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AccueilJurisprudence administrativeN° TA105-2100468

Tribunal Administratif de la Guadeloupe — Décision N° TA105-2100468

jeudi 25 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Guadeloupe
SectionTribunal Administratif de la Guadeloupe
N° DossierTA105-2100468
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantDEPORCQ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 mai 2021, Mme B C et M. A C, représentés par Me Deporcq, demandent au tribunal de la Guadeloupe :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet née à la suite du recours gracieux du 5 mars 2021 ;

2°) de mettre à la charge de la commune la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L.761- 1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision contestée est entachée d'une incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 111-1-2 et L. 151-11 du code de l'urbanisme ;

- elle est illégale par voie d'exception dès lors que l'avis rendu par la commission départementale de la préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 décembre 2021, la commune de Baie-Mahault, représentée par Me Morton, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge des requérants la somme de 3 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable dès lors qu'elle méconnait les dispositions de l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme ;

- l'ensemble des moyens n'est pas fondé.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code rural et de la pêche maritime ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Goudenèche, conseillère ;

- et les conclusions de Mme Mahé, rapporteure publique ;

Les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Les requérants sont propriétaires de la parcelle cadastrée BH 259 située Chemin Vicinal de Convenance à Baie-Mahault de 24 960 m². Par un arrêté du 7 janvier 2021, le maire de Baie-Mahault a refusé de délivrer un permis d'aménager une aire de stationnement de 50 places, de stands aménagés sous des pergolas végétalisées, d'un aménagement paysager, d'un bassin naturel et d'un espace de détente au motif que la commission départementale de la préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers avait donné un avis défavorable le 30 novembre 2020 et que cet avis est un avis conforme que la commune doit suivre. Une décision implicite de rejet est née du recours gracieux du 5 mars 2021, réceptionné le 6 mars 2021 par la commune contre cette décision. Les requérants contestent cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 181-12 du code rural et de la pêche maritime : " En Guadeloupe, en Guyane, en Martinique, à La Réunion et à Mayotte, tout projet d'élaboration ou de révision d'un document d'aménagement ou d'urbanisme ayant pour conséquence d'entraîner le déclassement de terres classées agricoles, ainsi que tout projet d'opération d'aménagement et d'urbanisme ayant pour conséquence la réduction des surfaces naturelles, des surfaces agricoles et des surfaces forestières dans les communes disposant d'un document d'urbanisme, ou entraînant la réduction des espaces non encore urbanisés dans une commune soumise au règlement national d'urbanisme, doit faire l'objet d'un avis favorable de la commission mentionnée à l'article L. 181-10. Les dispositions du premier alinéa du présent article ne s'appliquent pas lorsque la procédure relative au document d'urbanisme ou le projet a pour objet un programme comportant majoritairement du logement social. La commission départementale de la préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers émet dans ce cas un avis rendu dans les conditions définies à l'article L. 112-1-1 du présent code et au code de l'urbanisme. Pour exercer cette mission, les membres de la commission sont destinataires, dès leur réalisation, de toutes les études d'impact effectuées dans le département en application des articles L. 110-1, L. 110-2 et L. 122-6 du code de l'environnement. Il en va de même pour les évaluations environnementales réalisées dans le département en application des articles L. 104-1 à L. 104-3 du code de l'urbanisme. Dans les délais et conditions définis au code de l'urbanisme, la commission se prononce sur ces projets au regard de l'objectif de préservation des terres agricoles en prenant en compte l'ensemble des critères suivants : 1° Les objectifs d'intérêt général du projet ; 2° Les potentialités agronomiques et environnementales des terres agricoles ; 3° Les réserves de constructibilité existant dans les zones urbaines ou à urbaniser de la commune considérée et des communes limitrophes ; 4° La possibilité de solutions alternatives. ". Aux termes de l'article L. 181-10 de ce code : " Pour son application en Guadeloupe, en Guyane, en Martinique, à La Réunion et à Mayotte, l'article L. 112-1-1 est ainsi rédigé : " Art. L. 112-1-1.-Il est créé une commission départementale de la préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers composée, outre le préfet qui la préside, de représentants en proportion égale : " 1° Des services de l'Etat ; " 2° Des collectivités territoriales ; " 3° Des professions agricole et forestière, des opérateurs fonciers agricoles et d'au moins un propriétaire foncier ; " 4° Des associations agréées de protection de l'environnement. " ".

