M. G J, et conclut dans le dernier état de ses écritures, à ce que le tribunal à titre principal :
1°) constate que les faits établis par procès-verbal constituent une contravention de grande voirie prévue et réprimée par l'article L. 322-10-4 du code de l'environnement et condamne par suite la SARL Carrosserie JRC à payer une amende de 1 500 euros, au titre des contraventions de 5ème classe ;
2°) condamne la SARL Carrosserie JRC et tous occupants de leur chef, à remettre les lieux en l'état, par la démolition de l'ensemble des bâtiments, clôtures, remblais présents sur le site, la remise en état naturel des terrains, le nettoyage du site, la libération de la parcelle occupée et l'évacuation des lieux, dans un délai de trois mois, à compter de la notification du jugement à intervenir et ce sous astreinte, de 300 euros par jour de retard et de se réserver le droit de liquider ladite astreinte ;
3°) autorise, le cas échéant avec le concours de la force publique, le Conservatoire du littoral à y procéder d'office aux frais, risques et périls du contrevenant, en cas d'inexécution par la SARL Carrosserie JRC, dans un délai de trois mois après la notification du jugement à intervenir ;
4°) et de mettre à la charge de la SARL Carrosserie JRC la somme de 2 000 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
A titre subsidiaire,
5°) de saisir le juge judiciaire des questions préjudicielles suivantes : 1. L'acte d'adjudication du 9 novembre 1922 publié à la Conservation des hypothèques le 6 décembre 1922 est-il nul ' Dans la négative : 2. L'acte d'adjudication du 9 novembre 1922 publié à la Conservation des hypothèques le 6 décembre 1922 peut-il porter sur une contenance de 94 ha 96 a 86 ca alors que l'acte du 16 octobre 1851 dressé par Maître Thionville notaire à Pointe-à-Pitre, publié et enregistré à la Conservation des Hypothèques de Pointe à Pitre, le 20 octobre 1851 sous le Volume. 121 n° 47 porte sur une superficie de 32ha ' 3. M. G J est-il ayant-droit des consorts A H, titulaires de l'acte d'adjudication du 9 novembre 1922 publié à la Conservation des hypothèques le 6 décembre 1922 '
6°) de Sursoir à statuer dans l'attente des réponses aux questions préjudicielles.
Il soutient que :
- le 26 mai 2020, un agent du Conservatoire du littoral a constaté que la SARL Carrosserie JRC occupe toujours, ce sans aucune autorisation, sur une emprise de 10 318 m², la parcelle BY 195 située sur le territoire de la commune de Morne-à-l'Eau qui a été mise à la disposition de l'établissement public par une convention de mise à disposition et qui appartient au domaine public maritime, et y exerce une activité de carrosserie et de location de voitures, a fait établir plusieurs bâtiments dont un à usage d'habitation, une zone de stockage d'environ 240 à 250 véhicules, y stocke des matériaux pour une construction à venir, et matériels : déchets, benne, matériaux de remblai au sol, huit camions dont un en cours de réparation, sept voitures, un bateau, un tractopelle, un manitou, un container, et que s'y trouve trois bennes pour la ferraille, deux containers et une fosse septique , un fossé de 40 mètres de long qui s'étend de la forêt marécageuse jusqu'à un bassin situé sur la partie Est de la zone occupée, et une clôture sur remblai installée sur la partie Nord-Est de la parcelle occupée ;
- M. J, gérant de la SARL Carrosserie JRC, ne détient aucun droit de propriété privée sur la parcelle litigieuse ou à défaut une question préjudicielle se pose ;
- selon un procès-verbal établi le 29 juin 2020 par un agent, assermenté et commissionné au titre de garde du littoral, ces occupations illégales du domaine public constatées depuis 2016, persistent malgré les négociations entreprises et les mises en demeure adressées au contrevenant par l'administration ;
- la SARL Carrosserie JRC, par ces agissements altère et compromet la conservation des écosystèmes et l'authenticité des paysages naturels du site de la mangrove de Vieux-Bourg à Petit Canal. Elle porte ainsi atteinte à l'intégrité et à la conservation du domaine public relevant du conservatoire du littoral et s'est rendue coupable d'une contravention de grande voirie au sens des articles L. 322-10-4 et suivants du code de l'environnement ;
- M. J, en sa qualité de gérant, ne bénéficie d'aucune autorisation d'occuper la parcelle litigieuse.
