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AccueilJurisprudence administrativeN° TA105-2100679

Tribunal Administratif de la Guadeloupe — Décision N° TA105-2100679

vendredi 2 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de la Guadeloupe
SectionTribunal Administratif de la Guadeloupe
N° DossierTA105-2100679
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJuge unique
Avocat requérantCHARLOT CHRISTINE

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I) Par une requête, enregistrée le 27 juin 2021 sous le numéro 2100679, Mme C A, représentée par Me Charlot, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 19 avril 2021 ;

2°) d'enjoindre au conseil départemental de la Guadeloupe et à la caisse d'allocations familiales de la Guadeloupe de lui allouer le revenu de solidarité active ;

3°) de mettre à la charge du conseil départemental et de la caisse d'allocations familiales de la Guadeloupe la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée n'est pas motivée ;

- elle est dépourvue de base légale ; elle méconnaît l'article L.262-4 du code de l'action sociale et des familles ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 mars 2022, le conseil départemental de la Guadeloupe conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable ;

- les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

II) Par une requête, enregistrée le 27 juin 2021 sous le numéro 2100680, Mme C A, représentée par Me Charlot, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 21 mai 2021 ;

2°) d'enjoindre au conseil départemental de la Guadeloupe et à la caisse d'allocations familiales de la Guadeloupe de lui allouer le revenu de solidarité active ;

3°) de mettre à la charge du conseil départemental et de la caisse d'allocations familiales de la Guadeloupe la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

-la décision attaquée est dépourvue de base légale ; elle méconnaît l'article L.262-4 du code de l'action sociale et des familles ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 mars 2022, le conseil départemental de la Guadeloupe conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

-les moyens ne sont pas fondés.

Par un mémoire en observation, enregistré le 10 novembre 2022, la caisse d'allocations familiales de la Guadeloupe a présenté ses observations.

Elle soutient que :

-le dossier de la requérante est à l'étude.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Mahé, première conseillère ;

- les conclusions de M. Sabatier, rapporteur public ;

- et les observations de Me Charlot, avocat de Mme C A et des représentants de la caisse d'allocations familiales de la Guadeloupe et du conseil départemental de la Guadeloupe.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A, de nationalité cubaine, a demandé, le 31 octobre 2020, le bénéfice du revenu de solidarité active. Par décision du 17 décembre 2020, la caisse d'allocations familiales de la Guadeloupe lui a refusé le bénéfice de cette prestation au motif qu'elle n'avait pas justifié de 5 ans de résidence régulière et continue sur le territoire français par la production de titres de séjour échus, consécutifs et continus pour la période des mois de septembre 2015 à octobre 2020. La requérante a présenté deux recours préalables contre cette décision devant le président du conseil départemental, le 8 mars 2021 et 20 avril 2021 qui ont fait l'objet de décisions implicites de rejet. Mme C A doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler ces deux décisions implicites de rejet de ses recours administratifs préalables.

Sur la jonction :

2. Les requêtes susvisées ayant fait l'objet d'une instruction commune et présentant à juger des questions similaires, il y a lieu de les joindre pour qu'il soit statué par un seul et même jugement.

Sur les droits au revenu de solidarité active de Mme C A :

3. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne à l'allocation de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention dans la reconnaissance du droit à cette allocation qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé sur lesquels l'administration s'est prononcée, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il appartient au juge administratif d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision en fixant alors lui-même les droits de l'intéressé, pour la période en litige, à la date à laquelle il statue ou, s'il ne peut y procéder, de renvoyer l'intéressé devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation sur la base des motifs de son jugement.

4. Il résulte de ce qui précède que les moyens tirés du défaut de motivation des décisions attaquées et du défaut de base légale consécutif à une absence de mention des textes légaux dont il serait fait application, sont inopérants.

5. Aux termes de l'article L.262-4 du code de l'action sociale et des familles : " Le bénéfice du revenu de solidarité active est subordonné au respect, par le bénéficiaire, des conditions suivantes : () 2° Etre français ou titulaire, depuis au moins cinq ans, d'un titre de séjour autorisant à travailler. Cette condition n'est pas applicable : a) Aux réfugiés, aux bénéficiaires de la protection subsidiaire, aux apatrides et aux étrangers titulaires de la carte de résident ou d'un titre de séjour prévu par les traités et accords internationaux et conférant des droits équivalents ; () ". Il résulte de ces dispositions que le revenu de solidarité active a notamment pour objet de favoriser l'insertion professionnelle et que le législateur a estimé que la stabilité de la présence sur le territoire national, dans une situation l'autorisant à occuper un emploi, du demandeur de cette prestation, était de nature à contribuer à cet objectif. Il a ainsi subordonné le bénéfice du revenu de solidarité active pour les étrangers, sous réserve de certaines exceptions, à une condition de détention d'un titre de séjour autorisant à travailler depuis au moins cinq ans à la date de la demande. Si cette période doit être continue, le respect de cette condition ne saurait toutefois être affecté par une interruption correspondant à un retard, imputable à l'administration, dans la délivrance du récépissé, autorisant son titulaire à travailler, d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour.

6. Il résulte de l'instruction que le bénéfice du revenu de solidarité active a été refusé à Mme C A au motif qu'elle n'avait pas justifié de cinq ans de résidence régulière et continue sur le territoire français par la production de titres de séjour échus, consécutifs et continus pour la période des mois de septembre 2015 à octobre 2020. Dans le cadre de la présente instance, la requérante justifie, par la production d'une carte de séjour temporaire ou de récépissés de demande de titres de séjour, de la régularité de son séjour en France du 28 septembre 2015 au 25 novembre 2016, du 1er août 2017 au 31 juillet 2018 et du 25 septembre 2018 au 31 juillet 2021. Il en résulte qu'elle ne produit aucun titre sur la période du 26 novembre 2016 au 31 juillet 2017 ni sur la période du 1er août 2018 au 25 septembre 2018. Si cette dernière période de presque deux mois peut correspondre, compte tenu de sa courte durée, à un éventuel retard imputable à l'administration dans le traitement de sa demande de renouvellement de son titre de séjour, elle n'établit pas, par la seule production de deux rendez-vous en préfecture fixés les 19 et 25 janvier 2017 dont il n'est pas justifié qu'ils ont été honorés, que la première période de presque 9 mois, qui sépare la carte de séjour temporaire expirant le 25 novembre 2016 et le récépissé de carte de séjour qui lui a été remis le 1er août 2017, soit liée à un retard imputable à l'administration. Dans ces conditions, elle ne peut être regardée comme remplissant la condition de détention d'un titre de séjour autorisant à travailler depuis au moins cinq ans à la date de sa demande soit à la date du 31 octobre 2020.

7. C'est donc à bon droit que l'allocation de revenu de solidarité active lui a été refusée. Ses conclusions à fin d'annulation doivent en conséquence être rejetées ainsi que par voie de conséquence ses conclusions à fin d'injonction et présentées sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E

Article 1er : Les requêtes n° 210679 et 210680 présentées par Mme C A sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au Conseil départemental de la Guadeloupe.

Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales de la Guadeloupe.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 décembre 202La magistrate-désignée,

Signé

N. MAHÉLa greffière,

Signé

N. ISMAËL

La République mande et ordonne au préfet de la Guadeloupe et au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière en chef,

Signé

M-L Corneille

N°210679-2100680

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