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AccueilJurisprudence administrativeN° TA105-2100715

Tribunal Administratif de la Guadeloupe — Décision N° TA105-2100715

jeudi 29 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Guadeloupe
SectionTribunal Administratif de la Guadeloupe
N° DossierTA105-2100715
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantGuillaume DELARUE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés respectivement le 1er juillet 2021 et le 26 août 2022, M. B A, représenté par Me Delarue, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du directeur de l'établissement public local d'enseignement et de formation professionnelle agricole de Guadeloupe en date du 2 décembre 2020, en ce qu'elle a rejeté sa demande de versement de l'indemnité de garantie individuelle du pouvoir d'achat au titre des années 2013, 2014 et 2015, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;

2°) de condamner l'établissement public local d'enseignement et de formation professionnelle agricole de Guadeloupe à lui verser la somme de 3 236 euros, sauf à parfaire, au titre de la garantie individuelle du pouvoir d'achat, ainsi que les intérêts au taux légal à compter de la réception de sa demande du 5 novembre 2020, ainsi que la capitalisation de ces intérêts ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa demande n'est pas prescrite dès lors que la prescription a été interrompue par son courrier électronique du 23 janvier 2017 ;

- il remplit l'ensemble des conditions d'attribution de l'indemnité de garantie individuelle du pouvoir d'achat en vertu du décret n° 2008-539 du 6 juin 2008 relatif à l'instauration d'une indemnité dite de garantie individuelle du pouvoir d'achat.

La procédure a été communiquée à l'établissement public local d'enseignement et de formation professionnelle agricole de Guadeloupe, qui n'a pas produit d'observations en défense malgré une mise en demeure en ce sens adressée le 4 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi du 31 décembre 1968 ;

- le décret n° 2008-539 du 6 juin 2008 relatif à l'instauration d'une indemnité dite de garantie individuelle du pouvoir d'achat ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Le Roux,

- et les conclusions de Mme Mahé, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a été recruté en tant qu'agent polyvalent par l'établissement public local d'enseignement et de formation professionnelle agricole de Guadeloupe, par un contrat à durée indéterminée du 17 février 1989. Par un courrier du 5 novembre 2020, il a demandé au directeur de l'établissement public local d'enseignement et de formation professionnelle agricole de Guadeloupe de lui accorder le bénéfice de l'indemnité de garantie individuelle du pouvoir d'achat pour les années précédant sa demande, pour un montant total de 5 450 euros. Par une décision du 2 décembre 2020, le directeur de l'établissement public local d'enseignement et de formation professionnelle agricole de Guadeloupe lui a accordé le bénéfice de la garantie individuelle du pouvoir d'achat au titre de l'année 2016 et a rejeté sa demande au titre des années antérieures à 2016, au motif que sa demande serait prescrite. Par un courrier, reçu le 2 mars 2021, il a formé un recours gracieux à l'encontre de cette décision, qui a fait l'objet d'une décision implicite de rejet de la part de l'administration. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler la décision par laquelle le directeur de l'établissement public local d'enseignement et de formation professionnelle agricole de Guadeloupe a rejeté sa demande de versement de l'indemnité de garantie individuelle du pouvoir d'achat au titre des années 2013, 2014 et 2015, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux, et de condamner l'établissement public local d'enseignement et de formation professionnelle agricole de Guadeloupe à lui verser la somme de 3 236 euros, sauf à parfaire, au titre de la garantie individuelle du pouvoir d'achat lui restant due. Toutefois, en demandant la condamnation de l'établissement public local d'enseignement et de formation professionnelle agricole de Guadeloupe à lui verser la somme en litige, M. A a donné à l'ensemble de sa requête le caractère d'une demande de plein contentieux.

Sur les conclusions relatives à l'indemnité de garantie individuelle du pouvoir d'achat :

En ce qui concerne la prescription quadriennale :

2. Le premier alinéa de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics dispose que : " Sont prescrites, au profit de l'Etat, des départements et des communes, sans préjudice des déchéances particulières édictées par la loi, et sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis. Sont prescrites, dans le même délai et sous la même réserve, les créances sur les établissements publics dotés d'un comptable public. ". Aux termes de l'article 2 de cette loi : " La prescription est interrompue par : Toute demande de paiement ou toute réclamation écrite adressée par un créancier à l'autorité administrative, dès lors que la demande ou la réclamation a trait au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance, alors même que l'administration saisie n'est pas celle qui aura finalement la charge du règlement. () Un nouveau délai de quatre ans court à compter du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle a eu lieu l'interruption. Toutefois, si l'interruption résulte d'un recours juridictionnel, le nouveau délai court à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle la décision est passée en force de chose jugée. ".