Par des mémoires en défense, enregistré le 21 mai 2021 et le 4 et 5 mai 2023, la SARL Carrosserie JRC, représentée par la personne de son gérant M. J, représentée par Maître Sarda, conclut à la relaxe et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge du conservatoire du littoral, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- à titre principal, la requête du conservatoire du littoral est irrecevable dès lors qu'il est incompétent pour saisir le juge administratif d'une contravention de grande voirie en invoquant le domaine public maritime et qu'il n'a pas reçu autorité pour agir en justice en lieu et place de l'Etat, propriétaire des parcelles concernées par la convention de mise à disposition du 24 février 2010 ;
- la requête ne peut être dirigée contre la SARL Carrosserie JRC alors que le procès-verbal de contravention a été dressé contre M. J ;
- M. J est propriétaire de la parcelle litigieuse laquelle ne relève pas du domaine public maritime ;
- les photographies notamment d'une clôture récente accompagnant le procès-verbal ont été falsifiées ; il a déposé une plainte devant Monsieur le procureur de la République ;
- à titre subsidiaire, la contravention de grande voirie n'est pas établie.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Gouès,
- les conclusions de Mme Mahé , rapporteure publique,
- et les observations de Me Pradines, substituant Maître Stahl, représentant la Conservatoire du littoral.
Considérant ce qui suit :
1. Le Conservatoire du littoral et des rivages lacustres défère au Tribunal, comme prévenu d'une contravention de grande voirie, M. J, en sa qualité de gérant de la SARL Carrosserie JRC , à qui il est reproché, aux termes d'un procès-verbal dressé le 29 juin 2020, d'occuper ce, sans aucune autorisation, sur une emprise de 10 318 m², la parcelle BY 195 sur le territoire de la commune de Morne-à-l'Eau qui a été mise à la disposition de l'établissement public par une convention de mise à disposition et qui appartient au domaine public maritime, d'exercer une activité de carrosserie et de location de voitures. Le conservatoire du littoral demande notamment la condamnation de M. J, en sa qualité de gérant de la SARL Carrosserie JRC à remettre le domaine public maritime dans son état initial et, à défaut d'exécution par le contrevenant, de l'autoriser à y procéder à ses frais, et enfin, de prononcer à l'encontre de ce dernier une peine d'amende.
En ce qui concerne la régularité des poursuites :
2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 322-10-4 du code de l'environnement : " Sans préjudice des sanctions pénales encourues, toute atteinte à l'intégrité et à la conservation du domaine public relevant du Conservatoire de l'espace littoral et des rivages lacustres, ou de nature à compromettre son usage, constitue une contravention de grande voirie constatée, réprimée et poursuivie par voie administrative. / Elle est constatée par les agents visés à l'article L. 322-10-1, sans préjudice des compétences des officiers et agents de police judiciaire et des autres agents spécialement habilités. / Les personnes condamnées sont tenues de réparer ces atteintes et encourent les amendes prévues pour les contraventions de cinquième classe et les cas de récidive. Elles supportent les frais des mesures provisoires et urgentes que le Conservatoire de l'espace littoral et des rivages lacustres a pu être amené à prendre pour faire cesser le trouble apporté au domaine public par les infractions constatées. / Le directeur du Conservatoire de l'espace littoral et des rivages lacustres et, sur délégation, les délégués des rivages du conservatoire, ont compétence pour saisir le tribunal administratif, dans les conditions et suivant les procédures prévues par le code de justice administrative. ". Et selon les dispositions de l'article R. 322-37-1 du même code : " Lorsque le directeur du conservatoire exerce les compétences qui lui sont reconnues par l'article L. 322-10-4 pour la répression et la poursuite des contraventions de grande voirie, il notifie au préfet copie du procès-verbal de contravention dans les dix jours suivant la rédaction de celui-ci ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 774-2 du code de justice administrative : " Dans les dix jours qui suivent la rédaction d'un procès-verbal de contravention, le préfet fait faire au contrevenant notification de la copie du procès-verbal. ()/ Il est dressé acte de la notification ; cet acte doit être adressé au tribunal administratif et y être enregistré comme les requêtes introductives d'instance ".
4. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que le Conservatoire du littoral, pris en la personne de sa directrice qui le représente, est parfaitement compétent pour saisir le Tribunal administratif d'une contravention de grande voirie dressée sur le domaine public relevant de l'établissement, peu importe que les parcelles concernées par l'infraction relèvent de son domaine propre ou de biens qui lui sont affectés, ce qui est le cas en l'espèce.
5. Contrairement à ce que soutient la société requérante, le procès-verbal de contravention de grande voirie a été notifié à M. J en sa qualité de gérant de la SARL Carrosserie JRC. Par suite, le moyen manque en fait et doit être écarté
6. Enfin, il ne résulte pas de l'instruction que le procès-verbal de contravention aurait fait l'objet d'une falsification. Par suite, le moyen doit être écarté.
7. Il résulte de ce qui précède que les moyens tirés du vice de procédure doivent être écartés.
En ce qui concerne le bien-fondé de la contravention de grande voirie :
8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 2111-4 du code général de la propriété des personnes publiques : " Le domaine public maritime naturel de l'Etat comprend : 1° Le sol et le sous-sol de la mer entre la limite extérieure de la mer territoriale et, côté terre, le rivage de la mer. Le rivage de la mer est constitué par tout ce qu'elle couvre et découvre jusqu'où les plus hautes mers peuvent s'étendre en l'absence de perturbations météorologiques exceptionnelles ; () 4° La zone bordant le littoral définie à l'article L. 5111-1 dans les départements de la Guadeloupe, de la Guyane, de la Martinique et de La Réunion ". Aux termes de L. 5111-1 du même code : " La zone comprise entre la limite du rivage de la mer et la limite supérieure de la zone dites des cinquante pas géométriques définie à l'article L. 5111-2 fait partie du domaine public maritime de l'Etat ". Aux termes de l'article L.5111-4 du même code : " Les dispositions de l'article L. 5111-1 ne s'appliquent pas : 1° Aux parcelles appartenant en propriété à des personnes publiques ou privées qui peuvent justifier de leur droit () ". Aux termes de l'article L. 2132-3 du code général de la propriété des personnes publiques : " Nul ne peut bâtir sur le domaine public maritime ou y réaliser quelque aménagement ou quelque ouvrage que ce soit sous peine de leur démolition, de confiscation des matériaux et d'amende. Nul ne peut en outre, sur ce domaine, procéder à des dépôts ou à des extractions, ni se livrer à des dégradations ".
9. Aux termes de l'article L. 322-9 du code de l'environnement : " Le domaine relevant du Conservatoire de l'espace littoral et des rivages lacustres comprend les biens immobiliers acquis ainsi que ceux qui lui sont affectés, attribués, confiés ou remis en gestion par l'Etat. Le domaine propre du conservatoire est constitué des terrains dont il est devenu propriétaire et qu'il décide de conserver afin d'assurer sa mission définie à l'article L. 322-1. Le domaine relevant du Conservatoire de l'espace littoral et des rivages lacustres est du domaine public à l'exception des terrains acquis non classés dans le domaine propre. Dans la limite de la vocation et de la fragilité de chaque espace, ce domaine est ouvert au public. Les immeubles du domaine relevant du Conservatoire de l'espace littoral et des rivages lacustres peuvent être gérés par les collectivités locales ou leurs groupements, ou les établissements publics ou les fondations et associations spécialisées agréées qui en assurent les charges et perçoivent les produits correspondants. Priorité est donnée, si elles le demandent, aux collectivités locales sur le territoire desquelles les immeubles sont situés. Les conventions signées à ce titre entre le conservatoire et les gestionnaires prévoient expressément l'usage à donner aux terrains, cet usage devant obligatoirement contribuer à la réalisation des objectifs définis à l'article L. 322-1 ".
