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AccueilJurisprudence administrativeN° TA105-2100869

Tribunal Administratif de la Guadeloupe — Décision N° TA105-2100869

mardi 20 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de la Guadeloupe
SectionTribunal Administratif de la Guadeloupe
N° DossierTA105-2100869
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantLACAVE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 juillet 2021, M. D C, représenté par Me Lacavé, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 mai 2021 par lequel le préfet de la Guadeloupe a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an à compter de la notification de sa décision et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Guadeloupe de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour valable durant ce réexamen ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la décision contestée est contraire aux dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par ordonnance du 3 mars 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 4 avril 2022 à 12h.

Le préfet de la Guadeloupe a produit un mémoire en défense le 17 août 2022, soit postérieurement à la clôture de l'instruction, qui n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A B,

- les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant haïtien né le 5 septembre 1966, déclare être entré en France en 2004. A la suite de mesures d'éloignement prises à son encontre en 1998 et en 2011, M. C a bénéficié à compter du 14 septembre 2015 d'un titre de séjour d'une durée de 3 mois pour raisons de santé. L'intéressé a sollicité le 29 octobre 2020 un titre de séjour sur le fondement de l'admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 31 mai 2021, le préfet de la Guadeloupe a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an à compter de la notification de sa décision et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné. Le requérant demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

3. Si M. C déclare être entré en 2004, il ne fournit, dans le cadre de la présente instance, aucun document à l'appui de cette allégation, qui est d'ailleurs contestée par le préfet de la Guadeloupe qui fait valoir, dans l'arrêté attaqué, que l'intéressé ne peut pas se prévaloir d'une résidence habituelle en France depuis plus de seize ans. Par ailleurs, il est constant que sa communauté de vie avec une compatriote en situation régulière, titulaire d'une carte séjour pluriannuelle, n'a débuté qu'en 2019, et revêtait donc un caractère récent à la date de la décision attaquée. En l'absence d'autres éléments de nature à établir l'existence de liens particuliers noués sur le territoire, et eu égard au caractère récent de la relation dont il se prévaut, M. C ne peut être regardé comme ayant transféré le centre de ses intérêts personnels et familiaux en France. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision litigieuse a porté, eu égard aux buts qu'elle poursuit, une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale, et aurait par suite méconnu les stipulations et dispositions précitées.

4. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. C tendant à l'annulation de l'arrêté du 31 mai 2021 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions injonctives et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au préfet de la Guadeloupe.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Guiserix, président,

M. Antoine Lubrani, conseiller,

Mme Hélène Bentolila, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2022.

Le rapporteur,

Signé

A. B

Le président,

Signé

O. GUISERIX

La greffière,

Signé

A. CETOL

La République mande et ordonne au préfet de la Guadeloupe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

La greffière en cheffe adjointe,

Signé

A.CETOL

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