3. En l'espèce, il résulte des termes de la décision attaquée du 2 décembre 2020, que le directeur de l'établissement public local d'enseignement et de formation professionnelle agricole de Guadeloupe a rejeté la demande de M. A tendant au versement de l'indemnité de garantie individuelle du pouvoir d'achat au titre des années antérieures à 2016 au motif que sa demande serait atteinte par la prescription quadriennale issue des dispositions de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968. Toutefois, ainsi que le soutient le requérant, il résulte de l'instruction qu'il a formé une demande de paiement de cette indemnité au titre des années 2008, 2012, 2013, 2014, 2015 et 2016 par le biais d'un courrier électronique envoyé au directeur de l'établissement public local d'enseignement et de formation professionnelle agricole de Guadeloupe le 23 janvier 2017. En outre, si, en vertu de l'article L. 112-7 du code des relations entre le public et l'administration, les dispositions de ce code relatives à la saisine et aux échanges par voie électronique ne sont pas applicables aux relations entre les administrations et leurs agents, ni cet article, ni aucun autre article du code des relations entre le public et l'administration, ni aucune autre disposition législative ou réglementaire n'interdisent à un agent public de déposer une demande par voie électronique auprès de l'administration qui l'emploie. De plus, l'établissement public local d'enseignement et de formation professionnelle agricole de Guadeloupe, qui n'a pas produit de mémoire en défense malgré une mise en demeure en ce sens, ne conteste aucunement avoir reçu le message électronique envoyé par M. A, et doit, en tout état de cause, être réputé avoir acquiescé aux faits exposés dans le mémoire du requérant, en application des dispositions de l'article R. 612-6 du code de justice administrative. Il en résulte que l'établissement public local d'enseignement et de formation professionnelle agricole de Guadeloupe doit être regardé comme ayant effectivement reçu la demande que le requérant lui a envoyée par courrier électronique le 23 janvier 2017, laquelle a interrompu la prescription quadriennale des créances en litige qui n'étaient pas déjà prescrites à la date de sa demande, à savoir celles des années 2013, 2014 et 2015. Il s'ensuit que le délai de prescription de ces créances a recommencé à courir pour une durée de quatre ans à compter du 1er janvier 2018. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que, c'est en méconnaissance des dispositions de la loi du 31 décembre 1968, que l'administration a rejeté ses demandes au titre des années 2013, 2014 et 2015 au motif que ces créances étaient prescrites.

En ce qui concerne le bien-fondé de sa demande :

4. Aux termes de l'article 1 du décret du 6 juin 2008, relatif à l'instauration d'une indemnité dite de garantie individuelle du pouvoir d'achat : " Une indemnité dite de garantie individuelle du pouvoir d'achat est attribuée dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent décret aux fonctionnaires mentionnés à l'article 2 de la loi du 13 juillet 1983 susvisée () / Nonobstant les dispositions figurant dans leur contrat, cette garantie est également applicable : ' aux agents publics non titulaires des administrations de l'Etat, des régions, des départements, des communes, des collectivités à statuts particuliers, des collectivités d'outre-mer et de leurs établissements publics, y compris les établissements mentionnés à l'article 2 du titre IV du statut général des fonctionnaires de l'Etat et des collectivités territoriales, recrutés sur contrat à durée indéterminée et rémunérés par référence expresse à un indice ; (). ". Aux termes de l'article 2 du même code : " Les agents publics mentionnés à l'article 1er du présent décret doivent détenir, s'agissant des fonctionnaires, magistrats, militaires ou personnels des cultes, un grade dont l'indice sommital est inférieur ou égal à la hors-échelle B ou, s'agissant des agents sur contrat, être rémunérés sur la base d'un indice inférieur ou égal à la hors-échelle B. ". Aux termes de l'article 3 du même décret : " La garantie individuelle du pouvoir d'achat résulte d'une comparaison établie entre l'évolution du traitement indiciaire brut (TIB) détenu par l'agent sur une période de référence de quatre ans et celle de l'indice des prix à la consommation (IPC hors tabac en moyenne annuelle) sur la même période. Si le TIB effectivement perçu par l'agent au terme de la période a évolué moins vite que l'inflation, un montant indemnitaire brut équivalent à la perte de pouvoir d'achat ainsi constatée est versé à chaque agent concerné. Soit G, le montant de la garantie individuelle, la formule servant à déterminer le montant versé est la suivante : G = TIB de l'année de début de la période de référence X (1 + inflation sur la période de référence) - TIB de l'année de fin de la période de référence. L'inflation prise en compte pour le calcul résulte de l'IPC (hors tabac), sur la période de référence. Elle est exprimée en pourcentage. L'inflation résulte de la différence constatée entre la moyenne annuelle de l'IPC (hors tabac) aux années de début et de fin de la période de référence selon la formule suivante : Inflation sur la période de référence = (Moyenne IPC de l'année de fin de la période de référence/Moyenne IPC de l'année de début de la période de référence) ' 1. Le TIB de l'année pris en compte correspond à l'indice majoré détenu au 31 décembre de chacune des deux années bornant la période de référence multiplié par la valeur moyenne annuelle du point pour chacune de ces deux années. Sont exclus de la détermination du montant de la garantie l'indemnité de résidence, le supplément familial de traitement, la nouvelle bonification indiciaire et toutes les autres primes et indemnités pouvant être servies aux agents (). ".