10. Il résulte de l'instruction et notamment des énonciations du procès-verbal de contravention de grande voirie dressé le 29 juin 2020 que M. J, en sa qualité de gérant de la SARL Carrosserie JRC, occupe la parcelle BY 195 située sur la commune de Morne-à-l'Eau qui fait partie du domaine public maritime. En 2015, le conservatoire du littoral a été informé par des agents du parc national de Guadeloupe de l'extension de l'activité de carrosserie de M. J, par le comblement non autorisé de la zone humide, l'imperméabilisation des sols au nord des bâtiments de la carrosserie et le stockage important de véhicules en épave. Par courrier du 25 août 2016, l'intéressé a été mis en demeure de procéder à la remise en état des lieux dans leur état initial avant le 31 octobre 2016. Si après plusieurs échanges entre l'intéressé et le Conservatoire du littoral, il a été convenu d'une libération des lieux et d'une relocalisation de l'activité de l'entreprise, M. J a refusé de signer un protocole d'accord en ce sens et il a poursuivi son activité. Le procès-verbal de contravention de grande voirie dressé le 29 juin 2020, constate qu'une partie de la parcelle BY 195 est occupée par les activités de la carrosserie JRC entièrement clôturées et composées de plusieurs bâtiments et de zones de stockages de véhicules notamment un bâti servant de local administratif et abritant des cabines de peinture de 178 m², un bâti servant pour la préparation des pièces de carrosserie de 96 m², un bâti d'habitation principal à l'usage de M. J de 156 m², deux bâtis pour la préparation des véhicules de respectivement 390 m² et de 110 m², un bâti pour les cabines de peinture construit après 2014 de 251 m², un bâti de carrosserie de 357 m², un parking employés et clients de 940 m². Il a été également relevé que le reste de l'occupation était une zone de stockage de véhicules (240 à 250 véhicules), trois bennes pour ferraille, deux containers et une fosse septique, une fosse de 40 mètres de long qui s'étend de la forêt marécageuse jusqu'au bassin situé sur la partie Est de la zone occupée, des matériaux (parpaings, sable) et une dalle de béton, une clôture récente sur remblai installée sur la partie Nord-Est. L'impact de l'occupation sur l'environnement consiste en l'artificialisation du domaine public maritime par remblais ayant pour effet d'altérer et de compromettre la conservation des écosystèmes ainsi que l'authenticité des paysages naturels et de la mangrove.
11. Pour contester les poursuites exercées à son encontre, M. J soutient qu'il est propriétaire de la parcelle litigieuse laquelle ne serait pas située dans le domaine public maritime.
12. Il appartient au juge administratif de se prononcer sur l'existence, l'étendue et les limites du domaine public, sauf à renvoyer à l'autorité judiciaire une question préjudicielle en cas de contestation sur la propriété du bien litigieux dont l'examen soulève une difficulté sérieuse. Le caractère sérieux de la contestation s'apprécie au regard des prétentions contraires des parties et au vu de l'ensemble des pièces du dossier. Le juge doit prendre en compte tant les éléments de fait que les titres privés invoqués par les parties.
13. Pour établir les droits de propriété qu'il prétend détenir sur la parcelle BY 195, M. J produit un acte de vente du 16 octobre 1851 établi par Me Jean Thionville , notaire à Pointe-à-Pitre, un enregistrement de cet acte à la Conservation des Hypothèques le 20 octobre 1851 sous le volume 121 n°47, un acte d'adjudication du 9 novembre 1922 enregistré le 28 novembre 1955 constatant la vente par les consorts C au profit de MM H et A d'une habitation située en la commune de Morne à l'eau de la contenance de 94ha96a86ca consistant en palétuviers noyés et en un ou deux monticules de terre franches enclavés dans les palétuviers, le tout borné au Nord par la mer, au Sud par les terres de M. E B ou ayant droits , à l'Est par les terres de M. I ou ayants droit, à l'ouest par les terres de M. F ou ayants droit. Enfin, il a présenté un relevé cadastral mentionnant les parcelles suivantes cadastrées BR n°2,3,37,38, et BY n°s 2, 95, 96 et 97 pour une contenance cadastrale totale de 19ha90a40ca au nom de MM. H et A.