3. En premier lieu, en l'espèce, afin d'être autorisé, le projet des requérants devait faire l'objet d'un avis favorable de la commission départementale de la préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers. Il résulte en effet des dispositions précitées, que dans les communes disposant d'un document d'urbanisme, tout projet d'opération d'aménagement et d'urbanisme ayant pour conséquence la réduction des surfaces naturelles, des surfaces agricoles et des surfaces forestières doit faire l'objet d'un avis de cette commission. Or, il ressort des pièces du dossier, qu'à la date de la décision attaquée, la commune disposait d'un document d'urbanisme, à savoir le plan d'occupation des sols approuvé le 15 novembre 2012. Par ailleurs, le projet litigieux, qui consiste en l'aménagement d'une aire de stationnement de 50 places, de stands aménagés sous des pergolas végétalisées, d'un aménagement paysager, d'un bassin naturel et d'un espace de détente, peut être qualifié de projet d'aménagement ou d'urbanisme. Enfin, il ressort des pièces du dossier, et notamment du plan d'occupation des sols, que la parcelle litigieuse est classée AP, est ainsi définie comme une zone agricole. Ainsi, le projet a pour conséquence la réduction des surfaces naturelles, des surfaces agricoles et des surfaces forestières et est, de ce fait, soumis à l'avis conforme de la commission.

4. En second lieu, aux termes de l'article 2.5 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Baie-Mahault : " 2.5. En sus des dispositions de l'article A 2.1, dans le seul secteur AP, - Les constructions et installations à condition : • qu'elles soient nécessaires à l'exploitation agricole, • et qu'elles ne soient pas destinées au logement ".

5. En l'espèce, les requérants doivent être regardés comme soutenant que la commission départementale de la préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers a entaché son avis d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors d'une part, qu'ils sont bien agriculteurs et d'autre part, que leur projet est nécessaire à leur exploitation agricole. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de leur certificat d'inscription au répertoire des entreprises et des établissements et de leur carte d'affiliation au régime de sécurité sociale des exploitants agricoles, que les requérants sont bien agriculteurs. Toutefois, il résulte de l'instruction que la commission aurait pris la même décision en se fondant uniquement sur la circonstance que le projet n'est pas nécessaire à l'exploitation. En effet, il ne ressort pas des pièces du dossier que le projet soit, au regard de sa nature et de son ampleur, nécessaire à l'exploitation. Par suite, le moyen doit être écarté.

6. Il ressort ainsi des pièces du dossier que pour former opposition à la décision contestée, le maire s'est borné à constater que la commission départementale de la préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers avait donné un avis défavorable le 30 novembre 2020. En application des dispositions de l'article L. 181-12 du code rural et de la pêche maritime il était tenu, après avoir constaté que la commission avait rendu un avis défavorable, de prendre la décision contestée. Ainsi, les moyens tirés de l'incompétence, de l'insuffisance de motivation, de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 111-1-2 et L. 151-11 du code de l'urbanisme sont inopérants. Par suite, les moyens doivent être écartés.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin-de-non-recevoir, que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées.

Sur les frais d'instance :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacles à ce que soit mise à la charge de la commune de Baie-Mahault, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que les requérants demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge des requérants une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme et M. C doit être rejetée.

Article 2 : Mme et M. C verseront la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à la commune de Baie-Mahault.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à M. A C et Mme B C et au maire de Baie-Mahault.

Délibéré après l'audience du 11 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gouès, président,

Mme Goudenèche, conseillère,

Mme Le Roux, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 mai 2023.

La rapporteure,

Signé

C. GOUDENÈCHELe président,

Signé

S. GOUÈS

La greffière,

Signé

L. LUBINO

La République mande et ordonne au préfet de la Guadeloupe, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

L'adjointe à la greffière en chef

Signé

A. CETOL

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