5. Le décret du 6 juin 2008 susvisé a institué une indemnité dite de garantie individuelle du pouvoir d'achat au bénéfice des agents titulaires et non titulaires, déterminée en comparant, pour chaque agent, l'évolution de son traitement indiciaire brut au cours d'une période de référence de quatre ans et celle de l'indice des prix à la consommation sur la même période. Le décret prévoit que cette indemnité est versée aux fonctionnaires et agents dont le traitement a évolué, au cours de cette période, moins vite que l'inflation et que son montant équivaut à la perte de pouvoir d'achat constatée et précise que l'évolution du traitement brut est calculée en prenant en compte l'indice majoré détenu au 31 décembre de chacune des années qui bornent la période de référence et la valeur moyenne du point pour chacune de ces années.

6. En l'espèce, tout d'abord, il est constant que le requérant a le statut d'agent public non titulaire d'un établissement public, recruté sur un contrat à durée déterminée, et il résulte des bulletins de paye qu'il produit que, sur la période objet de sa demande, il était rémunéré par référence expresse à l'indice majoré 416, lequel est inférieur ou égal au traitement hors-échelle B. Ainsi, dès lors que le traitement indiciaire brut de M. A a évolué moins vite que l'inflation au terme de chaque période de référence, il en résulte que M. A remplissait l'ensemble des conditions lui permettant de se voir attribuer la garantie individuelle du pouvoir d'achat au titre des années 2013, 2014 et 2015. Toutefois, l'état de l'instruction ne permettant pas de déterminer le montant total des sommes dues au requérant à raison de la garantie individuelle du pouvoir d'achat, il y a donc lieu de le renvoyer devant l'établissement public local d'enseignement et de formation professionnelle agricole de Guadeloupe afin que soit déterminé et liquidé le montant de la somme qui lui est due.

Sur les intérêts et la capitalisation des intérêts :

7. La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond. Cette demande prend toutefois effet au plus tôt à la date à laquelle elle est enregistrée et pourvu qu'à cette date il s'agisse d'intérêts dus au moins pour une année entière. Le cas échéant, la capitalisation s'accomplit à nouveau à l'expiration de chaque échéance annuelle ultérieure sans qu'il soit besoin de formuler une nouvelle demande.

8. En l'espèce, d'une part, le requérant a demandé pour la première fois devant l'administration le versement d'intérêts moratoires à l'occasion de sa réclamation préalable du 5 novembre 2020, il a ainsi droit, à compter de cette date, aux intérêts au taux légal sur les sommes qui lui sont dues en vertu du point 6 du présent jugement. D'autre part, le requérant a demandé la capitalisation des intérêts pour la première fois dans sa requête enregistrée le 1er juillet 2021 par le tribunal de céans. Par suite, les intérêts échus à compter du 1er juillet 2021, puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date, seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.

Sur les frais liés à l'instance :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'établissement public local d'enseignement et de formation professionnelle agricole de Guadeloupe la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'établissement public local d'enseignement et de formation professionnelle agricole de Guadeloupe est condamné à verser à M. A l'indemnité individuelle de garantie du pouvoir d'achat au titre des années 2013, 2014 et 2015, avec intérêts au taux légal à compter du 5 novembre 2020. Les intérêts échus à compter du 1er juillet 2021, puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date, seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 2 : L'établissement public local d'enseignement et de formation professionnelle agricole de Guadeloupe versera à M. A une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à l'établissement public local d'enseignement et de formation professionnelle agricole de Guadeloupe.

Délibéré après l'audience du 15 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gouès, président,

Mme Goudenèche, conseillère,

Mme Le Roux, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juin 2023.

La rapporteure,Le président,

SignéSigné

J. LE ROUXS. GOUÈS

La greffière,

Signé

L. LUBINO

La République mande et ordonne au préfet de la Guadeloupe, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

L'adjointe de la greffière en chef

Signé

A. Cétol

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