14. Toutefois, il résulte de l'instruction qu'un géomètre expert a établi un certificat de concordance dans un rapport du 14 septembre 2017 et retient notamment que " ce bien est composé d'une partie de mangrove, zone située dans la continuité de la mer et classée dans le domaine public maritime, inaliénable et imprescriptible. (..) Il n'apparait à aucun moment dans les origines de propriétés (..) qu'une partie de ce bien a été cédé par l'Etat. () Il apparait légitime de se poser la question de l'opposabilité de ce titre envers l'Etat ". Il ajoute que " La concordance entre le document n°1 et les parcelles BR n°2,3,37,38 et BY n°2,95,96 ,97 et une partie de BY 195 ne signifie en aucun cas que les ayants droits H et A sont toujours propriétaires de ces parcelles(..) " et que " du fait de l'ancienneté de ce document, il n'est pas exclu que certaines parcelles aient été vendues ou bien revendiquées par un tiers au titre de la prescription trentenaire ".
15. Si l'intéressé se prévaut d'un certificat de concordance établi, à sa demande, par un géomètre-expert le 30 janvier 2018 lequel a fait une projection de la contenance du bien et qui conclut qu' " à ce stade nous pouvons proposer la correspondance entre le bien décrit dans l'acte d'adjudication avec la zone géographique définie en rouge " , " que cette description est cohérente avec la description du bien défini dans le titre de propriété de 1922 et avec les occupations constatées sur site par M. G J notamment la construction à usage d'habitation sur la parcelle BY 195 et le garage Carrosserie JRC sur les parcelles BR 37 et BR 38 (..) ", ce document ne se prononce pas sur le droit de propriété de M. J et indique d'ailleurs que l'intéressé n'a pas présenté d'acte de notoriété après le décès de MM. A et H de telle sorte qu'il n'établit pas être un ayant droit de M. D A. Si l'intéressé produit également un document intitulé " filiation en ligne directe de J G vis-à-vis de A D " établi par l'étude Edouard Miath, généalogiste successorale, ce document n'a pas de valeur probante. Enfin, les actes d'état civil produits ne permettent pas davantage d'établir la qualité d'ayant droit de M. J et de ce qu'il serait propriétaire de la parcelle litigieuse.
16. De plus, il résulte de l'instruction notamment des certificats de concordance produits par les parties que l'acte du 6 décembre 1992 ne délimite pas précisément l'immeuble vendu par adjudication, il existe une " énorme incertitude " sur la contenance de la propriété issue de l'acte de 1922 passant de 32 ha, à 19ha90a40ca, et à 94ha96a86ca. Il apparaît uniquement une concordance entre l'acte de vente de 1922 et les occupations à usage d'habitation sur la parcelle BY 95 et le garage carrosserie JRC sur les parcelles BR 37et BR 38, excluant une partie de la parcelle litigieuse BY 195, laquelle est d'une superficie de près de 585 hectares composée de mangrove, écosystème de marais incluant des palétuviers et se développant dans la zone de balancement des marées ou estran.
17. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que la direction régionale des finances publiques de la Guadeloupe atteste qu'aucun titre de propriété n'ayant fait l'objet d'une validation par la commission de vérification des titres ni aucun titre n'ayant été délivré par l'Etat, cette parcelle constitue une propriété de l'Etat qui relève de son domaine public maritime. Enfin, le conservatoire du littoral s'est vu affecter des parcelles situées sur la commune de Morne-à-l'Eau par une convention de mise à disposition valant affectation au sens de l'article L. 322-6 du code de l'environnement en date du 24 février 2010 incluant la parcelle BY 195. Et la direction régionale des finances publiques de la Guadeloupe a confirmé cette affectation par une attestation du 15 mars 2021.
18. Dans ces conditions, les titres de propriété communiqués par M. J ne permettent pas de démontrer qu'un quelconque droit de propriété puisse être revendiqué par M. J sur la parcelle BY 195. Par suite, la question de la propriété de la parcelle BY 195 ne soulève pas une difficulté sérieuse.
Sur l'action publique :
19. Aux termes de l'article L. 2132-26 du même code général de la propriété des personnes publiques : " sous réserve des textes spéciaux édictant des amendes d'un montant plus élevé, l'amende prononcée pour les contraventions de grande voirie ne peut excéder le montant prévu par le 5° de l'article 131-13 du code pénal ; ". Aux termes de cet article : " Constituent des contraventions les infractions que la loi punit d'une amende n'excédant pas 3 000 euros. le montant de l'amende est le suivant : () 5° 1 500 euros au plus pour les contraventions de la 5e classe () ; " .
20. Aux termes des dispositions de l'article 131-13 du code pénal : " Constituent des contraventions les infractions que la loi punit d'une amende n'excédant pas 3 000 euros. / Le montant de l'amende est le suivant : / () 5°) 1 500 euros au plus pour les contraventions de la 5e classe, montant qui peut être porté à 3 000 euros en cas de récidive lorsque le règlement le prévoit, hors les cas où la loi prévoit que la récidive de la contravention constitue un délit " ;
21. L'occupation sans titre de la parcelle BY 195 appartenant au domaine public maritime placée sous la responsabilité du Conservatoire du littoral et des espaces lacustres et le maintien sans autorisation des constructions sur ce domaine présentent le caractère d'une atteinte à l'intégrité du domaine public et constituent, dès lors, une contravention de grande voirie prévue par les articles L. 2122-1 du code général de la propriété des personnes publiques et L. 322-10-4 du code de l'environnement et justifient les poursuites engagées à l'encontre de M. J, en sa qualité de gérant de la SARL Carrosserie JRC. La matérialité des faits allégués par le Conservatoire du littoral étant établie, il y a lieu de condamner M. J, en sa qualité de gérant de la SARL Carrosserie JRC en application des dispositions précitées, au paiement d'une amende de 1 500 euros pour l'occupation sans autorisation sur le domaine public maritime et pour s'y maintenir sans droit ni titre sur ce domaine public maritime et en avoir conservé la garde et, enfin, pour l'occupation irrégulière dudit domaine maritime public.
Sur l'action domaniale :
22. Pour les motifs précédemment exposés, il y a lieu d'enjoindre à M. J, en sa qualité de gérant, d'une part, de démolir l'intégralité des constructions et clôtures édifiées sur la dépendance du domaine public maritime, d'autre part, de rétablir les lieux dans leur état initial, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard. Il y a lieu également d'autoriser le Conservatoire du littoral à procéder d'office à ces opérations aux frais, risques et périls du contrevenant, en cas d'inexécution passé le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement ;
Sur les frais de procès :
23. Les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative par M. J, partie perdante, doivent être rejetées. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge de M. J, en sa qualité de gérant, une somme de 1 200 euros à verser au Conservatoire de l'espace littoral et des rivages lacustres au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
DECIDE :
Article 1er : M. J, en sa qualité de gérant de la SARL Carrosserie JRC, est condamné à payer une amende de 1 500 euros.
Article 2 : M. J, en sa qualité de gérant, et tous occupants de son chef devra procéder à la démolition de l'intégralité des constructions et clôtures présentes édifiées sur la dépendance du domaine public maritime située sur la parcelle BY 195 sur le territoire de la commune de Morne à l'Eau et de rétablir les lieux dans leur état initial, dans un délai de trois mois, à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard.
Article 3 : Le Conservatoire de l'espace littoral et des rivages lacustres est autorisé à procéder d'office à la réalisation des travaux prescrits à l'article 2 aux frais, risques et périls du contrevenant, en cas d'inexécution passé le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : M. J, en sa qualité de gérant, versera au Conservatoire de l'espace littoral et des rivages lacustres la somme de 1 200 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Les conclusions de M. J tendant à l'application de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 6 : La présente décision sera notifiée au Conservatoire de l'espace littoral et des rivages lacustres, pour notification par ses soins à M. J, en sa qualité de gérant de la SARL Carrosserie JRC dans les conditions prévues à l'article L. 774-6 du code de justice administrative.
Délibéré après l'audience du 15 juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Gouès, président,
Mme Goudenèche, conseillère,
Mme le Roux, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juin 2023
Le président-rapporteur,
Signé :
S. GOUÈS
L'assesseure la plus ancienne,
Signé :
C. GOUDENÈCHE
La greffière,
Signé :
L. LUBINO
La République mande et ordonne au préfet de la Guadeloupe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
L'adjointe de la greffière en chef
Signé
A. Cétol
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026